- Régis Forgione
Bonjour Hélène, bienvenue chers poditeurs et poditrices pour ce nouvel épisode Parlons Pratiques d'Extra Classes. Nous sommes très heureux de vous retrouver et vous êtes de plus en plus nombreux à nous écouter chaque mois.
- Hélène Audard
Oui, c'est vrai, merci, merci de faire partie de cette communauté des auditeurs Extra Classe, de vous informer et d'entrer dans ce partage avec nos invités, ce qui fait de vous finalement des citoyens numériques. Régis, qu'est-ce que tu en penses ? Est-ce que tu te sens citoyen numérique, toi ?
- Régis Forgione
Alors Hélène, je t'avoue que je ne saurais pas... pas bien répondre à cette question-là tout de suite. Bon citoyen, j'espère. Je suis respectueux de mes concitoyens dans l'espace numérique aussi. Mais est-ce que ça se résume à ça ?
- Hélène Audard
En fait, cette question, ça fait déjà plusieurs épisodes qu'on tourne autour dans Extra Classe. En 2022, on se demandait déjà comment former des citoyens du numérique éclairés, libres, responsables. Aujourd'hui, les écrans n'ont pas disparu. Les débats sur les réseaux sociaux sont toujours là. Et les intelligences artificielles, elles, elles se sont largement invitées dans les classes.
- Régis Forgione
Alors qu'est-ce qui change ? Ce serait qu'on est de plus en plus conscient de l'importance du numérique dans la construction des jeunes et qu'il devient nécessaire de faire avec eux plutôt que pour eux ?
- Hélène Audard
Oui, peut-être. Et puis aussi ne pas tout focaliser sur les risques, sur le fait de se protéger et peut-être ouvrir à d'autres dimensions qui apparaissent d'ailleurs dans la définition de la citoyenneté numérique. Si on regarde par exemple celle du Conseil de l'Europe, on y parle. d'inclusion, de créativité, d'empathie, de participation active aussi.
- Régis Forgione
Et c'est tout l'enjeu de cet épisode, dépasser nos représentations d'adultes inquiets pour comprendre ce que le numérique fait aux jeunes et surtout ce qu'ils en font eux-mêmes.
- Hélène Audard
Et comment les enseignants peuvent s'appuyer sur les pratiques réelles de ces jeunes, alors parfois déroutantes pour nous, mais certainement passionnantes, et puis comment les accompagner vers plus d'autonomie et de discernement.
- Régis Forgione
Alors pour en parler, trois invités, trois regards, trois terrains. Éducation à la citoyenneté numérique, s'appuyer sur les pratiques des jeunes, c'est parti !
- Hélène Audard
Axelle Desaint, bonjour !
- Axelle Desaint
Bonjour !
- Hélène Audard
Vous êtes directrice d'Internet sans crainte, qui est le programme national d'éducation au numérique des jeunes et des familles. Une question que je vais appeler express mais qui est très large, donc à vous d'y répondre en très peu de mots. C'est un challenge pour vous. Éduquer à la citoyenneté numérique, ça serait d'abord apprendre à faire quoi ?
- Axelle Desaint
Eh bien, ce serait comprendre. Déjà, comprendre l'espace numérique dans lequel on évolue, comprendre les services qu'on utilise, comprendre les algorithmes pour être un utilisateur éclairé. Ça me semble être la première clé.
- Régis Forgione
Jocelyne Lachance, bonjour.
- Jocelyn Lachance
Bonjour.
- Régis Forgione
Alors, vous êtes responsable de recherche en sociologie au CREDAT, le Centre de réflexion sur le devenir adulte et le travail social, au sein de l'Institut du travail social Pierre Bourdieu, qui se trouve à Pau. Question express pour vous aussi. Si vous deviez résumer en un mot, allez, en quelques mots, ce qu'on oublie trop souvent quand on parle des jeunes et du numérique, ce serait quoi ?
- Jocelyn Lachance
Moi, je pense que ce qu'on oublie souvent, c'est que la plupart des jeunes se comportent quand même bien à l'heure du numérique. Et la question, c'est en tant qu'adulte, qu'est-ce qu'on est capable de valoriser les bonnes pratiques ?
- Hélène Audard
Nicolas Bourgeon, bonjour.
- Nicolas Bourgeon
Bonjour.
- Hélène Audard
Vous êtes professeur documentaliste. Vous êtes dans deux collèges ruraux de l'Aveyron. Et question pour vous, puisque vous êtes en contact quotidien avec ces fameux jeunes, si vous dites citoyenneté numérique à vos élèves, est-ce qu'ils voient de quoi vous leur parlez ?
- Nicolas Bourgeon
Non, pas du tout, parce que ce sont des mots qui appartiennent au vocabulaire plutôt institutionnel et l'approche que j'essaie d'avoir, c'est d'utiliser leurs mots à eux.
- Hélène Audard
On va voir ça dans la suite de l'épisode.
- Régis Forgione
Voilà, première partie, changer de regard sur les pratiques numériques des jeunes. Avec l'idée d'interroger effectivement le regard des adultes sur les pratiques numériques et peut-être déconstruire aussi ce regard. Jocelyn Lachance, vous le disiez, mais est-ce qu'on s'intéresse suffisamment aux pratiques numériques réelles des jeunes, au-delà des fantasmes, des buzzs qu'il peut y avoir dans les médias ? Est-ce que les adultes, est-ce que les profs savent réellement ce que font les jeunes dans l'univers numérique ?
- Jocelyn Lachance
En tout cas, ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a quand même beaucoup d'acteurs qui s'intéressent aux pratiques numériques des jeunes. Non, ce serait quand même... un peu rapide de dire qu'en tant qu'adulte, on ne s'y intéresse pas du tout. La preuve, c'est qu'il y a des commissions. La preuve, c'est qu'on est là. La preuve, c'est qu'il y a des podcasts. Donc, quand même, de façon générale, on peut dire qu'il y a quand même un intérêt. Par contre, c'est de la manière qu'on s'y intéresse qui compte le plus, peut-être. C'est que très souvent, on va mettre l'accent sur les aspects délétères. Et c'est important de rappeler les risques. Ils existent. Ils sont présents. Mais en même temps, les jeunes ont parfois l'impression qu'on passe un peu à côté de ce qui est l'essentiel pour eux, c'est-à-dire les bénéfices. le sens qu'ils y trouvent et puis la recherche, même si les dispositifs changent depuis des années, la recherche montre toujours qu'il y a des liens forts entre finalement leur formation de l'identité, des questions existentielles, des choses importantes à l'adolescence et leur pratique. Donc c'est surtout ça en fait, ce n'est pas le désintérêt. des adultes, mais c'est souvent un intérêt qui est un petit peu, j'ai envie de dire, risco-centré et qui pose parfois problématique, parce qu'il faut trouver le juste équilibre évidemment entre le fait d'aborder ces vraies questions et en même temps le fait de rentrer dans l'univers des jeunes qui est un petit peu plus complexe.
- Hélène Audard
Axelle Desaint, dans Internet sans crainte, il y a sans crainte, mais il y a crainte quand même. Comment est-ce que vous vous abordez cette approche justement des pratiques des jeunes ?
