- Régis Forgione
J'ai 10 ans. Je sais que c'est pas vrai, mais j'ai 10 ans.
- Hélène Audard
Si tu me crois pas et t'as ta gueule à la récré... Et Régis, tu voulais faire quoi quand tu avais 10 ans, toi ? Chanteur ?
- Régis Forgione
Alors pas du tout Hélène, moi je voulais être pilote de chasse. Enfin, je voulais aller à Top Gun ou faire partie de la patrouille de France, vraiment. Et toi Hélène ?
- Hélène Audard
Moi je voulais être écrivain, mais juste parce que j'aimais les livres en fait. J'avais pas vraiment idée de tout ce qui pouvait m'attendre. Et c'est un peu ça l'enjeu de l'orientation, ouvrir les horizons, donner des clés, accompagner les élèves. Et ça peut commencer dès le primaire.
- Régis Forgione
Oui, parce que les recherches sont plutôt claires, les représentations et les déterminismes se construisent très tôt et les enseignants ont un rôle majeur dans l'orientation et pas seulement informatif.
- Hélène Audard
Alors comment développer les compétences à s'orienter ?
- Régis Forgione
Comment faire découvrir les possibles sans fermer de porte ? Comment aider les élèves à se projeter, à expérimenter, à rêver, mais à rêver concrètement ?
- Hélène Audard
Bref, comment construire ce fameux parcours Avenir ? On en parle aujourd'hui avec deux invitées, une directrice d'école et une DRAIO. Et on écoutera aussi deux courts témoignages d'élèves de terminale.
- Régis Forgione
Bienvenue dans cet épisode Extra Classe Parlons Pratiques, éduquer à l'orientation de l'école primaire à Parcoursup. C'est parti ! Estelle Blanchard, bonjour !
- Estelle Blanchard
Bonjour !
- Régis Forgione
Vous êtes directrice d'une école rurale à Mennevret dans l'Aisne, coordinatrice sur le territoire éducatif rural, donc un TER de Guise-Wassignies. Et une petite question pour se mettre en jambe, est-ce que vous faites le métier dont vous rêviez quand vous étiez petite ? Et sinon qu'est-ce que vous vouliez devenir ?
- Estelle Blanchard
Je pense que je fais en tout cas un métier dont je rêvais petite.
- Hélène Audard
Yoril Baudoin, bonjour !
- Yoril Baudoin
Bonjour !
- Hélène Audard
Alors vous êtes DRAIO, déléguée de région académique à l'information et l'orientation dans la région Grand Est. Question express pour vous, quand on entend DRAIO, on entend un acronyme un peu barbare et pas vraiment un nom de métier. Alors si vous deviez décrire votre métier à un jeune par exemple, vous diriez quoi ?
- Yoril Baudoin
Et il s'agit en fait de mettre en œuvre la stratégie d'un recteur de région académique en matière d'accompagnement à l'orientation et l'affectation des jeunes post-troisième et post-terminale.
- Hélène Audard
Alors on va rentrer dans le vif de cette activité, de cette mission dans un premier temps. Parcours avenir et éducation à l'orientation, quel rôle des enseignants ? Alors bien sûr, vous allez nous dire, Yoril, qui sont tous les acteurs, les partenaires autour de cette mission d'éducation à l'orientation. Parce que récemment, il y a des choses qui se sont mises en place qui sont nouvelles. On a envie que vous nous en parliez. Et c'est vrai que nous, on va en parler un peu sous l'angle des enseignants parce que ce sont une grande partie de nos auditeurs et auditrices. Mais ce n'est évidemment pas les seuls impliqués. polysémique, tout le monde ne met pas les mêmes choses derrière surtout en fonction de là où il est. Alors qu'est-ce qu'on met derrière ce mot et peut-être qu'est-ce qu'on oublie aussi des fois ?
- Yoril Baudoin
Alors peut-être pour faire assez simple, l'orientation c'est un processus donc c'est une démarche et le parent lui il a un intérêt très fort à ce que son enfant soit épanoui et soit à l'endroit où il a envie d'être. Donc il va définir l'orientation par un lieu d'affectation. Pour l'enseignant, c'est faire en sorte que les jeunes soient en réussite dans leur parcours, si je peux m'autoriser à résumer le process. Et donc il va observer les compétences à l'œuvre chez l'adolescent qui la fasse à lui et essayer de trouver ce qui, en vis-à-vis, lui permettrait d'augmenter ce potentiel et finalement d'être en situation de réussite. Donc là on va être sur quelque chose qui est plutôt une articulation avec un niveau scolaire et des attendus, des formations sur lesquelles les jeunes peuvent postuler. Les spécialistes de l'orientation sont plus spécialisés dans le développement psychocognitif des adolescents et sont plutôt spécialisés dans cette question de la projection, parce que se projeter dans l'orientation c'est aussi accepter de faire des deuils. On vient de le dire précédemment mais... Faire le choix d'un métier, c'est aussi renoncer à d'autres. Donc parfois c'est un peu compliqué. À l'adolescence, se lâcher d'une main, c'est toujours un petit peu scabreux. Donc on hésite et parfois on se tient des deux côtés à la rampe et c'est compliqué d'avancer. Et les psychologues de l'éducation nationale sont là pour ça. Donc finalement, pour répondre à la question, je dirais que les différents acteurs de l'orientation dans le système éducatif doivent s'articuler. pour accompagner le jeune dans ses projets et dans l'accomplissement de ses rêves. On a un autre acteur qui est la région, mais qui est hors éducation nationale, qui a la compétence sur l'information, sur les métiers et les formations et avec lequel évidemment nous nous articulons au quotidien.
- Régis Forgione
Et peut-être quand même pour continuer à creuser tout de suite en début d'émission les bases, on parlait en introduction du fameux plan avenir, ce plan pluriannuel d'éducation à l'orientation. Déjà un, qu'est-ce que c'est ? Et deux, vous nous avez dit, c'est que du bonheur ?
- Yoril Baudoin
Oui, alors le plan avenir c'est 23 mesures et à l'intérieur des mesures il y a une partie qui est le plan pluriannuel d'éducation à l'orientation. C'est une des mesures, des 23 mesures. Le plan avenir c'est finalement le tracé d'une trajectoire. Avant d'être élève, on est un enfant. On est l'enfant dans une famille, dans une fratrie. Voilà, on est d'abord un individu, mais on est aussi un élève. Et puis c'est se projeter au-delà de la classe suivante. C'est se projeter jusque dans l'enseignement supérieur. Donc c'est l'articulation entre l'école, le collège, le lycée et le sup'. C'est pour ça que c'est du bonheur parce que ça parle de parcours davantage que de projets.
