Les Énergies scolaires : enseigner à l’hôpital

Extra classe

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Les Énergies scolaires : enseigner à l’hôpital

Nirina Zidzou est professeure de français au collège Arthur-Rimbaud de Villeneuve-d’Ascq. Elle a donné des cours à des enfants hospitalisés dans le service pédiatrique du CHU Jeanne-de-Flandre à Lille. Elle s’était donné un an « pour voir » ; elle y est restée cinq ans. Elle a rencontré des enfants aux profils très divers, tant sur le plan pédagogique que sur le plan médical. En concertation avec les médecins, les psychologues ainsi que les familles, elle a maintenu le lien avec les apprentissages pour des élèves en réanimation, en oncologie ou en dialyse, en réalisant des projets éducatifs sur mesure. Une expérience forte, formatrice bien sûr, grâce à laquelle elle a appris énormément tant sur sa posture professionnelle que sur les élèves à besoins éducatifs particuliers et leurs familles.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Émission préparée et réalisée par : Aurélie Dulin

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Jules Pottier

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je m'appelle Nirina Graindorge-Zidzou, je suis enseignante de français au collège Arthur-Rimbaud de Villeneuve-d'Ascq [Hauts-de-France, 59]. C'était mon premier poste fixe et j'ai eu la chance d'enseigner à un élève déficient auditif, ce qui m'a amenée à m'ouvrir au champ du handicap. Je me suis formée à l'INSHEA de Suresnes [Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés] et, suite à cette certification, il y a eu la proposition d'un poste à l'hôpital Jeanne-de-Flandre. Ce n'était pas ma spécialité mais j'ai voulu postuler pour l'expérience, tout en ne sachant pas comment j'allais réagir par rapport au milieu hospitalier et comment ça allait se passer. Mais j'avais envie de vivre cette expérience et ça a été juste extraordinaire.

Durant ces cinq années d'enseignement, j'ai rencontré plein d'élèves différents et de familles aussi. J’ai découvert des élèves qu'on n'entendait pas forcément en classe, des élèves timides, des élèves qui parfois étaient absentéistes, sans qu'on sache qu’en réalité c'était la maladie qui était derrière. Et j'ai eu plein d'élèves très différents. Je pense à Lisa, une petite fille très timide qui a été impactée par la maladie et qui, au départ, était très renfermée parce qu'elle avait peur. La relation de cours individuels qu'on a pu avoir lui a permis de s'ouvrir petit à petit et de pouvoir continuer à apprendre. Elle avait soif d'apprendre et ça lui a permis de s'ouvrir et de mieux supporter aussi les soins. Après, j'ai eu des grands élèves. Je pense à Félix, une force de la nature qui venait à l'hôpital, faisait ses soins, repartait, essayait d'avoir une vie normale à côté. Il était impressionnant.

J'ai eu des élèves, comme Morgane, qui est une des élèves qui m'a le plus touchée parce que je l'ai eue énormément. Elle a passé énormément de temps à l'hôpital, pendant pratiquement une année. C'est avec elle que j'ai mis en place la pédagogie de projet parce qu'elle ne pouvait pas du tout suivre son enseignement ordinaire. On a eu un projet avec elle, celui de présenter son dossier d'histoire des arts. Elle était en troisième, ça a été la seule chose qu'elle a pu préparer. On a beaucoup ri. Des fois, elle était très malade et elle passait au-dessus pour passer du temps pour préparer. Elle a eu 18. On était très fières. On a pleuré toutes les deux quand on a su sa note. Et la plus grande victoire, c'est qu'après elle est retournée en cours dans un lycée professionnel. Elle a repris le cours des études. Ça lui a redonné de l'envie et ça lui a remis le pied à l'étrier. C'est une des histoires qui m'a le plus touchée. Après, dans les pédagogies de projet, j'ai organisé avec l'équipe la première semaine de l'école à l'hôpital pour les médias. On a pu travailler avec une association, La Plume de Swane, et on a eu la chance cette année-là de gagner deux prix : un pour un élève pour un reportage photographique au point de vue académique, où il expliquait sa vie d'élève hospitalisé parce que les élèves de sa classe ne s’imaginaient pas tous les soins qu'il pouvait faire. Ça lui tenait à cœur de montrer ce qu’était sa vie à l'hôpital quand il y allait trois fois par semaine et que ce n'était pas toujours facile parce que certains lui disaient qu'il avait de la chance. Ça pouvait montrer l'envers du décor, avec les grandes aiguilles... C'était Hugo. Je ne l'avais pas car il était plus jeune mais, du coup, ça a été pour lui une fierté et une réussite à la fois de montrer et d'avoir un prix. Et avec une élève d'UPE2A [Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants], on a travaillé sur l'égalité filles-garçons et on a eu le prix coup de cœur. Quand on est dans ces enseignements à l'hôpital, la pédagogie de projet, c'est vraiment ce qui les tient, de pouvoir présenter quelque chose à la fin, grand, pas grand, peu importe la taille mais d'avoir fait quelque chose et de le réaliser. Du coup, c'est ce que je reprends maintenant.