- Axelle Desaint
Alors déjà, c'est un programme qui a 15 ans. Internet et le numérique a pas mal évolué, c'est peut-être pas le nom qu'on aurait choisi pour ce programme aujourd'hui, mais moi je vais insister sur le "sans", parce que c'est vraiment la démarche qu'on veut porter, c'est-à-dire de mieux comprendre en fait ce qu'on a envie, c'est d'accompagner plutôt les jeunes vers l'autonomie numérique, leur permettre de maîtriser leurs usages. Donc bien sûr, la connaissance des risques, et même oser parler des risques en amont, on insiste pas mal là-dessus parce que ça permet aussi de savoir mieux les appréhender et identifier aussi l'adulte comme quelqu'un qui peut... qui peut être là pour accompagner aussi dans l'espace numérique. Nous, c'est ce qu'on constate le plus, en fait. Je ne sais pas si ça résonnera, j'imagine, auprès de Jocelyn, mais c'est la solitude avec laquelle ils appréhendent ce numérique. Ils sont extrêmement seuls, il leur manque des clés importantes et ils n'identifient pas les adultes autour d'eux comme des personnes qui sont susceptibles de les accompagner et de les aider.
- Régis Forgione
Jocelyn ?
- Jocelyn Lachance
C'est vrai que, pour aller dans le sens d'Axelle, c'est que ce qu'on voit c'est que généralement, quand on pose la question aux jeunes, pourquoi vas-tu chercher telle information ici, à l'ère du numérique, pourquoi vas-tu vers tel regard numérique, souvent dans les réponses qu'ils nous donnent dans les entretiens, ils font le lien avec ce qu'ils ne trouvent pas par ailleurs, chez les adultes, ou qu'est-ce qu'on leur offre pas. Et ça, c'est quand même assez étonnant, c'est-à-dire qu'on n'a pas besoin de leur demander de faire le lien, c'est eux qui nous disent de façon plus ou moins explicite qu'ils vont chercher à l'ère du numérique et sur les espaces numériques des choses qui par ailleurs ne sont pas. ne semblent pas disponibles, selon eux, dans les espaces physiques. Ça, c'est vraiment important. Ça va dans le sens de ce qui vient d'être dit.
- Régis Forgione
Nicolas Bourgeon, vous qui êtes au quotidien auprès d'élèves, qui avez en charge des élèves, sur ces notions autour du numérique et de citoyenneté numérique, ils viennent vers vous pourquoi ? Et d'un autre côté, qu'est-ce que vous voyez qu'ils savent déjà très bien faire ?
- Nicolas Bourgeon
Alors, ils ne viennent pas tellement vers nous, c'est plutôt moi qui vais vers eux. Après on a des ordinateurs dans le CDI, donc en général c'est la première chose qu'ils font avant d'aller voir les livres, ils vont se connecter à internet, donc on essaie de les accompagner là-dessus. Ce qu'ils savent déjà faire, moi je m'intéresse beaucoup à ça, c'est pratiquer des jeux vidéo et regarder du streaming sur Twitch, sur Youtube. Ça c'est quelque chose qu'ils savent bien faire. par contre ce qu'ils ne savent pas faire c'est euh C'est chercher des informations, identifier les bons outils pour chercher des informations, se documenter.
- Hélène Audard
Et Jocelyn Lachance, justement, Nicolas nous dit, ils vont d'abord vers l'ordinateur avant même d'aller voir les livres, mais peut-être même avant même d'aller voir l'adulte. Vous, dans les études que vous faites, et puis vous pratiquez des entretiens avec ces ados, donc qu'est-ce qu'ils vous disent qu'ils font ? Qu'est-ce qu'on peut dire globalement de ce qui se passe pour eux dans cet espace ?
- Jocelyn Lachance
C'est sûr que ça va dépendre des sujets, ça va dépendre des thématiques, etc. Mais je vous donne un exemple. On a lancé une série d'entretiens semi-directifs sur l'intelligence artificielle, puisque c'est la grande question depuis quelques mois. Et on est parti de l'hypothèse suivante. Les jeunes n'utilisent pas toujours l'intelligence artificielle. La plupart l'utilisent dans certaines situations, d'autres de façon plus fréquente, mais pas toujours. Donc la question c'est quels sont les critères qui font que les jeunes vont aller vers l'intelligence artificielle. Et là c'est vraiment intéressant. Donc il y a cette question qui revient souvent d'indisponibilité de l'adulte. Alors là ça peut être très très variable et puis ça peut être un sentiment aussi. Ça ne veut pas dire que les adultes ne sont pas autour, mais il y a le sentiment que les adultes ne sont pas disponibles. Est-ce que parce que la question est un peu délicate, parce que ça touche un sujet un peu comme la sexualité ou la mort, on a des exemples concrets. Est-ce que c'est parce qu'on a le sentiment de ne pas comprendre ? ce que l'adulte nous dit, par exemple l'enseignant, etc. Et derrière, il y a toujours cette raison de vouloir être rassuré, de trouver une réponse structurée et rassurante qu'on comprend. Et ça, c'était vraiment très intéressant. C'est-à-dire, c'est comme si finalement on nous disait, par rapport à tel sujet, par rapport à telle thématique, l'adulte n'arrive pas à nous donner une réponse claire qui nous permet de nous sentir un peu mieux. Et donc, on va vers des dispositifs technologiques du type intelligence artificielle. Et c'est pour ça qu'il faut insister sur cette... ce qu'on fait depuis longtemps, mais sur ce rapport entre ce qu'on ne trouve pas dans les espaces physiques et ce qu'on trouve dans les espaces numériques. Cette question d'être assuré, d'avoir une réponse claire revient très, très souvent.
- Régis Forgione
Axelle, ça me fait rebondir sur le fait que le regard de l'adulte, et pour faire changer ce regard d'adulte, vous travaillez, vous allez nous le dire, avec des panels jeunes qui produisent des ressources à destination des jeunes. Est-ce que le regard des adultes qui accompagnent ces jeunes sur la production de ces ressources change ?
- Axelle Desaint
Complètement. Et puis, pour le coup, les adultes, c'est nous, c'est nos équipes. Et ce travail-là, il est extrêmement nécessaire et constructif. C'est un vrai échange. C'est-à-dire que nous, notre métier, c'est de faire des ressources de sensibilisation pour permettre justement que des adultes s'en saisissent pour sensibiliser d'autres jeunes. On se doit d'être au plus juste du quotidien qu'ils vivent, des mots qu'ils utilisent. Et en fait, notre manière de les associer à la conception des ressources, c'est de travailler, alors nous on utilise beaucoup du serious game, des scénarios interactifs, immersifs, donc déjà d'être dans des situations qui sont proches de ce qu'ils vivent et souvent ils nous poussent le curseur beaucoup plus loin, c'est-à-dire qu'ils nous disent « mais là c'est trop tiède » . ce qu'on vit, c'est plus intense, c'est plus dur que ça. Donc, il nous aide à être dans une justesse. Et puis ensuite, d'avoir, de ne pas être trop des boomers, j'ai envie de dire, parce qu'on a beau travailler sur ce sujet depuis longtemps, ça se joue des fois à peu de choses, d'être dans le mot, la situation, le vocabulaire qui est pas adapté. Donc oui, bien sûr, c'est un enrichissement dans les deux sens, vraiment.