- Hélène Audard
Et alors Estelle, ça peut surprendre qu'on ait invité une enseignante et une directrice d'école du premier degré. Ça vous parle, j'imagine, cette idée de parcours dès l'école ? Parce que c'est vraiment ce que vous avez essayé de mettre en place.
- Estelle Blanchard
Oui, complètement. En fait, nous aussi on essaye de travailler sur le parcours à venir et malheureusement il arrive seulement dans le primaire depuis quelques années parce qu'ils vont devenir plus tard, ils se posent des questions, ils sont un peu perdus. Et en fait, nous ce qu'on avait constaté sur le terrain, c'est que nos élèves avaient peu de références de métiers. Et donc on se dit, dès le primaire, leur ouvrir le champ des possibles, leur montrer ce qui existe, les amener à découvrir des métiers, à découvrir des formations. Nous qui sommes dans un territoire rural très enclavé, c'était vraiment important. Donc oui, pour moi, ça se fonde dès la maternelle. On découvre les métiers des parents, on découvre les métiers des parents des copains. Et puis après, on continue à ouvrir comme ça pour arriver au collège avec déjà peut-être plus d'idées en tête. Et puis après, au lycée, pouvoir faire des choix qui soient fondés sur des expériences vécues.
- Régis Forgione
Et Yoril Baudouin, ce plan avenir, qu'est-ce qu'il implique pour les enseignants ? Je sais qu'il y a un fort volet formation notamment, mais sans doute bien d'autres choses.
- Yoril Baudoin
C'est important de reprendre avec nos collègues enseignants parce que ce sont les premiers au contact des élèves et on sait à quel point ils sont significatifs dans les trajectoires des élèves quand ils justement font cette articulation entre ce que tu présentes dans le cadre scolaire et ce que tu projettes de ce que tu veux être en tant qu'adulte à savoir lutter contre tous les déterminismes et ça c'est important de rappeler que c'est ce que nous faisons à l'école nous essayons de faire en sorte que les jeunes quel que soit leur genre quelle que soit la position sociale de leur famille quel que soit le territoire dans lequel ils sont nés ou dans lequel ils vivent ou dans lequel ils sont scolarisés on est là pour ouvrir les horizons comme le disait tout à l'heure madame et leur permettre de de se dire, et pourquoi pas moi ? Et je peux lever des assignations. Je suis autorisée par l'école, par le cadre scolaire à les lever et je suis accompagnée. Donc c'est ça le plan Avenir, c'est finalement dire aux enseignants, vous avez une place très forte pour travailler sur les déterminismes, quels qu'ils soient, et pour permettre finalement à des jeunes de se dire, l'école peut me servir d'ascenseur social ou en tout cas de m'extirper d'une assignation, si tant est que ce soit mon choix.
- Hélène Audard
On va revenir un peu plus longuement sur ces inégalités dans l'orientation. Estelle, je voulais vous demander, vous qui êtes directrice d'école et puis vous fédérez aussi un certain nombre d'établissements sur les projets que vous allez mener, peut-être dites-nous en quelques mots pour qu'on comprenne bien comment vous avez travaillé et puis comment les enseignants se sont inscrits dans ce projet.
- Estelle Blanchard
Alors en fait, nous on est partis d'un projet, notre école Faisons-la Ensemble. Et donc à partir de là, on a remarqué avec la principale de collège dont notre école dépend que nos élèves avaient de bons résultats scolaires tout leur collège et que malheureusement à la sortie du collège, les orientations ne correspondaient pas à des projets, à des projections comme nous disions tout à l'heure, mais elles étaient faites par dépit, par choix géographique. Par exemple, on a un élève qui voulait faire une seconde générale dans un lycée où il n'y avait que du professionnel parce que c'était le lycée le plus proche. Son choix a été changé et il est parti sur une voie professionnelle. Fort de ce constat, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose dès notre niveau pour essayer de leur donner la possibilité d'aller plus loin et de voir plus loin surtout. Et on est parti sur cette idée d'organiser dans un premier temps un forum des métiers. Puisque, comme je disais tout à l'heure, on avait les métiers des parents, les métiers de maîtresse, de docteur, les métiers qui côtoyaient au quotidien les élèves, les connaissaient. Mais au-delà, on avait très peu de diversité dans la connaissance de métier. Donc on s'est dit, voilà, on va leur proposer un forum des métiers. Et parallèlement à ça, on a aussi mis en place des visites de lycée dès le CM1-CM2. pour qu'ils découvrent les différentes formations qui existent en local un peu plus élargi et qu'ils puissent se projeter déjà dans le lycée. Parce que nos élèves qui viennent d'un territoire très rural, le lycée leur fait très très peur. Alors il fait peur aux enfants, mais il fait peur aussi aux familles. Et donc on a travaillé aussi, on essaye là d'emmener aussi lors de ces visites de lycée, on va proposer, on va ouvrir les bus, les places qu'il reste. aux familles pour aussi dédramatiser le passage au lycée, leur montrer que non, ce n'est pas aussi terrible qu'il en a l'air. Et les rassurer pour qu'ils puissent être dans l'accompagnement et que la famille ne devienne pas un frein aux enfants parce que souvent on a des enfants qui ont envie d'y aller mais les parents ont peur et donc on a des freins et malheureusement le projet professionnel qui était originel est modifié par des freins qui ne sont pas normaux, qui ne devraient pas exister.
- Régis Forgione
Je vous propose qu'on écoute un extrait qui peut-être illustre ou nous amène un petit peu plus loin sur cette question. C'est un extrait de l'épisode de cas d'école de l'IFE ENS de Lyon qui s'intitule « Le micro est dans la classe » . C'est l'épisode 66 « Au cœur des choix, une année parcoursup » . Un épisode par Florence Sauvebois. Et on entend le témoignage d'une élève qui a hésité entre prépa-véto et BUT, Bachelor Universitaire de Technologie. Et elle évoque justement entre le fait de s'écouter elle-même, d'écouter les conseils de ses parents. D'écouter les conseils de ses profs, c'est éclairant je pense.
