Parlons pratiques ! Transmettre les valeurs de la République, un défi pour l'École aujourd’hui

Extra classe

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Parlons pratiques ! Transmettre les valeurs de la République, un défi pour l'École aujourd’hui

La transmission des valeurs de la République, et notamment de la laïcité, est une problématique éducative et pédagogique qui représente un enjeu de formation majeur. Isabelle de Mecquenem, formatrice à l’Inspé de Reims et membre du conseil des sages de la laïcité, aborde ce sujet avec rigueur et conviction. Pour Extra classe, elle répond aux questionnements d'acteurs de terrain, qui portent sur leur légitimité à transmettre ces valeurs, sur les modalités pédagogiques qu'ils peuvent mettre en œuvre dans les classes ou encore sur les dispositifs à l'échelle des établissements.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Émission préparée par : Hélène Audard et Régis Forgione

Réalisée grâce à l'appui technique de : Romuald Herrero

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Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Laurent Gaillard

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

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Transcription :

HÉLÈNE AUDARD : Transmettre les valeurs de la République, c'est le tout premier item du référentiel de compétences communes aux professeurs et personnels d'éducation, via cette phrase, aussi précise que laconique : « Faire partager les valeurs de la République ». 

RÉGIS FORGIONE : Ces valeurs de la République, « Liberté, Égalité, Fraternité », mais aussi la laïcité, la démocratie, la justice sociale sont l'objet, depuis cette année notamment, d'une épreuve orale aux concours de recrutement des enseignants. Et comme toutes les compétences, les connaissances ou les gestes professionnels, rien n'est inné et ça s'apprend. 

HA : Le ministère de l'Éducation nationale déploie d'ailleurs actuellement un ambitieux plan de formation qui s'appuie sur un réseau de 1 000 formateurs chargés de la formation de tous les personnels des écoles, collèges et lycées. 

RF : Quels sont les besoins des acteurs de terrain pour aborder sereinement la question des valeurs et des principes de la République ? Quels conseils et quels outils peut-on leur proposer ? C'est ce que nous allons demander à notre invitée, Isabelle de Mecquenem. 

HA : Isabelle de Mecquenem, bonjour. 

ISABELLE DE MECQUENEM : Bonjour. 

HA : Vous êtes professeure agrégée de philosophie et formatrice à l’Inspé de l’université de Reims Champagne-Ardenne et vous êtes membre du Conseil des sages de la laïcité. 

RF : Pour commencer, madame de Mecquenem, est-ce que vous pourriez, en quelques mots, expliquer aux enseignants qui nous écoutent en quoi consiste ce fameux Conseil des sages de la laïcité dont vous faites partie ? 

IDM : Oui, très volontiers. Il s'agit d'une instance nouvelle, donc il est normal de ne pas bien la connaître et l'appréhender. Le Conseil des sages est présidé par Dominique Schnapper, qui est une sociologue spécialiste de la citoyenneté et de l'intégration. Le Conseil des sages est constitué d'une vingtaine de personnes qui sont considérées comme des experts à différents titres, soit en tant qu’universitaires, en tant qu'inspecteur général, nous avons aussi des journalistes. C'est une instance plurielle, il est intéressant de le souligner. Et donc nous avons un rôle, comme notre titre l'indique, de conseil. Mais nous conseillons qui exactement ? Eh bien, en tout premier lieu, nous conseillons le Ministère en matière de politique, de formation et de politique scolaire relatives à la laïcité. Nous sommes également – et j'ai envie de dire, et là je fais un peu concurrence à Canopé – un centre de ressources. Nous élaborons des notes, des avis, des communiqués. Tout cela se trouve sur le site du Conseil des sages de la laïcité. Pour vous donner un exemple, nous avons produit une note dans l'optique, dans l'espoir de relancer l'enseignement laïque des faits religieux, dont nous estimions qu'il était quelque peu tombé en déshérence ou en désuétude. Donc, nous avons essayé de synthétiser toutes les bonnes raisons pour relancer cet enseignement, qui nous semble indissociable de la transmission du principe de laïcité à l'école. Et, enfin, troisième volet de notre activité qui est très diversifiée, nous sommes une instance de formation. Et, aujourd'hui même, j'enregistre l'émission à Poitiers où je vais former les cadres de l'Éducation nationale à l'ancienne ÉSEN [ÉSENERS, École supérieure de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche], qui a un nouveau titre aujourd'hui, un nouveau nom [depuis 2019, l’IH2EF, Institut des hautes études de l'éducation et de la formation]. 

