Anne LégierMoi, quand j'ai démarré ma carrière il y a quelques années, c'est vrai qu'il y avait autant de chaises que d'élèves. Il y avait beaucoup de tables pour que les enfants soient assis à table pour faire leur travail, leur activité. Et puis petit à petit, on se rend compte que dans une classe de maternelle, les enfants ne pouvaient pas bouger. Or, quand on a 3 ans, 4 ans, 5 ans, si le corps bouge, les esprits des enfants bougent aussi. Et donc, c'est le meilleur moyen de rentrer dans les apprentissages. Petit à petit, au fur et à mesure de ma carrière, en lisant des choses, en étant conseillée aussi par les inspections, qui étaient à fond pour avoir du mobilier flexible, j'ai commencé à enlever une table, puis une deuxième, et puis donc forcément les chaises qui allaient avec. Et puis là, ça fait cinq ans maintenant que dans l'école, on a eu la chance d'avoir du mobilier flexible et on se rend compte qu'en fait, les enfants avancent à leur guise. Ils s'installent sur des assises qui ne sont pas forcément des chaises, qui sont une assise qui peut servir de table dans les minutes qui suivent, des ballons, des poufs. Et tout ça, ça les porte dans l'activité. Dans une classe de maternelle, en fait, déjà les enfants ont des morphologies complètement différentes. Donc il faut adapter aussi, il faut qu'ils aient la possibilité d'aller sur un mobilier qui leur convient physiologiquement. Et quand on a des mobiliers complètement différents, donc des assises différentes, on peut aussi organiser sa pédagogie différemment. Nous, dans notre école, on s'est inspirés un petit peu du système Montessori, où les enfants ont des ateliers à disposition. Et donc, ils vont aller chercher un petit plateau ou un tiroir avec un atelier qui leur a été expliqué en début d'année ou au début de période. Et donc, un enfant, il va aller chercher son tiroir ou son plateau. Et il va s'installer à un endroit de la classe où, à ce moment-là précis, il va se sentir bien. Donc ça peut être sur le tapis par terre, mais ça peut être aussi sur le pouf ou sur une table, il va poser son tiroir sur une table et il va rester debout. Il faut que toutes les possibilités s'offrent à lui pour qu'il soit déjà, lui, dans une position qui lui convienne, qui ne soit pas imposée, je pense. Alors bien sûr qu'il y a des moments où il va y avoir des choses dirigées, où on va installer un petit coin où tout le monde sera assis pour faire fonctionner un petit groupe sur une activité précise. Mais quand même, des enfants qu'on installe à une table, sur une chaise, ils subissent des choses. Alors que quand ils vont choisir leur assise, quand ils vont choisir l'endroit de la classe où ils vont aller se poser pour jouer à quelque chose ou pour travailler, ils sont investis vraiment dans la tâche, beaucoup plus. Et puis aussi, ce que je voudrais dire, c'est que les comportements sont meilleurs entre eux dans les classes actives comme ça.