Charles-Antoine BoivinUn moyen de repousser le stress, d'éviter de se confronter à l'échéance, c'est de procrastiner, de repousser à plus tard le moment où ils vont vraiment attaquer leurs révisions. Et donc moi, après, en tant que prof, la question c'était de me demander « quels outils et méthodes je peux leur proposer pour les motiver à ne pas attaquer trop tard la dernière ligne droite ? » Moi, la chose que je trouve assez importante, c'est le travail de groupe. Ce n'est pas très stimulant d'être tout seul sur sa chaise ou chez soi. À plusieurs, on n'est plus motivés, et puis surtout, on comprend mieux. Quand ils reformulent des mots à leurs camarades, des fois ils comprennent mieux les mots d'un camarade que les mots d'un prof. C'est un peu un système, si on veut, de tutorat, sachant qu'on sait que le tutorat, en général, profite encore plus à l'élève tuteur qu'à l'élève tutoré, parce qu'il a appris à reformuler, et à l'épreuve, c'est ce qu'on lui demandera de faire. Ça leur apprend à coopérer, ce qui n'est pas évident. En tout cas, moi je note que, arrivés au lycée, ils savent assez peu travailler en groupe. Le travail en groupe, ça s'apprend. Je m'appuie un peu sur les pilliers de l'apprentissage. On sait que l'élève, s'il travaille tout seul, normalement il est attentif. Mais le deuxième, c'est l'engagement actif. Donc, pour que l'élève ait envie de travailler, il ne faut pas que ça soit redondant, il ne faut pas faire tout le temps la même chose. C'est vrai que, des fois, les élèves font juste relire X fois leurs cours. Moi, ça va être de diversifier des supports d'apprentissage. À partir du moment où ils sont en autonomie, ils peuvent être en autonomie dans la classe, mais ils peuvent aussi être en autonomie chez eux. À ce moment-là, il faut qu'ils aient un retour d'informations, c'est-à-dire qu'il faut qu'ils sachent à chaque fois s'ils ont juste ou faux. Après, il y a aussi l'idée de la consolidation. Il faut qu'ils puissent répéter différentes fois et sous différentes formes l'apprentissage d'un même cours pour que les savoirs soient de plus en plus ancrés. J'utilise beaucoup d'outils numériques, parce que quand on a 35 élèves dans une classe, on ne peut pas être derrière chacun. Donc, ça peut être des exerciceurs, des QCM. Ça prend du temps à produire. Et là-dessus, l'IA aide. On a des outils d'IA qui permettent de faire des textes à trous, des flashcards, des QCM. C'est stimulant de varier les exercices. Ce qui est important, c'est qu'une fois qu'ils se sont lancés et qu'ils se sont décidés à réviser, qu'ils arrivent à programmer leur travail. À ce moment-là, moi je vais le faire avec eux. C'est-à-dire que selon le temps qu'on a en fin de semaine, on va voir si on reprend un ou deux chapitres par semaine. Mais du coup, ils savent sur quel chapitre on travaille en classe. Et je les invite, du coup, à peut-être faire un travail préalable à la maison ou un travail qui suit ce qu'on a fait en classe pour s'entraîner. Je vais les inviter à reprendre toutes les notions par des exercices individuels. Ils commencent déjà à se réapproprier, à réactiver un peu normalement ce dont ils se souviennent, en espèrant qu'ils aient des souvenirs, mais en général oui. Une fois qu'ils ont en tête les notions, moi je leur fais faire des travaux de groupe et des sujets de bac. Pour aussi banaliser le sujet de bac et ne pas attendre la dernière minute pour se dire « ah tiens, ça ressemble à ça un sujet ». Je travaille sur les compétences psychosociales avec eux, notamment pour se préparer au grand oral : interagir avec quelqu'un, savoir parler devant quelqu'un, ne pas se laisser trop surprendre par ses questions et essayer de comprendre là où l'autre veut en venir. Et comme ça, le jour de l'oral, c'est moins angoissant de se retrouver face à quelqu'un, on sait à quoi s'attendre.