- Nicolas Poisson
Bonjour, je m'appelle Nicolas Poisson et je suis professeur d'arabe à la Cité scolaire internationale Jacques-Chirac à Marseille. Ça donne : « Marhaban, ismi Nicolas Poisson, wa ana mudarris al-lugha al-'arabiya fi madrasat Jacques-Chirac, bi Marsilia. »
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 202.
- Le podcast par les élèves
« Fi Ꜥamal mutaꜤalliq bi jazirat Julia, tanawal Clément Cogitore hadhihi al-haditha al-tarikhiyya al-haqiqiyya. »
- Nicolas Poisson
Là, on se trouve dans ma salle de classe et c'est un cours un petit peu particulier, puisque cette heure est consacrée, avec mes 17 élèves de 2de, à la réalisation d'épisodes d'un podcast qui s'appelle le Monde du savoir - en arabe « ꜤAlam al-maꜤrifa ». Et l'objectif de ce podcast, c'est de donner la parole aux élèves pour qu'ils puissent s'exprimer sur des sujets culturels ou civilisationnels. Et on a fait une première saison l'année dernière avec 17 épisodes où on a parlé d'architecture, de traditions, on a parlé de la journée mondiale de la langue arabe. Là, la deuxième saison s'est ouverte sur une mini-série consacrée aux voyageurs arabes. Et aujourd'hui, on attaque la deuxième série qui est consacrée cette fois-ci aux sciences arabes. L'idée, c'est vraiment de les amener à faire par eux-mêmes, à mobiliser leurs connaissances, à ce qu'on a vu en cours, pour développer leurs compétences linguistiques. Ce qui est intéressant, c'est que chaque version d'un épisode est réalisée en double, une version en langue arabe et une version en langue française.
- Le podcast par les élèves
« Bonjour à tous et bienvenue. Je suis Amira, la présentatrice de cet épisode et je suis accompagnée aujourd'hui de Yasmine et Adam. Aujourd'hui, nous allons vous amener à la découverte de l'histoire des sciences arabes à travers le parcours remarquable d'un grand savant, al-Zahrāwī. Pour commencer, Yasmine, peux-tu nous présenter al-Zahrāwī ? » « Bonjour. Alors al-Zahrāwī, aussi appelé Abu Al-Qasim, est un médecin et chirurgien musulman du Xe siècle. Il est né vers 936 et mort en 1013 à Cordoue, en Andalousie. »
- Nicolas Poisson
L'idée de podcast m'est venue de la réflexion suivante, qui est quasiment quotidienne pour moi : est-ce que mes élèves progressent vraiment ? Et combien de temps ils pratiquent la langue en classe ? Une heure, ça passe très vite. Et entre les révisions, les évaluations, le cours, au final, je me rends compte que les élèves pratiquent très peu la langue vivante. Il y en a qui atteignent à peine les deux minutes, peut-être, sur une soixantaine. Et donc, du coup, m'est venue progressivement l'idée du format podcast. Pour moi, le podcast, c'est un des formats d'expression orale les plus complets en termes de pédagogie et de didactique des langues. Tout d'abord parce que les élèves y sont ouverts. Le podcast, c'est aussi un vecteur d'oralité en tant que tel, puisque l'idée, c'est de s'exprimer de manière continue en langue vivante, aussi en français, et donc forcément de progresser dans la langue dans laquelle on s'exprime. Le podcast met également en jeu la dimension écrite de la langue paradoxalement, puisqu'il faut écrire le script, donc on peut également travailler la compétence d'expression écrite en français et en arabe. Et enfin, c'est un format qui permet de travailler les compétences méthodologiques, voire numériques. Les élèves sont également en charge de la réalisation du montage avec l'habillage. Et au-delà de la partie numérique, ils doivent également suivre un plan, une méthodologie stricte qui est celle classique qu'on retrouve en français, plus tard en philosophie, bref, dans d'autres matières que la langue vivante.