HA : Alors, Isabelle de Mecquenem, dans cet épisode « Parlons pratiques ! », nous allons avoir un format un peu particulier. Nous allons entendre des témoignages, des questions qui vous sont directement adressées. Ces témoignages émanent de praticiens, praticiennes en l'occurrence, qui proposent des actions au quotidien, mais qui s'interrogent aussi sur les problématiques, sur des difficultés liées à la transmission des valeurs de la République. 

RG : Alors, justement, je vous propose qu'on entre directement dans le vif du sujet avec une première intervention. Il s'agit de Nadia Bekrar et Nadia est conseillère principale d'éducation au lycée professionnel Blaise-Pascal, à Marseille. 

« Sur le terrain, il y a plusieurs niveaux d'intervention pour nous, les CPE : la gestion de crises, de conflits sur des petits groupes d'élèves, de deux à plus ; l'intervention en classe, dans ce que l’on appelle l’heure de vie de classe, pour gérer et offrir un temps d'écoute et de dialogue pour les élèves, pour gérer des situations ponctuelles de crises, de conflits ; et puis, en tant que référente, notamment référente “égalité filles-garçons”, sur mon établissement où plusieurs interventions ont pu être organisées en faveur des élèves. La constatation que je fais aujourd'hui, c'est que, d'une part, les valeurs que l'on que l'on peut nommer – égalité, fraternité, liberté, laïcité – elles ont un lien et elles sont interdépendantes. Il est impossible pour nous d'intervenir sur une valeur et d’isoler les autres, parce que, pour leur donner du sens et pour que les élèves puissent comprendre et s'en imprégner – en tout cas c'est l'objectif qu’on se fixe –, il est important de pouvoir créer un lien entre toutes ces valeurs. Si je donne l'exemple d'un élève qui est exclu du groupe parce qu’il n'a pas les mêmes tenues vestimentaires, le même humour, les mêmes goûts musicaux, les mêmes centres d'intérêt que ses camarades, on intervient parce que l'élève est en mal-être. On intervient, et sur quoi on va chercher les élèves ? Sur l'empathie, et là on sollicite la valeur de fraternité. On va solliciter la solidarité, et qu'on n'est pas obligé d'être ami avec ses camarades, mais que peut-être il faut lui laisser la possibilité de s'intégrer au groupe et de lui laisser une place qui lui permettrait de s'épanouir. Alors, sur ces notions, qui sont des valeurs d'empathie et de solidarité, qu’on va rattacher à la fraternité, à la laïcité dans le sens du vivre ensemble autour des valeurs communes, c'est compliqué parce que, sur le moment, à très court terme, les élèves sont très sensibles, ils sont volontaires pour être tuteurs. Sur le plus long terme, ça s'essouffle. On a bien une difficulté, c'est comment rendre ces valeurs… comment permettre aux élèves d'intérioriser ces valeurs, de les rendre vivantes ? Parce qu'ils écoutent, ils entendent et ils comprennent, mais ils n’intériorisent pas. C'est la première question. La deuxième question, et qui est liée au fait d'intérioriser, à mon sens, c'est que la pression des réseaux sociaux, du plaire au groupe et de faire sa place dans le groupe vont prendre le dessus sur ces valeurs qui sont essentielles. » 

HA : Isabelle de Mecquenem, il y a beaucoup de choses dans ce témoignage. Je pense qu’il y a pas mal de fils que vous allez pouvoir tirer. Peut-être la première question qu'on pourrait vous poser, c'est – on parle de valeurs – peut-être commencer par les définir. Qu'est-ce que c'est une valeur ? Qu'est-ce que sont ces valeurs ? Est-ce qu'il faut les distinguer des principes, est-ce que ça a une importance de faire cette distinction ? 

