Les Énergies scolaires : grandir avec Erasmus+

Extra classe

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Les Énergies scolaires : grandir avec Erasmus+

Grandir en dépassant le cadre scolaire et en franchissant les frontières, c’est tout l’enjeu du programme Erasmus+ auquel se consacre Natacha Hansen. Cette professeure d’anglais dans un lycée de Colmar occupe depuis 2011 un poste d’ouverture à l'international qui lui permet d’impulser des projets internationaux et d’innover avec ses collègues en matière de pratiques pédagogiques. Dans cet épisode, elle nous parle des belles rencontres et des moments forts qu’elle partage avec ses élèves, comme lors de leur dernier projet « 'I'dentity, 'We'dentity: Living together in the 21st century Europe » au cours duquel ces jeunes européens ont rencontré des élèves syriens réfugiés. Une belle leçon d’humanisme et d’esprit critique pour combattre les stéréotypes sur la migration et l’interculturalité et se préparer à devenir citoyen.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Émission préparée et réalisée par : Sarah Eichhoff

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2022

Transcription :

Je m'appelle Natacha Hansen, je suis professeure d'anglais au lycée Camille-Sée de Colmar (68), dans l'académie de Strasbourg.

Dans mon lycée, j'occupe un poste d'ouverture à l'international depuis 2011 et ma position au lycée est d'être une personne-ressource pour tout ce qui est échanges à l'international, d'impulser des projets et de pouvoir apporter de l'aide aux collègues qui le demandent. Au lycée, on a déjà une forte histoire liée à l'international. Mon rôle est de faire perdurer un petit peu tout ça puis d'amener de l'innovation, de la créativité dans les pratiques.

[Visite du lycée avec Natacha Hansen]

« Bienvenue au lycée Camille-Sée. On va passer devant notre Erasmus Corner. En arrivant en classe, on voit les petites photos de tous nos voyages, du dernier projet en tout cas. Ça nous rappelle des bons souvenirs et ça met du baume au cœur pour commencer la journée en général. »

[Fin de la visite]

[Bruit de clés et ouverture d’une porte] J'ai commencé les projets Erasmus+ en 2011, en arrivant au lycée, grâce à un collègue qui avait une expérience qu'à ce moment-là je n'avais pas. En échangeant avec lui, je me suis tout de suite dit que j'avais envie de faire partie du voyage. Je pratiquais déjà la mobilité virtuelle et je me disais que c’était un pas supplémentaire. C'est vrai que le « réseautage » qu’il y avait déjà en place grâce à la mobilité virtuelle a apporté énormément dans mes cours. Et, en plus, entrer dans les projets de mobilité physique, ça ramenait vraiment les coopérations à un niveau supplémentaire, que ce soit avec les collègues dans l'établissement ou en dehors. C'est vrai que, du coup, il n'y a pas de routine. On se confronte à des choses nouvelles, on apprend plein de choses. Et puis ça nous amène forcément, des fois sans nous en rendre compte au final, à améliorer nos pratiques. Le projet « Erasmus+ 'I'dentity-'We'dentity: Living together in the 21st century Europe [IWE] » portait sur la thématique de l'identité individuelle, nationale et collective mais aussi sur le fait de déconstruire les stéréotypes liés à la méconnaissance de l'autre ou d'autres cultures. À travers ce projet, nos élèves ont pu travailler avec des élèves de cinq autres pays. On a travaillé avec l'Espagne, la Finlande, la République tchèque, la Grèce et la Pologne. Pendant deux ans, on avait des petits groupes d'élèves qui se rencontraient dans chacun des pays pour travailler sur les différentes thématiques du projet et concrétiser le travail qu’ils menaient en ligne entre chaque mobilité.