C'était riche de pouvoir échanger avec plein de professions, notamment avec des psychologues, des infirmières, des médecins. Vraiment le travail d'équipe et de pouvoir avoir ce regard pluriel sur un élève, ça nous permettait aussi, des fois, quand on retournait en établissement pour des réunions, de pouvoir leur [équipes éducatives] expliquer pourquoi l'élève était comme ça et de s'enrichir. Et aussi, dans la pratique, d'échanger sur notre point de vue sur des adolescents et des enfants. Ce caractère interdisciplinaire, c'est quelque chose que je retrouve maintenant mais avec des enseignants d'autres disciplines. Ça amène à des pédagogies de projet, construire des conventions, travailler avec différents types de personnes, des administratifs et de s'ouvrir aussi au monde culturel. C'est vraiment très très intéressant cette approche.

L’enseignement que j’en ai tiré, c'est l'humilité face aux événements et aux choses, et que l'on essaie d'apporter des choses. Des fois, on y parvient et des fois pas, ou ça va porter ses fruits beaucoup plus tard. Mais l'important, c'est d'avoir essayé. Ça m'a confortée dans la bienveillance vis-à-vis des élèves et cette nécessité pour eux de se sentir reconnus, entendus, et de travailler aussi sur la motivation et d'apprendre à les connaître sans les juger. Essayer de trouver ce qu'ils aiment, les ouvrir au monde, je trouvais que c'était vraiment quelque chose de très important, d’autant plus quand ils étaient enfermés, l'accès à la culture, à l'ouverture et la relation aux parents, une confiance dans l'école, le projet de se construire et qu'ils ont chacun un chemin qui peut être sinueux parfois et long mais que ça se construit petit à petit, et que tout n'est pas joué à ce moment-là. L'important, c'est qu'ils se réalisent et qu'ils trouvent du plaisir dans l'enseignement que je leur apporte.

Le fait d'avoir une relation duelle avec les élèves fait aussi tomber les barrières des cours magistraux, permet une relation plus humaine sur certaines choses et d'avoir confiance aussi. C’est une posture en fait, au niveau du statut, de ne pas savoir certaines choses des fois et de se dire qu'on va chercher d'un côté, l'un comme l'autre. Je sais aussi que j'ai appris à me former au niveau du numérique et qu'il y avait des choses que je ne savais pas parce qu’eux les manipulaient plus. Ça ne m'embêtait pas de leur dire : « Ça, je ne sais pas faire, montre-moi, toi, ce que tu sais faire. » On était dans l'échange. Ça a changé cette relation à l'élève qui n’enlevait rien au respect ou à la posture mais qui apportait quelque chose de différent. C'est quelque chose que je transfère aussi maintenant, de savoir dire qu'on ne sait pas sur certains points, avoir le défi d'aller chercher les uns comme les autres. C'est dans la relation humaine.

Je continue à travailler dans le champ de l’ASH [adaptation et scolarisation des élèves en situation de handicap] et c’est très important pour moi de le faire aussi à l'intérieur de l'Éducation nationale, dans le milieu ordinaire. Il y a aussi beaucoup de choses à faire.

