Extra classeEntre profs, l'émission d'Extra classe qui répond à toutes vos questions en moins de 3 minutes. Avec l'expérience, on a peaufiné ses cours, établi ses progressions, perfectionné ses supports, tout roule, ou presque. Les élèves, eux, changent, on peut se lasser, ou avoir envie de travailler autrement sans trop savoir par où commencer. Comment renouveler mes pratiques pédagogiques ? Entre profs a demandé à Sophie Guichard, professeure de mathématiques en lycée, ce qu'elle retient de son parcours.
Sophie GuichardEn tant que prof, très égoïstement déjà, j'ai envie de kiffer mes cours. Et pour ça, j'ai besoin de donner du sens et que, là-dedans, je cherche à extraire aussi des valeurs que j'ai envie de transmettre. Pendant 14 ans, j'ai tissé toute une pédagogie en incluant des vidéos. J'ai fait plus de 1 600 vidéos. Et avec les élèves, on a réfléchi pour créer des parcours différenciés et permettre à chacun d'avancer à son rythme en fonction de leurs besoins. Sauf qu'un jour - avec les problèmes aujourd'hui d'attention, de dispersion, de manque de motivation -, en classe, c'était très problématique de les mettre en route. Et je me suis, à ce moment-là, remise en question sur le scénario pédagogique que je proposais. Qui sont les élèves aussi d'aujourd'hui ? Et ça m'a obligée à me reposer pour redéfinir mes axes, mes envies, parce que j'étais en train de perdre, du coup, cette passion avec les élèves. J'ai même passé deux années très douloureuses à les mettre en action au travail. Et j'ai comme vécu un grand moment de deuil de me dire que j'ai passé 14 ans à faire plein de choses, il va falloir que je l'arrête parce que ça ne correspond pas aux élèves d'aujourd'hui. À ce moment-là, j'ai redéfini mes axes. Ma première envie, c'était que les élèves se rencontrent, se regardent, échangent. Et me formant à beaucoup d'outils, j'avais vécu beaucoup de situations en intelligence collective et j'ai trouvé ça super. Donc j'ai voulu amener ça dans mes classes. Donc l'idée, c'est que quand les élèves arrivent, ils ne sont jamais à côté de la même personne. Ils doivent travailler par deux, par trois. Il y a toujours un premier moment d'introspection. Et puis ensuite, il y a un échange de savoirs. Et après, on récolte le savoir commun pour le mettre tous ensemble et élaborer le cours. Et puis le deuxième axe, c'était que j'avais envie d'être plus efficace, efficiente au niveau pédagogique. Et à ce moment-là, j'ai croisé le chemin d'Éric Simon, qui est un ancien prof de physique-chimie, qui était expert en pensée visuelle et ingénieur pédagogique, qui m'a proposé d'utiliser les sketchnotes, qui sont des synthèses visuelles, non pas à la fin de cours pour résumer le cours, mais en introduction de cours, à moitié plein, sur lequel les élèves, quand ils sont en intelligence collective, doivent le compléter, doivent confronter leurs idées et leurs savoirs, et puis après, on corrige ça ensemble. Et le grand avantage, c'est que quand les élèves démarrent toute la pratique, ils ont déjà la synthèse de cours qui était élaborée, ou à moitié élaborée, en fonction de comment je le mène. Aujourd'hui, je me rends compte que ça m'a permis de mettre un grand coup de frais dans ma pratique. Ce n'est pas un virage à 180 degrés, c'est juste un moment de détour. Et puis après, je recroise mes pratiques d'avant, je peux les réutiliser, comme là, cette année, j'ai pu réutiliser mes vidéos.