Laetitia LudwigsConcrètement, pour l'aider déjà, ce qui est important, c'est de changer de regard. Un élève qui ne travaille pas, ça ne signifie pas forcément qu'il est paresseux. Il peut être, comme le dit Serge Boimare, empêché de penser. C'est-à-dire qu'il peut être empêché par l'angoisse, par la peur de l'échec ou le manque de confiance en soi. Il y a plein de critères qui sont vraiment variés. Mon premier réflexe, c'est toujours d'instaurer un climat qui est confiant dans la classe. Et ça, dès le début de l'année, ça permet que l'élève, déjà, il se sente un petit peu sécurisé. Et l'autre point important, c'est quand je fais une erreur, je le dis directement aux élèves, on en rit. Et ça permet de dédramatiser, de montrer que tout le monde en fait. La deuxième chose importante, c'est vraiment de mettre l'élève en réussite. On va modifier nos supports, on va donner la manipulation, l'écoute. C'est l'esprit de la conception universelle d'apprentissage. On va passer d'une approche centrée sur la compensation individuelle à une réflexion globale centrée sur les apprentissages pour tous. Par exemple, en géométrie, je fournis des gabarits qui sont manipulables pour les élèves. Le théorème de Thalès, quand j'ai voulu l'introduire, je leur ai donné un gabarit où ils pouvaient modifier, le tourner, de façon à voir les différentes situations où il y avait proportionnalité. Après, ce qui est important aussi, c'est d'identifier la compétence cœur de cible. Par exemple, si je prends une activité, moi, en mathématiques, ça serait connaître la caractérisation de la médiatrice en classe de cinquième. Et je regarde. Autour de mon cœur de cible, j'ai mes compétences spécifiques, c'est-à-dire les compétences qui sont liées à ma discipline. Ça serait, par exemple, la maîtrise de la définition. Mais il faut que je sois sûre qu'il la maîtrise pour pouvoir faire l'activité. L'autre point, ça serait la construction à l'équerre de la médiatrice. Et bien là, comment est-ce que je vais faire ? Je vais pouvoir leur donner une fiche méthode à côté, qu'ils vont pouvoir utiliser, une fiche outil. Pareil pour le codage de la figure, ils auront une fiche coup de pouce. Et ensuite, on a tout autour ce qu'on appelle les compétences périphériques. Ces compétences interdisciplinaires, ça peut être l'utilisation du matériel. L'élève, par exemple, qui avait de très grandes difficultés dans ma classe à ce moment-là, je lui ai laissé faire sur GeoGebra. J'en avais un autre qui avait un niveau très très faible. J'ai utilisé une planche cloutée avec des élastiques, il pouvait placer sa médiatrice et ça lui permettait d'accéder quand même à la propriété. Et c'est important de l'appréhender avant de faire l'activité, avant d'aller en classe. Si l'élève a par exemple utilisé la fiche coup de pouce, au niveau des compétences, il sera dans le niveau fragile ou dans le niveau suffisant. Ça permettra à la famille et à l'élève de savoir : oui j'ai réussi à le faire, mais avec de l'aide. Et ce qui est également très important, c'est d'expliciter. Dans l'éducation, on a tendance à rester beaucoup dans l'implicite. Et retravailler en me disant « je mets de l'explicite » , ça m'a permis de changer un petit peu de posture. Et les feedbacks. Régulièrement, les élèves viennent à côté de moi et puis ils me montrent ce qu'ils ont fait. Et c'est vraiment en s'appuyant sur ce qui est positif et ce qui est à retravailler qu'ils vont progresser. En définitive, accompagner un élève en difficulté, c'est exercer pleinement son cœur de métier d'enseignant. C'est surtout repenser sa façon de faire en amont. Anticiper les obstacles et imaginer dès la conception de la séance plusieurs portes d'entrée possibles.