IDM : Absolument. Je crois qu'il est vraiment primordial de retracer un cadre global dans lequel s'insère notamment l'action des conseillers principaux d'éducation qui forment un prisme très spécifique parce que, comme vous le savez… alors, j'ai souvent l'occasion, hélas, de souligner ce que des savants, des experts de l'école appellent la division du travail éducatif dans notre système. Vous savez, il y a d'un côté la vie scolaire et de l'autre le monde de l'enseignement. Et il y a un troisième monde également qui est celui de l'administration, vous voyez, avec un grand A, avec une majuscule. Et ces trois mondes, en fait, doivent s'articuler, en l'occurrence, pour agir dans le même sens, c'est-à-dire cette grande finalité qui est celle de la transmission des valeurs de la République, en l'occurrence. Alors, le cadre institutionnel, je le rappelle, je vais poser deux jalons. Premier jalon : la loi d'orientation de 2005. Donc, cette loi d'orientation de 2005, c'est la première à dire, outre la transmission des connaissances, que le rôle de l'école consiste à faire partager les valeurs de la République aux élèves. Et c'est cette expression que vous avez citée tout à l'heure, qu'on retrouve, effectivement, dans le référentiel de 2013 : « Faire partager ». L'expression est intéressante. Néanmoins, elle est très vaste, très globale, elle ne dit rien des méthodes pédagogiques. Donc, elle a quelque chose de frustrant. Néanmoins, elle pose un jalon essentiel qui consiste à dire : il y a les connaissances, effectivement, la transmission des connaissances ; le rôle traditionnel de l'école ; mais s'y ajoute, s’y greffe, sur ce rôle traditionnel, la transmission des valeurs, pas de n'importe quelles valeurs – et c'est là que la légitimité de l'école peut se poser et s'exprimer – les valeurs de la République, nous y reviendrons. Cet énoncé de la loi de 2005 a été repris dans une autre loi qui a succédé à cette loi de 2005, la loi d'orientation de 2013, qui portait un titre intéressant, « Loi de refondation de l'école » si vous vous rappelez. Et dans cette loi d'orientation, nouvelle, qui se surajoute à celle de 2005, il est rappelé qu'effectivement, cette mission de transmission des valeurs existe, est reconduite, en quelque sorte. Et il est précisé que ces valeurs consistent – alors il est intéressant d'en donner non pas la liste, mais de reprendre ce texte – on nous parle de l'égale dignité de tous les êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Alors, ce que je voudrais tout de suite souligner – parce que, là, on a un énoncé de valeurs – que ce sont, comme vous le remarquez, de grandes valeurs, et en philosophie, les grandes valeurs, on les appelle des valeurs universelles. La dignité de tous les êtres humains, quels qu'ils soient, où qu'ils vivent, de quelques conditions soient-ils, c'est une valeur, une notion universalisable qui dépasse de loin un certain contexte, une certaine société donnée, un modèle politique particulier. Donc, les valeurs de la République, là, souscrivent à des valeurs qui sont universelles, il est intéressant de le souligner. C'est pour dire que les enseignants – et j'emploie le mot « enseignant » en un sens large, en incluant les conseillers principaux d'éducation, en l'occurrence – ont donc tous une mission de transmission des valeurs, et de ces valeurs telles que je les ai rappelées. 

RF : Merci de reposer, j'ai envie de dire, les bases essentielles et légales de la transmission de ces fameuses valeurs. Dans l'intervention de Nadia Bekrar qu'on entendait tout à l'heure, elle se posait la question de les intégrer, de les faire infuser au quotidien pour que les élèves les intègrent vraiment et que, justement, – et ce sera l'intervention d'une prochaine enseignante – ce soit quelque chose de concret au quotidien pour eux. 