- Hélène Audard
Ça me fait penser, Nicolas, par exemple, que les adultes, effectivement, ont une vision, une connaissance peut-être un peu superficielle des plateformes. Et vous, par exemple, comme professeur documentaliste, est-ce que vous êtes allé vraiment volontairement sur des plateformes pour voir un peu ce qui s'y passait, pour pouvoir discuter avec eux, échanger avec eux et ne pas être complètement « largué » ?
- Nicolas Bourgeon
Oui, alors je vais sur YouTube, sur Twitch, voir un petit peu ce qui se passe. Mais même en dehors de mon métier d'enseignant, j'y vais aussi parce qu'il y a des ressources intéressantes, notamment euh Sur Twitch, depuis la crise du Covid, le contenu s'est beaucoup diversifié. Il y a des choses dans tous les domaines, bien au-delà du gaming maintenant. Il y a des ressources dans tous les domaines. Donc, je m'y intéresse effectivement pour voir ce à quoi s'intéressent les élèves, mais je m'y intéresse aussi pour moi-même.
- Hélène Audard
Oui, c'est peut-être ça la clé aussi, c'est que ce soit un intérêt réel pour ces outils-là et pas seulement extérieur, on va dire.
- Nicolas Bourgeon
Oui, tout à fait.
- Régis Forgione
Et quand on s'éloigne ? en tant qu'adulte, vous le disiez, Axelle, quand on est des boomers, on a peut-être encore des ados autour de nous qui nous font garder un pied et peut-être comprendre le monde qui nous entoure, mais très vite, on perd ce lien et on arrive dans ce qu'on disait tout à l'heure, un petit peu le rapport à l'interdiction et à la régulation. Est-ce que ce premier regard, premier pas, premier réflexe peut-être des adultes envers les élèves du côté de l'interdiction et de la régulation, Jocelyn ? Est-ce que ça impacte leur pratique ? Est-ce que ça fait, par exemple, qu'ils viennent moins demander à l'adulte des choses ? Est-ce que vous avez des éléments qui éclairent peut-être cela ?
- Jocelyn Lachance
Oui, déjà, ce qu'il faut dire, c'est que moi, personnellement, je trouve que parfois le débat sur l'interdiction est un peu mal posé parce que l'interdiction fait partie de l'éducation. Je pense que tous les parents, tous les enseignants qui nous écoutent ont déjà posé une interdiction. C'est structurant, on le sait, etc. C'est plus en fait les questions que pose l'interdiction à l'heure du numérique, se poser les bonnes questions. Déjà, le sens. de cette interdiction, pourquoi on la fait. Ça, c'est quand même quelque chose qu'on doit se poser à nous-mêmes en tant qu'adultes. Qu'est-ce qui nous motive, finalement ? Après, il y a évidemment la question de l'efficacité. Ça, ça revient souvent dans les différents acteurs des associations. Est-ce que c'est vraiment efficace ? Est-ce que c'est bien, dans le fond, qu'ils contournent ou pas, etc. ? Mais les deux vraies questions, pour moi, la première, c'est si on interdit une pratique, est-ce que les jeunes vont se déplacer dans d'autres espaces ? Ça, c'est la première chose. Parce que si on se dit, ok, on interdit tel accès à tel espace numérique, est-ce que les jeunes vont tenter de faire ce qu'ils faisaient dans cet espace, dans un autre espace ? Et là, toujours la question, c'est est-ce que ce déplacement va les rendre plus en sécurité ou moins en sécurité ? Et ça, c'est toujours une vraie question. Et comme les adultes, déjà dans les espaces physiques, faisaient déjà ça à l'époque, c'est-à-dire d'aller surveiller les jeunes qui se déplaçaient, ça se poursuit à l'heure du numérique. C'est quelque chose qu'on connaît. Et l'autre chose qu'on voit aussi, qui est assez intéressante, c'est qu'évidemment, il y a des pratiques délétères, et ça, je pense que personne ne peut le nier. Le problème, c'est qu'à l'ère du numérique, il y a aussi des pratiques qui sont des formes de régulation du stress. C'est-à-dire que les jeunes nous disent, « Ben voilà, je fais telle chose à l'ère du numérique parce que ça me permet de me sentir mieux. » Et quand on interdit, la question, c'est, oui, on peut interdire des choses qui sont délétères, et en même temps, on risque d'interdire des choses qui sont aussi bénéfiques. Alors, la vraie question, c'est, est-ce qu'on va les remplacer par autre chose ? Je donne un exemple concret. Un lycée au Québec interdise le smartphone. Il demande aux jeunes, est-ce que finalement ça vous manque, etc. Et là, tout d'un coup, les jeunes leur disent, et l'équipe enseignante toute surprise, les jeunes leur révèlent, oui, mais comment on va faire pour réguler le stress avant les examens ? Ah oui, vous régulez le stress avant les examens. Ah oui, on écoute de la musique. que vous faites d'autres choses. Oui, oui, parce qu'on se retrouve un peu seul avec notre smartphone. Et vous voyez, là, la question, c'est, est-ce que le lycée, en l'occurrence, permet à ces jeunes d'avoir des lieux pour se retrouver seul avant l'examen ? Vous voyez, ce n'est pas d'interdire ou pas, mais bien, qu'est-ce qu'on risque de faire disparaître aussi qui est bénéfique et qui est vraiment utilisé massivement par les jeunes ? Ça, c'est une vraie question.
- Hélène Audard
C'est une sorte de transition naturelle vers une deuxième partie : on comprend qu'il faut quand même s'intéresser à ce qu'ils font, mais de prendre appui aussi sur ces pratiques, entre une posture de prévention et une posture d'accompagnement. C'est le deuxième temps de cet épisode. Et de tout ce que vous dites là, Jocelyn, on se dit qu'il faudrait prendre appui là-dessus pour se dire comment est-ce qu'on pourrait effectivement travailler sur la régulation du stress ? ou peut-être sur une plus grande disponibilité des adultes. Axelle Desaint, c'est vraiment une bonne partie, je pense, de ce que vous produisez. Dites-nous un petit peu comment on peut travailler sur cette posture d'accompagnement des pratiques et s'appuyer sur ces pratiques.
- Axelle Desaint
Nous, ce qu'on essaie de faire, c'est, comme je l'ai dit, de les projeter le plus possible. C'est pour ça qu'on a choisi de faire de l'éducation au numérique. avec le numérique pour les projeter dans des situations qui sont au plus proche de ce qu'ils vivent. Et nous, on n'est pas du tout dans quelque chose de descendant, on est plutôt dans des formats qui vont les amener à prendre du recul, à se questionner. Et c'est très étonnant d'ailleurs de voir, quand on fait des séances ensuite, que finalement ce numérique est très présent dans leur vie, ils ont même un outil qui est utilisé pour échanger, mais ce n'est pas un sujet de discussion entre eux. Et c'est hyper intéressant déjà de voir l'autorégulation qui se fait. pair à pair, lors de cet échange. Et ça se fait de manière extrêmement bienveillante. Donc nous, c'est plutôt ça qu'on va chercher. Amener à se poser, à susciter, éveiller cet esprit critique, ce discernement, se dire est-ce qu'on a un rapport équilibré ? Est-ce que notre usage est pertinent ? Est-ce qu'il nous fait du bien ? Je pense qu'on ne parle pas assez aussi du bien-être numérique et de ce que ça apporte. Et le médiateur, il vient simplement apporter, voilà, réajuster, apporter des informations sur le droit, sur les responsabilités, sur des informations qu'ils ne connaissent pas. Nous, notre objectif, c'est vraiment une meilleure maîtrise derrière de ces outils et de pouvoir profiter justement de tout ce que le numérique a de bien apporté. C'est ça l'essentiel, parce que ça ne va pas disparaître de leur univers. Donc, ce que questionnait Jocelyn, c'est la question des alternatives derrière. Parce qu'une fois qu'on pose l'interdit, qu'est-ce qu'il y a comme alternative ? Nous, on est convaincus que oui, il y a des alternatives hors numérique, mais il y a surtout des alternatives dans le numérique mieux et mieux accompagnées.
