Hervé AllesantPour travailler entre collègues, il faut déjà partir d'un principe. Plusieurs outils vont proposer le même type de solutions et que c'est vraiment un choix d'équipe qu'il faut faire pour ne pas partir dans tous les sens. Donc il vaut mieux avoir un outil qui fait 70 % de ce qu'on veut, mais on reste sur cet outil-là. Et puis après, pour le reste on trouvera une autre solution ou alors on s'adaptera. Cette adaptation se fait aussi au niveau de la loi parce qu'il vaut mieux éviter de prendre une solution très pratique mais qui est hors de la loi, c'est-à-dire le RGPD, le règlement sur la protection des données. Étant donné que les données de nos élèves sont sensibles, on ne peut pas faire n'importe quoi. À l'heure actuelle, on sait qu'il y a des collègues qui discutent entre eux sur des groupes WhatsApp. Le problème, c'est que WhatsApp, ça appartient à Facebook, enfin au groupe Meta, et que donc, ce qu'ils font de leurs données, en réalité, on ne sait pas trop ce qu'ils en font. Et du coup, ça pose un problème : si on commence à parler de certaines choses sensibles au sujet d'un élève, même si c'est anonymisé, en recoupant les informations sur Internet avec l'apprentissage machine, on sait qu'ils peuvent en faire ce qu'ils veulent. Donc déjà, s'orienter sur quelque chose qui répond à la loi sur le RGPD. Suite au Covid, on a eu énormément d'outils qui ont été proposés directement par le ministère. À l'heure actuelle, on a un portail qui s'appelle apps.education.fr qui propose tout un tas d'outils. Un des premiers que je conseillerais, ce serait un endroit où on peut mettre nos fichiers en commun. C'est un système de partage de fichiers type Google Drive, Dropbox, qui chez nous s'appelle Nuage. On peut mettre nos dossiers à l'intérieur d'un endroit partagé, on peut créer de manière collaborative un fichier type tableur ou bien un fichier qui permet de faire de l'édition de texte en commun. C'est-à-dire qu'on peut être autour d'une table, chacun tape, l'un corrige, l'autre met en forme et ainsi de suite. On a d'autres outils pour remplacer un petit peu ce qui existe au niveau de la messagerie instantanée sur smartphone. Alors je sais que certains collègues refusent d'utiliser leur smartphone, mais en tout cas si on veut le faire, on a un outil qui s'appelle Tchap qui permet de discuter entre collègues quand on a un souci, très rapide, « qui est-ce qui vient ouvrir le portail » ou alors « j'ai besoin d'aide dans ma classe », on peut envoyer un message sur cette messagerie qui, pareil, est interministérielle et qui n'a pas de soucis au niveau de la RGPD. Souvent je forme des directeurs, des directrices d'école et une des remarques qu'ils font c'est de dire : « Oui, mais les collègues, ils sont habitués à utiliser d'autres logiciels. » Et puis quand on s'appelle Google ou Apple on met des milliards dans ce qu'on appelle l'expérience utilisateur. C'est vrai que nous, si c'est la Drane ou si c'est l'académie qui code ça, on n'a pas les mêmes moyens. Alors c'est là qu'il y a une vraie question qui se pose au niveau de la souveraineté numérique. C'est-à-dire, est-ce que j'accepte que ce soit un tout petit peu moins pratique, mais si c'est moins pratique, je sais où vont mes données, et je suis maître ou maîtresse de ce que je fais. Donc parfois, il faut faire des concessions. Elles ont un coût, mais elles sont porteuses de sens en fait.