- Anne Lamboley
Je suis Anne Lamboley, enseignante en REP+ à Besançon, en toute petite, petite section, et membre de l'Ageem, l'association générale des enseignants en école maternelle.
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on l'écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 199.
- Échanges en classe
« On se rappelle ! Un seul enfant sur le petit toboggan, on attend que le copain ait fini pour monter. Yacine, tu montres comment on fait ? »
- Anne Lamboley
Les ateliers moteurs avec les tout-petits-petits, je les mets en place dès le début de l'année. Je libère plusieurs espaces dans ma classe, au moins deux, où j'utilise le matériel de motricité de l'école. Ça apporte le développement moteur de l'enfant en règle générale. Et comme là on vise plus des exercices pour muscler le bas du corps et puis prendre conscience du fonctionnement du bas de son corps, c'est ce qui va permettre à l'enfant de devenir continent un peu plus facilement.
- Échanges en classe
« On doit apprendre à sentir ce qui se passe sous ses pieds, à lever les jambes. On développe ses muscles pour bien grandir. »
- Anne Lamboley
En [2019], il y a eu la loi pour une école de la confiance. Et dans cette loi, il était noté que tous les enfants étaient accueillis sans discrimination - et c'est très bien -, continent ou non. En tout cas, il n'y avait plus cette petite phrase qui disait qu'il fallait que l'enfant soit prêt à entrer à l'école maternelle. À peu près à l'époque du Covid, après, qui a suivi, on s'est rendu compte très vite que dans les rentrées de classe de petite section - à l'époque, je n'avais pas de tout-petits -, la rentrée se faisait avec une majorité d'enfants qui étaient encore en couche et en body. Donc, ça a largement compliqué notre travail, puisque les Atsem, du coup, se sont retrouvées à changer des enfants sans le matériel adéquat, donc en termes de difficultés physiques, ne serait-ce que ça. Et puis, dans la classe, des enfants qui ne sont pas continents, ce sont des enfants qui passent beaucoup de temps aux toilettes, et donc une Atsem qui passe beaucoup de temps aux toilettes avec les enfants et qui n'est pas présente dans la classe avec les autres et avec la maîtresse. Donc ça a été assez violent, je crois que je peux dire ce mot-là, parce que tout d'un coup, le métier a changé, avec des nouvelles missions qui avant n'étaient pas les nôtres et qui étaient celles des parents. Et du coup, ça nous a beaucoup bousculées et on s'est senties démunies. La loi n'avait pas donné d'instructions sur comment accompagner ces enfants et ces familles.
- Échanges en classe
« Qu'est-ce qu'il y a, ma choupinette ? Si tu veux aller faire pipi, tu vas faire pipi, ma chérie, bien sûr ! »
- Anne Lamboley
Ce qui s'est passé, c'est que lors d'une formation avec des collègues de petite et moyenne sections, j'ai parlé de ma difficulté en classe. Et j'étais en formation avec ma conseillère pédagogique départementale maternelle, qui s'est tout de suite emparée de cette question, qui est venue me voir en me disant : « J'entends. Comment je peux t'aider dans ce problème ? » Donc ma CPD maternelle nous a mises en contact avec une psychomotricienne et aussi d'ailleurs une infirmière puéricultrice et on a pu voir avec elles en fait ce qui se passait justement dans l'acquisition de la continence chez les enfants. Donc c'est là qu'on a défini quatre grands axes. L'axe moteur dont on a déjà parlé. Le côté sensorimoteur, comme on dit, donc au-delà du moteur, ce sont les pieds nus, les dalles sensitives, marcher dans le sable, marcher dans l'eau pour développer, pareil, toujours ses sensations du bas du corps et prendre conscience de son corps. Et puis tout un volet symbolique, c'est-à-dire les livres sur la continence, le pot, l'arrêt de la couche, les jeux avec les poupées. Et ce volet aussi qui vient vraiment du travail avec la psychomotricienne, où on prend des contenants, mais avec des bouchons. On remplit et surtout on décide quand on va vider grâce aux bouchons.
- Échanges en classe
« Regarde mon grand. Tu remplis avec la cuillère ? » « Je peux faire de la semoule. » « Alors maintenant, comment on fait pour vider ? Comment on peut faire ? Tu peux renverser, mais regarde, il y a un bouchon. Quand on décide d'ouvrir le bouchon, hop, ça coule ! »
- Anne Lamboley
Et avec le langage, on va accompagner l'enfant pour faire le lien avec ce qui se passe dans son corps : « Je mange comme un grand tuyau, et après, je décide. Je dois contrôler quand je peux ouvrir ou pas. » Voilà, c'est tout ce travail de la continence. On était un petit peu... ce n'est pas réticentes, mais on se disait, est-ce que vraiment... parce que c'est quand même très complexe pour des enfants si petits. Et puis finalement, en tout cas dans les faits, c'est quelque chose qui marche assez bien. On remarque un rapport vraiment direct avec des enfants qui ne sont pas prêts, qui ne veulent pas ouvrir ce bouchon. Donc ce travail, il paraît un peu lointain, mais vraiment il est intéressant.