IDM : Absolument. Mais vous voyez, justement, si on revient à ce constat de la division du travail éducatif, je trouve que la question de la transmission des valeurs, précisément, incite, invite tous ceux qui coopèrent, qui collaborent au sein d'une école, au sein d'un collège, au sein d'un lycée, à travailler ensemble. Donc cette thématique est précisément ce qui va aussi créer du lien entre les différents acteurs, entre les différents protagonistes du milieu scolaire. Et ça, c'est intéressant, parce que la vie scolaire est une chose et c'est, effectivement, le lieu dans lequel l'espace, le temps, les modalités d'action à travers lesquelles les élèves peuvent faire une expérience concrète, effectivement, peuvent vivre, comme on le dit souvent, faire vivre les valeurs de la République – ne pas se contenter de les enseigner, de les transmettre d'une manière formelle – mais l'idéal, c'est de les faire vivre. Donc, forcément, ce sera à travers ce qu'on appelle la vie scolaire, sachant que la vie à l'école, il y a différentes sortes ou qualités de vie à l'école. Il y a une vie informelle des élèves entre eux quand ils se retrouvent grâce à l'école et à l'école, et on sait qu'il y a des échanges informels, il y a des apprentissages informels entre les élèves, sous-entendu que ce ne sont pas les adultes qui conduisent ces apprentissages, qui les contrôlent, qui les surveillent. Il y a une espèce de vie informelle de vie à l'école. Il faut la distinguer de la vie scolaire et la vie scolaire est une forme de pédagogie, c'est ce que je veux dire, une pédagogie diffuse, en quelque sorte, qui est placée sous l'autorité des conseillers principaux d'éducation. Pour moi, ce sont des acteurs à part entière, aux côtés des enseignants, en lien avec les enseignants, dans cette mission de transmettre les valeurs de la République. 

RF : Alors, justement, vous parlez d'enseignants. On va, à présent, écouter le témoignage d'une enseignante. C'est Marion Picard qui est professeure d'histoire-géographie dans un lycée en région parisienne. 

« Les obstacles que j'ai rencontrés en ce qui concerne la transmission des valeurs, c'est vraiment le conflit de loyauté des élèves entre le discours familial, ou le discours dans le cercle amical, et le discours qui est tenu à l'école. Et un exemple qui me vient en tête, c'est, en début de carrière, j'avais vraiment cette crainte d’un décalage entre mes élèves et moi sur les questions LGBT. J'avais peur de les froisser. Je me disais que cette nouvelle génération était bien informée, que j'allais arriver devant eux peut-être un peu décalée, et que j'allais peut-être apparaître comme intolérante. Et puis, lorsque ces questions sont venues en cours à plusieurs reprises, les réponses, les questions des élèves sur ce sujet étaient en accord avec ce que j'avais déjà en tête. Et donc j'étais plutôt rassurée. Et j'étais rassurée jusqu'au jour où une association est venue pour évoquer ces questions-là et j'ai assisté à la rencontre en tant que professeure principale, et là j'ai vu plusieurs de mes élèves tenir des propos très homophobes. Et c'est un moment vraiment difficile mais en même temps crucial pour saisir leur position inconfortable entre le cercle privé et l'école. C'est le moment, vraiment, où j'ai compris qu’ils me servaient docilement le discours de tolérance, qu’ils pensaient que j'attendais, mais qu'ils n'y croyaient pas réellement. Eux sont coincés entre le cercle familial et entre celui de l'école. Et moi je suis coincée entre deux exigences, en fait. Comment est-ce que je peux faire en sorte que mes élèves adhèrent à ces valeurs, qu'ils soient plus tolérants, qu'ils y croient, qu’ils ne se contentent pas de me le dire en cours mais, en même temps, sans les braquer, sans m'opposer frontalement au discours qu'ils entendent dans leur entourage familial ou amical depuis qu'ils sont tout petits ? Donc, vraiment, comment résoudre ce conflit de loyauté ? » 

RF : Dans la première partie de sa question, on va peut-être commencer par là, il y a ce qu'on disait un petit peu tout à l'heure, ce problème de transmission descendante, quelque chose qui n'imprimerait pas, ou en tout cas, des élèves qui joueraient leur rôle d'élève en disant ce que l'enseignant a envie d'entendre, l'enseignant qui est rassuré en se disant que tout va bien, jusqu'à ce qu'il y ait quelque chose, un élément particulier qui met tout à jour, quelque part. Est-ce que vous auriez – on est dans « Parlons pratiques ! » pour le coup – des outils pédagogiques, des méthodologies à proposer pour appuyer, pour transmettre ces fameuses valeurs de la République ? 

