Les Énergies scolaires : une classe de jeunes poètes

Extra classe

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Les Énergies scolaires : une classe de jeunes poètes

Comment transmettre aux élèves le goût des mots et l’envie d’écrire ? Michel Fievet, professeur des écoles et éditeur de poésie contemporaine a trouvé la réponse en plaçant sa passion de la poésie au cœur de sa pédagogie. Dans cet épisode, il nous raconte comment il entraîne sa classe de CM1-CM2 sur les sentiers de l’écriture poétique à travers des rituels quotidiens qui permettent à ses élèves de développer leur sensibilité et leur vocabulaire. Si l’expression poétique s'ancre dans une pratique régulière, les élèves découvrent aussi le plaisir de dire les poèmes et de façonner leur propre recueil en fin d'année. À l'heure où les acteurs de l'éducation et de l'édition se mobilisent autour de la Déclaration des droits universels à la poésie initiée par l'écrivain Bernard Friot, voici une belle histoire d’enseignant-passeur semant des graines de poètes au vent.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Émission préparée et réalisée par : Luc Taramini

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Jules Pottier

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je suis Michel Fievet, professeur des écoles dans un petit village de l'Aisne, à Fontenoy, près de Soissons. J'ai une classe de CM1-CM2 et je suis aussi éditeur à mes heures perdues. Je suis entré en poésie il y a plusieurs années. Au tout début de mon adolescence, j'écoutais beaucoup de chansons à texte comme Jean Ferrat, Jacques Brel, Brassens, etc. Et puis après, j'ai commencé à lire mes classiques : Rimbaud, Baudelaire. Et puis, au fur et à mesure, j'ai commencé à découvrir des poètes contemporains et j'ai fait une très belle rencontre, celle de Jean Le Mauve, qui était éditeur dans l'Aisne à Aizy-Jouy. C'est aussi lui qui m'a donné l'envie de devenir éditeur.

J'intègre la poésie dans mon enseignement parce que je pense que les enfants peuvent appréhender le réel, le quotidien, au travers de mots, la polysémie des mots aussi, et la possibilité de transcrire une émotion par l'écrit. Donc, à partir de là, nous lisons des textes d'auteurs et ils essaient d'exprimer eux-mêmes ce qu'ils ont au fond d'eux. Cela permet, je pense, à l'enfant de se questionner aussi.

[Lecture par Michel Fievet du poème « Hérisson, hérisson » d’André Rochedy, in Le Chant de l’oiseleur, Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 1993]

« Hérisson, hérisson, petit frère. Celui qui n'a jamais connu le velours de ton ventre, ne sait rien de l’univers. »

J'ai un rituel quotidien. Nous lisons de la poésie tous les matins. Donc je choisis un auteur, poète contemporain, essentiellement vivant. Je lis le poème et on essaie d'en dégager le sens, d'interroger le poème. La lecture se fait toujours en plusieurs fois. C’est-à-dire que les enfants, je sens qu'au fur et à mesure, ils s'approprient le texte, soit en posant des questions parce qu'il y a des mots qu'ils ne comprennent pas, donc ils ont besoin, après, que la lecture se refasse de manière un peu plus fluide. Et, ensuite, une fois que nous avons lu plusieurs fois le poème, on essaie aussi de s'attacher à la rythmique, de s'attacher à la syntaxe. La rythmique, elle me semble importante au niveau de la musicalité des mots. Ça nous permet aussi parfois de discuter de la rime, même si, dans la poésie contemporaine, elle est peu employée. Et puis, une fois qu’ils se sont appropriés le poème, eh bien nous en sortons une phrase, un vers déclencheur qui va nous servir d'ateliers d'écriture. Alors, l'atelier d'écriture, c'est tout simple. Chaque jour, ils se mettent à écrire avec la liste des mots, du vocabulaire. Ils ont aussi la possibilité de venir me revoir avec ces mots-là pour en connaître le sens qu'ils avaient oublié. Et puis, une fois qu'ils ont écrit, composé leurs poèmes, on discute de la syntaxe. On discute aussi au niveau du sens qu'ils ont voulu. Qu'est-ce qu'ils ont voulu dire ? Et puis, j'essaie le moins possible de toucher à leurs poèmes. Donc, il y a une espèce d'aller-retour, comme ça, qui se fait entre eux et moi. Une fois que je sens, suivant l'enfant, j'améliore le texte et au bout d'un moment, on sent qu'on est arrivé au point final. Donc, une fois que les textes sont tapés à l'ordinateur, les enfants rassemblent les textes et je les imprime afin d'en faire un petit recueil que nous offrirons à l'auteur. Pour celui-ci, c'est fait pour Albane Gellé, « J'ai mis dans mes rêves ». Donc, on avait lu, au départ, des poèmes d'Albane Gellé. Et puis, les enfants ont écrit. Une fois que le recueil est composé, on en garde un pour la classe et on en envoie un à l'auteur en cadeau surprise, puisque l'auteur n'est, bien sûr, pas au courant que nous travaillons sur sa poésie.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Michel Fievet : Tu peux peut-être lire un poème... C'est un travail sur Albane Gellé.

