Hervé AllesantLa première chose, c'est que nos élèves interagissent avec des IA quand ils sont à la maison. Et donc se dire « à l'école, c'est un sujet que je ne vais pas du tout aborder en classe », c'est un souci. Parce que du coup il faut les outiller, à savoir : qu'est-ce que c'est qu'une IA ? une IA générative ? Qu'est-ce que c'est un algorithme ? Qui va programmer cet algorithme ? Ou bien comment est-ce que l'algorithme se programme ? Parce qu'en fait les algorithmes deviennent un peu des boîtes noires. Voilà, il y a plusieurs sujets, plusieurs niveaux qu'il va falloir aborder en tant que professionnel de l'éducation. Un des soucis qu'on a en classe, c'est de ne pas pouvoir interagir directement avec un LLM, avec une IA générative de texte, Large Language Model, et on doit leur parler, à ces élèves, de comment ça fonctionne quand même. Donc on peut très bien aller avec le programme de l'EMI, par exemple, de l'éducation aux médias, leur poser la question de leurs usages. Par exemple : « Quand tu vas sur une plateforme pour regarder des vidéos, comment est-ce que la machine sait que, sur le côté, il y a des vidéos qui vont te plaire ? » Et puis, à ce moment-là, on va poser des mots, comme on le fait en mathématiques par exemple, au lieu de parler de « rond », on va leur parler de « cercle » ou de « disque » -, eh bien là on va leur parler d'algorithme, de l'apprentissage machine qui fait que ces plateformes, le but, c'est de maximiser notre engagement, c'est-à-dire de rester le plus longtemps possible sur la plateforme. Ce qui pose d'autres soucis. Parce que l'algorithme ne va pas forcément nous donner la chose la plus pertinente, mais il va nous donner la chose qui va le plus polariser nos émotions - c'est Michaël Lainé qui parle de ça -, où on va vouloir continuer à regarder, ou alors ça va nous mettre en colère, ça va nous rendre triste, pour qu'on soit le plus longtemps possible sur la plateforme. Alors, pour des activités concrètes qu'on peut faire en classe, j'ai créé, d'autres collègues sont en train de créer aussi sur la Forge des communs numériques éducatifs, tout un panel d'activités pour sensibiliser les élèves à comment fonctionnent certaines IA. On sait que les LLM sont des IA probabilistes, c'est-à-dire qu'elles vont faire des phrases parce qu'un mot a plus de chances d'arriver suite à des mots qui sont déjà présents. Donc on va pouvoir leur parler probabilité, c'est maintenant au programme dans le cycle 3. Et puis on va pouvoir illustrer avec la taille des mots, par exemple : « Ces fraises sont rouges, je vais les... » On sait que la machine va suggérer derrière le mot « cueillir », ou alors « manger », et va très peu suggérer « nettoyer », même si c'est possible, mais c'est beaucoup moins probable. Donc dans le cadre d'usage de l'IA en éducation, on précise bien que l'élève, avant la 4e, ne doit pas être laissé seul face à une IA générative grand public. Je pense qu'il faut faire attention de ne pas surinterpréter ce que veut dire le cadre et se cacher un peu derrière les mots en disant « du coup, j'en parle pas du tout en classe », parce que ce n'est pas du tout l'esprit du texte. Le texte dit qu'on doit apprendre aux élèves comment ça fonctionne. Et donc je pense qu'il faut vraiment accompagner les élèves. Et on peut leur montrer quand j'interroge une IA, voilà ce que ça me répond. Et puis après, critiquer ses réponses.