IDM : Oui, absolument. Je vais essayer d'en esquisser. Mais déjà, je voudrais quand même commenter quelque peu ce que ce que relate cette collègue qui me paraît très important parce que, moi, j'ai envie de dire, il ne faut vraiment pas douter de l'apport que représente l'école, y compris sur cette question des valeurs. On a vu que l’apport principal porte sur les connaissances, sur la transmission des connaissances d'une manière systématique, organisée, méthodique, etc., donc ce qui recouvre le domaine de l'enseignement et des enseignements. Mais, à propos des valeurs, l'école a aussi un rôle vraiment primordial à jouer et ce rôle est légitime. C'est vraiment le message que je voudrais souligner. Alors, le conflit de loyauté, il n'y a pas trop à le craindre, en quelque sorte. Vous savez, il y a Philippe Perrenoud, qui est un spécialiste des sciences de l'éducation, qui a bien décrit le métier d'élève, il l'a même systématisé dans cette notion d'un métier d'élève. Et il dit bien que les élèves sont des « go-between », comme ils disent : ils sont en tension entre la famille et l'école. Mais ce n'est pas pour cette raison que l'école devrait renoncer à effectuer les transmissions qui lui appartiennent. Parce qu'encore une fois, la transmission des valeurs que l'école doit assurer, il s'agit de valeurs sociopolitiques ou de valeurs universelles. Donc, ce ne sont pas les valeurs de la famille, vous voyez, ce ne sont, par définition, pas les valeurs de la famille. Donc, à partir de là, il est clair qu'effectivement, il peut y avoir un conflit qui se crée dans l'esprit de l'élève. Mais c'est un conflit qui va le faire réfléchir, cet élève : « Ah tiens ! Effectivement, voilà, je suis dans un autre milieu que celui de la famille, où je suis avec d'autres élèves avec lesquels je ne suis pas nécessairement, ou spontanément, ou a priori, dans un lien d'affinités, qui ne sont pas de ma famille, etc., que je ne connais pas, que je découvre. Donc on est confronté à l'autre. Et précisément, le milieu scolaire évoque aussi d'autres types de valeurs qui ne sont pas celles de ma famille. » Mais ça, c'est le début de ce qu'on appelle précisément l'éducation. S'interroger sur qui on est, ce à quoi on croit, et ne jamais oublier, à nouveau, et dans l'optique de répondre à cette collègue et de dissiper les dilemmes qui pourraient l'entraver, c’est un élève qui va réfléchir mais, précisément, c'est un élève qui est en construction grâce à l'école. Donc, voilà l'apport que représente, encore une fois, le milieu scolaire, et il est légitime, cet apport. Alors, sur les méthodes pédagogiques, je trouve que ce qui est intéressant, c'est que, précisément, on le voit bien, pour que les élèves s'imprègnent, assimilent, intériorisent, comme disait la collègue tout à l'heure, à très juste titre, c'est vraiment le but, c'est l'intériorisation des valeurs et non pas l'apprentissage par cœur et la récitation des valeurs comme cela a été le cas dans l'histoire de l'école, une histoire dont nous ne voulons plus, que nous avons révoquée depuis longtemps. Alors, pour accomplir cette intériorisation, il faut précisément la coordination à la fois des savoirs, des pratiques et, j'ai presque envie de dire, de l'engagement des élèves. Donc, cette pédagogie de la transmission des valeurs, elle nous invite ai-je envie de dire – il n'y a aucune obligation, c'est vraiment une invitation, une incitation – elle nous invite, ce qui est très intéressant en termes de modèles pédagogiques, à insérer ce qu'on appelle les pédagogies actives, c'est-à-dire les pédagogies qui vont mobiliser l'action, la participation, l'engagement, l'implication des élèves, mais au sein d'un cadre qui reste celui de ce que les spécialistes appellent la forme scolaire. Donc, les pédagogies actives plus la forme scolaire, et cela est, je crois, le socle d'une pédagogie efficace de la transmission des valeurs. Donc, en termes de méthode, je ne peux que militer pour tout ce qui va impliquer les élèves, les faire participer, parce que c'est aussi le gage pour eux, et je reprendrai l'intériorisation en la déclinant sous forme d'une mémorisation. Il va y avoir une mémorisation : « Ah oui, quand j'étais au collège, voilà, tel enseignant avec le CPE nous ont faits participer à un projet qui s'est concrétisé de cette manière. » On sait qu'il y a une mémoire très forte de la scolarité, puisque la scolarité est longue dans la vie des individus. Donc, les événements marquants vont contribuer à cette intériorisation des valeurs au-delà de l'école, parce que c'est aussi le but. 