- Échange avec des élèves
« Qu'est-ce qu'il faut qu'il y ait, on va dire, entre les gros blocs d'informations pour rendre ça un peu plus fluide ? » « Des repos, quoi. » « Alors du repos, effectivement, mais... des questions aussi, pour un peu dynamiser. » « Ah oui ! » « Par exemple, la présentatrice, elle peut dire "Shahinez, est-ce que tu peux nous en dire plus ? Est-ce que tu peux nous présenter les informations biographiques ?" "Ma hiya al-maꜤloumat al-dhatiyya fima yakhouss Fatima al-Fihriyya?", par exemple. D'accord ? »
- Nicolas Poisson
Les conseils que je donnerais pour les collègues professeurs qui souhaiteraient se lancer dans ce type de projet, c'est de ne pas être forcément trop ambitieux, se souvenir que le but, ce n'est pas nécessairement d'avoir un rendu professionnel. Le but, c'est avant tout de faire progresser les élèves. Et du coup, j'ai privilégié l'option du matériel simple et facile d'accès. Le plus souvent, c'est le smartphone des élèves directement. La plupart des élèves ont des smartphones très récents et donc des micros très performants. Pour ce qui est du montage, un logiciel de montage gratuit et libre de droit suffit. Mon deuxième conseil, ce serait de ne pas hésiter à demander de l'aide aux élèves eux-mêmes. C'est une génération qui est très habituée à s'enregistrer, à se filmer, à utiliser des logiciels de montage présents sur Internet. Ça permet aussi de les faire adhérer au projet, et au-delà de ça, d'instaurer un autre rapport éducatif avec eux, fait de bienveillance et d'interactions. Les premiers bénéfices, c'est bien évidemment la progression en expression orale, en expression écrite, en français et en arabe. J'ai aussi vu un certain nombre de déblocages psychologiques. Je peux citer des exemples de 4-5 élèves qui étaient très timides, qui avaient très peur de réaliser des fautes de langue, de ne pas suivre correctement les règles de grammaire et qui se sont un petit peu débridés, qui ont pris confiance. Et je l'ai vu, en dehors du podcast, en fait, ils participent beaucoup plus en cours. Au-delà des compétences purement linguistiques, je pense qu'avec l'autonomie que je m'efforce de leur laisser, il y a aussi une dimension de tutorat un petit peu, c'est-à-dire que ceux qui sont très bons en arabe vont pouvoir aider leurs camarades un peu moins bons, et inversement. [Extrait de préparation d'un épisode par les élèves.] En juin 2025, on a eu la chance d'enregistrer une émission d'environ une demi-heure dans les locaux de Radio Grenouille, une radio présente sur Marseille. Ça a été une expérience très enrichissante pour les élèves. Et durant la deuxième saison, on a eu une deuxième collaboration professionnelle avec Alice Magdelaine du podcast « Ma langue maternelle n'est pas la langue de ma mère », podcast consacré au rapport que chaque individu peut entretenir avec ses langues d'origine et les langues qu'il apprend. Et ça a été d'autant plus intéressant que les élèves ont pu se poser la question de leur rapport à leur(s) langue(s) maternelle(s), au singulier ou au pluriel, et en particulier à la langue arabe.
- Le podcast par les élèves
« Labistou thawba al-Ꜥayshi wa lam ustashar ; wa hirtou fihi bayna shatta al-fikar. » « "J'ai porté le vêtement de la vie sans être consulté. Je me suis perdu en lui parmi de nombreuses pensées." Je trouve que c'est profond, ça fait réfléchir un peu. » « Par rapport au fait de porter le vêtement de la vie sans être consulté, c'est pas quelque chose qu'on décide nous-mêmes, de venir au monde. »
- Nicolas Poisson
Quand je pense à tout le travail et l'implication que ce type de projet implique, il y a un proverbe qui me vient en arabe qui dit « man jadd wajad » . Littéralement, « qui s'efforce, trouve », et c'est un petit peu l'équivalent français de « c'est en forgeant qu'on devient forgeron ». Et je trouve que ce proverbe symbolise bien ce qui est attendu à la fois des élèves, mais aussi du professeur. L'importance de la pédagogie active dans l'apprentissage, faire pour apprendre, apprendre pour faire, c'est vraiment essentiel : « man jadd wajad », « qui s'efforce, trouvera. »
- Extra classe
Cet épisode vous a plu ? Vous voulez faire connaître Extra classe autour de vous ? Alors prenez une minute pour lui donner une note sur votre plateforme d'écoute préférée, et laissez-nous un commentaire. À bientôt sur Extra classe ! Extra classe, le podcast par Réseau Canopé. Une production 2026. Extra classe.