- Extra classe
Bienvenue dans les énergies scolaires, épisode 185.
- Hélène Lebas
Je m'appelle Hélène Lebas, je suis professeure de français depuis 2011. Je travaille au collège Élie Coutarelle à Istres et je suis enseignante en 6e, 4e et 3e cette année.
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on l'écoute vraiment ? Les énergies scolaires.
- Hélène Lebas
J'ai mis en place un projet Rap et Poésie avec les troisièmes depuis 4 ans. C'est de la lecture expressive de poèmes engagés mais sous forme de rap. Quand j'ai commencé ma carrière, je faisais de la récitation de poèmes, ils passaient au tableau, ils récitaient leurs poèmes. C'était extrêmement ennuyeux, ils ne savaient pas ce qu'ils récitaient, ils anonnaient les textes, ils sacrifiaient le sens et la forme. C'était très très long. Et j'ai eu envie d'arrêter ça, et je suis arrivée sur de la lecture expressive faite à la maison, et c'était beaucoup mieux. Et puis, une fois, j'ai eu un intervenant slam dans ma classe en quatrième, et ça m'a donné envie de travailler ça avec eux. Je faisais faire du rap au quatrième sur le sid, et petit à petit, en fait, je suis arrivée au rap en troisième sur la poésie engagée. Et j'avais aussi envie que les élèves s'amusent, lâchent prise, et je trouvais que le rap, ça les accroche, parce qu'ils aiment ça, ils en écoutent. Et du coup, je voulais les mettre dans cette posture-là.
- Extra classe
Ils sont comment dans les clips ? Ouais, plutôt comme ça ? Oui, ils bougent. Ok. Donc, le rap, le rythme, il se fait pas que avec la voix, il va se faire avec le corps. On oublie, on essaye d'oublier la gêne et le regard des autres. Vous pouvez même fermer les yeux si vous avez envie. Donc, pour rapper un texte, ce qu'il faut faire, c'est créer un rythme. Donc, par exemple, on va travailler sur ce vers-là que j'aime bien. Je vis, je meurs, je me brûle et me noie. Là, je n'ai rien fait, je n'ai pas créé de rythme. Si j'essaye de créer un rythme... Je vis, je meurs, je me brûle et me noie.
- Hélène Lebas
Je ne suis pas une spécialiste du rap, mais ce n'est pas grave.
- Échange avec les élèves
5, 6, 7, 8. Je vis, je meurs, je me brûle et me noie.
- Hélène Lebas
Cette séance d'oral est faite en demi-groupe, en troisième. Je leur ai donné un corpus de poèmes engagés que j'ai sélectionnés. Ils choisissent un poème qui leur plaît. C'est important qu'ils sachent quelles compétences on travaille et que ce n'est pas juste pour s'amuser, on va faire les fous, on va faire du rap. Il y a un vrai projet pédagogique derrière. Je leur explique ce que ça va leur apporter pour leur oral, pour leur avenir, que ça va leur permettre de lâcher prise. Exercice extrêmement difficile, même quand on est adulte. Sur le plan du français, vraiment purement littéraire, on travaille beaucoup les figures de style, on travaille beaucoup l'éloquence à travers la poésie, parce que finalement, c'est dire beaucoup en moins de mots. Donc on travaille beaucoup l'efficacité du langage, le pouvoir du langage. Et donc on s'entraîne à lire un vers. Je prends un vers de poésie que j'aime bien. On le lit ensemble en boucle. Je le fais aussi, il faut absolument leur donner un modèle. Si moi je le fais, moi qui ne suis pas spécialiste, ça veut dire qu'ils peuvent le faire aussi. Ils passent à leur lecture de leur texte à eux. Donc le texte qu'ils ont choisi dans mon corpus de poésie. Et donc le résultat final va vraiment dépendre du temps qu'ils y consacrent. Ça prend un peu de temps parce qu'au départ ils sont... stressés, ils sont gênés, ils rigolent. C'est normal, c'est pas facile en fait comme exercice de se mettre en scène comme ça devant les copains. Et parfois ils me surprennent parce qu'il y a des élèves où je me dis, tiens, lui il est hyper timide, ou des élèves qui parfois ont des troubles de l'apprentissage ou des troubles du comportement qui en fait vont s'investir là-dedans parce que ça leur parle.
- Échange avec les élèves
Vas-y, fais-moi une première lecture. En rasant ? Comme tu veux. Tente un truc et on verra ce que ça donne. Vous voudriez savoir poser des questions ? Et vous ne savez quelles questions. Et vous ne savez comment poser les questions. Alors vous demandez des choses simples. La faim, la peur et la bouffe. Ouais, ok, c'est pas mal. Du coup, accentue les consonnes. Ça va t'aider à créer du rythme.