Quand on s'est retrouvé pour la première mobilité en Grèce, on a tous appris à se connaître parce que c'était la première fois qu'on se voyait vraiment et on n’était plus six mais sept pays parce que la Grèce a une situation particulière concernant la crise migratoire. Nos partenaires grecs nous ont proposé de rencontrer de jeunes adolescents qui étaient très récemment arrivés de pays en guerre comme l'Afghanistan, la Syrie, l'Irak. On leur a proposé de prendre part à certaines activités qu'on menait dans l'école grecque. Le premier jour de rencontre, toutes les délégations avaient préparé une présentation de qui ils étaient, d’où ils venaient, de leur région, des traditions, des coutumes. Tous les pays se sont présentés. On avait tous des beaux diaporamas. C'était bien préparé parce qu'on avait envie de montrer plein de choses, le meilleur de ce qu'on pouvait. Les derniers à passer, c'était donc ces jeunes réfugiés qui se sont présentés devant nous avec les yeux qui brillaient. Et, au final, c'est eux qui ont fait briller nos yeux parce qu’ils sont venus en toute simplicité, avec des beaux posters qu'ils avaient faits à la main sur du carton, où ils avaient dessiné le globe, où ils avaient écrit dans leur langue natale mais aussi en grec, dans plein d’alphabets. C'était magnifique ces dessins, vraiment c’était très beau. Et, à la fin de leur présentation, ils se sont excusés en nous disant qu’ils n’avaient pas pu faire avec les mêmes moyens. Tout naturellement, tous les élèves se sont levés, se sont mis à les applaudir et leur ont dit que ce n'était absolument pas à eux de s'excuser, qu’ils n'avaient pas à rougir, que c'était eux au contraire qui avaient des choses à nous apprendre. Ils les ont vraiment applaudis très très fort et pendant longtemps. On avait vraiment les larmes aux yeux parce que c'était un moment d'une profondeur immense. C'était touchant, à la fois de voir ces jeunes avec nous qui nous ont dit : « Merci de nous accueillir avec vous parce que vous nous donnez à nouveau l'impression d'être des adolescents et vous nous donnez une impression de normalité après tout ce qu'on a vécu. » Et aussi très émouvant de voir la prise de conscience de nos élèves, et leurs réactions extrêmement matures, qui étaient tout de suite là pour leur dire : « Non, vous êtes comme nous, vous êtes avec nous, et merci d'être là, de partager ça avec nous. »

Suite à cette présentation, qui s'est faite en anglais parce que l'anglais était la langue commune à tous, nos élèves sont venus nous voir un peu en aparté. C'était très très drôle parce qu’ils ne savaient pas trop comment nous dire les choses. Et puis, tout à coup, c'est sorti : « Mais madame, ils parlent vachement bien anglais en fait ! » Et on leur a dit : « Mais oui, ils parlent très bien l’anglais. » Ils disaient : « Ils parlent vachement mieux anglais que nous. Mais comment ? Mais pourquoi ? Mais ils vont pas à l'école… » On leur a dit : « Mais ça, c'est vous qui le pensez. Vous ne savez pas quel a été leur parcours avant et vous savez, si ça se trouve, c'est grâce à l'anglais qu'ils ont pu faire tout le chemin qu'ils ont fait pour être avec nous aujourd'hui. » Ils nous ont dit : « Mais, en fait, ils sont vachement intelligents. » [Rire]

[Bruit de clavier d’ordinateur] Je vais passer par le site du lycée et je vais ouvrir le livre virtuel où les élèves ont fait leur carnet de voyage. Dans ces carnets de voyage, après chaque mobilité, on faisait une petite rétrospective de ce qu'on avait fait et les élèves partageaient leurs expériences. Mais pas qu'eux parce qu'on demandait aussi à leurs parents de nous faire un petit retour comme, par exemple, un papa qui nous écrit : « Nous trouvons cette expérience des plus enrichissantes, tant au niveau culturel que social. Je pense que notre fille sortira grandie de ce projet inoubliable qui l'a certainement aidée à se projeter dans un avenir très proche. » C'est une super victoire pour nous de lire ça parce que ce sont des mots qui sont forts. Quand on parle « de projet inoubliable », c’est que quelque part, ça va être un repère dans la vie de cette jeune fille. Et ça veut dire qu'on a participé à en faire des jeunes adultes qui vont quitter le lycée, mine de rien ils auront le droit de vote quand même. Donc, à travers ce projet, si on leur a permis, par les expériences qu'ils ont vécues, de se forger un point de vue personnel qui soit justement hors des clichés ou des stéréotypes, et que par l'expérience, ils aient appris à avoir un peu un esprit critique sur les choses, on a tout gagné.