- Extrait Le micro est dans la classe
Alors entre prépa et BUT, j'ai eu au moins 4 jours où tous les jours je changeais d'avis mais vraiment c'était horrible. Au début, c'était sûr et certain pour moi que j'irais en prépa, c'était sûr. Même avant que je voie mes résultats, je savais que j'irais en prépa puisque c'est la prépa que tout le monde prend pour aller en véto. Et avec les notes que j'ai, on m'a toujours dit que je pouvais aller en prépa. J'ai même été acceptée au lycée du parc. conseiller d'aller en prépa et en réalité c'est ce que la plupart des professeurs me disent parce que je pense que même si ça part du monde attention, ils me connaissent seulement du côté de mes notes, ils me connaissent seulement comment je suis à l'école mais en réalité je pense qu'ils ne me connaissent pas personnellement et moi vraiment je me connais donc c'est plus mon mental et c'est là où justement mes parents, eux qui me connaissent mentalement, ont commencé par me dire d'aller en prépa mais quand ils ont vu comment je fonctionnais au final ils m'ont dit, enfin mon père m'a dit surtout vraiment si tu le sens pas n'y va pas. Parce qu'ils voyaient bien que ça me triturait beaucoup l'esprit. Je n'arrivais pas bien à dormir. En fait, le truc, c'est que la phase pour garder le vœu, elle est très courte. Dans ma tête, il fallait que je fasse une décision très vite. Mais au final, j'ai choisi la sûreté et voilà.
- Régis Forgione
Yoril, je vous vois réagir à la fois sourire, acquiescer plus ou moins. Ça vous fait réagir ?
- Yoril Baudoin
Oui, je trouve que c'est un joli témoignage parce que c'est ce qu'on pourrait entendre d'un grand nombre de jeunes à ce moment-là. Ce que décrit cette jeune fille, c'est qu'à un moment donné, il faut faire le choix. Et là, elle nous dit que les délais sont courts. Et nous, de notre côté, par rapport à ce qu'on disait précédemment, comme c'est un processus qui doit être accompagné, c'est ce que le plan à venir demande et nous rappelle. C'est un objet commun, l'histoire de l'orientation. sur un choix que cette question doit se poser, c'était antérieur. Et en fait le délai était très long, c'était toute une année scolaire, puisque peut-être ces propositions d'admission elle les a eues au mois de juin, fin juin, il fallait choisir entre le BUT et la classe préparatoire, et ce n'est pas quatre jours qu'elle avait ou deux jours pour choisir, c'est au moment où on met les vœux dans le panier, il faut déjà commencer à se dire Et si j'avais ça en vis-à-vis de ça ? Qu'est-ce que je choisirais ? Et là, on a le temps de se rapprocher de ces professeurs qui vont dire, moi, de ma place, de ce que je vois de toi en tant qu'élève, je choisirais ça. Le parent de dire, moi, de ce que je connais de toi, du stress que ça pourrait générer, je pense que peut-être il faut quand même encore hésiter et on a encore le temps d'aller consulter un psychologue d'éducation nationale, d'aller à des portes ouvertes, de cheminer. Finalement, ce qu'elle nous décrit là, c'est... À un moment donné, l'orientation se réduit à un acte administratif où il faut faire un choix. Et là, d'un seul coup, on n'est pas prêt et ça génère ce qu'elle nous dit. Je n'ai pas bien dormi, je suis dans une situation d'anxiété. Alors que nous souhaitons travailler collégialement pour montrer que c'est un cheminement et qu'on a le temps de s'adresser aux bons professionnels qui vont donner un éclairage différent sur ce choix-là.
- Hélène Audard
Alors il faut dire, cet épisode, il suit les élèves sur toute l'année. Donc là c'est un extrait qui se situe plutôt sur la fin, où effectivement elle a fait ce cheminement, mais malgré tout, il y a cette accélération du temps à la fin de la terminale qui est bien rendue. Estelle, moi je voulais aussi vous demander cette nouvelle "éducation à" finalement, cette éducation à l'orientation, c'est quelque chose qui s'ajoute d'une certaine façon à ce que vous faisiez déjà, peut-être en tant qu'enseignant, tout ce que faisaient les enseignants de votre école. Comment vous arrivez, vous, à l'articuler avec les programmes, l'emploi du temps ? Ce que vous avez proposé, ce projet que vous proposez, c'est en plus aussi. Donc, comment vous le gérez dans l'équipe ?
- Estelle Blanchard
Alors, moi, je veux rebondir aussi par rapport à ce qui a été dit avant. Dans le témoignage, ce que je trouve intéressant, c'est aussi la connaissance de soi, connaître ses forces et ses faiblesses. Et là, je pense qu'à l'école primaire, On a beaucoup à faire, c'est-à-dire à leur apprendre ça à nos élèves. Donc ça, ça fait partie de notre programme. Il n'y a pas de souci. À travers des actions théâtre, tout ça, l'estime de soi, la confiance en soi, c'est tout plein de choses qu'on peut mettre en place et qui va aider plus tard les élèves. Alors en ce qui concerne l'orientation, oui, c'est plutôt quelque chose qui s'ajoute, mais qui peut venir compléter les programmes. Si je prends pour les plus petits, on est sur l'ouverture au monde. Quand on leur fait découvrir des métiers, Travail de lexique aussi, qui est très important dans notre territoire. Donc on va se servir de ce temps autour du lexique pour découvrir des métiers, découvrir du lexique lié aux actions des métiers et compagnie. Donc ça, ça va être possible. Après, pour tout ce qui est cycle 3 sur les projets, oui, ce sont des choses qui s'ajoutent, mais qui vont venir ensuite renforcer les fondamentaux. Puisque par exemple, là sur la visite des lycées, ce qui va être demandé ensuite aux élèves, tout comme on avait fait aussi sur le forum des métiers, c'est de réaliser des fiches métiers ou des articles de journaux, puisqu'on a un journal du TER qui se met en place. Et donc on va se servir de cette action pour ensuite faire parler les élèves, faire écrire les élèves et permettre de travailler la production d'écrit en classe.
- Régis Forgione
Ce n'est pas commun de travailler l'orientation dès l'école primaire.
- Yoril Baudoin
Je dirais que tout dépend de ce qu'on met derrière le mot orientation. Si c'est travailler sur les représentations des jeunes et leur ouvrir des horizons, ce qui est décrit là, il n'y a pas d'âge, on peut commencer très tôt. Évidemment, on a tout intérêt à ce que nos jeunes s'ouvrent au monde et se disent que leur monde ne s'arrête pas à leur environnement familial et qu'ils peuvent s'émanciper. de ça et découvrir autre chose. Après, si l'orientation se résumait à élaborer un projet très tôt, évidemment on se dirait que ça n'a pas de sens de travailler sur les plus jeunes. Mais ce n'est pas comme ça que c'est présenté là. On voit bien que c'est plutôt une ouverture, une émancipation et une lutte contre les déterminismes. Donc plus c'est fait tôt, plus c'est fait collégialement, plus c'est lié à un ancrage disciplinaire. Et plus ça fait sens pour les jeunes. On le voit particulièrement sur tout le travail qui est fait sur les stéréotypies de genre. Plus on parle de métiers aux féminins et aux masculins de la même façon dès l'école, plus ça devient impossible pour chacun des genres.