– Une élève : "J'ai mis dans tes mains un soupçon d'amour, un livre arc-en-ciel, une fleur aux pétales turquoise et les rêves de 1 000 oiseaux." Méline. »

Pour travailler la poésie – mais je pense même pour l’écrit en général – il faut vraiment avoir une activité quotidienne d'écriture. Chaque enfant écrit tous les jours, même si c'est un quart d'heure, même si c'est une demi-heure, afin de pouvoir s'approprier les mots qu'il utilise régulièrement. Et c'est vrai qu'à la fin de l'année, j'ai remarqué que les enfants avaient un vocabulaire un peu plus riche. Ils ont aussi la joie d'avoir composé un livre et de pouvoir le présenter. Et puis aussi, souvent, ils s'enregistrent à la fin de l'année. Chaque enfant dit au moins un poème et on en fait un petit CD, afin de pouvoir écouter la mise en voix aussi.

Ce qui est amusant, c'est quand nous les regardons, finalement, parce qu’ils se donnent des conseils, ils sont là en disant : « Mais, tu trouves pas que tu as laissé un petit silence un peu trop important ? » Ou alors du genre : « Oui, mais là, répète un petit peu, parce que le mot que tu viens de prononcer, on ne le comprend pas. » Ou alors : « Tu vas trop vite. » Et, finalement, il y a parfois des enregistrements de poèmes qui se font dix fois. Et certainement, si c'était moi qui l’avais demandé, ça aurait fatigué l’enfant, ça l'aurait sans doute énervé, alors qu'entre eux ils ont beaucoup de plaisir à s'écouter et aussi beaucoup de bienveillance. Parce que, moi, dans ma classe, je vise aussi à la bienveillance pour que chaque élève puisse être lui-même.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Dans mon école, les fenêtres du jour dessinent les promesses de la nuit, qui chuchotent des histoires oubliées. Les herbes tissent des brindilles tristes. Il y a aussi une pluie de silence quand le vent dénoue la nuit. L'oiseau musarde près d'une oasis de mots, habitée par une rivière. Théo. »

Lors du Marché de la poésie jeunesse, à Tinqueux (51), il y a deux ou trois ans, les enfants sont allés expliquer comment ils faisaient de la poésie à l'école et j'ai été profondément touché par l'autonomie qu'ils avaient. À un moment même, les larmes me sont venues aux yeux, car j'avais l'impression d'avoir atteint ce que je voulais atteindre, c’est-à-dire cette autonomie et aussi cette capacité à restituer, par l'oral d’ailleurs, ce qu'ils avaient vécu. Et là, effectivement, c'était gagné.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Plus que jamais, habiter le vent, la brise, fenêtre ouverte sur un frisson bleu. Clarysse. »

C'était il y a très longtemps, on lisait un poème de Paul Éluard, c’était « Nous, n'importe où » [in Derniers poèmes d’amour, Paris, Seghers, 2002]. Ça parlait du couple et une petite fille, qui s'appelait Lydie, a dit à la fin : « On est bien, maître, quand on a lu ça. »

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La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Transcription :

Je suis Michel Fievet, professeur des écoles dans un petit village de l'Aisne, à Fontenoy, près de Soissons. J'ai une classe de CM1-CM2 et je suis aussi éditeur à mes heures perdues. Je suis entré en poésie il y a plusieurs années. Au tout début de mon adolescence, j'écoutais beaucoup de chansons à texte comme Jean Ferrat, Jacques Brel, Brassens, etc. Et puis après, j'ai commencé à lire mes classiques : Rimbaud, Baudelaire. Et puis, au fur et à mesure, j'ai commencé à découvrir des poètes contemporains et j'ai fait une très belle rencontre, celle de Jean Le Mauve, qui était éditeur dans l'Aisne à Aizy-Jouy. C'est aussi lui qui m'a donné l'envie de devenir éditeur.

J'intègre la poésie dans mon enseignement parce que je pense que les enfants peuvent appréhender le réel, le quotidien, au travers de mots, la polysémie des mots aussi, et la possibilité de transcrire une émotion par l'écrit. Donc, à partir de là, nous lisons des textes d'auteurs et ils essaient d'exprimer eux-mêmes ce qu'ils ont au fond d'eux. Cela permet, je pense, à l'enfant de se questionner aussi.

[Lecture par Michel Fievet du poème « Hérisson, hérisson » d’André Rochedy, in Le Chant de l’oiseleur, Chambon-sur-Lignon, Cheyne éditeur, 1993]

« Hérisson, hérisson, petit frère. Celui qui n'a jamais connu le velours de ton ventre, ne sait rien de l’univers. »

