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Cultiver la lecture en famille à l'école et au collège - Les énergies scolaires #197 cover
Cultiver la lecture en famille à l'école et au collège - Les énergies scolaires #197 cover
Extra classe, accompagner les enseignants dans leurs pratiques pédagogiques et leur formation

Cultiver la lecture en famille à l'école et au collège - Les énergies scolaires #197

Cultiver la lecture en famille à l'école et au collège - Les énergies scolaires #197

08min |20/05/2026
Play
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08min |20/05/2026
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Description

La lecture en famille, c’est ce qui rassemble une professeure de français et une coordonnatrice du réseau REP+ Wolf, à Mulhouse, autour du projet CLEF, « cultiver la lecture en famille », une initiative qui place les parents au cœur de l’apprentissage de la lecture. À deux voix, Lucie Penarrubia et Laetitia Ancel racontent leurs choix pédagogiques et les ajustements nécessaires pour travailler avec les parents autrement. Lectures partagées parents-enfants à l’école élémentaire, accompagnement individualisé au collège, livres audio ou multilingues pour les parents allophones : autant de leviers pour instaurer une alliance éducative durable. Un échange ancré dans le terrain, qui montre comment la coéducation peut redonner confiance aux élèves… et du plaisir à lire.

Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l’État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des Dépôts.
Retrouvez tous les épisodes produits autour de cette opération dans la playlist Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

La playlist Extra classe Coéducation peut vous intéresser. Pour aller plus loin sur la thématique de la coéducation, les épisodes « Parlons pratiques ! » sont faits pour vous. Découvrez d'autres initiatives et projets menés par les enseignants avec les parents dans les épisodes « Les énergies scolaires ». Et retrouvez des conseils pratiques dans les épisodes « Entre profs ».

Vous pouvez aussi consulter la présentation d’Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

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Et rejoignez-nous sur le groupe Facebook « Extra classe - Podcast et enseignement ».

Extra classe à écouter et à partager sur toutes vos plateformes de podcasts :
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Extra classe, le podcast produit par Réseau Canopé.
Épisode préparé et réalisé par : Sarah Eichhoff
Directeur de publication : Samuel Vitel
Coordination et production : Hélène Audard, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr
© Réseau Canopé, 2026


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Lucie Penarrubia

    Lucie Penarrubia, professeure de français au collège Wolf à Mulhouse.

  • Laetitia Ancel

    Laetitia Ancel, coordonnatrice du réseau Wolf à Mulhouse, dont fait partie l'école élémentaire Wolf et le collège Wolf.

  • Extra classe

    L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 197.

  • Lucie Penarrubia

    Ça fait deux ans maintenant que je porte un projet qui s'appelle CLEF, cultiver la lecture en famille. C'est un projet qui vise à faire des parents des passeurs de lecture. Ce projet, on le porte à trois. Il y a moi, Laetitia Ancel, et ma collègue Virginie Weibel, qui est professeure de français et qui m'accompagne pour la partie collège. Il se décline en deux volets. Il y a un volet à l'école élémentaire, où on fait venir les parents dans la salle de classe, dans des séances dédiées à la lecture partagée, alors qu'au collège, il prend la forme d'un accompagnement personnalisé, où on cible des familles qu'on va rencontrer et suivre de façon plus individuelle. On leur propose de participer au projet, on leur présente les objectifs, on leur propose un certain nombre de livres, on fait en sorte que le parent choisisse autant que l'enfant. Et puis on leur prête ces livres dans un sac qu'on fournit nous-mêmes, un petit tote bag qu'on a personnalisé. On les voit ensuite dans un deuxième entretien, et donc à partir de là, on se fait une deuxième sélection. Et on se revoit pour un dernier entretien, où là on fait à la fois le bilan des dernières lectures, mais aussi un bilan général de ce qui a été apprécié, retenu, ce qui a changé dans les pratiques, et ce qui pourrait être fait encore en autonomie, sans nous, une fois que le dispositif s'arrête.

  • Échange avec un élève

    « Et Mohammed Ali, alors, t'en as pensé quoi ? » « Ah, c'était bien, je l'ai bien aimé. » « Raconte, pourquoi ? » « Parce que mon petit frère, il aime trop les jeux de boxe, tout ça. » « Ok, et tu l'as lu à voix haute pour ton petit frère ? » « Euh, oui. » « Mais ce qui m'intéresse, c'est que maman, elle a lu le livre avec toi, alors ? » « Oui, Dijiar il l'a lu, moi, juste à côté de Dijiar. » « Est-ce que toi, tu observes qu'il y a eu une évolution ? Ou est-ce que tu trouves que c'est un peu plus facile de lire dans ta tête ou à voix haute ? » « Dans ma tête. » « Dans ta tête ? Explique-moi. » « En fait, moi, j'aime pas lire à voix haute. Pourquoi ? J'ai peur que je bégaye. Après, tout le monde se moque. Au moins, je lis dans ma tête, je bégaye, au moins, je recommence. » « Mais ton petit frère, il se moquait jamais, je pense. » « Non,non. » « Donc c'est pour ça que lire à la maison, c'est bien aussi. On est un peu plus protégés qu'en classe. Quand tu lis à voix haute, maman, jamais elle rigole si jamais tu te trompes, au contraire. Donc à la maison, c'est une chose qu'on peut faire et ça nous entraîne pour après le faire bien en classe. »