- Régis Forgione
Je vous propose qu'on se dirige vers la deuxième partie de l'émission qu'on a intitulée, c'est joli, « Du rêve au projet, dépasser les inégalités » . Et on a commencé à l'évoquer dans la première partie, de commencer à prendre conscience des freins, des inégalités dans l'orientation et des pistes pour les dépasser. Pour prendre une métaphore qui n'est peut-être pas si bien choisie que ça, on va voir, vous allez nous dire, l'orientation serait un peu comme l'immobilier, il faut se projeter. Pas facile, tout le monde ne sait pas le faire et tout le monde n'a pas les mêmes chances. Alors quelques pistes pour lutter contre ce déterminisme qui fait que certains élèves ont beaucoup de mal à se projeter ou s'accrochent à leur territoire. Peut-être Estelle, je vous vois avoir des idées.
- Estelle Blanchard
Oui, nous c'est vraiment le problème auquel on est confronté au quotidien avec des élèves qui... On est vraiment dans un petit village, un territoire enclavé, entouré de forêts en plus, qui est enclavé aussi physiquement parlant. Et c'est vrai qu'on a des familles qui ne veulent pas laisser partir leur enfant parce que la grande ville, ça fait peur. On entend beaucoup parler de harcèlement, de violence. Donc voilà, nous, notre première idée, c'est d'essayer d'amener ces familles à se rendre compte, à leur proposer un accompagnement dès la primaire. Venir avec nous dans les lycées quand on va aller les visiter, mais aussi quand on fait des sorties scolaires. C'est-à-dire qu'on essaye aussi d'aller plus loin, d'aller dans des grandes villes. Je prends l'exemple de ce qu'on a fait la dernière, dans mon école cette fois-ci. On est parti avec des tout petits, petits, moyens, grands CP à Lille et on a pris le train pour aller à Lille. Donc ça aussi c'était important. Il y a des familles qui n'avaient jamais pris le train, donc leur montrer que c'est facile. Et ensuite on a pris le métro. Ça a été vraiment une grande découverte. Alors pour nos élèves qui avaient l'impression d'être dans un manège à sensations gratuit, mais surtout les familles qui se sont rendues compte qu'en fait on n'était pas très loin et que c'était facile, il n'y avait pas de danger plus que de traverser une route chez nous avec les tracteurs et compagnie, ça aussi c'est dangereux. Et que c'était assez fluide, on leur a montré ça. Et donc essayer de les habituer dès le plus jeune âge de leur enfant. Les familiariser avec cet environnement auquel leur enfant sera sûrement confronté plus tard, pour moi c'est une des solutions qui va leur permettre de cheminer et aussi organiser des séjours, des séjours avec nuitée. C'est aussi important de commencer le plus tôt pour apprendre à se séparer de la famille, apprendre à vivre loin de son enfant et de ses parents, dans les deux sens. Ça aussi c'est un levier que l'on a dans le primaire de faire avancer les choses.
- Hélène Audard
Yoril, des choses effectivement auxquelles on n'aurait pas forcément pensé, simplement de pousser un petit peu plus loin que les sorties, que l'environnement immédiat. Là, on parle d'inégalités territoriales, il y a aussi un point important des inégalités sociales. On ne se projette pas de la même façon selon le milieu dans lequel on est ?
- Yoril Baudoin
Non, on ne se projette pas de la même façon, mais nous-mêmes nous ne projetons pas de la même façon les jeunes qui sont originaires de milieux sociaux qui nous paraîtraient moins favorisés parce qu'on sait que les études ont un coût. Et donc on a plutôt une tendance à porter un propos qui serait du projet par petits pas. C'est-à-dire là, comme on sait que ce jeune va être en difficulté pour engager un cursus qui serait un bac plus 5, dire il faut qu'il commence plutôt par un bac. puis après on verra, et puis après on verra. Alors qu'on ne le ferait pas pareil pour une famille pour laquelle on sait que la famille va pouvoir être solide financièrement pour accompagner. Donc ça c'est un sujet quand même parce que c'est toujours compliqué. On ne veut pas faire prendre des risques aux familles ni aux jeunes. Donc il faut avoir une politique d'accompagnement sur les droits auxquels les jeunes peuvent prétendre et être extrêmement explicite. sur, finalement, qu'est-ce qu'il en coûte, en dehors des aspects humains, mais qu'est-ce qu'il va en coûter financièrement ? Quelles sont les aides auxquelles on peut prétendre ? Et il n'y a pas d'orientation bien faite si on n'est pas articulé aussi sur ces questions sociales qui sont prégnantes pour les familles. Il faut absolument lever ses freins. Donc, il faut... On parlait tout à l'heure de forum métier, mais on peut avoir aussi des temps forts d'orientation On a les collègues du CRUS qui sont présents, on a les services sociaux. C'est important de rappeler que notre objectif c'est de permettre à chaque jeune d'aller le plus loin possible dans le parcours qu'il souhaite et qu'il y a des accompagnements, y compris financiers.
- Régis Forgione
Et sur une autre forme de biais, de déterminisme Estelle, est-ce que dès les plus petits, j'ai envie de dire pour parler vraiment des... des élèves d'école primaire, élémentaires et maternelles en tout cas, ?
- Estelle Blanchard
Dans les maternelles, oui, forcément. Les petits de maternelle sont encore très dans les choix genrés. On veut être princesse, on veut être chevalier. Ça, ça reste quand même assez ancré. Et c'est en effet, le programme Évars nous aide aussi à travailler sur ça. Et donc, on essaie justement de casser déjà... ce côté la princesse qui doit être sauvée par le chevalier, puisque les princesses peuvent être fortes et peuvent être courageuses donc il n'y a pas de problème, elles peuvent se sauver toutes seules. Donc voilà c'est tout un travail qui est à faire et pour arriver en espère en fin de cycle 3 des enfants qui auront des choix de métiers qui ne seront pas influencés en tout cas par leur genre et qui pourront être vraiment totalement libres. Et ça c'est vrai que c'est un beau projet dans le programme EVAR de travailler là-dessus. On le faisait déjà, mais là ça nous donne des objectifs et ça nous met vraiment un cadre. Je pense que c'est tout à fait louable.
