Sarah BarrellonChaque année, en fait, j'organise une fête de la science, c'est-à-dire que mes élèves préparent sur un thème donné. Ils préparent des expériences, des jeux, des maquettes - ils sont complètement libres -, qu'ils vont présenter pendant une semaine à des élèves de primaire. On est en co-animation avec ma collègue de physique-chimie. En général, on a déjà choisi le thème en amont parce qu'on doit chercher des partenariats, trouver éventuellement des chercheurs, des scientifiques avec qui bosser. Donc on leur présente le thème en début d'année et après les élèves se l'approprient. Ils commencent par faire des recherches sur le thème. Donc de là, fusent plein d'idées, on écrit au tableau toutes les idées et puis après on essaye de voir ce qu'on peut faire avec ces idées, qu'est-ce qu'on peut présenter. Et puis surtout, suivant leurs appétences, est-ce qu'ils vont faire plutôt un jeu de plateau, un jeu de cartes, est-ce qu'ils vont faire des expériences ? C'est vraiment eux qui choisissent ce qu'ils vont présenter. Et donc après, jusqu'à Noël en fait, ils préparent donc leur animation et puis leur texte, comment ils vont l'expliquer aux enfants, parce qu'il faut qu'ils puissent expliquer ça à des enfants plus petits. En général, on a des CE2, CM1 et CM2 qui viennent. Et donc pendant une semaine, juste la semaine avant Noël, c'est la semaine où nos élèves de 3e sont en stage. Donc nous, on est déchargés de certains cours. Comme ça, on peut accueillir des classes de primaire et on accueille à peu près 25 classes sur la semaine. Voilà, ce sont toutes les classes qui sont dans les écoles, qui dépendent de notre collège. Le thème, c'était les sens dans les sciences. Comment on utilise nos organes des sens en fait, dans les sciences. Il y avait par exemple une expérience avec la maïzena pour le toucher. Il y avait pour l'odorat, les élèves allaient synthétiser l'arôme de banane. C'était plein d'expériences qui mettent en jeu nos sens pour les analyser en fait. L'année dernière, on cherchait sur quoi travailler parce que ça fait 18 ans que je fais ces ateliers, moi à Modigliani. Et là, on avait envie de revenir un petit peu à des fondamentaux. Et puis voilà. Parce que ce sont quand même des expériences qui sont très visuelles et très sympas. Et on sait que les CM2 aiment beaucoup quand ils peuvent toucher. C'est ce qui avait guidé notre choix avec ma collègue. Et puis, ça touchait bien aux deux matières. Parce que vraiment, ce qui est important pour nous, c'est... alors, on travaille tout le temps en co-disciplinarité. On est toutes les deux ensemble à chaque heure d'atelier, toutes les semaines. Mais ce qu'on veut vraiment, le but de ces ateliers, c'est pour ça que je les ai créés, c'est, je dirais, que les élèves comprennent qu'il n'y a pas les SVT d'un côté, la physique-chimie de l'autre, même des fois on a travaillé avec notre collègue de maths, c'est qu'on a besoin de toutes les sciences ensemble. C'est un peu comme quand on va au palais de la découverte, on va assister à des médiations. En fait, mes élèves, je les transforme en médiateurs. Donc ils présentent leur expérience, leur jeu, à un petit groupe de quatre élèves, en général, de classe primaire. Et toutes les cinq minutes, les primaires changent. Comme ça, ils font sept, huit fois. Cette année, je crois qu'il y en avait huit, les huit ateliers dans l'heure. Et au passage, ils remplissent un petit questionnaire, un quiz qui a été fait par mes élèves. Alors après, ce sont mes élèves qui ont corrigé. Donc là, ils se transforment en profs quand même. Donc déjà, ils ont, pendant quand même une semaine, fait 25 séances. Et à chaque séance, ils ont répété huit fois la même chose. Alors ils tournent. Donc déjà, à la fin, ils me disent : « Mais c'est quand même assez affreux, madame, de répéter tout le temps pareil. Et puis des fois, il y en a, ils ne nous écoutent pas. Et des fois, il y en a, ils font des bêtises. », etc. Donc voilà, c'est quand même assez marrant comme expérience. Et