- Lison Sandrin
Bonjour, je m'appelle Lison et je suis professeure en CE1 à l'école Charréard à Vénissieux, près de Lyon.
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on l'écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 205.
- Lison Sandrin
Je suis dans une école en REP. On est du coup deux enseignantes pour 22 élèves en tout. On a un public d'élèves qui sont dans des situations de vie assez précaires, avec des familles monoparentales ou qui n'ont pas forcément beaucoup de moyens et qui ont parfois du mal à suivre la scolarité de leurs enfants à la maison. La principale difficulté qu'on peut retrouver en classe, ce sont des gros manques d'attention. Et du coup, j'essaie de tout mettre en œuvre pour essayer d'attirer leur attention au maximum, en théâtralisant, en essayant de passer par le jeu, par des apprentissages un petit peu ludiques, par l'humour, etc. Mon choix, c'est vraiment d'alterner entre des moments ludiques, créatifs et d'autres moments très calmes. Je pense que l'ennui, ce n'est pas un ennemi de l'apprentissage. Au contraire, c'est hyper important dans la construction des élèves. En plus, je pense qu'on est un peu dans une société où on surstimule beaucoup les élèves et ils savent de moins en moins rien faire. Je ne cherche pas non plus à les surstimuler tout le temps. Je veux juste que, dans les moments d'apprentissage importants, ils soient très à l'écoute. Et je pense que plus j'attire leur attention dans les moments importants, et plus ils apprendront. Et surtout que, dans notre classe, on est quand même face à un public qui fait très peu ses devoirs, donc il faut aussi essayer de lutter contre ça en classe. Alors en pratique, je fais plusieurs activités assez originales cette année dans ma classe. Par exemple, ce que j'appelle le « digiclasse ». J'ai récupéré un vieux digicode chez moi et je l'ai installé à ma porte d'entrée de ma classe. Je leur donne un calcul mental à faire. En ce moment, les tables, par exemple, ou des compléments à 10. Et les élèves tapent la réponse sur le digiclasse pour avoir le droit d'entrer en classe.
- Échange avec une élève
« Melyna, tu vas faire 3 x 6. » « 3 x 6... 18 ? » « Oui, c'est ça. C'est bon, tu peux entrer. »
- Lison Sandrin
Je fais aussi quelque chose qui s'appelle « le calcul mental, ça déménage ». L'idée venait du fait qu'on doit faire des APQ, activités physiques et quotidiennes. Donc c'est pour renforcer la notion qu'on est en train de travailler. Par exemple, en ce moment, on fait ça sur les doubles et les moitiés. Et donc un calcul est affiché au tableau avec trois propositions de réponses associées à des postures de yoga et les enfants doivent faire la bonne posture de yoga pour donner la réponse.
- Échange avec les élèves
« La moitié de 400. « 400 ? 400. » « C'est bien la figure où on a une jambe tendue, l'autre pliée, un pied à côté de la jambe pliée et l'autre en main vers le ciel. »
- Lison Sandrin
Je peux également vous parler des graines magiques. Je me suis inspirée d'un album qui raconte l'histoire d'une maîtresse à la retraite qui travaille dans une petite école au fin fond de la forêt, une école assez originale, et qui accueille des élèves dans différents moments de vie. Et donc selon leurs besoins, elle leur distribue différentes graines, par exemple des graines de confiance quand les enfants manquent de confiance en eux, de tolérance pour accepter les différences, de sourire quand ils sont tristes, d'empathie, de réparation, etc. Et quand j'ai lu cet album, ça m'a inspirée. Donc j'ai commencé par lire l'histoire à mes élèves. J'ai créé mes petits pots avec toutes les mêmes graines que dans l'histoire. Et donc après, il s'en est suivi dans la vie de tous les jours une distribution de graines aux élèves pour toutes sortes de raisons. Je peux donner l'exemple d'un élève qui avait peur de passer en poésie parce que c'était filmé, il avait vraiment peur de l'échec et tout. Et du coup, je lui ai distribué une graine de confiance et il a fini par accepter de le faire alors que c'était vraiment pas gagné. Donc, c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup. Ça travaille aussi des compétences en éducation morale et civique, et plus particulièrement les compétences psychosociales, comme la conscience de soi, c'est-à-dire se rendre compte de ses propres qualités, de ses bonnes actions, mieux se connaître. Et puis, ça peut renforcer aussi la confiance en soi. Et en parallèle, ça travaille le vocabulaire parce que les mots « empathie », « tolérance », « audace » ne sont pas des mots forcément connus par les CE1. Donc le fait d'avoir des graines d'audace, ils comprennent le sens, ça contextualise.
- Échange avec un élève
« Tu préfères une graine d'audace pour avoir un peu de courage ou une graine de confiance pour avoir bien confiance en toi et être sûr de faire des jolis W ? » « Je veux une graine d'audace. Non, attends, attends. Quand tout le monde a fini avant qu'on va partir en récré, tu dis à tout le monde que... » « Je dirais que tu as une graine d'audace. Allez, viens, je te la donne. »
- Lison Sandrin
Pour créer mes séances, j'ai différentes sources d'inspiration. Ça peut être les réseaux sociaux, des recherches sur Internet, des formations, des choses que me disent les collègues. J'ai aussi été remplaçante pendant deux ans et ça m'a énormément inspirée. Et dans ces moments-là, j'ai beaucoup pris de photos pour reproduire ou retravailler des idées. La contrainte principale, c'est le manque de temps, parce que ça prend beaucoup de temps de créer, d'inventer des choses ludiques. Et on a déjà une charge de travail qui est conséquente en tant que prof en école primaire, peut-être encore plus en REP. J'ai aussi eu peur au début du regard de mes collègues sur moi, j'avais peur qu'on se dise « Tiens, mais qu'est-ce qu'elle fait celle-là ? C'est bruyant dans sa classe. » parce qu'il y a du travail de groupe, etc. J'ai aussi déjà vécu des limites, des loupés, des moments où les élèves pensent plus à s'amuser qu'à apprendre. Donc avec de l'expérience, j'ai appris à garder mon objectif en tête pour ne pas m'écarter. J'ai aussi appris à arrêter une activité au moment où elle a ses propres limites et que je me rends compte que les élèves n'apprennent plus mais ont envie de faire n'importe quoi. Et je trouve que les activités ludiques en classe demandent de redoubler le cadre. Il faut expliciter à l'avance comment les élèves vont avoir droit de se comporter, combien de fois je vais les reprendre, quelle peut être la conséquence du non-respect des règles, pour que les élèves et moi-même, on soit bien au clair sur ce qu'on attend de ce moment-là.
- Échange avec les élèves
« Alors par contre, par contre, stop ! On va rappeler les règles, d'accord ? On pousse les chaises, on reste à sa place, on se met derrière sa chaise. C'est OK, hein ? » « Ouiiii. »
- Lison Sandrin
Petit à petit, je me rapproche de plus en plus de la professeure que j'ai envie d'être. Ce qui me motive dans mon métier, c'est de rechercher un lien qui est fort avec mes élèves. J'ai envie qu'ils retiennent de leur année un moment où ils ont été bien, où ils se sont sentis heureux d'apprendre et heureux à l'école. J'ai toujours ma classe dans un coin de ma tête. Et du coup, quand je fais des choses créatives pour moi-même, je vais toujours avoir une petite pensée pour ma classe.
- Extra classe
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