- Élodie Kaminski
Bonjour, bienvenue au collège Asa-Paulini à Anse (69). Je m'appelle Elodie Kaminski, je suis professeure de physique-chimie.
- Clémence Ferret
Je m'appelle Clémence Ferret, je suis professeure d'histoire-géographique.
- Extra classe
L'école, on en parle beaucoup, mais est-ce qu'on écoute vraiment ? Les énergies scolaires, l'émission d'Extra classe qui vous inspire. Épisode 195.
- Élodie Kaminski
Donc là on est dans la cour du collège. C'est un collège des années 80, avec plein de cailloux sur les murs, deux étages et globalement il est en étoile, il est bizarre. Il a des couloirs dans tous les sens, on monte d'un côté et on descend pas du même côté. Il y a beaucoup de monde. Là, à 750 élèves, on est monté jusqu'à plus de 850, alors que c'est un bâtiment pour 650 élèves.
- Clémence Ferret
Et si vous voulez la petite histoire des petits cailloux jusqu'au bout, c'est que devant le self, les élèves s'en servent comme mur à chewing-gum. En fait, sur chaque petit caillou, il y a un vieux chewing-gum collé.
- Élodie Kaminski
Il y a quelques années, on était en total sur-effectif au niveau des élèves. Certains élèves ont exprimé un réel mal-être au quotidien dans le collège. Et côté professeur, il y avait une perte de sens qui commençait à s'exprimer.
- Clémence Ferret
De plus, on avait vraiment une impression d'impuissance. Quoi qu'on fasse, quoi qu'on essaye de mettre en place avec les élèves, entre enseignants, avec la vie scolaire, rien ne fonctionnait. On n'était concrètement pas satisfaits de ce qu'on pouvait proposer aux élèves et de la manière dont fonctionnaient les cours et dont fonctionnait l'établissement.
- Élodie Kaminski
Donc, l'établissement a dû faire une auto-évaluation demandée par l'institution en 2022 et ça a été un temps pour remettre tout à plat et de façon collective : les professeurs, la direction, vie scolaire, parents, élèves. On avait des contraintes très importantes au collège. On a un bâti vétuste et avec un nombre de salles contraint par rapport au nombre de classes et d'enseignants qu'on a. Et en fait, tout ça, on ne peut pas agir dessus en tant qu'enseignants. Donc nous, il fallait qu'on trouve comment remodifier cette organisation en gardant cette coquille de contraintes.
- Clémence Ferret
Donc c'est comme ça qu'est né notre projet, Projet O-xygène.
- Élodie Kaminski
O-xygène, c'était pour proposer une vraie respiration aux élèves, aux professeurs, à toute l'équipe. Et aussi le « O », qui est séparé, c'était pour dire qu'on voulait aller un peu plus haut que ce qu'on proposait pour l'instant [bruit de sonnerie]. Le premier levier du projet, ça a été de travailler sur les temps, et les temps notamment des élèves. On a choisi de découper l'année en semestres, ce qui nous permet de mieux répartir les évaluations, d'avoir des évaluations qui sont plus représentatives de leur niveau, et de plus s'adapter à leur rythme d'apprentissage. Et on a aussi fait le choix de passer les cours de 55 minutes à 50 minutes, déjà pour s'adapter un peu plus à leur capacité d'attention. Et puis de pouvoir travailler autrement, c'est-à-dire que le temps libéré nous a permis de mettre en place d'autres choses.
- Clémence Ferret
Le temps qu'on a gagné sur les cours est réinvesti dans des ateliers mis en place en fin de journée et obligatoires. Donc ce sont des ateliers qui sont proposés par les enseignants. Ça peut aller du baseball en anglais, la radio, le théâtre, les échecs, le Rubik's Cube, le potager. Il y a à peu près 50 ateliers, les élèves le choisissent en début d'année. Et en fait, ils vont travailler les compétences scolaires autrement.
- Échange dans un atelier
[Une prof] Mais là, ce qu'il te faut, c'est les sons. Et les sons, on les a mis dans ton dossier, ils sont là. Voilà. Et tu vas pouvoir mettre ça. Ça, c'est ton jingle. [Un élève] Ça va où ça ? On fait comment ? [Un autre élève] De quoi ? Pour aller sur Audacity ? Voilà. [Le premier élève] Oh merci ! [Son du jingle]
- Élodie Kaminski
Avec ces ateliers, on a la possibilité de découvrir nos élèves dans d'autres contextes. On les voit sur des domaines qui les intéressent, qui nous passionnent aussi souvent. Ça impacte aussi bien notre relation avec eux, ça impacte globalement le climat scolaire. Et ça crée vraiment une émulation positive.
