Frédéric AllegriniQuand on a des élèves qui arrivent en lycée professionnel, ils viennent d'un cursus collège où généralement, notamment en lycée pro, on se retrouve avec des élèves qui ont un bagage, une estime d'eux qui n'est pas énorme. Donc la première chose à faire, c'est de pouvoir les raccrocher déjà à la scolarité. Et pour les raccrocher à la scolarité, c'est tout simplement faire des choses qui sont en lien concret et qui les valorisent. Donc quand on va commencer à travailler sur nos compétences, on va faire des petites pièces qui sont en lien avec le métier, mais c'est des pièces aussi qui peuvent être exposées à l'intérieur du foyer. Un élève qui ne va pas réussir sa pièce, ce n'est pas grave, il va la recommencer parce que je veux qu'il ramène quelque chose dont il est fier. À la réunion parents-professeurs, quand j'échange avec les parents, souvent ils me parlent, "ils nous a ramené sa pièce, on est très heureux de la pièce et on ne pensait pas qu'il allait pouvoir faire ça". Pour moi, c'est plus simple de pouvoir transmettre les choses si c'est quelque chose qui m'est un peu plus personnel. Par exemple, je travaille la photographie, l'appareil photo fait partie intégrante du quotidien de mes élèves. Donc j'ai créé des liens avec certaines compagnies artistiques. Et donc ça fait quelques années qu'on réalise des éléments de décor pour ces compagnies. L'année dernière, on a réalisé un élément de décor pour la compagnie La Muette, pour un spectacle qui s'appelle Soledad. Les élèves l'ont fabriqué, l'artiste est venu dans l'atelier travailler avec eux, ils ont pu transmettre les choses, montrer leurs compétences. En contrepartie, je leur demande de venir faire quelque chose de culturel avec mes élèves ou au sein de l'établissement pour tout simplement un échange. Et donc il est venu faire un son spectacle dans l'atelier. Ça peut être aussi des concours, parce que c'est quelque chose qui peut être transposable sur toutes les filières. Donc il y a un concours national qui s'appelle Je filme ma formation. Et ce concours est ouvert en fait à tous les niveaux de classe du second degré. Et les élèves doivent tout simplement en trois minutes présenter leur filière. L'année dernière on a concouru avec la classe de terminale que j'avais. On a travaillé en co-intervention dessus avec ma collègue professeure de français. J'ai fait venir des amis artistes pour pouvoir leur faire travailler tout ce qui était un pro avec un comédien. J'ai fait venir des amis du collectif Kinorev qui nous ont aidés sur le tournage. Et on a fait cette petite vidéo de 3 minutes qui s'appelle Mission Possible, où les élèves vont sauver la tour Eiffel, ils vont réparer la tour Eiffel. A l'issue de ça, on a présenté au concours, on a eu la chance d'avoir été invité au Grand Rex à Paris, où on a reçu deux trophées or. Pour moi, ce qui est important pour pouvoir motiver un élève c'est d'être à l'écoute et de le valoriser sur ce qu'il est, qu'importe son histoire, qu'importe ce qu'il veut faire, le plus important c'est qu'il soit fier de faire les choses et qu'il comprenne pourquoi il les fait. Au final, pour moi en fait, la pédagogie de projet c'est une démarche qui réconcilie l'école, le métier et le plaisir d'apprendre.