- Hélène Audard
Et comment ça se passe très concrètement ? Là, vous nous dites que vous travaillez avec eux. C'est dans des classes, avec des enseignants ? Comment est-ce que vous les recrutez, entre guillemets ? Comment est-ce que vous les rencontrez ? Est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ? Ça peut être inspirant peut-être pour des enseignants qui nous écoutent.
- Axelle Desaint
Bien sûr, déjà, ils peuvent nous contacter. Parce qu'on recherche constamment des panels jeunes. Donc on travaille avec des établissements scolaires, mais on travaille beaucoup aussi avec le périscolaire, avec l'éducation populaire, avec des IME. L'objectif c'est d'avoir aussi des groupes différents, d'âges différents. On travaille avec le Clémi, avec les classes médias. C'est vrai que ça permet d'avoir des terrains qui ont du temps aussi disponible pour adresser ce type de sujet, mais on essaye vraiment aussi d'avoir une pluralité. Donc oui, on se déplace auprès d'eux, on fait aussi des séances à distance. Des fois le week-end, le soir, quand ils sont disponibles. Donc on s'adapte au format. L'objectif c'est surtout qu'on puisse avoir du temps où ils sont vraiment disponibles. On peut nous aussi être vraiment disponibles déjà pour les écouter et les impliquer dans une démarche de co-construction avec l'objectif de construire une ressource pair à pair.
- Régis Forgione
Nicolas Bourgeon, vous qui êtes aussi du côté des élèves. Dites-nous en plus sur ce projet qui décrypte avec eux leurs propres pratiques finalement, puisque souvent ils aiment ou ils veulent être influenceurs. Vous avez mené un projet qui mêle Encyclopedia Universalis et Twitch.
- Nicolas Bourgeon
Oui, alors c'est un projet autour de ce qu'on appelle les influenceurs, que je fais depuis plusieurs années et qui cette année va prendre la forme d'une candidature à un projet que propose Encyclopedia Universalis, qui consiste à faire une mini-encyclopédie rédigée par les élèves. et là, ce sourire... si le projet est accepté, autour des influenceurs. C'est vrai que je travaille depuis 2023. En fait, il y a eu une loi en 2023 qui a encadré en France la pratique des influenceurs, notamment autour de l'identification des partenariats commerciaux, pour obliger les influenceurs, quand il y avait un partenariat rémunéré, à le mentionner d'une manière ou d'une autre. Donc le projet consiste à leur faire faire. le portrait d'un influenceur ou d'une influenceuse qu'ils et elles choisissent. Donc ça part de leur propre pratique, de leur propre choix. Et puis d'essayer d'identifier quel est le modèle économique de ces influenceurs et de ces influenceuses en termes d'accaparement de l'attention, comment ils se constituent une audience, comment ils attirent l'attention de cette audience et puis comment ils la monétisent. Voilà, donc ils doivent pouvoir faire le portrait de l'influencé, prendre conscience des enjeux de l'économie de l'attention, c'est-à-dire que quand ils consultent du contenu sur les plateformes de diffusion, ils créent de la valeur et l'idée c'est un peu de leur proposer qu'ils en prennent conscience.
- Hélène Audard
Une question par rapport à ça, quand même, c'est qu'on essaie, je pense que c'est vraiment le sens de ce que chacun d'entre vous dit, de faire de ce numérique un outil de savoir, de liberté, d'émancipation pour ces jeunes. Mais on entend bien, par exemple, dans ce qui se fait avec les influenceurs, qu'il faut quand même contrer des logiques marchandes très puissantes qui nous dépassent, nous, adultes, et a fortiori, je pense, eux. Donc, est-ce qu'on a les moyens, finalement ? de contrer ça, de faire en sorte que cette éducation puisse leur donner du pouvoir d'agir dans un monde qui n'a pas forcément envie de le leur donner. Alors, c'est très large ce que je dis, peut-être Jocelyn.
- Jocelyn Lachance
Oui, merci. C'est possible, c'est clair que de toute façon, de faire un travail déjà de connaissance des rouages, c'est incontournable. Il faut le faire, ils ne sont pas tous égaux. Et ça, ceux qui sont en première ligne comme Nicolas et Axelle le savent très bien. Ils savent très bien que tous les jeunes ne sont pas égaux par rapport aux connaissances. Après, le problème, c'est que bien souvent, les bénéfices qu'ils vont en retirer sont beaucoup plus forts que, j'ai envie de dire, une critique macroéconomique ou macropolitique ou macrosociale. Et le problème, il est là, en fait. Et c'est là que le travail qui a été mentionné jusqu'à maintenant est très important. On va le dire en un seul mot, c'est la réflexivité. C'est-à-dire, c'est d'amener des jeunes à réfléchir à ce qu'ils vivent, à ce qu'ils ressentent, à ce que ça produit. Oui. Et le problème, c'est que ce qu'on voit, c'est que souvent les jeunes qui n'ont pas d'accompagnement vont attendre de vivre un malaise, de vivre une problématique, de vivre quelque chose de compliqué pour rentrer dans cette réflexivité. Et souvent, les acteurs de première ligne, c'est ce qu'ils font, c'est qu'ils essaient finalement d'amener une réflexion avant même qu'on puisse arriver à une situation problématique. C'est un petit peu ça l'idée. Moi, je prends souvent l'exemple des enseignants qui font un super travail lorsqu'il y a des semaines, par exemple, vous savez, de déconnexion. Oui, un challenge. Et là, tout est dans la façon dont on le fait. Parce que si vous faites une déconnexion d'une semaine et que c'est pris comme un défi par les jeunes, qu'est-ce qu'ils font ? Ils vont joyeusement se reconnecter après et donc on n'a rien réglé. Mais par contre, des enseignants qui prennent le temps de travailler avec les jeunes, de faire un petit carnet, de les faire réfléchir sur ce qu'ils ont vécu aujourd'hui, sur ce qui s'est passé, etc., ils ne sont même pas dans un discours... J'ai envie de dire risco-centré en disant ceci, ceci, et il les amène juste à réfléchir à ce qui se passe dans leur vie. Et ça, c'est souvent vécu comme un très beau cadeau pour les jeunes. Parce que justement, on les fait réfléchir avant même qu'ils vivent une situation problématique. Et ça, c'est les acteurs de première ligne qui le font et qui font un super travail.