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Nirina Zidzou est professeure de français au collège Arthur-Rimbaud de Villeneuve-d’Ascq. Elle a donné des cours à des enfants hospitalisés dans le service pédiatrique du CHU Jeanne-de-Flandre à Lille. Elle s’était donné un an « pour voir » ; elle y est restée cinq ans. Elle a rencontré des enfants aux profils très divers, tant sur le plan pédagogique que sur le plan médical. En concertation avec les médecins, les psychologues ainsi que les familles, elle a maintenu le lien avec les apprentissages pour des élèves en réanimation, en oncologie ou en dialyse, en réalisant des projets éducatifs sur mesure. Une expérience forte, formatrice bien sûr, grâce à laquelle elle a appris énormément tant sur sa posture professionnelle que sur les élèves à besoins éducatifs particuliers et leurs familles.

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Transcription :

Je m'appelle Nirina Graindorge-Zidzou, je suis enseignante de français au collège Arthur-Rimbaud de Villeneuve-d'Ascq [Hauts-de-France, 59]. C'était mon premier poste fixe et j'ai eu la chance d'enseigner à un élève déficient auditif, ce qui m'a amenée à m'ouvrir au champ du handicap. Je me suis formée à l'INSHEA de Suresnes [Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés] et, suite à cette certification, il y a eu la proposition d'un poste à l'hôpital Jeanne-de-Flandre. Ce n'était pas ma spécialité mais j'ai voulu postuler pour l'expérience, tout en ne sachant pas comment j'allais réagir par rapport au milieu hospitalier et comment ça allait se passer. Mais j'avais envie de vivre cette expérience et ça a été juste extraordinaire.

Durant ces cinq années d'enseignement, j'ai rencontré plein d'élèves différents et de familles aussi. J’ai découvert des élèves qu'on n'entendait pas forcément en classe, des élèves timides, des élèves qui parfois étaient absentéistes, sans qu'on sache qu’en réalité c'était la maladie qui était derrière. Et j'ai eu plein d'élèves très différents. Je pense à Lisa, une petite fille très timide qui a été impactée par la maladie et qui, au départ, était très renfermée parce qu'elle avait peur. La relation de cours individuels qu'on a pu avoir lui a permis de s'ouvrir petit à petit et de pouvoir continuer à apprendre. Elle avait soif d'apprendre et ça lui a permis de s'ouvrir et de mieux supporter aussi les soins. Après, j'ai eu des grands élèves. Je pense à Félix, une force de la nature qui venait à l'hôpital, faisait ses soins, repartait, essayait d'avoir une vie normale à côté. Il était impressionnant.

J'ai eu des élèves, comme Morgane, qui est une des élèves qui m'a le plus touchée parce que je l'ai eue énormément. Elle a passé énormément de temps à l'hôpital, pendant pratiquement une année. C'est avec elle que j'ai mis en place la pédagogie de projet parce qu'elle ne pouvait pas du tout suivre son enseignement ordinaire. On a eu un projet avec elle, celui de présenter son dossier d'histoire des arts. Elle était en troisième, ça a été la seule chose qu'elle a pu préparer. On a beaucoup ri. Des fois, elle était très malade et elle passait au-dessus pour passer du temps pour préparer. Elle a eu 18. On était très fières. On a pleuré toutes les deux quand on a su sa note. Et la plus grande victoire, c'est qu'après elle est retournée en cours dans un lycée professionnel. Elle a repris le cours des études. Ça lui a redonné de l'envie et ça lui a remis le pied à l'étrier. C'est une des histoires qui m'a le plus touchée. Après, dans les pédagogies de projet, j'ai organisé avec l'équipe la première semaine de l'école à l'hôpital pour les médias. On a pu travailler avec une association, La Plume de Swane, et on a eu la chance cette année-là de gagner deux prix : un pour un élève pour un reportage photographique au point de vue académique, où il expliquait sa vie d'élève hospitalisé parce que les élèves de sa classe ne s’imaginaient pas tous les soins qu'il pouvait faire. Ça lui tenait à cœur de montrer ce qu’était sa vie à l'hôpital quand il y allait trois fois par semaine et que ce n'était pas toujours facile parce que certains lui disaient qu'il avait de la chance. Ça pouvait montrer l'envers du décor, avec les grandes aiguilles... C'était Hugo. Je ne l'avais pas car il était plus jeune mais, du coup, ça a été pour lui une fierté et une réussite à la fois de montrer et d'avoir un prix. Et avec une élève d'UPE2A [Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants], on a travaillé sur l'égalité filles-garçons et on a eu le prix coup de cœur. Quand on est dans ces enseignements à l'hôpital, la pédagogie de projet, c'est vraiment ce qui les tient, de pouvoir présenter quelque chose à la fin, grand, pas grand, peu importe la taille mais d'avoir fait quelque chose et de le réaliser. Du coup, c'est ce que je reprends maintenant.

