- Extra classe
Bienvenue dans les énergies scolaires, épisode 172.
- Olivier Arnold
Je m'appelle Olivier Arnold, je suis enseignant au collège Wolf à Mulhouse, enseignant en histoire et en cinéma, et ça fait quasiment 20 ans que je propose des ateliers autour du cinéma à mes élèves.
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on l'écoute vraiment ? Les énergies scolaires.
- Olivier Arnold
Il y a trois piliers dans les ateliers que je propose autour du cinéma, avec ma collègue Virginie Weibel, qui est enseignante en français. On fait d'abord de l'histoire du cinéma, ensuite on fait de l'analyse de films, et le troisième pilier, c'est l'écriture d'un scénario original, à partir d'un thème, et à partir du scénario qu'on aura écrit avec les élèves, de le réaliser. On commence à répartir les rôles, qui veut faire quoi. La technique, du jeu, de l'artistique, autre chose. Ensuite vient le moment des répétitions. Ensuite vient la phase des repérages. On essaye de trouver les lieux dont on a besoin. Puis les costumes, les accessoires, qui ramène quoi, de quoi on a besoin, les coiffures, les ultimes répétitions. Et là, dans moins d'un mois, on tourne. Donc là, c'est deux grosses journées de tournage. Et après viendra le temps de la post-production. Il faudra monter tout ça, mixer, étalonner. Et là, on est en partenariat depuis une dizaine d'années avec la société de production Red Revolver. C'est vraiment un accompagnement sur tout le processus créatif d'un film. Ces ateliers sont deux heures en plus à l'emploi du temps, donc hors temps scolaire. Ça demande de l'investissement, mais que je ne compte pas, puisque je suis par ailleurs passionné de cinéma et cinéphile depuis mon plus jeune âge. Donc ces ateliers permettent de faire une sorte de trait d'union entre mon engagement personnel pour le cinéma et l'engagement auprès des élèves.
- Extrait des répétitions
Le tout début, c'est penser où tu es seul ? Un peu dans l'ombre avec juste la pianiste. Là, je suis toute seule sur scène. Toute seule sur scène. Et après, le reste. Et après, c'est une envolée. Allez, un beau silence et action ! Quand la lune est haut dans le ciel, dans son lit de nuages amicaux, elle est seule à rêver tout là-haut, sans jamais vivre sa vie. Comme ça ? Et après, ça fait le peps. Oui, mais faudrait pas penser qu'elle va... Non, mais j'arrive pas. C'était bien, c'était un bon début.
- Olivier Arnold
Alors, le projet de cette année, on a travaillé sur la comédie musicale. Il y a deux séquences chantées et dansées. Ces deux séquences, ça va être un petit défi au tournage. Et du coup, Nicolas Cadieux, qui est l'ingénieur du son et le compositeur sur ce film-là, avec Nicolas, les élèves ont enregistré les chansons. En amont, on aura aussi le chorégraphe Vincent Geller en maître de ballet pour nous épauler, on va danser nous aussi les figurants,
- Extrait des répétitions
On va chanter avec elle là dans un premier temps, ici on fait que l'enregistrement sonore, on va pas faire la chorégraphie en plus, c'est super dur de faire la chorégraphie, en plus chanter en même temps et on trichera au tournage, ben voilà il faudra faire semblant de chanter,
- Olivier Arnold
vous pourrez chanter vraiment mais au final le son qu'on va utiliser c'est probablement celui qu'on fait aujourd'hui. Le collège Wolf c'est une REP+, avec des élèves capables de faire des choses absolument extraordinaires, mais qui ne s'épanouissent pas tous forcément dans le schéma classique de l'école. Et ce genre d'atelier leur permet déjà de découvrir des trésors d'inventivité, de faire travailler leur imagination, et aussi permet de stimuler le travail d'équipe. Souvent, on laisse ses élèves dans des travaux individuels, et puis ils sont confrontés à leur propre limite parfois, et à l'échec. Et c'est difficile à gérer. Et là, en mutualisant les forces, en faisant un vrai travail collectif, ils se rendent compte que tout est possible, finalement. Tout au long de l'année, il y a énormément de compétences qui sont travaillées grâce au cinéma. Évidemment, on fait de l'histoire, avec l'histoire du cinéma, on fait de la théorie, on fait de l'analyse de plans, on fait de l'analyse d'images, on découvre des œuvres patrimoniales, des œuvres actuelles, des œuvres de cinéastes étrangers. On s'ouvre constamment sur la culture cinématographique. On acquiert du vocabulaire technique. On rencontre des professionnels du cinéma. On leur pose plein de questions et on y voit plus clair sur qui fait quoi au cinéma.