- Régis Forgione
Ça me fait rebondir, Axelle, sur le fait qu'effectivement, le numérique se fait souvent sans les jeunes. Plutôt sans les jeunes, d'ailleurs, par ces grandes entreprises et tous les outils qu'ils utilisent au quotidien. Du côté de Tralala, je crois que vous faites des rencontres entre jeunes et entreprises de tech pour mieux comprendre tous ces enjeux ?
- Axelle Desaint
Oui, on a été amené à le faire, notamment dans le cadre du Safer Internet Day. Et c'est toujours étonnant de voir ces adultes qui travaillent finalement sur ces sujets. Et ça a l'air d'être un monde totalement inconnu. Mais ce que partageait Jocelyn me donne envie de rebondir sur une expérience qu'on a menée dans le cadre du Safer Internet Day il y a deux ans. On voulait parler de la responsabilité en ligne. et notamment celle de ces plateformes. Et on a proposé une expérience à une classe qui est de dompter ces algorithmes. Donc de voir justement, est-ce qu'on peut affluencer ces algorithmes si puissants, ces suggestions qui nous sont faites. Et on leur a proposé d'aller faire sur deux réseaux sociaux qu'ils utilisent beaucoup qui sont TikTok et Instagram, d'aller chercher des sujets. On leur a imposé des sujets qui n'étaient pas du tout dans leur champ habituel d'intérêt. Et ça a été très très intéressant comme expérience, on l'a mené pendant trois semaines, et ils ont pu voir que, alors déjà de manière non accompagnée, c'était intéressant pour nous de voir comment ils allaient faire leurs recherches, comment ils allaient essayer de changer leur fil, parce que pardon, c'était ça l'objectif, de voir si leur fil d'actualité allait évoluer. Alors ça a été assez perturbant de voir que malgré leurs recherches, par exemple sur TikTok, qui est quand même un algorithme particulièrement délétère, le contenu a très peu changé. sur Instagram un peu plus, mais ce qui a été surtout significatif et nous ce qui nous interpelle le plus, c'est à quel point le contenu était genré, c'est-à-dire que alors que les thèmes étaient neutres, les jeunes filles n'avaient clairement pas les mêmes types de contenus que les garçons. Et ensuite on l'a fait de manière accompagnée avec eux pour les aider à aller chercher des contenus qui étaient pertinents. Donc dans pertinent c'était surtout fiable, où il y avait une information vérifiée. Et ça montre à la fois... La puissance de l'algorithme, là où on peut le maîtriser, mais là où surtout, où l'accompagnement est nécessaire pour les guider vers du contenu qui soit déjà adapté à eux et qui puisse être déjà... au moins à peu près fiables. C'est ça l'un des principaux enjeux. C'était très, très instructif.
- Hélène Audard
Nicolas, cette notion de réflexivité, c'est ce que vous essayez avec ce projet autour des influenceurs, finalement, de leur apporter, une réflexivité sur la monétisation, sur les techniques de ces influenceurs. Je ne sais plus si vous l'avez dit, ce sont des jeunes, ce sont des sixièmes, les élèves avec lesquels vous faites ça.
- Nicolas Bourgeon
Oui,tout à fait, ce sont des sixièmes.
- Hélène Audard
Donc, vous les prenez très, très tôt. Et qu'est-ce que vous constatez, puisque ça fait quand même 2-3 ans que vous le faites et que vous les suivez, ces élèves ?
- Nicolas Bourgeon
Oui, mais je vois quand même que ils voient très bien ce que je veux dire quand je leur parle d'un influenceur qui, dans un vlog, glisse une publicité comme ça dans le fil de son narration. Je vois que ça tilte bien. Ils voient très bien de quoi je parle, oui. Et on voit que la problématique de l'argent, puisqu'on parle de ça quand même, ils comprennent très bien, ils voient très bien quels sont les modèles économiques, si c'est des produits, des boutiques, des accès à des serveurs, des micro-dons, etc. Ils identifient assez bien les circuits, puisque ce sont des choses avec lesquelles ils sont familiers.
- Régis Forgione
Je vous propose à ce moment de l'émission qu'on entre dans la troisième partie, vous nous y amenez tout droit, qu'on a intitulée « La citoyenneté numérique en action » . émanciper et redonner du pouvoir d'agir. Et pour commencer, je vous propose qu'on écoute une capsule audio qu'on a enregistrée avec Mélina Solari-Landa, qui est chargée d'études à la direction de l'innovation de Réseau Canopée, et aussi chercheur associé au laboratoire TECNE de l'université de Poitiers. Elle nous présente, l'exercice de style était compliqué, en deux minutes chrono, une expérimentation qui a été menée avec toute une équipe de chercheurs auprès de lycéens sur le suivi et l'analyse de leurs traces d'usage des outils numériques.
- Melina Solari-Landa
C'est une expérimentation qui a été mise en place dans le cadre du projet DPA, Digital Practice Awareness. On a réalisé une recherche qui vise à comprendre les moyens d'autorégulation et de réflexivité que les élèves mettent en place lors de leurs pratiques numériques. Nous avons travaillé dans un lycée à Poitiers avec deux classes de secondes. durant l'année scolaire 2023-2024. Il faut dire qu'un des volets de DPA était dédié au développement d'une application mobile de traçage de l'activité des élèves, qui après, quand ils se portaient volontaires, ont tracé les élèves. Et nous avons mené de manière parallèle des ateliers avec des lycéens pour co-construire l'analyse de leur propre trace. Le principal enseignement, c'est que le désir est le meilleur. moteur de sussage des adolescents. C'est-à-dire que malgré l'effet d'être informé et de comprendre l'utilisation que les entreprises font des données, qu'ils produisent finalement, les élèves sont guidés par leur désir personnel, par leur envie de socialiser, plutôt que par une évaluation rationnelle des risques et des conséquences associées à leur sussage. Alors, ils ont du mal à intégrer... Deux dimensions de leurs actions en ligne, qu'on a divisées en la temporalité et la distance, c'est-à-dire qu'ils ont du mal à voir comment ce qu'ils font en ligne maintenant pourrait entraîner des conséquences à long terme, ou affecter d'autres personnes par exemple, ou ce qu'ils font ici localement, il a aussi des conséquences au niveau global. Et on a appris que partir des logiques prescriptives, ou restrictives ne permet pas de développer la réflexivité des données chez les élèves. Alors, cependant, un dispositif avec une seule discipline n'est pas non plus suffisant pour développer la réflexivité des données chez les élèves. Nous avons proposé un dispositif pilote d'éducation aux données et à l'autorégulation pour les enseignants de secondaire. L'idée centrale est de former les enseignants à la collecte et au traitement des données pour qu'ils répliquent. Ces activités, on peut scénariser d'autres, tout en prenant en compte les besoins et les intérêts de leurs élèves.
- Régis Forgione
Jocelyn Lachance, je vous vois au ché de la tête. On parle de culture de la donnée, on voit qu'on leur donne du pouvoir à ses élèves sur leurs données de les analyser et qu'ils se laissent quand même, j'allais dire, driver, submerger, emporter par leurs émotions. Et finalement, tout est basé là-dessus. Tous ces algorithmes, ils jouent justement là-dessus. Alors, comment aller plus loin que juste leur donner ce pouvoir d'agir ?