  • Lucie Penarrubia

    Ce projet, il se donne plusieurs objectifs. L'objectif premier, c'est de développer des compétences de lecteur chez les élèves, puisque c'est de là que vient tout le projet. C'est comment faire en sorte que nos élèves, qui sont souvent fragiles en lecture, puissent développer, grâce à leurs parents, grâce à la lecture en famille, les compétences qui leur permettent de réussir à l'école. Le deuxième objectif, c'est l'alliance éducative. Ça veut dire qu'on espère, par ce projet, développer de nouvelles relations avec les parents, qui ne soient pas forcément toujours du côté de la sanction ou du résultat scolaire. Faire un petit peu un pas de côté par rapport à nos relations habituelles avec les parents. Et ça, ça va se développer aussi bien dans le volet élémentaire que dans le volet collège, avec l'idée qu'on forme une équipe ensemble. Et puis le troisième objectif, ce sera de faire découvrir aux parents le plaisir que c'est de lire en famille, avec l'espoir qu'ils le reproduisent ensuite sans nous. Le réseau Wolf, c'est un réseau REP+, avec un IPS, c'est-à-dire un indice de positionnement social très faible. On est à l'avant-dernier de l'académie de Strasbourg, je crois. Donc c'est un public qui est éloigné de l'école, c'est un public aussi en situation de grande pauvreté, souvent, avec des parents qui font de leur mieux pour accompagner leurs enfants, mais qui n'ont pas forcément ni toujours le temps, les ressources d'accompagner ou de lire des livres à leurs enfants, comme on le ferait en public ordinaire.

  • Échange entre élèves

    « Toi tu veux lire quoi ? » « Justement, je suis en train de chercher. » « Je ne savais pas qu'il y avait des livres en arabe, c'est cool. » « Même des livres en moitié arabe et celui-là on l'avait presque fini. On était à 7 pages. » « Ah oui, avec ta maman, la dernière fois. Je peux lire avec vous ? »

  • Laetitia Ancel

    A l'école, nous avons ciblé les classes de CE2. Donc on s'est tournés vers les enseignants de CE2. On a voulu vraiment les impliquer dans le projet et on a pris tout un temps REP+ pour qu'on leur présente le projet et qu'ensuite ils s'en emparent et qu'ils donnent leur point de vue et leur façon de travailler avec nous. Au départ, on avait pensé à un système de lecture douillette parce que c'est un dispositif que j'avais l'habitude de mettre en œuvre lorsque j'étais enseignante en classe passerelle. Et donc j'ai voulu tester et voir ce que ça pouvait donner en classe de CE2. Finalement, on l'a transformé en semaine des histoires.

  • Lecture par des parents et élèves

    « Jamais un caprice, jamais un mot plus haut que l'autre. Je peux regarder la télé avec vous. » « La nuit tombe et bientôt il y aura des loups affamés qui vont faire un festin. » « Mais moi, je n'ai pas peur. Réponds à Kévin. » « Ça, c'est son cerveau, ça. Son petit cerveau. » « Il y a tout ce qu'il mange, là. Il y a du steak. » « Des pâtes, du boudin. » « C'est quoi du boudin ? » « C'est les saucisses, là, ce que tu vois ici, chérie. »

  • Laetitia Ancel

    Les parents peuvent s'inscrire à l'avance ou venir spontanément. On accueille une classe à la fois, à la BCD. Puis chacun part vers une activité de lecture de façon libre. Ça peut être seul, ça peut être à plusieurs élèves. Parfois, il y a des parents qui proposent des lectures dans leur langue familiale. Et en général, on a toujours, soit au début de la séance, soit à la fin de la séance, un petit temps de discussion où on invite les élèves à s'exprimer sur leur rapport à la lecture au fil des séances. À l'école, je savais qu'à l'avance, ce serait difficile de savoir si des parents allaient être présents ou pas. Et donc, on a pris le parti de mettre vraiment la liberté, la souplesse au cœur du projet. Et finalement, ça s'est toujours passé de façon sereine parce qu'ils étaient là par choix sans être obligés d'être là.

  • Lucie Penarrubia

    Au collège, les vrais freins qu'on a pu rencontrer, c'est la disponibilité des parents qui parfois travaillent beaucoup en fait et ne trouvent pas forcément le temps. L'autre frein, et c'est peut-être le frein principal, c'est la langue. On a quand même des familles qui parfois ne parlent que très peu ou ne lisent pas le français. Et ce frein-là, c'est vraiment l'audio qui va le lever parce que ça les soulage. J'ai une maman, quand je lui ai présenté le projet, elle était sombre, on sentait qu'elle était... préoccupée. Et puis je lui dis mais je vous prête l'enceinte. Alors là, le visage qui s'est éclairé, elle m'a dit « merci, merci ! » On sentait vraiment que ce soutien-là, cet étayage-là par le livre audio, ça levait tous les freins que la langue aurait pu présenter.

  • Laetitia Ancel

    Lucie est venue régulièrement dans les temps de travail qu'on a pu vivre avec les enseignants de CE2. Il y a eu régulièrement des échanges sur l'apprentissage de la lecture. Finalement, de voir au collège d'où viennent les élèves dans leur parcours de lecteur. L'intérêt du projet inter-degrés aussi, c'était de travailler à l'échelle du quartier. Et en effet, on a des familles qui sont concernées par le projet, et à l'école, et au collège.

  • Lucie Penarrubia

    L'impact, il est modeste, mais on l'a toujours su. Il est de l'ordre du relationnel, de l'impalpable. Il ne faut pas s'attendre à des miracles non plus. Ils ne vont pas devenir des super lecteurs de Balzac du jour au lendemain, et leurs résultats scolaires ne vont pas doubler. En revanche, ce que les collègues ont observé, c'est peut-être une plus grande confiance en soi, sur l'estime de soi. Quand je leur ai demandé « qu'est-ce que ça a changé pour toi ? » Il y a un élève qui m'a dit « mais madame, de la joie ! » De la joie, bien sûr, ça lui a apporté de la joie d'être avec sa famille, lire des livres, c'était comme une évidence. Elle était étonnée que je lui pose la question. Il y a un autre élève qui m'a dit « ça a bougé des choses dans ma tête ». Donc ça, ça rejaillit dans la posture en classe. Professionnellement, ça m'a confortée dans l'idée que l'alliance éducative, elle est vraiment importante. que l'enfant, quand il nous voit travailler ensemble, parents et professeurs main dans la main, ça lui fait du bien. Et ça lui apporte une forme d'assise, de sécurité. Ça m'a aussi permis de les voir sous un autre angle. Donc ça fait du bien de se rencontrer, parents et professeurs. Et le livre est donc médiateur à la fois dans la relation parents-enfants, mais aussi dans la relation parents-profs, en fait.