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Grandir en dépassant le cadre scolaire et en franchissant les frontières, c’est tout l’enjeu du programme Erasmus+ auquel se consacre Natacha Hansen. Cette professeure d’anglais dans un lycée de Colmar occupe depuis 2011 un poste d’ouverture à l'international qui lui permet d’impulser des projets internationaux et d’innover avec ses collègues en matière de pratiques pédagogiques. Dans cet épisode, elle nous parle des belles rencontres et des moments forts qu’elle partage avec ses élèves, comme lors de leur dernier projet « 'I'dentity, 'We'dentity: Living together in the 21st century Europe » au cours duquel ces jeunes européens ont rencontré des élèves syriens réfugiés. Une belle leçon d’humanisme et d’esprit critique pour combattre les stéréotypes sur la migration et l’interculturalité et se préparer à devenir citoyen.

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Je m'appelle Natacha Hansen, je suis professeure d'anglais au lycée Camille-Sée de Colmar (68), dans l'académie de Strasbourg.

Dans mon lycée, j'occupe un poste d'ouverture à l'international depuis 2011 et ma position au lycée est d'être une personne-ressource pour tout ce qui est échanges à l'international, d'impulser des projets et de pouvoir apporter de l'aide aux collègues qui le demandent. Au lycée, on a déjà une forte histoire liée à l'international. Mon rôle est de faire perdurer un petit peu tout ça puis d'amener de l'innovation, de la créativité dans les pratiques.

[Visite du lycée avec Natacha Hansen]

« Bienvenue au lycée Camille-Sée. On va passer devant notre Erasmus Corner. En arrivant en classe, on voit les petites photos de tous nos voyages, du dernier projet en tout cas. Ça nous rappelle des bons souvenirs et ça met du baume au cœur pour commencer la journée en général. »

[Fin de la visite]

[Bruit de clés et ouverture d’une porte] J'ai commencé les projets Erasmus+ en 2011, en arrivant au lycée, grâce à un collègue qui avait une expérience qu'à ce moment-là je n'avais pas. En échangeant avec lui, je me suis tout de suite dit que j'avais envie de faire partie du voyage. Je pratiquais déjà la mobilité virtuelle et je me disais que c’était un pas supplémentaire. C'est vrai que le « réseautage » qu’il y avait déjà en place grâce à la mobilité virtuelle a apporté énormément dans mes cours. Et, en plus, entrer dans les projets de mobilité physique, ça ramenait vraiment les coopérations à un niveau supplémentaire, que ce soit avec les collègues dans l'établissement ou en dehors. C'est vrai que, du coup, il n'y a pas de routine. On se confronte à des choses nouvelles, on apprend plein de choses. Et puis ça nous amène forcément, des fois sans nous en rendre compte au final, à améliorer nos pratiques. Le projet « Erasmus+ 'I'dentity-'We'dentity: Living together in the 21st century Europe [IWE] » portait sur la thématique de l'identité individuelle, nationale et collective mais aussi sur le fait de déconstruire les stéréotypes liés à la méconnaissance de l'autre ou d'autres cultures. À travers ce projet, nos élèves ont pu travailler avec des élèves de cinq autres pays. On a travaillé avec l'Espagne, la Finlande, la République tchèque, la Grèce et la Pologne. Pendant deux ans, on avait des petits groupes d'élèves qui se rencontraient dans chacun des pays pour travailler sur les différentes thématiques du projet et concrétiser le travail qu’ils menaient en ligne entre chaque mobilité.