J'ai un rituel quotidien. Nous lisons de la poésie tous les matins. Donc je choisis un auteur, poète contemporain, essentiellement vivant. Je lis le poème et on essaie d'en dégager le sens, d'interroger le poème. La lecture se fait toujours en plusieurs fois. C’est-à-dire que les enfants, je sens qu'au fur et à mesure, ils s'approprient le texte, soit en posant des questions parce qu'il y a des mots qu'ils ne comprennent pas, donc ils ont besoin, après, que la lecture se refasse de manière un peu plus fluide. Et, ensuite, une fois que nous avons lu plusieurs fois le poème, on essaie aussi de s'attacher à la rythmique, de s'attacher à la syntaxe. La rythmique, elle me semble importante au niveau de la musicalité des mots. Ça nous permet aussi parfois de discuter de la rime, même si, dans la poésie contemporaine, elle est peu employée. Et puis, une fois qu’ils se sont appropriés le poème, eh bien nous en sortons une phrase, un vers déclencheur qui va nous servir d'ateliers d'écriture. Alors, l'atelier d'écriture, c'est tout simple. Chaque jour, ils se mettent à écrire avec la liste des mots, du vocabulaire. Ils ont aussi la possibilité de venir me revoir avec ces mots-là pour en connaître le sens qu'ils avaient oublié. Et puis, une fois qu'ils ont écrit, composé leurs poèmes, on discute de la syntaxe. On discute aussi au niveau du sens qu'ils ont voulu. Qu'est-ce qu'ils ont voulu dire ? Et puis, j'essaie le moins possible de toucher à leurs poèmes. Donc, il y a une espèce d'aller-retour, comme ça, qui se fait entre eux et moi. Une fois que je sens, suivant l'enfant, j'améliore le texte et au bout d'un moment, on sent qu'on est arrivé au point final. Donc, une fois que les textes sont tapés à l'ordinateur, les enfants rassemblent les textes et je les imprime afin d'en faire un petit recueil que nous offrirons à l'auteur. Pour celui-ci, c'est fait pour Albane Gellé, « J'ai mis dans mes rêves ». Donc, on avait lu, au départ, des poèmes d'Albane Gellé. Et puis, les enfants ont écrit. Une fois que le recueil est composé, on en garde un pour la classe et on en envoie un à l'auteur en cadeau surprise, puisque l'auteur n'est, bien sûr, pas au courant que nous travaillons sur sa poésie.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Michel Fievet : Tu peux peut-être lire un poème... C'est un travail sur Albane Gellé.

– Une élève : "J'ai mis dans tes mains un soupçon d'amour, un livre arc-en-ciel, une fleur aux pétales turquoise et les rêves de 1 000 oiseaux." Méline. »

Pour travailler la poésie – mais je pense même pour l’écrit en général – il faut vraiment avoir une activité quotidienne d'écriture. Chaque enfant écrit tous les jours, même si c'est un quart d'heure, même si c'est une demi-heure, afin de pouvoir s'approprier les mots qu'il utilise régulièrement. Et c'est vrai qu'à la fin de l'année, j'ai remarqué que les enfants avaient un vocabulaire un peu plus riche. Ils ont aussi la joie d'avoir composé un livre et de pouvoir le présenter. Et puis aussi, souvent, ils s'enregistrent à la fin de l'année. Chaque enfant dit au moins un poème et on en fait un petit CD, afin de pouvoir écouter la mise en voix aussi.

Ce qui est amusant, c'est quand nous les regardons, finalement, parce qu’ils se donnent des conseils, ils sont là en disant : « Mais, tu trouves pas que tu as laissé un petit silence un peu trop important ? » Ou alors du genre : « Oui, mais là, répète un petit peu, parce que le mot que tu viens de prononcer, on ne le comprend pas. » Ou alors : « Tu vas trop vite. » Et, finalement, il y a parfois des enregistrements de poèmes qui se font dix fois. Et certainement, si c'était moi qui l’avais demandé, ça aurait fatigué l’enfant, ça l'aurait sans doute énervé, alors qu'entre eux ils ont beaucoup de plaisir à s'écouter et aussi beaucoup de bienveillance. Parce que, moi, dans ma classe, je vise aussi à la bienveillance pour que chaque élève puisse être lui-même.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Dans mon école, les fenêtres du jour dessinent les promesses de la nuit, qui chuchotent des histoires oubliées. Les herbes tissent des brindilles tristes. Il y a aussi une pluie de silence quand le vent dénoue la nuit. L'oiseau musarde près d'une oasis de mots, habitée par une rivière. Théo. »

Lors du Marché de la poésie jeunesse, à Tinqueux (51), il y a deux ou trois ans, les enfants sont allés expliquer comment ils faisaient de la poésie à l'école et j'ai été profondément touché par l'autonomie qu'ils avaient. À un moment même, les larmes me sont venues aux yeux, car j'avais l'impression d'avoir atteint ce que je voulais atteindre, c’est-à-dire cette autonomie et aussi cette capacité à restituer, par l'oral d’ailleurs, ce qu'ils avaient vécu. Et là, effectivement, c'était gagné.

[Extrait d’un cours avec ses élèves]

« Plus que jamais, habiter le vent, la brise, fenêtre ouverte sur un frisson bleu. Clarysse. »

C'était il y a très longtemps, on lisait un poème de Paul Éluard, c’était « Nous, n'importe où » [in Derniers poèmes d’amour, Paris, Seghers, 2002]. Ça parlait du couple et une petite fille, qui s'appelait Lydie, a dit à la fin : « On est bien, maître, quand on a lu ça. »

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