- Hélène Audard
Alors il y a les représentations qu'ont les élève, il y a les représentations qu'on a sur eux, il y a les représentations des familles. On voit que c'est très complexe, toutes ces idées qui se croisent. Et on imagine bien qu'un élève au milieu de tout ça doit faire son chemin. Yoril, vous nous avez parlé d'un exemple assez frappant, d'une présentation qui a été faite par un chef d'entreprise, je crois, et qui pensant bien faire et pensant changer les représentations, au contraire, les ancrait plutôt qu'autre chose. Je ne sais pas si vous voyez de quel exemple je veux parler.
- Yoril Baudoin
On en a tous les jours des exemples comme cela, donc c'est toujours très embêtant. Si je suis sur la question du genre, c'est quand on expose nos adolescents. Alors moi, je ne suis plus sur le second degré, donc je vais parler de plus grand. Quand on expose nos adolescents à des personnes qui viennent présenter leur métier, donc ces personnes ont évidemment un genre. Généralement, elles déclarent que ce métier peut être fait par l'autre genre. Mais souvent, ce n'est pas avec l'argumentaire qu'on attendrait. Quand on nous dit, ça serait bien, on a besoin de jeunes filles dans l'industrie, je vais caricaturer comme ça, parce qu'elles sont minutieuses et plus sérieuses au travail, l'argumentaire vient nier complètement ce qu'on essayait de poursuivre comme objectif majeur. Donc ça c'est un petit peu ennuyeux. s'affichait pour dire qu'il fallait faire venir des jeunes filles. Il y avait de très beaux objets sur la table qui montraient à quel point les ingénieurs faisaient des choses formidables pour l'ensemble de la société. Et le monsieur, quand il m'avait arrivé, était ravi de me dire qu'il travaillait pour l'attractivité des jeunes filles vers les sciences, parce qu'elles étaient sages en classe et minutieuses. Évidemment, ce n'est pas possible de dire ça parce que là, c'était extrêmement contre-productif pour les jeunes filles qui étaient dans ce salon, qui ne se seraient pas reconnues dans ce propos. On parlait là de compétences majeures en mathématiques, en sciences physiques et en SVT. Et ce qui nous opposait, c'était des compétences finalement personnelles qui étaient projetées en plus, qui étaient fantasmées. La jeune fille serait minutieuse, sage. Et sérieuse.
- Régis Forgione
Et parfois, on ne croit pas lié à ça, enfin on ne croit pas lié, les tâches supplémentaires, je vais dire, ce serait de présenter des rôles modèles qui ont leurs limites aussi j'imagine ?
- Estelle Blanchard
Oui, alors les rôles modèles, moi je trouve ça toujours très intéressant mais parfois très dangereux parce qu'on ne tient pas compte en plus des enseignements, des sciences de l'éducation, on n'est pas toujours dans la zone proximale de développement si je puis le dire comme ça. Tellement exceptionnelles et dans leur parcours et dans le métier que ces dames-là occupent, que ça reste juste quelque chose d'inaccessible. Et au lieu de donner l'opportunité de se dire « tiens pourquoi pas moi ? Parce que c'est quelqu'un qui me ressemble, qui vient d'un territoire rural ou d'un quartier politique de la ville comme moi. Et je reconnais dans ce que dit cette dame des intérêts que je peux avoir aujourd'hui. Et je vois que les choses sont possibles." On est sur quelque chose de tellement exceptionnel et tellement presque anecdotique que ça ne permet pas de tracer un chemin. Ça reste de l'ordre du modèle.
- Hélène Audard
Je vous propose qu'on écoute un nouvel extrait de cet épisode cas d'école, de l'IFE ENS de Lyon. Le micro est dans la classe numéro 66, au cœur des choix, une année parcoursup par Florence Sauvebois. On continue donc avec un autre profil d'élève et on va entendre ce témoignage sur son orientation, ce que lui aurait voulu, ce que ses parents auraient voulu.
- Extrait Le micro est dans la classe
Je suis parti, j'ai fait quelques portes ouvertes, comme par exemple lycée La Cassagne. Je suis parti, il y avait une porte ouverte et c'est pour ça qu'ils m'ont pris en alternance par exemple. Sinon, c'était pendant les vacances, il y avait une porte ouverte. C'était imprévu, je devais juste accompagner un copain à moi. Finalement, c'était rien à voir avec mes spécialités, c'était en plomberie. Je me suis renseigné, ils m'ont dit d'envoyer mon CV, j'ai envoyé mon CV. Après, ils m'ont dit de répondre à un questionnaire, j'ai répondu à un questionnaire. Après, il fallait prendre un rendez-vous pour un entretien, mais c'était tout rempli. Ça fait, je n'ai pas pu le prendre, mais si je peux m'orienter plus, je m'orienterai plus vers la plomberie que le commerce. Parce que moi, je préférais un métier manuel de base, puisque j'avais déjà ma mère en troisième, je voulais aller dans un lycée pro et elle ne voulait pas. Ça fait, c'est pour ça que j'ai dû m'orienter vers un lycée général. C'était plus pour ma mère, on va dire.
- Régis Forgione
On va un peu rentrer dans cette idée de la voie pro, de ce qui paraît faisable, pas faisable. Yoril, une réaction à ce témoignage ?
-
C'était encore un joli témoignage, parce que c'est des témoignages qu'on a entendus, qui sont l'illustration de ce qu'on peut entendre de plein d'autres jeunes. Donc c'est bien, parce que ça nous parle. Moi je trouve que c'est intéressant, parce qu'il dit « je l'ai fait pour ma mère » . Ce sont des mineurs, donc c'est quand même les parents qui vont faire les choix d'orientation in fine pour leurs enfants. et toujours avec comme état d'esprit de faire le bien pour leurs enfants. Donc on peut se dire que cette maman, elle a essayé de projeter son fils sur une voie de formation. Là, aujourd'hui, il a pris de la maturité et il sait se saisir des opportunités, puisqu'il dit j'ai accompagné un camarade, c'était pas pour moi. Mais à ce moment-là, il y a la rencontre. Et il est un peu plus grand pour se dire, mais là je crois que ça peut être mon chemin. Et je pense qu'il aura plus d'argumentaires là pour pouvoir dire à sa maman, mais j'ai essayé, tu vois, et ce n'est pas ce qui me convient. Et je crois que maintenant, je sais ce qui me convient. Il arrive à dire la différence entre, pour lui, la plomberie et le commerce. Pour nous, ça va de soi. Mais là, il arrive à dire, je voulais quelque chose de plus professionnel. Le commerce, c'est aussi professionnel. Mais il dit manuel. Donc, il commence à pouvoir exprimer. Et je trouve que ce temps-là du cheminement, ça montre bien qu'il n'y a pas d'erreur d'orientation, il y a des parcours et il y a une sécurité, une assurance en soi. À un moment donné, on est capable de se dire, je peux saisir l'opportunité et je vais savoir la défendre auprès de mon entourage parce que maintenant, je sais la verbaliser et je sais pourquoi il faut que j'aille là. Et c'est ce qu'il nous dit à la fin.