  • Extra classe

    Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l'État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des dépôts. Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.

Description

La lecture en famille, c’est ce qui rassemble une professeure de français et une coordonnatrice du réseau REP+ Wolf, à Mulhouse, autour du projet CLEF, « cultiver la lecture en famille », une initiative qui place les parents au cœur de l’apprentissage de la lecture. À deux voix, Lucie Penarrubia et Laetitia Ancel racontent leurs choix pédagogiques et les ajustements nécessaires pour travailler avec les parents autrement. Lectures partagées parents-enfants à l’école élémentaire, accompagnement individualisé au collège, livres audio ou multilingues pour les parents allophones : autant de leviers pour instaurer une alliance éducative durable. Un échange ancré dans le terrain, qui montre comment la coéducation peut redonner confiance aux élèves… et du plaisir à lire.

Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l’État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des Dépôts.
Retrouvez tous les épisodes produits autour de cette opération dans la playlist Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

La playlist Extra classe Coéducation peut vous intéresser. Pour aller plus loin sur la thématique de la coéducation, les épisodes « Parlons pratiques ! » sont faits pour vous. Découvrez d'autres initiatives et projets menés par les enseignants avec les parents dans les épisodes « Les énergies scolaires ». Et retrouvez des conseils pratiques dans les épisodes « Entre profs ».

Vous pouvez aussi consulter la présentation d’Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

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Épisode préparé et réalisé par : Sarah Eichhoff
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Mixage : Laurent Gaillard
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© Réseau Canopé, 2026


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Lucie Penarrubia

    Lucie Penarrubia, professeure de français au collège Wolf à Mulhouse.

  • Laetitia Ancel

    Laetitia Ancel, coordonnatrice du réseau Wolf à Mulhouse, dont fait partie l'école élémentaire Wolf et le collège Wolf.

  • Extra classe

    L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 197.

  • Lucie Penarrubia

    Ça fait deux ans maintenant que je porte un projet qui s'appelle CLEF, cultiver la lecture en famille. C'est un projet qui vise à faire des parents des passeurs de lecture. Ce projet, on le porte à trois. Il y a moi, Laetitia Ancel, et ma collègue Virginie Weibel, qui est professeure de français et qui m'accompagne pour la partie collège. Il se décline en deux volets. Il y a un volet à l'école élémentaire, où on fait venir les parents dans la salle de classe, dans des séances dédiées à la lecture partagée, alors qu'au collège, il prend la forme d'un accompagnement personnalisé, où on cible des familles qu'on va rencontrer et suivre de façon plus individuelle. On leur propose de participer au projet, on leur présente les objectifs, on leur propose un certain nombre de livres, on fait en sorte que le parent choisisse autant que l'enfant. Et puis on leur prête ces livres dans un sac qu'on fournit nous-mêmes, un petit tote bag qu'on a personnalisé. On les voit ensuite dans un deuxième entretien, et donc à partir de là, on se fait une deuxième sélection. Et on se revoit pour un dernier entretien, où là on fait à la fois le bilan des dernières lectures, mais aussi un bilan général de ce qui a été apprécié, retenu, ce qui a changé dans les pratiques, et ce qui pourrait être fait encore en autonomie, sans nous, une fois que le dispositif s'arrête.

  • Échange avec un élève

    « Et Mohammed Ali, alors, t'en as pensé quoi ? » « Ah, c'était bien, je l'ai bien aimé. » « Raconte, pourquoi ? » « Parce que mon petit frère, il aime trop les jeux de boxe, tout ça. » « Ok, et tu l'as lu à voix haute pour ton petit frère ? » « Euh, oui. » « Mais ce qui m'intéresse, c'est que maman, elle a lu le livre avec toi, alors ? » « Oui, Dijiar il l'a lu, moi, juste à côté de Dijiar. » « Est-ce que toi, tu observes qu'il y a eu une évolution ? Ou est-ce que tu trouves que c'est un peu plus facile de lire dans ta tête ou à voix haute ? » « Dans ma tête. » « Dans ta tête ? Explique-moi. » « En fait, moi, j'aime pas lire à voix haute. Pourquoi ? J'ai peur que je bégaye. Après, tout le monde se moque. Au moins, je lis dans ma tête, je bégaye, au moins, je recommence. » « Mais ton petit frère, il se moquait jamais, je pense. » « Non,non. » « Donc c'est pour ça que lire à la maison, c'est bien aussi. On est un peu plus protégés qu'en classe. Quand tu lis à voix haute, maman, jamais elle rigole si jamais tu te trompes, au contraire. Donc à la maison, c'est une chose qu'on peut faire et ça nous entraîne pour après le faire bien en classe. »