- Clémence Ferret
Émulation positive enseignant-enfant, mais aussi enfant-enfant. Les petits sixièmes, ils ont beaucoup moins peur des grands troisièmes lorsqu'ils ont passé une heure ensemble à travailler ensemble et à faire des projets communs.
- Élodie Kaminski
Avec la modification du temps de cours, on a aussi pu mettre en place le bureau d'aide rapide, ce qu'on appelle le BAR chez nous, qui permet en fait sur les pauses méridiennes d'avoir un espace libre d'accès pour nos élèves. Les élèves viennent travailler 5 minutes, 10 minutes, une demi-heure, comme ils veulent, seuls ou en groupe. Et c'est un espace qui a été très investi par nos élèves parce qu'ils n'avaient pas d'espace pour se poser. Et là, ils ont un espace dédié pour eux, où ils n'ont pas de contraintes de temps où ils doivent rester, contrairement aux permanences, et où ils ont accès à un ou deux professeurs s'ils ont besoin.
- Clémence Ferret
Repenser les temps de l'enfant nous a aussi imposé à repenser le temps des adultes. Et ce changement de grille horaire nous a permis d'avoir du temps pour les élèves, mais aussi du temps entre adultes et du temps pour nos pratiques pédagogiques. C'est ce qu'on appelle ici « l'heure bleue ». C'est qu'on a une heure de concertation entre enseignants toutes les semaines. On fait de l'analyse de pratiques, on réfléchit un peu à nos programmes, comment on peut les faire. Donc cette heure bleue, elle est entièrement libre.
- Échange entre profs
[Premier prof] Il y avait une année où des chercheurs étaient venus avec des petits ateliers et tout ça qu'on avait fait venir. Est-ce qu'on ne pourrait pas essayer sinon de faire un truc comme ça ? Un truc où on fait... des gens qui viennent un peu les émerveiller. [Deuxième prof] Moi, je trouve ça génial. [Troisième prof] Alors, les chercheurs, tu as deux ans d'attente. [Quatrième prof] Après, on peut aussi réfléchir à faire des trucs pendant nos cours. Par exemple, à Tarare (69), on faisait un calendrier de l'Avent. Donc, en fait, pendant tout le mois de décembre, t'avais un petit jeu, une énigme qu'on projetait. Au lieu de faire le rituel habituel, on projetait ça. Et c'était plutôt rigolo. Et pourquoi pas faire ça pendant la semaine des maths ? Ça pourrait être marrant.
- Clémence Ferret
Le deuxième axe du projet, c'est le suivi des élèves et la relation famille-collège.
- Élodie Kaminski
Donc, ce qu'on a mis en place au collège, c'est le professeur référent. Il existe encore un professeur principal au collège, mais là, le professeur référent, c'est un professeur qui va suivre chaque élève sur toute l'année et avec donc des temps forts : un entretien en début d'année avec sa famille, des points de mi-semestre en fonction des besoins de l'élève et ensuite, un temps de remise de bulletins pour expliciter les appréciations qui y sont inscrites. On ne fait plus des conseils avec des lectures de bulletins individuels, on fait des conseils de la classe où on prend du temps avec les représentants parents et élèves pour discuter de la classe et des problématiques s'il y en a. Et on a donc libéré du temps pour que les collègues puissent avoir en charge ce rôle de professeur référent.
- Clémence Ferret
Les parents aujourd'hui nous voient plus comme des accompagnateurs, ils nous voient moins comme des ennemis, moins comme des juges sur la scolarité de leurs enfants, même sur leur propre scolarité souvent. Aujourd'hui, on est plus dans le lien.
- Élodie Kaminski
Le troisième levier du projet, c'est l'aménagement des espaces. Dans l'extérieur, on a déjà remodifié un peu l'espace de la cour pour le rendre plus agréable pour le quotidien pour les élèves, avec des pergolas, des assises, des tables. Ces aménagements peuvent servir pour la classe dehors et on va aussi avoir bientôt un amphithéâtre qui nous permettra encore de développer cet aspect-là. O-xygène, c'est maintenant une façon de vivre au collège et de le vivre autrement, ce collège. Et en prenant tous ces temps - ces temps par semaine, ces temps sur l'année - autrement, avec d'autres objectifs, on a quand même réussi à fonctionner avec quelque chose de plus humain et de plus cohérent, et en tout cas qui a plus de sens pour nous enseignants, et qui a un vrai impact positif sur les élèves et sur leur famille, puisqu'on a beaucoup de retours qui nous montrent que là-dessus, on ne s'est pas trompés. Donc globalement, nous, ce qu'on en retire, c'est quand même qu'on a réussi à faire bouger des lignes, et que si on ne lâche rien, globalement, on arrive à faire des choses, même avec des contraintes. Tu ne veux pas rajouter un truc ?
- Clémence Ferret
Non. [Rires]
- Extra classe
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