Quand on s'est retrouvé pour la première mobilité en Grèce, on a tous appris à se connaître parce que c'était la première fois qu'on se voyait vraiment et on n’était plus six mais sept pays parce que la Grèce a une situation particulière concernant la crise migratoire. Nos partenaires grecs nous ont proposé de rencontrer de jeunes adolescents qui étaient très récemment arrivés de pays en guerre comme l'Afghanistan, la Syrie, l'Irak. On leur a proposé de prendre part à certaines activités qu'on menait dans l'école grecque. Le premier jour de rencontre, toutes les délégations avaient préparé une présentation de qui ils étaient, d’où ils venaient, de leur région, des traditions, des coutumes. Tous les pays se sont présentés. On avait tous des beaux diaporamas. C'était bien préparé parce qu'on avait envie de montrer plein de choses, le meilleur de ce qu'on pouvait. Les derniers à passer, c'était donc ces jeunes réfugiés qui se sont présentés devant nous avec les yeux qui brillaient. Et, au final, c'est eux qui ont fait briller nos yeux parce qu’ils sont venus en toute simplicité, avec des beaux posters qu'ils avaient faits à la main sur du carton, où ils avaient dessiné le globe, où ils avaient écrit dans leur langue natale mais aussi en grec, dans plein d’alphabets. C'était magnifique ces dessins, vraiment c’était très beau. Et, à la fin de leur présentation, ils se sont excusés en nous disant qu’ils n’avaient pas pu faire avec les mêmes moyens. Tout naturellement, tous les élèves se sont levés, se sont mis à les applaudir et leur ont dit que ce n'était absolument pas à eux de s'excuser, qu’ils n'avaient pas à rougir, que c'était eux au contraire qui avaient des choses à nous apprendre. Ils les ont vraiment applaudis très très fort et pendant longtemps. On avait vraiment les larmes aux yeux parce que c'était un moment d'une profondeur immense. C'était touchant, à la fois de voir ces jeunes avec nous qui nous ont dit : « Merci de nous accueillir avec vous parce que vous nous donnez à nouveau l'impression d'être des adolescents et vous nous donnez une impression de normalité après tout ce qu'on a vécu. » Et aussi très émouvant de voir la prise de conscience de nos élèves, et leurs réactions extrêmement matures, qui étaient tout de suite là pour leur dire : « Non, vous êtes comme nous, vous êtes avec nous, et merci d'être là, de partager ça avec nous. »

Suite à cette présentation, qui s'est faite en anglais parce que l'anglais était la langue commune à tous, nos élèves sont venus nous voir un peu en aparté. C'était très très drôle parce qu’ils ne savaient pas trop comment nous dire les choses. Et puis, tout à coup, c'est sorti : « Mais madame, ils parlent vachement bien anglais en fait ! » Et on leur a dit : « Mais oui, ils parlent très bien l’anglais. » Ils disaient : « Ils parlent vachement mieux anglais que nous. Mais comment ? Mais pourquoi ? Mais ils vont pas à l'école… » On leur a dit : « Mais ça, c'est vous qui le pensez. Vous ne savez pas quel a été leur parcours avant et vous savez, si ça se trouve, c'est grâce à l'anglais qu'ils ont pu faire tout le chemin qu'ils ont fait pour être avec nous aujourd'hui. » Ils nous ont dit : « Mais, en fait, ils sont vachement intelligents. » [Rire]

[Bruit de clavier d’ordinateur] Je vais passer par le site du lycée et je vais ouvrir le livre virtuel où les élèves ont fait leur carnet de voyage. Dans ces carnets de voyage, après chaque mobilité, on faisait une petite rétrospective de ce qu'on avait fait et les élèves partageaient leurs expériences. Mais pas qu'eux parce qu'on demandait aussi à leurs parents de nous faire un petit retour comme, par exemple, un papa qui nous écrit : « Nous trouvons cette expérience des plus enrichissantes, tant au niveau culturel que social. Je pense que notre fille sortira grandie de ce projet inoubliable qui l'a certainement aidée à se projeter dans un avenir très proche. » C'est une super victoire pour nous de lire ça parce que ce sont des mots qui sont forts. Quand on parle « de projet inoubliable », c’est que quelque part, ça va être un repère dans la vie de cette jeune fille. Et ça veut dire qu'on a participé à en faire des jeunes adultes qui vont quitter le lycée, mine de rien ils auront le droit de vote quand même. Donc, à travers ce projet, si on leur a permis, par les expériences qu'ils ont vécues, de se forger un point de vue personnel qui soit justement hors des clichés ou des stéréotypes, et que par l'expérience, ils aient appris à avoir un peu un esprit critique sur les choses, on a tout gagné.

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