- Hélène Audard
Je ne divulgache pas la fin de l'épisode. Ce n'est pas forcément un happy ending d'ailleurs.
- Yoril Baudoin
Oh dommage.
- Hélène Audard
Oui, désolé, mais...
- Yoril Baudoin
On est un peu déçu du coup.
- Hélène Audard
Et oui, parce qu'il a fait du cheminement, mais finalement, ce n'est peut-être pas ça qui va prévaloir à la fin.
- Yoril Baudoin
Après, j'allais dire, il y a aussi des fois des freins qui sont, là je pense pour une réorientation, il y a les questions de place, il y a des fois des choix qui nous sont fermés pour des résultats scolaires insuffisants. Il y a aussi des freins sur lesquels on ne peut pas agir. Je vois par exemple le collège de Ouassini, il est rattaché à un lycée à 45 minutes de route. Et donc, c'est trop loin pour avoir un bus. Donc, il n'y a pas de bus qui vient chercher les élèves. Donc, on est rattaché à un lycée, mais on n'a pas le moyen matériel d'emmener les élèves à cet endroit-là. Donc, il faut déjà que les parents soient capables d'emmener leur enfant dans le village d'à côté pour qu'ils puissent prendre le bus. et donc là on se... On est contraints aussi avec d'autres facteurs qui sont quand même, pour moi, très désengageants pour les familles. C'est un vrai frein.
- Régis Forgione
Dans le titre de cette partie, il y a le rêve, alors il y a ces élèves qui rêvent trop petits, il y a peut-être aussi ces élèves qui rêvent trop grands. On entend souvent ceux qui veulent être footballeurs professionnels, influenceurs, rois du bitcoin et que sais-je. Comment on travaille l'orientation avec ces élèves ? Peut-être, allez, Yoril pour commencer.
- Yoril Baudoin
Pour moi, on ne rêve jamais trop grand. Il me semble que quand on est enfant, heureusement qu'on rêve, parce que sinon, ça veut dire qu'il n'y a pas la libido, en fait, l'envie de vivre. Donc, il faut rêver grand, sinon il ne se passe rien. Donc, c'est logique qu'ils rêvent grand. Et puis, en plus, qui sommes-nous pour savoir si ce n'est pas eux qui vont devenir le roi du bitcoin ou le footballeur professionnel ? Parce que le nombre de footballeurs professionnels qui disent le conseiller d'orientation, la conseillère d'orientation, le professeur, m'avaient dit que je ne le deviendrais pas. Et regardez qui je suis aujourd'hui. Au milieu, il y en a un qui le deviendra. donc On a plutôt tendance à se dire, laissons les rêver grands parce que le rêve, ça permet de s'accrocher à quelque chose qui nous projette. Et par contre, il faut développer des compétences. Et après, au fur et à mesure, il faut permettre aux jeunes d'avoir ces temps de réflexivité, ce retour sur soi, pour se dire, est-ce que là, je peux revoir mon projet un peu autrement, le rediriger sur autre chose ? et finalement se dire je suis quand même à la bonne place.
- Hélène Audard
Merci Yoril parce que vous m'offrez un tremplin vers notre troisième partie, éduquer à l'orientation au quotidien. Parce que là on aimerait bien rentrer dans le détail de ce que c'est que ces compétences à s'orienter, puisqu'il y a des référentiels de compétences à s'orienter qui ont été publiés, dans lesquels il y a... Beaucoup de choses qu'on n'aurait d'ailleurs pas forcément imaginées, comme par exemple, je ne sais plus exactement comment c'est formulé, mais c'est Se projeter dans un monde incertain, ce type de compétences. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?
- Yoril Baudoin
Oui, alors ça c'est un référentiel. Les deux référentiels ont été créés sur le collège et puis le référentiel sur les compétences à s'orienter au lycée, avec des blocs. Et effectivement, il y a un bloc, se projeter dans un monde incertain, puisque c'est se projeter sur des métiers qui n'existent pas aujourd'hui. Donc c'est compliqué de parler d'un métier qui n'existe pas alors qu'on sait que cette génération va œuvrer sur des secteurs d'activité qui ne sont pas présents dans notre scope aujourd'hui. Donc l'objectif c'était de rappeler que s'orienter c'était aussi savoir trier de l'information. Là aujourd'hui on est dans une société de presque trop d'informations pour les jeunes et il faut qu'ils arrivent à la trier pour pouvoir se dire où... Où est-ce que je concentre ma recherche ? Et finalement, qu'est-ce qui est important pour moi de trouver dans les fiches métiers, dans les rencontres, dans les expériences que je fais ? Pour nous, le référentiel des compétences à s'orienter, ça donne des bornes et ça dit bien que ça peut se jouer dans chaque enseignement. On revient à ce qu'on disait au début, c'est-à-dire que ce n'est pas à côté de la classe. C'est dans la classe, c'est dans le quotidien de ce que chaque adulte responsable face à un jeune peut faire. C'est pas forcément le psychologue de l'éducation nationale qui doit expliquer comment s'informer sur l'orientation. C'est comment on s'informe tout le temps sur internet. Qu'est-ce qu'on doit regarder ? Est-ce que c'est parce que c'est le premier site qui arrive en premier que c'est le site le plus légitime ? Ces questions-là, elles sont fondamentales sur l'ensemble des sujets. donc il faut qu'on oeuvre collectivement ensemble sur comment je développe ma compétence à m'informer, comment j'arrive à me projeter alors même que je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais qu'est-ce que je dois questionner sur moi, en quoi je dois avoir confiance et qu'est-ce que je dois vérifier. Donc, les blocs des compétences à s'orienter, ça nous permet de baliser collectivement finalement ce que nous pouvons porter dans notre activité quotidienne dans la classe.