C'était riche de pouvoir échanger avec plein de professions, notamment avec des psychologues, des infirmières, des médecins. Vraiment le travail d'équipe et de pouvoir avoir ce regard pluriel sur un élève, ça nous permettait aussi, des fois, quand on retournait en établissement pour des réunions, de pouvoir leur [équipes éducatives] expliquer pourquoi l'élève était comme ça et de s'enrichir. Et aussi, dans la pratique, d'échanger sur notre point de vue sur des adolescents et des enfants. Ce caractère interdisciplinaire, c'est quelque chose que je retrouve maintenant mais avec des enseignants d'autres disciplines. Ça amène à des pédagogies de projet, construire des conventions, travailler avec différents types de personnes, des administratifs et de s'ouvrir aussi au monde culturel. C'est vraiment très très intéressant cette approche.

L’enseignement que j’en ai tiré, c'est l'humilité face aux événements et aux choses, et que l'on essaie d'apporter des choses. Des fois, on y parvient et des fois pas, ou ça va porter ses fruits beaucoup plus tard. Mais l'important, c'est d'avoir essayé. Ça m'a confortée dans la bienveillance vis-à-vis des élèves et cette nécessité pour eux de se sentir reconnus, entendus, et de travailler aussi sur la motivation et d'apprendre à les connaître sans les juger. Essayer de trouver ce qu'ils aiment, les ouvrir au monde, je trouvais que c'était vraiment quelque chose de très important, d’autant plus quand ils étaient enfermés, l'accès à la culture, à l'ouverture et la relation aux parents, une confiance dans l'école, le projet de se construire et qu'ils ont chacun un chemin qui peut être sinueux parfois et long mais que ça se construit petit à petit, et que tout n'est pas joué à ce moment-là. L'important, c'est qu'ils se réalisent et qu'ils trouvent du plaisir dans l'enseignement que je leur apporte.

Le fait d'avoir une relation duelle avec les élèves fait aussi tomber les barrières des cours magistraux, permet une relation plus humaine sur certaines choses et d'avoir confiance aussi. C’est une posture en fait, au niveau du statut, de ne pas savoir certaines choses des fois et de se dire qu'on va chercher d'un côté, l'un comme l'autre. Je sais aussi que j'ai appris à me former au niveau du numérique et qu'il y avait des choses que je ne savais pas parce qu’eux les manipulaient plus. Ça ne m'embêtait pas de leur dire : « Ça, je ne sais pas faire, montre-moi, toi, ce que tu sais faire. » On était dans l'échange. Ça a changé cette relation à l'élève qui n’enlevait rien au respect ou à la posture mais qui apportait quelque chose de différent. C'est quelque chose que je transfère aussi maintenant, de savoir dire qu'on ne sait pas sur certains points, avoir le défi d'aller chercher les uns comme les autres. C'est dans la relation humaine.

Je continue à travailler dans le champ de l’ASH [adaptation et scolarisation des élèves en situation de handicap] et c’est très important pour moi de le faire aussi à l'intérieur de l'Éducation nationale, dans le milieu ordinaire. Il y a aussi beaucoup de choses à faire.

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