Sixu PéchenartBeaucoup d'enseignants souhaitent maîtriser la classe. Donc instaurer un cadre qui permet de favoriser les apprentissages, ça c'est notre priorité à tous. Derrière la question, il y a aussi, en filigrane, les débordements en termes de comportement que l'on ne juge pas forcément adaptés. Et c'est quelque chose qui met l'enseignant en souffrance rapidement. Je pense qu'il faut sortir de cette idée préconçue qu'on a ça en soi et que c'est un problème individuel. Pour moi, dans un premier temps, si on veut instaurer la discipline sans hausser la voix, déjà il faut déterminer s'il y a des modes d'actions collectives au sein de l'équipe, en cas de débordements ou en cas d'urgence, s'appuyer sur les collègues, voir s'il y a un fonctionnement commun, des règles communes. L'étape numéro 2, savoir si les règles sont claires. C'est extrêmement important que les règles soient affichées, qu'elles aient été explicitées aux élèves, qu'ils aient pu aussi s'exprimer sur ces règles. Donc comment est-ce qu'on va construire le vivre ensemble ? Comment est-ce qu'on va construire ces règles ? Et c'est ce qu'on appelle aussi la coconstruction. Parfois, dans ma classe, je les enregistre. Et ensuite, je leur fais écouter le bruit de la classe. Souvent, leur réflexion, c'est « Ah, mais en fait, il y a beaucoup trop de bruit, on ne s'entend pas ». C'est vraiment très efficace. Ils ont très peu l'occasion de se rendre compte du niveau sonore dans la classe et ça leur permet de parler moins fort. Ça nous permet aussi, en tant qu'enseignant, de parler moins fort puisque le niveau sonore global baisse de façon drastique. Très rapidement, je me suis posé la question de : est-ce que ce que je suis en train de faire en tant que professeur, un élève peut le faire efficacement à ma place ? Il y a certaines tâches que les élèves ne peuvent clairement pas faire, mais il y en a énormément que l'on peut leur déléguer, et c'est vraiment ce principe de relais. Donc dans la classe, j'essaie toujours de me poser la question de : est-ce que cette prise de parole, est-ce que cette action, est-ce que ce déplacement, plutôt que ce soit moi qui le fasse, un élève peut le faire ? Et ça, ça permet de les responsabiliser, de les mettre en action et ils se sentent vraiment partie prenante de ce qui se passe en classe. Et ça, ça nous pousse, ou ça me pousse moi, en fait, à moins hausser la voix, à moins parler. Et donc ça permet d'instaurer vraiment une discipline, puisque tout le monde se sent concerné par ce qu'il se passe en classe. Les responsabiliser, leur donner une part importante dans les apprentissages, le rythme des apprentissages, le déroulé de la journée, c'est quelque chose qui va vraiment instaurer un cadre sécurisant pour eux et qui va nous permettre, nous, de moins parler et donc forcément de moins crier.