- Régis Forgione
Pour développer ces compétences, il y a aussi la mise en place de dispositifs. Et je pense à vous, Estelle Blanchard, sur ces journées portes ouvertes organisées dans un lycée pour des élèves d'école primaire. Dites-nous en plus.
- Estelle Blanchard
Alors ça, c'était une idée d'un lycée qui avait participé à Nefle, qui nous a proposé de participer à cela. Et alors ça a été vraiment une très, très grande réussite, tellement que cette année, on va emmener cinq classes du territoire dans cinq lycées différents. Et les cinq lycées sont très ravis de nous accueillir. Ce qui a été très vite remarqué, c'est en fait que nos élèves ont été très, très, très curieux. On posait beaucoup de questions à chaque atelier. Ils ont participé, se sont renseignés. Si on fait ça, quel métier on pourra faire plus tard ? Et vraiment, ça a été tellement engageant pour eux qu'on n'a pas réussi à faire le tour du lycée. on a dû zapper les derniers ateliers parce qu'ils avaient étaient vraiment dans l'action, dans le questionnement. Les profs qui nous ont accueillis au début en nous disant « Vous êtes des hauts potentiels pour arriver déjà au lycée ? » En fait, au début, ils ne savaient pas trop comment ils allaient gérer. Ils ont été ravis de cette curiosité, puisque c'est vrai qu'on a remarqué, on avait des groupes avant nous et des groupes derrière nous, avec des troisièmes, et l'ambiance n'était pas du tout la même. On avait des troisièmes, l'adolescence est passant par là. C'était beaucoup plus compliqué. Ils venaient recevoir de l'information. On ne les sentait pas forcément, vu de l'extérieur, très intéressés. Pourtant, ils viennent dans ce lycée par choix pour les journées portes ouvertes. Alors que nous, ça s'affoisonnait. Les élèves étaient ravis. Les parents étaient ravis. Et voilà, ça a été vraiment une très grande expérience. Donc, on renouvelle avec plus de lycées et plus d'élèves.
- Hélène Audard
Yoril, est-ce qu'un des ressorts peut-être qu'on trouve dans cette expérience de portes ouvertes, c'est un peu l'immersion avec des semblables, ou en tout cas des pas très éloignés de nous, qui aident à se projeter mieux ?
- Yoril Baudoin
Ça, c'est clairement vérifié. Le travail de père à père fonctionne mieux en matière d'orientation parce que la projection est plus facilitée. Effectivement, là, on le voit sur les adolescents, c'est différent parce qu'ils sont habitués à être dans une position un peu passive en classe, même s'ils sont actifs intellectuellement, mais pas physiquement sollicités. dans le cadre de la classe. Et quand on les met en sortie comme ça dans un établissement scolaire, ils ont cette passivité qu'ils transportent avec eux finalement sur « je vois, je reçois quelque chose, mais je ne suis pas encore en activité pour en faire quelque chose pour moi » . C'est pour ça que les temps de réflexivité sont essentiels. C'est ce que, dans les milieux un peu plus favorisés, on fait facilement avec nos enfants. Et c'est ce sur quoi nous devons travailler pour que ce soit fait pour l'ensemble des enfants, y compris ceux qui sont moins accompagnés dans leur environnement. Et moi je crois beaucoup à la mise en activité des adolescents. Parce que justement il faut les remettre dans une position où ils vont faire pour pouvoir s'interroger sur « tiens qu'est-ce que je suis en train de voir dans le lycée professionnel ? » Nous, on a l'impression qu'on leur a montré des magnifiques... ateliers et que donc ils vont avoir des questions pertinentes et qu'ils vont pouvoir se projeter alors qu'en fait ils vont passer par le geste pour pouvoir se questionner sur quelles sont les compétences à l'oeuvre, est-ce que ça m'intéresse, est-ce que j'aimerais faire ce geste tout le temps, est-ce que je l'ai trouvé compliqué, mais est-ce que parce que c'est compliqué j'y mets une valeur et donc cette mise en activité chez les adolescents elle est essentielle au-delà de l'immersion
- Régis Forgione
Et toujours pour rester sur l'immersion, en préparant cet épisode, vous nous aviez relaté l'expérience d'une classe complète en immersion dans une entreprise ?
- Yoril Baudoin
Oui, alors des petits, puisque là on est sur de l'école primaire dans un territoire, donc c'est la classe en entreprise. Donc ce qui est intéressant, c'est qu'une fois par semaine, la classe est délocalisée, se passe dans une salle de l'entreprise en question, et donc l'enseignante travaille avec ses élèves. mais qui, du coup, croisent des parents, puisque c'est sur le territoire local. Donc, ils croisent les parents, les oncles, les tantes, les frères, les voisins. Et donc, on n'a pas besoin de les exposer à ce qu'est l'entreprise, de leur dire, voilà, l'entreprise, ce n'est pas ça. En fait, ils la voient, l'entreprise. Ils voient les gens arriver, ils voient leur tenue vestimentaire, et il n'y a pas besoin de leur dire, l'entreprise, ce n'est pas germinal. il voit quand ils vont une fois par semaine dans l'entreprise, qu'ils s'y passent. Et cette expérience dure sur le collège. Alors c'est une entreprise, je ne vais pas la nommer du coup, mais qui travaille sur des câbles. Et les professeurs de mathématiques expliquent les sinus et profitent de ce que l'entreprise fait pour aller voir dans les ateliers. À quoi ça sert en fait ? C'est quoi la réalité d'un sinus dans ce que produit cette entreprise ? Donc là, le fait de jouer territorialement avec une entreprise sur la classe en entreprise a des effets extrêmement intéressants sur les poursuites d'études, y compris dans des domaines qui sont des domaines un peu âpres, sur les sciences. Je trouve que ce projet est extrêmement intéressant et facilement reconductible.
- Hélène Audard
Intéressant comme inspiration. Estelle, vous en avez parlé un petit peu dans la première partie, mais j'aimerais bien qu'on y revienne. Un autre volet peut-être sur lequel les enseignants peuvent travailler au quotidien, c'est tout ce rôle de l'introspection nécessaire pour faire avancer son projet, comment on se voit plus tard, etc. Se connaître, connaître ses points forts. On parle des soft skills, de ses habiletés. relationnel, etc. C'est des choses que vous travaillez, vous, avec quand même cette idée d'orientation derrière ?