  • Lucie Penarrubia

    Ce projet, il se donne plusieurs objectifs. L'objectif premier, c'est de développer des compétences de lecteur chez les élèves, puisque c'est de là que vient tout le projet. C'est comment faire en sorte que nos élèves, qui sont souvent fragiles en lecture, puissent développer, grâce à leurs parents, grâce à la lecture en famille, les compétences qui leur permettent de réussir à l'école. Le deuxième objectif, c'est l'alliance éducative. Ça veut dire qu'on espère, par ce projet, développer de nouvelles relations avec les parents, qui ne soient pas forcément toujours du côté de la sanction ou du résultat scolaire. Faire un petit peu un pas de côté par rapport à nos relations habituelles avec les parents. Et ça, ça va se développer aussi bien dans le volet élémentaire que dans le volet collège, avec l'idée qu'on forme une équipe ensemble. Et puis le troisième objectif, ce sera de faire découvrir aux parents le plaisir que c'est de lire en famille, avec l'espoir qu'ils le reproduisent ensuite sans nous. Le réseau Wolf, c'est un réseau REP+, avec un IPS, c'est-à-dire un indice de positionnement social très faible. On est à l'avant-dernier de l'académie de Strasbourg, je crois. Donc c'est un public qui est éloigné de l'école, c'est un public aussi en situation de grande pauvreté, souvent, avec des parents qui font de leur mieux pour accompagner leurs enfants, mais qui n'ont pas forcément ni toujours le temps, les ressources d'accompagner ou de lire des livres à leurs enfants, comme on le ferait en public ordinaire.

  • Échange entre élèves

    « Toi tu veux lire quoi ? » « Justement, je suis en train de chercher. » « Je ne savais pas qu'il y avait des livres en arabe, c'est cool. » « Même des livres en moitié arabe et celui-là on l'avait presque fini. On était à 7 pages. » « Ah oui, avec ta maman, la dernière fois. Je peux lire avec vous ? »

  • Laetitia Ancel

    A l'école, nous avons ciblé les classes de CE2. Donc on s'est tournés vers les enseignants de CE2. On a voulu vraiment les impliquer dans le projet et on a pris tout un temps REP+ pour qu'on leur présente le projet et qu'ensuite ils s'en emparent et qu'ils donnent leur point de vue et leur façon de travailler avec nous. Au départ, on avait pensé à un système de lecture douillette parce que c'est un dispositif que j'avais l'habitude de mettre en œuvre lorsque j'étais enseignante en classe passerelle. Et donc j'ai voulu tester et voir ce que ça pouvait donner en classe de CE2. Finalement, on l'a transformé en semaine des histoires.

  • Lecture par des parents et élèves

    « Jamais un caprice, jamais un mot plus haut que l'autre. Je peux regarder la télé avec vous. » « La nuit tombe et bientôt il y aura des loups affamés qui vont faire un festin. » « Mais moi, je n'ai pas peur. Réponds à Kévin. » « Ça, c'est son cerveau, ça. Son petit cerveau. » « Il y a tout ce qu'il mange, là. Il y a du steak. » « Des pâtes, du boudin. » « C'est quoi du boudin ? » « C'est les saucisses, là, ce que tu vois ici, chérie. »

  • Laetitia Ancel

    Les parents peuvent s'inscrire à l'avance ou venir spontanément. On accueille une classe à la fois, à la BCD. Puis chacun part vers une activité de lecture de façon libre. Ça peut être seul, ça peut être à plusieurs élèves. Parfois, il y a des parents qui proposent des lectures dans leur langue familiale. Et en général, on a toujours, soit au début de la séance, soit à la fin de la séance, un petit temps de discussion où on invite les élèves à s'exprimer sur leur rapport à la lecture au fil des séances. À l'école, je savais qu'à l'avance, ce serait difficile de savoir si des parents allaient être présents ou pas. Et donc, on a pris le parti de mettre vraiment la liberté, la souplesse au cœur du projet. Et finalement, ça s'est toujours passé de façon sereine parce qu'ils étaient là par choix sans être obligés d'être là.

  • Lucie Penarrubia

    Au collège, les vrais freins qu'on a pu rencontrer, c'est la disponibilité des parents qui parfois travaillent beaucoup en fait et ne trouvent pas forcément le temps. L'autre frein, et c'est peut-être le frein principal, c'est la langue. On a quand même des familles qui parfois ne parlent que très peu ou ne lisent pas le français. Et ce frein-là, c'est vraiment l'audio qui va le lever parce que ça les soulage. J'ai une maman, quand je lui ai présenté le projet, elle était sombre, on sentait qu'elle était... préoccupée. Et puis je lui dis mais je vous prête l'enceinte. Alors là, le visage qui s'est éclairé, elle m'a dit « merci, merci ! » On sentait vraiment que ce soutien-là, cet étayage-là par le livre audio, ça levait tous les freins que la langue aurait pu présenter.

  • Laetitia Ancel

    Lucie est venue régulièrement dans les temps de travail qu'on a pu vivre avec les enseignants de CE2. Il y a eu régulièrement des échanges sur l'apprentissage de la lecture. Finalement, de voir au collège d'où viennent les élèves dans leur parcours de lecteur. L'intérêt du projet inter-degrés aussi, c'était de travailler à l'échelle du quartier. Et en effet, on a des familles qui sont concernées par le projet, et à l'école, et au collège.

  • Lucie Penarrubia

    L'impact, il est modeste, mais on l'a toujours su. Il est de l'ordre du relationnel, de l'impalpable. Il ne faut pas s'attendre à des miracles non plus. Ils ne vont pas devenir des super lecteurs de Balzac du jour au lendemain, et leurs résultats scolaires ne vont pas doubler. En revanche, ce que les collègues ont observé, c'est peut-être une plus grande confiance en soi, sur l'estime de soi. Quand je leur ai demandé « qu'est-ce que ça a changé pour toi ? » Il y a un élève qui m'a dit « mais madame, de la joie ! » De la joie, bien sûr, ça lui a apporté de la joie d'être avec sa famille, lire des livres, c'était comme une évidence. Elle était étonnée que je lui pose la question. Il y a un autre élève qui m'a dit « ça a bougé des choses dans ma tête ». Donc ça, ça rejaillit dans la posture en classe. Professionnellement, ça m'a confortée dans l'idée que l'alliance éducative, elle est vraiment importante. que l'enfant, quand il nous voit travailler ensemble, parents et professeurs main dans la main, ça lui fait du bien. Et ça lui apporte une forme d'assise, de sécurité. Ça m'a aussi permis de les voir sous un autre angle. Donc ça fait du bien de se rencontrer, parents et professeurs. Et le livre est donc médiateur à la fois dans la relation parents-enfants, mais aussi dans la relation parents-profs, en fait.