- Jocelyn Lachance
Oui, bon, je ne sais pas si Nicolas et Axelle vont avoir probablement la même réaction, mais quand on écoute ça déjà, on se dit oui, mais dans la société des adultes, déjà, il y a un petit souci avec le fait qu'on clique oui, oui, oui, oui, d'accord, d'accord, d'accord, et on ne fait pas attention à ses données. Donc, ça, c'est la première chose. Il n'y a pas trop de grandes surprises. Après, ce qui a été dit sur les bénéficiants, ça a été dit, c'est que le problème, c'est qu'il y a des bénéfices qui sont vécus. On le voit très bien, on mène actuellement une grande enquête sur les nudes, les photos à caractère sexuel avec le Credats, en partenariat avec l'Observatoire de la parentalité numérique qu'on connaît. Et on le voit bien, les jeunes qui ont déjà envoyé des photos à caractère sexuel, dans certains cas, vont nous dire vraiment il y a deux temps. C'est-à-dire le premier temps où j'envoie la photo pour recevoir un compliment et j'en ai besoin et je le veux et je le désire. Ça, ça se passe par exemple en fin de soirée. Et le deuxième temps, juste avant d'aller dormir, on commence à se poser des questions sur la suite. Mais si on y réfléchit bien, le problème, c'est que dans le temps présent, le bénéfice est trop fort. Et ça, ceux qui connaissent bien les conducteurs à risque des jeunes, même avant le numérique, c'était la même problématique qu'on avait. Comment remettre de la temporalité quand on sait que le bénéfice dans le présent est trop fort et qu'on préfère prendre un risque, même si la conscience du risque est là ? et ça va bien avec ce qui a été dit par l'intervenante, c'est que voilà, on ne peut pas avoir une... De mettre seulement l'accent sur le risque parce que des fois les jeunes le savent, c'est ça le problème. Il y a les jeunes qui ne savent pas, souvent les plus jeunes avec qui on travaille, c'est important. Mais en même temps, il y a des jeunes qui le savent et qui le font quand même. Donc ça cause un problème. Et puis l'autre problème qui se pose quand vous dites pour aller plus loin, c'est que... Le souci qu'on voit, c'est que quand on est beaucoup sur les risques, les jeunes perdent parfois la confiance qu'ils ont envers les adultes. Et ça, c'est un vrai problème. Moi, je me souviens d'un entretien que j'ai réalisé il n'y a pas très longtemps. Il y a une jeune fille, elle me dit, oui, un jour, j'allais sur une application de rencontre. Je savais que c'était un peu risqué, mais j'y trouvais quelque chose. Et elle me dit, j'ai pas osé en parler à mes parents parce qu'ils m'avaient fait de la prévention. Alors, vous voyez, tout de suite, on se dit, mais là... Qu'est-ce que tu veux dire ? Si tu avais fait de la prévention ? Elle dit, ben oui, parce qu'elle me disait toujours, regarde ces jeunes filles, qu'est-ce qui leur arrive et tout ça. Et donc, elle avait le sentiment que si elle allait vers ses parents, en l'occurrence, mais ça pourrait être un autre adulte, un enseignant, si elle allait vers cet adulte, qu'elle se ferait gronder, vous voyez ? Et c'est ça l'équilibre, et c'est ça que tous les acteurs, comme Nicolas et Axelle dans le travail qu'ils font, tout le monde cherche, j'ai envie de dire. à bien doser comment on passe le message sans trop, trop, trop échauder les jeunes pour qu'on puisse garder la relation de confiance. Et ce n'est pas toujours facile.
- Hélène Audard
Ça pose vraiment la question de cette posture d'accompagnement qu'on peut avoir dans n'importe... Finalement, ce n'est pas le projet en lui-même qui compte. Peut-être que c'est la posture de l'adulte, de l'enseignant qui le mène, qui est peut-être plus importante encore. Je ne sais pas, Nicolas ?
- Nicolas Bourgeon
Oui, alors la posture... Déjà, ça... Pour avoir leur confiance, ça consiste à essayer d'être en résonance, en empathie avec eux, leur montrer que ce qu'ils ont, ce qu'ils pratiquent, ce qu'ils aiment de la culture geek, c'est aussi une culture légitime. Alors peut-être pas au même titre que les autres, mais ça a une forme de légitimité. Il faut essayer de creuser un petit peu, de fragiliser la frontière entre ce qui est légitime et ce qu'ils pratiquent dans leur chambre, parce que beaucoup ont des écrans dans leur chambre, ça peut avoir de la valeur, mais oui. Et puis pour rebondir sur ce qui a été dit sur la maîtrise des données, c'est vrai que c'est une grosse difficulté qu'on a, c'est que dès qu'on leur apprend à vouloir faire des recherches sur Internet, on est confronté à ce problème qui est d'avoir tout de suite le... La première fois qu'on se connecte sur Google, on consent à plein de choses. on clique sur OK, il faudrait déjà commencer par leur expliquer, ça prendrait beaucoup de temps de leur expliquer pourquoi on leur demande tout ça, qu'est-ce qu'ils vont faire quand ils vont cliquer sur OK, etc. Donc ça, c'est vrai que c'est une grande difficulté.
- Hélène Audard
Moi, ce que j'entends aussi, c'est qu'il y a cette posture, on va dire, d'accompagnement, et puis il y a aussi un besoin de... collectif, parce que Jocelyn vous parlait de solitude au début, Axelle, vous l'avez souligné aussi, ils sont un peu seuls face à ces outils. Du coup, en travaillant en collectif, que ce soit en classe ou dans les panels jeunes que vous menez avec Internet sans crainte, on a l'impression qu'on remet du collectif et que c'est peut-être ça aussi la clé de ne pas être tout seul, c'est peut-être plus facile aussi d'en parler si on est avec des pairs et qu'on a l'impression qu'on n'est pas tout seul à vivre ce qu'on vit, Axelle ?