- Estelle Blanchard
Alors, en regardant le plan du collège par rapport justement à savoir s'orienter, apprendre à s'orienter, je trouve qu'on est complètement dans les compétences psychosociales. Et nous, c'est un travail que l'on met en place dès la maternelle, savoir être, savoir rentrer en relation avec les autres, se connaître, connaître comment réagir. Donc oui, ça fait... complètement partie des programmes actuels. Et on peut le travailler, on le travaille au quotidien avec nos élèves. On est dans l'auto-évaluation, par exemple, quand on fait un travail avec un élève, on va d'abord lui demander « Alors, comment tu as réussi ? Est-ce que tu penses que tu as réussi ? » Rien que poser cette petite question, l'élève va dire « Oui, non, j'ai trouvé ça difficile. » C'est déjà mieux se connaître. Après, on va en discuter avec l'enseignant pour dire « Non, moi je trouve que tu as très bien réussi. » Et là, on sait que cet élève-là, il va avoir besoin qu'on l'encourage et qu'il se rende compte de ses capacités. Et inversement, des fois, des élèves qui ont l'impression de tout réussir ou il faut les remettre face à leurs difficultés pour qu'ils puissent les travailler. Et c'est vrai que par rapport aux actions qu'on a mises en place, on va faire un petit questionnaire aussi par rapport à ça. Au début, on avait un questionnaire juste sur les métiers qu'ils avaient découverts. Là, on va en plus ajouter, est-ce que je me sens capable de faire ce métier ? et sur qui vous êtes. qu'est-ce que je vais devoir travailler si je ne m'en sens pas capable pour y arriver et où est-ce que je vais pouvoir trouver de l'aide. On va essayer d'étoffer un petit peu ce questionnaire pour pouvoir mieux accompagner l'élève à la suite des différentes actions qu'on a faites.
- Régis Forgione
Je suis sûr que parmi ceux qui nous écoutent, il y en a qui sont en train de se dire qu'il y a un éléphant au milieu de la pièce autour duquel ils n'ont encore rien dit. C'est les IA qui ont fait leur éruption dans tous les domaines et notamment dans l'orientation. Avec Hélène, en préparant cet épisode, on est allé voir du côté de Orianne, qui a été mis en place par la région Île-de-France, qui a un chatbot pour aider et donner des ressources pertinentes autour de l'orientation. On aimerait bien votre avis, Madame Baudouin, sur ces questions-là. Où on en est de l'IA pour l'orientation ?
- Yoril Baudoin
C'est un sujet qui est fort intéressant pour nous parce qu'on sait que les jeunes vont s'en emparer. Ils s'en emparent déjà, donc il ne faut pas rester à côté de ça. Il faut justement peut-être utiliser les IA de la bonne façon, donc ça on y pense beaucoup. Ce qui serait délétère selon nous, c'est si un jeune confiait vraiment son doute ou son projet en disant « voilà, j'aime ça, qu'est-ce que tu me proposes ? » et je vais en vaincre plus d'eux, puis attendre qu'il y ait la réponse qui tombe, parce que là, justement, on aurait plus ce cheminement et cet accompagnement humain. qui est extrêmement nécessaire pour que les jeunes puissent se projeter. Donc ça, ça serait un petit danger. Je pense qu'on va arriver à le contourner collectivement et utiliser les IA dans le bon sens, c'est-à-dire vraiment accompagner les jeunes à garder du temps de cerveau disponible pour pouvoir poser les bonnes questions aux bons acteurs et ne pas perdre du temps sur de la recherche documentaire qui j'aurais... vraiment une perte de temps pour eux. Donc voilà, on va essayer de rediriger les choses comme ça et on travaille déjà à regarder comment on peut investir l'IA dans notre accompagnement à l'orientation, je dirais presque dans la partie plutôt informative, pour garder du temps d'accompagnement humain.
- Régis Forgione
On arrive doucement mais sûrement vers les dernières parties de l'émission et notamment la partie inspiration. Alors, une inspiration à partager à nos poditrices et poditeurs, Estelle Blanchard ?
- Estelle Blanchard
En termes d'inspiration, c'est mon quotidien qui m'inspire. Ce sont mes élèves que je vois au maximum. C'est eux qui m'inspirent, qui me donnent envie de les aider pour avoir plus de choix pour leur avenir.
- Régis Forgione
Merci. Yoril ?
- Yoril Baudoin
Alors, il y a un film que j'aime beaucoup, parce que chaque fois que je le regarde, je le vois différemment. C'est Billy Elliot. Parce que finalement, ce film parle d'orientation. C'est vrai qu'il y a beaucoup de tendresse dans ce film. Mais il parle d'orientation, il parle des déterminismes de genre, il parle de la place de la famille et de ce que chacun nous projetons sur nos enfants en espérant quelque chose pour eux. Et parfois, ils font des choix qui peuvent nous décontenancer ou on a peur pour eux. Ce papa-là qui refuse ce parcours pour cet enfant, c'est parce qu'il a peur. Il a peur de ce qu'on va projeter sur son fils et de ce qui va devenir de son fils plus tard. Et finalement, on voit que ce jeune qui était parti vers la boxe, c'est la rencontre en fait. Cette opportunité à un moment de voir la danse à côté. C'est ce moment de rencontre et ce moment où on se dit, ça, c'est vraiment ce que j'ai envie de faire, mais il va falloir développer des compétences, il va falloir argumenter, il va falloir être accompagné. Je trouve que ce film parle vraiment de la lutte contre tous les déterminismes, mais de la place de chacun des acteurs et comment on peut être significatif. La professeure de danse est la personne significative pour cet enfant, comme tous les enseignants peuvent l'être. pour leurs élèves en matière d'accompagnement à l'orientation.
- Régis Forgione
Merci à toutes les deux pour ces inspirations. De notre côté avec Hélène, plutôt recommandations qu'inspirations, j'ai envie de dire, allez voir du côté de e-inspé, il y a pas mal de parcours sur l'orientation, notamment un dédié au collège, un au lycée, un au lycée pro, plusieurs autres, et j'ai envie d'en nommer un autre au moins, contribuent à la diversification des choix d'orientation des filles et des garçons, puisqu'on en a parlé aussi dans cet épisode. Et je laisse le mot de la fin à Hélène.
- Hélène Audard
Oui, moi ce que je retiens, c'est que loin de cette un peu panique des derniers jours de Parcoursup. En fait, on a le temps, on se donne le temps, on prend le temps. Et plus c'est tôt, plus c'est fait collégialement, je l'ai retenu, et mieux c'est. Donc, voilà, on va tous collectivement, parents, enseignants, psy-EN, tous les éducateurs, travailler à ça en se donnant du temps.
- Régis Forgione
Merci Yoril Baudoin, merci Estelle Blanchard.
- Hélène Audard
Merci à vous.