  • Extra classe

    Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l'État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des dépôts. Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.

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Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l’État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des Dépôts.
Retrouvez tous les épisodes produits autour de cette opération dans la playlist Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

La playlist Extra classe Coéducation peut vous intéresser. Pour aller plus loin sur la thématique de la coéducation, les épisodes « Parlons pratiques ! » sont faits pour vous. Découvrez d'autres initiatives et projets menés par les enseignants avec les parents dans les épisodes « Les énergies scolaires ». Et retrouvez des conseils pratiques dans les épisodes « Entre profs ».

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    Lucie Penarrubia, professeure de français au collège Wolf à Mulhouse.

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    Laetitia Ancel, coordonnatrice du réseau Wolf à Mulhouse, dont fait partie l'école élémentaire Wolf et le collège Wolf.

  • Extra classe

    L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 197.

  • Lucie Penarrubia

    Ça fait deux ans maintenant que je porte un projet qui s'appelle CLEF, cultiver la lecture en famille. C'est un projet qui vise à faire des parents des passeurs de lecture. Ce projet, on le porte à trois. Il y a moi, Laetitia Ancel, et ma collègue Virginie Weibel, qui est professeure de français et qui m'accompagne pour la partie collège. Il se décline en deux volets. Il y a un volet à l'école élémentaire, où on fait venir les parents dans la salle de classe, dans des séances dédiées à la lecture partagée, alors qu'au collège, il prend la forme d'un accompagnement personnalisé, où on cible des familles qu'on va rencontrer et suivre de façon plus individuelle. On leur propose de participer au projet, on leur présente les objectifs, on leur propose un certain nombre de livres, on fait en sorte que le parent choisisse autant que l'enfant. Et puis on leur prête ces livres dans un sac qu'on fournit nous-mêmes, un petit tote bag qu'on a personnalisé. On les voit ensuite dans un deuxième entretien, et donc à partir de là, on se fait une deuxième sélection. Et on se revoit pour un dernier entretien, où là on fait à la fois le bilan des dernières lectures, mais aussi un bilan général de ce qui a été apprécié, retenu, ce qui a changé dans les pratiques, et ce qui pourrait être fait encore en autonomie, sans nous, une fois que le dispositif s'arrête.

  • Échange avec un élève

    « Et Mohammed Ali, alors, t'en as pensé quoi ? » « Ah, c'était bien, je l'ai bien aimé. » « Raconte, pourquoi ? » « Parce que mon petit frère, il aime trop les jeux de boxe, tout ça. » « Ok, et tu l'as lu à voix haute pour ton petit frère ? » « Euh, oui. » « Mais ce qui m'intéresse, c'est que maman, elle a lu le livre avec toi, alors ? » « Oui, Dijiar il l'a lu, moi, juste à côté de Dijiar. » « Est-ce que toi, tu observes qu'il y a eu une évolution ? Ou est-ce que tu trouves que c'est un peu plus facile de lire dans ta tête ou à voix haute ? » « Dans ma tête. » « Dans ta tête ? Explique-moi. » « En fait, moi, j'aime pas lire à voix haute. Pourquoi ? J'ai peur que je bégaye. Après, tout le monde se moque. Au moins, je lis dans ma tête, je bégaye, au moins, je recommence. » « Mais ton petit frère, il se moquait jamais, je pense. » « Non,non. » « Donc c'est pour ça que lire à la maison, c'est bien aussi. On est un peu plus protégés qu'en classe. Quand tu lis à voix haute, maman, jamais elle rigole si jamais tu te trompes, au contraire. Donc à la maison, c'est une chose qu'on peut faire et ça nous entraîne pour après le faire bien en classe. »

  • Lucie Penarrubia

    Ce projet, il se donne plusieurs objectifs. L'objectif premier, c'est de développer des compétences de lecteur chez les élèves, puisque c'est de là que vient tout le projet. C'est comment faire en sorte que nos élèves, qui sont souvent fragiles en lecture, puissent développer, grâce à leurs parents, grâce à la lecture en famille, les compétences qui leur permettent de réussir à l'école. Le deuxième objectif, c'est l'alliance éducative. Ça veut dire qu'on espère, par ce projet, développer de nouvelles relations avec les parents, qui ne soient pas forcément toujours du côté de la sanction ou du résultat scolaire. Faire un petit peu un pas de côté par rapport à nos relations habituelles avec les parents. Et ça, ça va se développer aussi bien dans le volet élémentaire que dans le volet collège, avec l'idée qu'on forme une équipe ensemble. Et puis le troisième objectif, ce sera de faire découvrir aux parents le plaisir que c'est de lire en famille, avec l'espoir qu'ils le reproduisent ensuite sans nous. Le réseau Wolf, c'est un réseau REP+, avec un IPS, c'est-à-dire un indice de positionnement social très faible. On est à l'avant-dernier de l'académie de Strasbourg, je crois. Donc c'est un public qui est éloigné de l'école, c'est un public aussi en situation de grande pauvreté, souvent, avec des parents qui font de leur mieux pour accompagner leurs enfants, mais qui n'ont pas forcément ni toujours le temps, les ressources d'accompagner ou de lire des livres à leurs enfants, comme on le ferait en public ordinaire.