- Hélène Lebas
Au quotidien, on vit dans une société dans laquelle on parle beaucoup d'engagement. Les gens s'impliquent sur des thèmes qui leur tiennent à cœur. Et donc, je trouve que c'est important de leur montrer que tout est lié. Quand on leur dit que le rap, c'est de la poésie, pour eux c'est... Ce sont deux choses différentes alors qu'en fait pas du tout. Les poèmes que je faisais, c'est des poèmes sur la guerre, qui dénoncent la guerre et la violence de la guerre et aussi l'inutilité de la guerre. Le fait qu'il y a des victimes innocentes qui n'ont rien demandé. Il y a Liberté de Paul-Éluard, Le Dormeur du Val de Rimbaud, il y a du Victor Hugo, du Prévert, Barbara qui est très connue. Et ce sont des poèmes qui sont vraiment engagés et qui permettent de s'engager oralement en fait.
- Échange avec les élèves
Il y a beaucoup de vaisselle, des morceaux blancs sur le bois cassé, des morceaux de bol, des morceaux d'assiette et quelques dents de mon enfant sur un morceau de bol blanc. Mon mari aussi y a fini vers la prairie, les bras levés, il est parti, il a fini. Il y a beaucoup de bol blanc, des yeux, des poings, des hurlements, beaucoup de rire et tant de sang qui ont... C'est les innocents.
- Hélène Lebas
J'écoute beaucoup de slam parce que j'aime les textes. Et j'aime le rap quand il est bien écrit. Ça c'est mon côté prof de français. Si le texte est littéraire, qu'il est bien écrit, j'aime bien ça. J'en ai beaucoup écouté quand j'étais ado, je pense, comme à peu près tous les ados. Et surtout, ce que j'aime, c'est proposer aux élèves des activités qui sont un peu ludiques et les faire travailler sans qu'ils s'en rendent compte. Et ça c'est vraiment au cœur de ma pédagogie, apprendre en s'amusant. C'est un exercice qui permet de les faire progresser assez vite. On voit les progrès tout de suite. Et c'est assez rare, en fait, quand on enseigne, de voir des progrès rapides. C'est chouette. Il y a un vrai impact, en fait, sur certains élèves et on se sent utile, quoi. On a l'impression de changer quelque chose pour eux, de leur donner quelque chose qu'ils vont garder.
- Échange avec les élèves
Des banjers avec des avions, avec des morts. Des banjers avec des bagues et des duchesses. Des banjers avec des mains noires pour bénir. Tomber du ciel pour tuer des enfants. Et à travers les rues, le sang des enfants coulait simplement comme du sang d'enfant. J'ai trouvé qu'à tout de suite, il y a des duchesses. En faisant d'un coup, on a senti le moment où tu avais trouvé quelque chose. Du coup, mets-toi tes petites notes.
- Hélène Lebas
Notre monde a besoin de poésie. Je pense qu'on a besoin d'une autre vision du monde. La poésie a ce pouvoir incroyable de mettre des mots sur des ressentis. Parfois, on n'a pas les mots pour le dire. La poésie a les mots. Il y a des élèves, parfois, qui pleurent, qui sont émus par les textes parce que l'auteur arrive à mettre des mots sur des choses qu'ils n'arrivaient pas à exprimer, qu'ils n'avaient pas même pas parfois comprises, en fait. Et donc, on travaille vraiment sur ce que c'est une vision poétique du monde. C'est l'objet d'études de notre programme en troisième. L'idée, c'est aussi de leur montrer que, dans tout ce qu'on fait, dans tous les exercices qu'on aborde, dans toutes les matières, dans tous les domaines, si on s'entraîne, et si on y croit, et si on se donne la peine, on est capable de bien faire. Et c'est pas du tout cuit, c'est pas facile. Il faut, en fait, faire tomber cette barrière, en fait, qui dit « Oh là là, j'y arriverai pas, c'est trop dur » . Et le fait de le faire tous ensemble, ça fait tomber un peu cette barrière parce qu'on essaye tous, en fait. Et je pense que ce sentiment-là du « Ah, punaise, j'ai réussi ! » En fait, j'aurais pas cru, mais j'ai réussi. Ce sentiment-là, il faut le cultiver et il va servir pour d'autres domaines, en fait. De se dire « Tiens, si j'ai réussi à faire du rap, pourquoi j'arriverais pas à faire autre chose ? » Il n'y a rien qu'on sait faire comme ça sans faire d'efforts. Et s'ils font l'effort, ils en sont capables. Et ça, c'est une leçon un peu de vie pour toujours.
- Extra classe
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