- Axelle Desaint
Oui, parce que nous, c'est notre parti pris à travers les ressources qu'on propose. D'ailleurs, je rappelle qu'on en a qui sont disponibles gratuitement sur internet sans crainte.fr. C'est ça, c'est-à-dire de proposer des ressources pour permettre justement à des médiateurs de faire des séances en collectif. Parce qu'on croit beaucoup à cette émulation, à cet échange, j'en parlais tout à l'heure. L'autorégulation aussi, c'est-à-dire ce qui se passe entre eux sur ce sujet dont ils ne parlent pas forcément entre eux. ça crée une dynamique très intéressantes. Et puis déjà, d'écoute, c'est-à-dire de les écouter, de leur donner la parole sur ce sujet, chose qu'on ne fait pas assez, pour essayer juste d'adapter leurs usages. Et puis de leur donner ensuite les bonnes clés. Là, le sujet est sur la citoyenneté numérique. Je disais au tout début que la première chose, c'est de comprendre l'espace numérique dans lequel on évolue. Voilà, ça c'est important. Mais il y a aussi notre éducation qu'on ne leur fait pas assez, qui semble être pourtant la base, c'est la compréhension de ces droits. et de voir en ligne, c'est-à-dire à partir du moment où on commence à avoir une activité numérique et de plus en plus la première activité numérique qu'ils vont avoir, c'est une activité sur un espace social d'échange, ça engage notre responsabilité. Et je pense qu'aujourd'hui, ce n'est pas une chose qu'on leur dit assez ou alors qui reste un peu théorique. C'est ce que disait très bien Nicolas, le terme citoyenneté numérique, c'est totalement vaporeux pour eux. C'est pour ça qu'il faut y mettre des mots. Ça veut dire quoi être responsable ? C'est quoi avoir des droits et des devoirs ? Et moi j'ai beaucoup aimé effectivement comment aussi le numérique nous donne le pouvoir d'agir. Nous on a fait une ressource, je me permets d'enchaîner puisqu'on vient juste de la sortir, qu'on a construit d'ailleurs avec la direction du numérique pour l'éducation, qui est une mallette sur la citoyenneté numérique et c'est exactement ces trois angles-là qui sont abordés. C'est une mallette avec des contenus vidéo, on s'est appuyé sur notre ressource Vinselou. qui sont en fait deux enfants qui mettent un peu les pieds dans le plat, donc ça permet aussi à tout le monde de s'identifier. Et on est vraiment sur comprendre ses droits et devoirs, comprendre le rapport à l'autre en ligne, parce que justement ces premières actions qu'on va avoir à faire, c'est d'échanger en ligne, et on le voit bien, le terreau du cyberharcèlement, ça va démarrer sur des groupes classe, parce que juste, on n'a pas appris aux jeunes comment échanger en ligne, quelle est la limite entre le public, le privé, qu'est-ce que je dis à l'autre, et qu'est-ce que j'ai le droit de... Voilà, les limites à la liberté d'expression. Et le troisième aspect, c'est comment, effectivement, le numérique me donne le pouvoir d'agir. L'épisode s'appelle exactement comme ça, pour montrer aussi que c'est un espace où on peut s'exprimer, où on peut faire valoir sa citoyenneté.
- Régis Forgione
Donner du pouvoir d'agir aux élèves, via notamment, on l'espère, tous les enseignants, les formateurs qui nous écoutent. Jocelyne Lachance, sur cette éducation à la citoyenneté numérique. clés, petites clés du quotidien, j'aurais envie de dire, on pourrait donner aux enseignants pour aller dans le bon sens, finalement.
- Jocelyn Lachance
Moi, j'ai toujours pensé qu'on peut s'inspirer beaucoup des recherches qui sont faites actuellement sur les Twitchers et les Youtubers. Parce que c'est assez étonnant quand on lit ces travaux, on voit à quel point ils ont le sentiment d'une proximité avec eux. Alors qu'on est d'accord qu'il y a quand même des formes d'asymétrie, il y a quand même un Twitcher ou un YouTuber et une communauté. Mais lorsqu'ils en parlent, ils se disent, ah, mais ils sont accessibles, ils sont présents, etc. Alors, qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent, on peut poser les vraies questions. Donc, ça part d'eux. En tout cas, ils ont le sentiment que ça part d'eux. On peut poser les vraies questions. On a l'impression d'être compris. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils ont le sentiment que leur parole est valorisée, est validée. Et ça, vous savez, c'est important, c'est que... On se rend compte que les jeunes ont envie de déposer des questions, parce que, vous voyez, depuis le début, on parle du numérique. Mais quand on creuse avec eux, quand on est face à eux, comme ils le sont, Nicolas et Axel, dans les classes, qu'est-ce qui ressort au final ? C'est des questions toujours beaucoup plus larges. Vous voyez, on le dit tout à l'heure, la question de la responsabilité ou même du civisme, ce n'est pas qu'une question du numérique. Et souvent, on arrive à d'autres questions. Le harcèlement, c'est une question du rapport à l'homme. souvent on a des questions autour aussi de la sexualité, etc. Et il me semble que c'est ces recherches qui montrent que les jeunes se sentent dans un espace de sécurité, parce que c'est ce qu'ils nous disent. Si vous lisez des travaux sur Twitch ou YouTube, vous allez voir, ils en parlent un peu comme dans un cocon sécurisant. Et donc là, ça renvoie finalement quand on travaille, c'est est-ce qu'on réussit finalement ? à leur donner le sentiment qu'ils sont en sécurité pour pouvoir s'exprimer sur des questions qui touchent le numérique, mais pas seulement. Et c'est là que, j'ai envie de dire, le travail des acteurs autour des pratiques numériques est encore plus important qu'on le croit. Il est très important, mais il est encore plus important parce que ça touche des choses essentielles, ça touche des sujets essentiels, et c'est toujours une bonne porte d'entrée. Alors moi, j'aime à dire que, inspirons-nous de pourquoi des jeunes, tout d'un coup, vont vers ces espaces. Et je pense que ceux qui le font bien, comme c'est le cas avec nos interlocuteurs aujourd'hui, c'est que justement, ils réussissent à mettre en place des dispositifs où les jeunes ont le sentiment qu'ils ne sont pas encore pris pour des beubettes, qu'ils ne sont pas pris pour des jeunes qui font n'importe quoi. Ça a été dit par Nicolas tout à l'heure, il y a un côté de la culture geek, elle est légitime. Il y a quand même encore beaucoup de gens qui sont dans les délégitimations des pratiques numériques. Imaginez-vous, vous avez une passion et on vous dit en permanence de différentes façons que c'est bête ce que vous faites ou c'est à quoi vous intéressez. Vous n'aurez pas envie de parler avec les personnes. Et ça, j'ai envie de dire, c'est la première chose. C'est peut-être la première chose qu'il faut travailler et retravailler. C'est posons-nous la question en tant qu'adulte. Est-ce que moi, je suis personnellement dans une posture qui délégitime les pratiques numériques et qui fait une espèce de mouvement de répulsion par rapport aux jeunes ? C'est trop facile de dire écoutez-moi quand j'ai quelque chose à dire, mais si on est dans la délégitimation, on part un peu à moins 1, voire à moins 10. Donc ça, c'est une vraie question. Est-ce qu'on s'invalide soi-même en tant qu'interlocuteur potentiel à l'heure du numérique ?
- Régis Forgione
Sur ces actions, notamment du quotidien auprès des élèves, est-ce que Nicolas, vous auriez en tête ? Un point de réussite, un moment particulier où vous vous êtes dit « Ah, là, j'ai fait mouche avec tel élève ou avec telle classe, je sens qu'il y a eu un niveau de passé ou qu'il y a eu un déclic » .
- Nicolas Bourgeon
J'espère souvent, et en tout cas j'en ai souvent l'impression, déjà quand on parle de leur centre d'intérêt, c'est vrai qu'on voit une petite lumière qui s'allume. C'est-à-dire que quand je commence avec eux à faire ce qu'on appelle, c'est la base du travail des documentalistes, c'est l'initiation à la recherche documentaire, leur aider à faire des recherches sur internet, je leur propose un travail qui part, je leur demande de choisir un sujet. Donc on a en gros un tiers des jeux vidéo, un tiers des joueurs de foot et puis un tiers des animaux. Et là je vois que souvent ça leur plaît, ça leur plaît beaucoup. Bon il y a aussi parce qu'ils sont devant des ordinateurs que jusqu'à maintenant ils n'y étaient pas etc. Et souvent ça leur plaît. Et après quand on parle des influenceurs on passe encore à... Un degré en plus dans l'adhésion. Et c'est vrai que l'adhésion, c'est une ressource rare quand on est enseignant. Et évidemment, ça fait plaisir quand on l'a.