  • Échange entre élèves

    « Toi tu veux lire quoi ? » « Justement, je suis en train de chercher. » « Je ne savais pas qu'il y avait des livres en arabe, c'est cool. » « Même des livres en moitié arabe et celui-là on l'avait presque fini. On était à 7 pages. » « Ah oui, avec ta maman, la dernière fois. Je peux lire avec vous ? »

  • Laetitia Ancel

    A l'école, nous avons ciblé les classes de CE2. Donc on s'est tournés vers les enseignants de CE2. On a voulu vraiment les impliquer dans le projet et on a pris tout un temps REP+ pour qu'on leur présente le projet et qu'ensuite ils s'en emparent et qu'ils donnent leur point de vue et leur façon de travailler avec nous. Au départ, on avait pensé à un système de lecture douillette parce que c'est un dispositif que j'avais l'habitude de mettre en œuvre lorsque j'étais enseignante en classe passerelle. Et donc j'ai voulu tester et voir ce que ça pouvait donner en classe de CE2. Finalement, on l'a transformé en semaine des histoires.

  • Lecture par des parents et élèves

    « Jamais un caprice, jamais un mot plus haut que l'autre. Je peux regarder la télé avec vous. » « La nuit tombe et bientôt il y aura des loups affamés qui vont faire un festin. » « Mais moi, je n'ai pas peur. Réponds à Kévin. » « Ça, c'est son cerveau, ça. Son petit cerveau. » « Il y a tout ce qu'il mange, là. Il y a du steak. » « Des pâtes, du boudin. » « C'est quoi du boudin ? » « C'est les saucisses, là, ce que tu vois ici, chérie. »

  • Laetitia Ancel

    Les parents peuvent s'inscrire à l'avance ou venir spontanément. On accueille une classe à la fois, à la BCD. Puis chacun part vers une activité de lecture de façon libre. Ça peut être seul, ça peut être à plusieurs élèves. Parfois, il y a des parents qui proposent des lectures dans leur langue familiale. Et en général, on a toujours, soit au début de la séance, soit à la fin de la séance, un petit temps de discussion où on invite les élèves à s'exprimer sur leur rapport à la lecture au fil des séances. À l'école, je savais qu'à l'avance, ce serait difficile de savoir si des parents allaient être présents ou pas. Et donc, on a pris le parti de mettre vraiment la liberté, la souplesse au cœur du projet. Et finalement, ça s'est toujours passé de façon sereine parce qu'ils étaient là par choix sans être obligés d'être là.

  • Lucie Penarrubia

    Au collège, les vrais freins qu'on a pu rencontrer, c'est la disponibilité des parents qui parfois travaillent beaucoup en fait et ne trouvent pas forcément le temps. L'autre frein, et c'est peut-être le frein principal, c'est la langue. On a quand même des familles qui parfois ne parlent que très peu ou ne lisent pas le français. Et ce frein-là, c'est vraiment l'audio qui va le lever parce que ça les soulage. J'ai une maman, quand je lui ai présenté le projet, elle était sombre, on sentait qu'elle était... préoccupée. Et puis je lui dis mais je vous prête l'enceinte. Alors là, le visage qui s'est éclairé, elle m'a dit « merci, merci ! » On sentait vraiment que ce soutien-là, cet étayage-là par le livre audio, ça levait tous les freins que la langue aurait pu présenter.

  • Laetitia Ancel

    Lucie est venue régulièrement dans les temps de travail qu'on a pu vivre avec les enseignants de CE2. Il y a eu régulièrement des échanges sur l'apprentissage de la lecture. Finalement, de voir au collège d'où viennent les élèves dans leur parcours de lecteur. L'intérêt du projet inter-degrés aussi, c'était de travailler à l'échelle du quartier. Et en effet, on a des familles qui sont concernées par le projet, et à l'école, et au collège.

  • Lucie Penarrubia

    L'impact, il est modeste, mais on l'a toujours su. Il est de l'ordre du relationnel, de l'impalpable. Il ne faut pas s'attendre à des miracles non plus. Ils ne vont pas devenir des super lecteurs de Balzac du jour au lendemain, et leurs résultats scolaires ne vont pas doubler. En revanche, ce que les collègues ont observé, c'est peut-être une plus grande confiance en soi, sur l'estime de soi. Quand je leur ai demandé « qu'est-ce que ça a changé pour toi ? » Il y a un élève qui m'a dit « mais madame, de la joie ! » De la joie, bien sûr, ça lui a apporté de la joie d'être avec sa famille, lire des livres, c'était comme une évidence. Elle était étonnée que je lui pose la question. Il y a un autre élève qui m'a dit « ça a bougé des choses dans ma tête ». Donc ça, ça rejaillit dans la posture en classe. Professionnellement, ça m'a confortée dans l'idée que l'alliance éducative, elle est vraiment importante. que l'enfant, quand il nous voit travailler ensemble, parents et professeurs main dans la main, ça lui fait du bien. Et ça lui apporte une forme d'assise, de sécurité. Ça m'a aussi permis de les voir sous un autre angle. Donc ça fait du bien de se rencontrer, parents et professeurs. Et le livre est donc médiateur à la fois dans la relation parents-enfants, mais aussi dans la relation parents-profs, en fait.

  • Extra classe

    Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l'État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des dépôts. Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.

Description

La lecture en famille, c’est ce qui rassemble une professeure de français et une coordonnatrice du réseau REP+ Wolf, à Mulhouse, autour du projet CLEF, « cultiver la lecture en famille », une initiative qui place les parents au cœur de l’apprentissage de la lecture. À deux voix, Lucie Penarrubia et Laetitia Ancel racontent leurs choix pédagogiques et les ajustements nécessaires pour travailler avec les parents autrement. Lectures partagées parents-enfants à l’école élémentaire, accompagnement individualisé au collège, livres audio ou multilingues pour les parents allophones : autant de leviers pour instaurer une alliance éducative durable. Un échange ancré dans le terrain, qui montre comment la coéducation peut redonner confiance aux élèves… et du plaisir à lire.

Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l’État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des Dépôts.
Retrouvez tous les épisodes produits autour de cette opération dans la playlist Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

La playlist Extra classe Coéducation peut vous intéresser. Pour aller plus loin sur la thématique de la coéducation, les épisodes « Parlons pratiques ! » sont faits pour vous. Découvrez d'autres initiatives et projets menés par les enseignants avec les parents dans les épisodes « Les énergies scolaires ». Et retrouvez des conseils pratiques dans les épisodes « Entre profs ».

Vous pouvez aussi consulter la présentation d’Ambitions Mulhouse Ville Éducative.

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Extra classe à écouter et à partager sur toutes vos plateformes de podcasts :
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Extra classe, le podcast produit par Réseau Canopé.
Épisode préparé et réalisé par : Sarah Eichhoff
Directeur de publication : Samuel Vitel
Coordination et production : Hélène Audard, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr
© Réseau Canopé, 2026


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Lucie Penarrubia

    Lucie Penarrubia, professeure de français au collège Wolf à Mulhouse.

  • Laetitia Ancel

    Laetitia Ancel, coordonnatrice du réseau Wolf à Mulhouse, dont fait partie l'école élémentaire Wolf et le collège Wolf.

  • Extra classe

    L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 197.

  • Lucie Penarrubia

    Ça fait deux ans maintenant que je porte un projet qui s'appelle CLEF, cultiver la lecture en famille. C'est un projet qui vise à faire des parents des passeurs de lecture. Ce projet, on le porte à trois. Il y a moi, Laetitia Ancel, et ma collègue Virginie Weibel, qui est professeure de français et qui m'accompagne pour la partie collège. Il se décline en deux volets. Il y a un volet à l'école élémentaire, où on fait venir les parents dans la salle de classe, dans des séances dédiées à la lecture partagée, alors qu'au collège, il prend la forme d'un accompagnement personnalisé, où on cible des familles qu'on va rencontrer et suivre de façon plus individuelle. On leur propose de participer au projet, on leur présente les objectifs, on leur propose un certain nombre de livres, on fait en sorte que le parent choisisse autant que l'enfant. Et puis on leur prête ces livres dans un sac qu'on fournit nous-mêmes, un petit tote bag qu'on a personnalisé. On les voit ensuite dans un deuxième entretien, et donc à partir de là, on se fait une deuxième sélection. Et on se revoit pour un dernier entretien, où là on fait à la fois le bilan des dernières lectures, mais aussi un bilan général de ce qui a été apprécié, retenu, ce qui a changé dans les pratiques, et ce qui pourrait être fait encore en autonomie, sans nous, une fois que le dispositif s'arrête.

  • Échange avec un élève

    « Et Mohammed Ali, alors, t'en as pensé quoi ? » « Ah, c'était bien, je l'ai bien aimé. » « Raconte, pourquoi ? » « Parce que mon petit frère, il aime trop les jeux de boxe, tout ça. » « Ok, et tu l'as lu à voix haute pour ton petit frère ? » « Euh, oui. » « Mais ce qui m'intéresse, c'est que maman, elle a lu le livre avec toi, alors ? » « Oui, Dijiar il l'a lu, moi, juste à côté de Dijiar. » « Est-ce que toi, tu observes qu'il y a eu une évolution ? Ou est-ce que tu trouves que c'est un peu plus facile de lire dans ta tête ou à voix haute ? » « Dans ma tête. » « Dans ta tête ? Explique-moi. » « En fait, moi, j'aime pas lire à voix haute. Pourquoi ? J'ai peur que je bégaye. Après, tout le monde se moque. Au moins, je lis dans ma tête, je bégaye, au moins, je recommence. » « Mais ton petit frère, il se moquait jamais, je pense. » « Non,non. » « Donc c'est pour ça que lire à la maison, c'est bien aussi. On est un peu plus protégés qu'en classe. Quand tu lis à voix haute, maman, jamais elle rigole si jamais tu te trompes, au contraire. Donc à la maison, c'est une chose qu'on peut faire et ça nous entraîne pour après le faire bien en classe. »

  • Lucie Penarrubia

    Ce projet, il se donne plusieurs objectifs. L'objectif premier, c'est de développer des compétences de lecteur chez les élèves, puisque c'est de là que vient tout le projet. C'est comment faire en sorte que nos élèves, qui sont souvent fragiles en lecture, puissent développer, grâce à leurs parents, grâce à la lecture en famille, les compétences qui leur permettent de réussir à l'école. Le deuxième objectif, c'est l'alliance éducative. Ça veut dire qu'on espère, par ce projet, développer de nouvelles relations avec les parents, qui ne soient pas forcément toujours du côté de la sanction ou du résultat scolaire. Faire un petit peu un pas de côté par rapport à nos relations habituelles avec les parents. Et ça, ça va se développer aussi bien dans le volet élémentaire que dans le volet collège, avec l'idée qu'on forme une équipe ensemble. Et puis le troisième objectif, ce sera de faire découvrir aux parents le plaisir que c'est de lire en famille, avec l'espoir qu'ils le reproduisent ensuite sans nous. Le réseau Wolf, c'est un réseau REP+, avec un IPS, c'est-à-dire un indice de positionnement social très faible. On est à l'avant-dernier de l'académie de Strasbourg, je crois. Donc c'est un public qui est éloigné de l'école, c'est un public aussi en situation de grande pauvreté, souvent, avec des parents qui font de leur mieux pour accompagner leurs enfants, mais qui n'ont pas forcément ni toujours le temps, les ressources d'accompagner ou de lire des livres à leurs enfants, comme on le ferait en public ordinaire.