- Extrait des répétitions
Est-ce qu'il y en a qui ont envie de faire ingénieur du son ? Qui ont envie de gérer le matériel ? Tout le monde ? Génial ! Chacune son tour. Tu vas gérer les niveaux des micros. Tu vois, parce que là, on les voit. Tu vas lancer l'enregistrement et tu vas noter le nom de la piste.
- Olivier Arnold
On a essayé de comprendre ensemble ce qu'est une comédie musicale, donc le genre, et on s'est arrêté tout particulièrement sur une comédie musicale qui s'appelle Funny Girl de 1969, réalisée par William Wyler. À Mulhouse, nous sommes la ville de William Wyler, né en 1902 à Mulhouse, et il part à l'âge de 20 ans à Hollywood en réalisant des classiques multi-oscarisés tels que Ben Hur, Funny Girl. Et il se trouve qu'en 2022, la ville de Mulhouse a décidé d'honorer William Wyler et elle m'a demandé de réaliser un film avec les élèves en hommage à Wyler. C'est toute une histoire puisque j'ai rencontré les filles Wyler, notamment Catherine Wyler, et puis on est resté en contact. L'année suivante, on a organisé une année Spielberg au collège, à l'atelier, avec une quinzaine d'élèves, de quatrième cette fois. Il faut savoir une chose, c'est que William Wyler est l'un des trois réalisateurs préférés de Steven Spielberg. J'envoie le film de fin d'année à Catherine Wyler, qui l'envoie à Spielberg. Spielberg nous envoie un message de remerciement très sympathique, vraiment très chaleureux, très émouvant. Le soir de la projection du film de Spielberg, je vais devant sur scène et je dis « Bon, écoutez, on a reçu une vidéo qui nous fait un retour sur ce film, je vous laisse découvrir. » Et là le visage de Spielberg apparaît et effectivement là il y a une émotion vraiment très très forte dans la salle et c'est un moment qu'on n'oubliera jamais. Quand on fait de l'histoire du cinéma je leur passe souvent The Kid, le Kid de Charlie Chaplin début des années 1920 et je leur dis bon voilà je vais vous passer un film il a plus de 100 ans, il est noir et blanc, il est muet : évidemment c'est la révolution ah non monsieur muet, noir et blanc pourquoi, pourquoi vous nous voulez du mal etc. Je leur fais : écoutez, regardez le film, on en rediscute après. Et évidemment, ils rient, ils sont surpris, ils sont émus, ils pleurent presque. Et au bout des 50 minutes, je leur dis, vous vous souvenez, il y a 50 minutes, vous avez protesté parce que vous ne vouliez pas voir ce film. Mais monsieur, c'était trop bien, c'était magique, c'était fabuleux. Ils sont happés par ça et je les invite à réfléchir à ça. Pourquoi le noir et blanc, le muet, le côté plus de 100 ans, vous fait obligatoirement avoir une réaction négative ? Vous avez vu qu'en découvrant les choses, on reconstruit en fait quelque chose qu'on pensait savoir, mais qu'en fait on ignore. Et ça, ça s'applique à toute l'année. En fait, on déconstruit des a priori négatifs et on reconstruit quelque chose de beaucoup plus enchanté. Et le cinéma permet vraiment ça. Je ne connais rien d'autre qui permet ça de cette façon-là, aussi forte, aussi belle et aussi durable.
- Extrait des répétitions
Alors je danse, je donne de la voix, j'ouvre mon coeur et pour toi j'envoie. Alors je danse, alors je chante ma joie, mon amour pour toi ! Ne t'inquiète pas, je penserai à moi.
- Olivier Arnold
Et je pense aussi à une phrase que m'a dit un élève un jour, mais cette phrase elle me restera toute ma vie. Il m'a dit, monsieur, ce film on l'aura toute notre vie. On a réussi à capturer un moment de notre vie et il a terminé en disant « Je serai heureux plus tard de montrer ça à mes enfants et à mes petits-enfants » . Et ça, c'est peut-être une des choses les plus émouvantes qu'on m'ait dit. Parce que c'est vrai que ces films, c'est des petites capsules de bonheur. Les familles sont généralement très émues de voir leur enfant sur grand écran. Et c'est vraiment un vrai moment d'émotion, de partage. Et ça crée des moments magiques. Et je pense vraiment sincèrement que ça change profondément le regard. des parents, des familles et évidemment des élèves sur l'institution école.
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