- Hélène Audard
L'adhésion, c'est une chose parce qu'effectivement, vous leur parlez des influenceurs qui leur plaisent. Alors en plus, je crois que vous nous disiez que vous étiez dans un milieu rural. Et alors moi, j'ai découvert l'existence d'influenceurs dans ce milieu rural, tout particulièrement qui les intéressent. Donc c'est vrai que là, vous partez vraiment de là où ils sont. Mais est-ce qu'on arrive à aller un peu plus loin que ça ? C'est-à-dire qu'une fois que vous avez eu l'adhésion, c'est quoi les leviers derrière pour que ça aille plus loin ?
- Nicolas Bourgeon
Les leviers, c'est d'attirer leur attention, de leur donner des outils pour décoder. Et puis après, le métier d'enseignant, on sait ce qu'on fait, mais on ne sait pas forcément ce qu'on récolte. C'est toujours le problème. Et puis, c'est souvent assez inégal et c'est assez... il y aura quelques élèves avec qui ça va vraiment porter ses fruits, et puis quand même, une grosse partie, il faut être humble avec ça, une grosse partie des élèves avec qui, bon ben, c'est plus difficile.
- Régis Forgione
On est, j'ai l'impression, Hélène et tous les trois chers invités, dans ces questions autour de... On sème des graines, en fait. Il y a beaucoup de sujets qu'on a traités dans Extra Class, je pense à l'esprit critique, où on sème des graines, on n'est pas sûr de l'avenir, mais on est sûr que ces graines vont donner quelque chose. C'est aussi un pari, Axelle Desaint, dans ce que vous pouvez semer auprès des jeunes ?
- Axelle Desaint
Oui, et on est parfois surpris de ce qui en sort. J'ai envie de partager une expérience qu'on a menée cette année avec un groupe de jeunes. On avait choisi pour le Safer Internet Day le thème de l'IA, que l'on savait déjà extrêmement présent dans leur vie, mais finalement, il y avait déjà assez peu de support pour pouvoir accompagner, faire de la sensibilisation sur ces sujets. Et pour la première fois, on est arrivés un peu vierges finalement, dans une classe, parce qu'on avait une vague idée des thèmes qu'on voulait aborder, mais on ne savait pas forcément quelle direction prendre. est là vraiment on n'a jamais été aussi loin dans la co-conception parce qu'on a travaillé avec eux des scénarios, on les a formés aussi aux IA génératifs pour créer une ressource avec l'IA parce qu'on trouvait que c'était pertinent de faire comme ça aussi, que ce soit aussi l'occasion d'apprendre un usage pédagogique des IA génératifs et clairement ils nous ont amenés vers des histoires qui leur parlaient, qui questionnaient en fait l'usage de l'IA sans apporter des réponses tout blancs, tout noirs et ils nous ont vraiment amenés vers la ressource qu'on n'imaginait pas faire au début, mais qui correspondaient vraiment à ce qui nous semblait le plus adapté à ce moment-là, pour susciter la discussion avec eux. Et là, c'est vraiment la rencontre parfaite, en fait. Nous, on arrive, parce que des fois, on arrive dans une classe, on est auprès d'un groupe, on a déjà une idée assez préconçue, on va faire une affiche sur tel sujet, et on va les guider. Mais là, vraiment, ça s'est co-construit ensemble, et c'est d'ailleurs une des ressources, ça s'appelle l'IA et ma citoyenneté numérique. Et c'est une des ressources qui a le plus fonctionné, qui a eu aussi le plus d'adhésion là sur le terrain. Donc là, on se dit qu'on a la recette magique quand on arrive à ça.
- Hélène Audard
Et bien justement, on arrive dans le temps d'inspiration de cet épisode. Alors cette ressource peut être une bonne ressource d'inspiration. Jocelyn, quelle serait celle que vous auriez envie de partager ?
- Jocelyn Lachance
Moi, c'est une idée plutôt que j'aimerais partager pour terminer. C'est que, vous savez, on parle de culture numérique des jeunes. Moi, j'aime bien utiliser une métaphore et dire que la culture numérique des jeunes, c'est un peu comme quand on part en voyage à l'étranger. C'est-à-dire, quand vous partez à l'étranger en voyage, vous vous intéressez à ce qui se passe dans cette culture, vous posez des questions, mais vous n'êtes jamais à l'abri du choc culturel. Et c'est ce que j'aimerais dire à tout le monde qui s'intéresse aux pratiques numériques des jeunes, c'est que même si on s'intéresse aux pratiques numériques des ados, on peut être dans un petit choc culturel. Et donc, c'est pour ça qu'il faut aussi prendre un peu de recul et toujours se réinterroger sa posture.
- Hélène Audard
Merci, Jocelyn. Nicolas ?
- Nicolas Bourgeon
Oui, moi, j'aimerais parler d'un journaliste qui est à la fois... YouTubeur et streamer de manière générale qui représente bien cette passerelle entre le monde un peu geek du streaming et puis le monde légitime du journalisme qui est Usul. Donc qui est un journaliste qui fait notamment une émission sur YouTube qui s'appelle Rhinocéros qui décrit l'évolution du paysage médiatique français et qui est très inspirante.
- Hélène Audard
Merci Nicolas. Axelle ? Alors, en plus de toutes les ressources que vous avez citées, on mettra bien sûr le site d'Internet sans crainte dans les ressources de l'épisode.
- Axelle Desaint
Je ne vais pas citer une ressource, mais en tout cas, ma meilleure inspiration, ça ne va peut-être pas être très original, mais c'est ces jeunes eux-mêmes. Parce que clairement, c'est eux qui nous inspirent, qui nous guident, qui nous permettent aussi d'être les plus réactifs. En fait, cette rencontre qu'on a permanence avec eux, ça nous permet de voir quels sont les sujets sur lesquels il y a besoin. de faire de la sensibilisation, de la prévention et on se rend compte à quel point c'est extrêmement mouvant. Et puis quand on voit le monde dans lequel on évolue, on se rend compte que les guider vers vraiment cette éducation à l'esprit critique et cette éducation au discernement, elle est la clé. Donc voilà, ce ping-pong avec eux, moi, est ma plus belle inspiration.
- Régis Forgione
Merci, merci à tous les trois. Alors, en guise de conclusion, en une phrase, je dirais, ouvrir son regard. On ne l'a pas dit dans les parties de l'émission, mais j'ai l'impression que c'est ça, l'adulte doit ouvrir son regard, ne pas se laisser effrayer, prendre appui sur les pratiques des jeunes pour semer des graines et on espère que cet épisode avec tous les trois contribuera à la citoyenneté numérique ou à changer le regard sur la citoyenneté numérique des adultes et peut-être des ados qui nous écoutent. Merci beaucoup Axelle, Jocelyn et Nicolas pour votre participation à cet épisode. C'était Éducation à la citoyenneté numérique s'appuyer sur les pratiques des jeunes. Préparé et animé par Hélène Audard et Régis Forgione.