  • Échange entre élèves

    « Toi tu veux lire quoi ? » « Justement, je suis en train de chercher. » « Je ne savais pas qu'il y avait des livres en arabe, c'est cool. » « Même des livres en moitié arabe et celui-là on l'avait presque fini. On était à 7 pages. » « Ah oui, avec ta maman, la dernière fois. Je peux lire avec vous ? »

  • Laetitia Ancel

    A l'école, nous avons ciblé les classes de CE2. Donc on s'est tournés vers les enseignants de CE2. On a voulu vraiment les impliquer dans le projet et on a pris tout un temps REP+ pour qu'on leur présente le projet et qu'ensuite ils s'en emparent et qu'ils donnent leur point de vue et leur façon de travailler avec nous. Au départ, on avait pensé à un système de lecture douillette parce que c'est un dispositif que j'avais l'habitude de mettre en œuvre lorsque j'étais enseignante en classe passerelle. Et donc j'ai voulu tester et voir ce que ça pouvait donner en classe de CE2. Finalement, on l'a transformé en semaine des histoires.

  • Lecture par des parents et élèves

    « Jamais un caprice, jamais un mot plus haut que l'autre. Je peux regarder la télé avec vous. » « La nuit tombe et bientôt il y aura des loups affamés qui vont faire un festin. » « Mais moi, je n'ai pas peur. Réponds à Kévin. » « Ça, c'est son cerveau, ça. Son petit cerveau. » « Il y a tout ce qu'il mange, là. Il y a du steak. » « Des pâtes, du boudin. » « C'est quoi du boudin ? » « C'est les saucisses, là, ce que tu vois ici, chérie. »

  • Laetitia Ancel

    Les parents peuvent s'inscrire à l'avance ou venir spontanément. On accueille une classe à la fois, à la BCD. Puis chacun part vers une activité de lecture de façon libre. Ça peut être seul, ça peut être à plusieurs élèves. Parfois, il y a des parents qui proposent des lectures dans leur langue familiale. Et en général, on a toujours, soit au début de la séance, soit à la fin de la séance, un petit temps de discussion où on invite les élèves à s'exprimer sur leur rapport à la lecture au fil des séances. À l'école, je savais qu'à l'avance, ce serait difficile de savoir si des parents allaient être présents ou pas. Et donc, on a pris le parti de mettre vraiment la liberté, la souplesse au cœur du projet. Et finalement, ça s'est toujours passé de façon sereine parce qu'ils étaient là par choix sans être obligés d'être là.

  • Lucie Penarrubia

    Au collège, les vrais freins qu'on a pu rencontrer, c'est la disponibilité des parents qui parfois travaillent beaucoup en fait et ne trouvent pas forcément le temps. L'autre frein, et c'est peut-être le frein principal, c'est la langue. On a quand même des familles qui parfois ne parlent que très peu ou ne lisent pas le français. Et ce frein-là, c'est vraiment l'audio qui va le lever parce que ça les soulage. J'ai une maman, quand je lui ai présenté le projet, elle était sombre, on sentait qu'elle était... préoccupée. Et puis je lui dis mais je vous prête l'enceinte. Alors là, le visage qui s'est éclairé, elle m'a dit « merci, merci ! » On sentait vraiment que ce soutien-là, cet étayage-là par le livre audio, ça levait tous les freins que la langue aurait pu présenter.

  • Laetitia Ancel

    Lucie est venue régulièrement dans les temps de travail qu'on a pu vivre avec les enseignants de CE2. Il y a eu régulièrement des échanges sur l'apprentissage de la lecture. Finalement, de voir au collège d'où viennent les élèves dans leur parcours de lecteur. L'intérêt du projet inter-degrés aussi, c'était de travailler à l'échelle du quartier. Et en effet, on a des familles qui sont concernées par le projet, et à l'école, et au collège.

  • Lucie Penarrubia

    L'impact, il est modeste, mais on l'a toujours su. Il est de l'ordre du relationnel, de l'impalpable. Il ne faut pas s'attendre à des miracles non plus. Ils ne vont pas devenir des super lecteurs de Balzac du jour au lendemain, et leurs résultats scolaires ne vont pas doubler. En revanche, ce que les collègues ont observé, c'est peut-être une plus grande confiance en soi, sur l'estime de soi. Quand je leur ai demandé « qu'est-ce que ça a changé pour toi ? » Il y a un élève qui m'a dit « mais madame, de la joie ! » De la joie, bien sûr, ça lui a apporté de la joie d'être avec sa famille, lire des livres, c'était comme une évidence. Elle était étonnée que je lui pose la question. Il y a un autre élève qui m'a dit « ça a bougé des choses dans ma tête ». Donc ça, ça rejaillit dans la posture en classe. Professionnellement, ça m'a confortée dans l'idée que l'alliance éducative, elle est vraiment importante. que l'enfant, quand il nous voit travailler ensemble, parents et professeurs main dans la main, ça lui fait du bien. Et ça lui apporte une forme d'assise, de sécurité. Ça m'a aussi permis de les voir sous un autre angle. Donc ça fait du bien de se rencontrer, parents et professeurs. Et le livre est donc médiateur à la fois dans la relation parents-enfants, mais aussi dans la relation parents-profs, en fait.

  • Extra classe

    Cet épisode a été enregistré dans le cadre d'Ambitions Mulhouse Ville Éducative, une opération soutenue par l'État dans le cadre du dispositif « Innovation dans la forme scolaire » de France 2030, opéré par la Caisse des dépôts. Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.

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