puis surtout, voilà, ça leur apprend plein de choses. Et ensuite, ils vont dans les écoles. Ce sont mes élèves qui vont dans les écoles, remettent les quiz. Et on donne un petit stylo avec marqué Collège Modigliani pour les 3-4 meilleurs de chaque classe. Et puis un bonbon à chacun. Et cette année, ils sont revenus avec des petits dessins faits par des CM2, des petites lettres. On a des petits mots « merci », « merci ». Chaque année, maintenant, les professeurs des écoles nous font des petits retours comme ça. C'est bien sympa. Et puis, je fais aussi très attention à une autre chose, parce qu'ils ont tous beaucoup de petits frères, petites sœurs. Et donc, à chaque fois, je leur demande en quelle classe est leur petit frère, petite sœur. Et donc, je les fais intervenir à chaque fois sur la classe de leur petit frère, petite sœur. Ou aussi, quelle maîtresse ils avaient eue, ou maître ou maîtresse ils avaient eu à l'école. Et donc, ils sont médiateurs le jour où il y a leur ancien professeur des écoles qui vient. Et du coup, les professeurs des écoles sont super contents de voir ce que sont devenus leurs anciens élèves. Et des fois, ils sont épatés : « Jamais je n'aurais imaginé qu'ils faisaient une telle présentation. » Ou alors : « C'est fou, beaucoup moins timide. » Donc, ils voient les progrès de leurs élèves et ça, c'est chouette. Du coup, je connais très bien tous les professeurs des écoles. Je connais déjà mes futurs CM2, enfin mes futurs sixièmes. Le jeudi soir, on ouvre le collège pour les parents. Parce que moi-même, je suis maman d'élèves qui sont passés par toutes les écoles. Et autant, quand ils sont petits, on voit tout ce qu'ils font. Mais après, dès qu'ils rentrent au collège, c'est fini. On ne sait plus du tout ce que font nos enfants. Et je trouvais ça très important que les parents voient en fait ce que font leurs enfants. Et je trouvais ça vraiment important qu'ils voient de quoi sont capables leurs enfants. Et là, par exemple, cette année, on a un élève, il a fait venir toute sa famille, ses petites nièces, toute la famille. Ils sont tellement fiers de présenter à leurs parents. En général, il y a toujours le maire qui vient, les inspecteurs. Enfin, on invite évidemment le rectorat, tous les gens. Je trouve ça tellement important de faire venir les parents. Ils sont fiers de leurs enfants. Je vois une différence de motivation. Moi, je vois des élèves qui se rendent compte qu'ils ne sont pas du tout si mauvais que ça en science. En fait, il faut être honnête, le problème de beaucoup de mes élèves, c'est l'écrit, le passage à l'écrit. Dès que je fais des TP, dès que je fais des manipulations, ils sont tous très bons. Il n'y a aucun souci. Et là, je vois des élèves qui sont à la base en grande difficulté et qui sont capables d'expliquer des choses incroyables à des petits. Là, cette année, ils avaient préparé leur texte pour des CM2 et tout d'un coup arrive une classe de CE2. Et ils se rendent compte que leur texte n'est pas du tout adapté. Eux-mêmes, ils ne m'ont même pas appelée. Tout seuls, ils ont changé leur texte pour qu'il se soit adapté à des CE2. Ils avaient un jeu de cartes qui était trop compliqué. Ils ont réussi à l'adapter, changer les règles de jeu, sans moi, sans rien. Et ça, je trouve que c'est quand même... c'est génial ! Il ne faut pas hésiter à se lancer parce que nos élèves ont plein de talents cachés. Donc, ils peuvent vous étonner vraiment. Après, c'est sûr qu'il ne faut pas compter ses heures. Parce que voilà, très honnêtement, avec ma collègue, alors avant, on avait des heures à l'emploi du temps. Maintenant, c'est des IMP, des trois quarts d'IMP. Donc, il ne faut pas compter ses heures. Mais le retour sur investissement est quand même très sympa. Et puis, ça change aussi de nos cours. Ça permet de travailler avec des chercheurs, d'aller faire des sorties dans des musées, de faire plein d'autres choses que nos cours classiques. Et ça enrichit notre pédagogie et puis ça nous enrichit personnellement.