- Échanges en classe
« Allez, un grand pas ! Oh, un grand pas, il faut lever les pieds, Choupinou ! On lève les pieds. [Au parent] Vous voyez, c'est tout ça qu'on travaille. Lever les pieds, sentir ce qui se passe, pour tout développer les muscles et les sensations. Parce que c'est ça qui va nous aider après à enlever la couche, pour bien comprendre ce qui se passe et développer tous ses muscles. Ah oui, parce que plus de couche à la rentrée. » « Ah oui, bien sûr, c'est sûr ça. » « C'est normal, il est tout petit, Ilan. » « Non mais, je comptais lui enlever ces vacances-là, mais vu que j'ai été opérée, je ne pouvais pas... » « Il n'y a pas de stress. On prépare en douceur, on vous accompagne, tout va bien. »
- Anne Lamboley
Avant, à l'école, en gros, on disait aux enfants : « Tu vas rentrer à l'école, tu vas poser ta sucette, tu vas poser ton doudou et puis tu enlèves ta couche. » Et puis là, il n'y a plus ce rite de passage. Et c'est vrai que moi, on le sent avec les collègues, dans les parents, où c'est leur petit, et des fois, c'est difficile de laisser grandir ses enfants. Et comme on a un peu supprimé ce rite de passage, en tout cas qu'il est moins visible, du coup, les parents, ils arrivent et puis bon, c'est leur bébé, « on a le temps, ça va se faire tout seul ». Voilà, le frein, il est surtout là, mais il se règle souvent dans le dialogue et dans l'accompagnement des familles et dans l'explication. Par exemple, dans la classe, moi, au début d'année, je fais un petit atelier moteur qui est vraiment à l'entrée de ma classe. Donc, ça ne prend pas de place. Je mets quelques obstacles, quelques dalles sensitives et les parents accompagnent leur enfant sur ces dalles et ce parcours. À propos de ça, on peut discuter de ce qui se passe, de la continence. Là, on le fait de façon ludique, on leur montre, en montrant toutes les capacités de leur enfant, qu'il est capable, il est grand, il peut enlever sa couche et il est prêt.
- Échanges en classe
« Bonne journée à vous, merci d'être restée avec nous. » « Non, c'est rien. »
- Anne Lamboley
Il y avait déjà des choses mises en place comme le café des parents. Mais il y a trois ans, on a mis en place aussi vraiment un accueil particulier des futurs parents et des futurs élèves. Les après-midi, sur rendez-vous, je prends le temps de discuter avec les parents, de les rassurer, de parler de la couche qu'on va enlever, mais qu'on va les accompagner, etc. C'est quelque chose qu'on faisait déjà avant, mais vraiment là, on prend plus le temps : pas entre deux portes, pas avec 20 personnes dans une salle avec la maîtresse qui parle et les parents qui écoutent. Et puis, on s'est rendu compte qu'il y avait quand même quelques familles qui étaient très réticentes, qui avaient des vrais freins. Pour elles, c'était compliqué. Donc, du coup, ça paraît radical, mais pas du tout : cette année, on a fait une rentrée sans couche pour les petits, pas pour les tout-petits. Donc, on a informé les parents, on les a accompagnés. C'est vraiment dans la bienveillance. Dès le mois de mai, quand on les a reçus, on leur a expliqué que oui, ils vont venir sans couche, mais qu'on ne va pas les disputer, on ne va pas disputer l'enfant parce qu'il y a un accident. Mais ça va lui permettre lui aussi de ressentir les choses, de comprendre ce qui se passe, pour pas qu'il pleure, parce que ça peut être un peu choquant pour un enfant. Mais ça se passe vraiment très bien, ça s'est vraiment très très bien passé.
- Échanges en classe
« On va faire ça ? » « Oui, on va faire ça, tu te rappelles ? » « C'est rigolo. » « Oui, c'est rigolo. »
- Anne Lamboley
Le fait de travailler avec ma CPD, de pouvoir en fait se décentrer un petit peu, ouvrir ses difficultés, ça permet vraiment de faire un travail qui est riche. On continue d'investir son travail, on essaie d'aller plus loin, on réfléchit, on crée de nouvelles choses, voilà. Et puis surtout de le partager aussi après, parce que je sais que d'autres collègues peuvent connaître les mêmes difficultés, et de leur dire qu'on peut mettre des choses en place qui sont assez simples et qui peuvent nous aider. C'est quand même très gratifiant, et donc ça donne envie. On part d'une difficulté, de quelque chose qui nous met vraiment en difficulté, on s'ouvre, on travaille, on réfléchit, on met en place, et c'est toute l'essence du métier quand on voit nos petits loups qui s'épanouissent et nos familles qui sont heureuses.
- Extra classe
Cet épisode a été produit en partenariat avec l'Ageem, l'association générale des enseignants des écoles et des classes maternelles publiques. À bientôt sur Extra classe. Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.