Nadia AmraniNouer des liens avec les familles éloignées de l'école, moi je remarque que c'est vraiment un enjeu majeur, particulièrement en éducation prioritaire, et ce n'est pas simple du tout. Il y a certaines familles qui ont gardé un souvenir de l'école pas très positif, et c'est souvent ce qu'elles associent à l'image actuelle de l'école. Il y a d'autres familles qui manquent de confiance, il y en a qui ne maîtrisent pas la langue française, ou qui ont peut-être une appréhension à entrer en relation avec les enseignants de peur d'être jugées par exemple sur leurs pratiques, sur leur maîtrise de la langue ou sur leur manière d'accompagner leur enfant. C'est un frein à la communication, mais pour autant, ça ne doit pas être considéré comme un désintérêt pour la scolarité de l'enfant. Pour créer ce pont, moi je dirais qu'il faut d'abord aller vers, plutôt que d'attendre. Donc ça passe tout simplement par des petites choses, comme par exemple au portail, ce temps d'accueil qui est très important. Un petit sourire, des petites discussions, voilà toutes ces petites interactions répétées qui vont rassurer et qui vont poser un cadre bienveillant. On peut organiser différents temps avec les familles, comme par exemple des ateliers « jeux de société », des ateliers « cuisine ». On peut également les inviter à des expositions, à des projets de classe ou tout simplement des rencontres individuelles dans la classe. C'est important de communiquer régulièrement avec les familles. On peut aussi, comme on l'a fait dans l'école, organiser des manifestations particulières. Alors nous, on a pour habitude d'organiser une marche gourmande tous les ans, en début d'année, et on y associe les familles. Je me suis rendu compte avec les années que tout ce qui touche à la culture et tout ce qui touche finalement au partage, les recettes de cuisine, etc., ça fédère énormément et puis ça crée énormément de liens. Et d'ailleurs, cette année, on avait un taux de participation exceptionnel. Donc je rappelle qu'on est en éducation prioritaire renforcée et on avait près de 80 % des familles qui ont participé à cette grande marche gourmande. L'objectif, c'est vraiment de créer des occasions pour qu'elles se sentent attendues, pour qu'elles se sentent accueillies et surtout sans être évaluées. On ne vient pas à l'école pour avoir le jugement de l'enseignant. Ils ne viennent pas en tant qu'éducateurs, ils ne viennent pas en tant qu'élèves finalement. Et ça, c'est important que les parents le ressentent. Il suffit de trouver des occasions pour se respecter mutuellement et surtout pour reconnaître les compétences de chacun. Il y a effectivement un autre levier qui est essentiel dans la relation avec les familles, c'est le langage. Je rajouterais même le langage positif. Personnellement, je n'hésite pas à souligner les progrès d'un élève, même minimes, aux parents. Dernier paramètre très important, je dirais : la patience. La confiance va se construire au fur et à mesure des échanges, dans une constance, parce qu'il faut que ce soit régulier et surtout dans une cohérence. Donc c'est tous ces petits pas du quotidien, tous ces petits gestes positifs, tous ces petits mots, toutes ces interactions qui vont permettre de dépasser les craintes des parents et surtout d'installer une relation de confiance entre l'école et la famille.