HA : Nous poursuivons alors avec un troisième témoignage. C'est celui d'Anne Morin, qui est enseignante, mais qui, là, va nous parler en tant que chargée de mission Éducation nationale au sein de la cité éducative Melun, Le Mée-sur-Seine. 

« Alors, dans notre cité éducative de Seine-et-Marne, la question de la transmission des valeurs passe, notamment, par la déclinaison spécifique de la mesure de responsabilisation, qui est donc une mesure de l'Éducation nationale. Spécifique, parce qu'elle se déploie avec un partenariat très fort, avec la Protection judiciaire de la jeunesse [PJJ], puisque l'étude des cas des élèves est discutée avec un éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse. Alors, pour donner un exemple très précis, en début d'année, par exemple, une jeune élève de 4e a fait l'objet d'une mesure de responsabilisation puisqu'elle a giflé et insulté une camarade dans un couloir de l'établissement. Le processus est engagé en réunion entre la PJJ et l'établissement, et en parallèle, bien évidemment, la famille a été reçue avec l'élève par le principal, qui a expliqué ce qu’était la mesure de responsabilisation, c'est-à-dire une sanction, avec une présence obligatoire aux ateliers qui seront proposés et, en même temps, le début d'une réflexion engagée avec l'élève pour lui faire prendre conscience que, au-delà de la sanction, on allait s'efforcer de travailler avec elle sur son parcours d'émancipation et de citoyenne. Voilà. Donc, pour cette élève, ce qui a été décidé c’est qu'elle suivrait un atelier de deux heures avec la PJJ, atelier au cours duquel elle réfléchirait, elle travaillerait sur la portée de son acte, y compris sur un plan pénal, puisqu'il y a violence. Et puis, dans un deuxième temps, elle irait également au Centre d'information jeunesse de Melun pour suivre un atelier, cette fois, davantage de remobilisation, qui va lui permettre de travailler sur son orientation, son projet et de lui permettre de se projeter dans sa scolarité puisqu'il s'est avéré que c'était vraiment ça, également, le problème. Alors, toute la question est sur l'après-mesure, lorsque la mesure est terminée, que les quatre heures d'ateliers ont été déroulées, comment accompagner cette jeune sur le reste de l'année ? Quelle place laisse-t-on, cette fois, aux acteurs qui interviennent dans le cadre de la mesure de responsabilisation ? Quels sont les outils et la manière, aussi, de travailler des équipes dans l'établissement pour que cette mesure ne soit pas abandonnée, mais qu'il y ait une véritable continuité éducative jusqu'à la fin de l'année ? C'est cela toute la question. C'est l'après. » 

HA : On entend à nouveau cette question de la pérennité des actions, de la façon de faire infuser ces valeurs au cours de la scolarité des élèves. Et puis on entend aussi quelque chose autour de l'implication des acteurs à différentes échelles, dont vous avez un peu parlée en début d'émission. Alors, qu'est-ce que vous auriez envie de lui répondre ? 

IDM : Alors, à travers ce cas précis et particulier, on ne peut pas tirer non plus des généralités, mais j'aimerais rappeler que ce cas, cette situation qui nous est soumise, renvoie à une réforme très importante qui est intervenue à l'école en 2000. Il y a eu un véritable tournant. Le ministre a voulu introduire les principes généraux du droit à l'école, précisément parce que l'école était, aussi étonnant que cela puisse paraître avec le recul, une zone de non-droit où n'existaient que le droit scolaire, la discipline scolaire, mais déconnectés des principes fondamentaux, l'individualisation, la proportionnalité, etc. – ce que connaissent bien les juristes – ne s'appliquaient pas à l'école. Donc ce cas de figure, il révèle aussi, il témoigne de cette petite révolution culturelle, en tous les cas au sein de l'école, qui a consisté à articuler le milieu scolaire avec notre édifice juridique. Et vous savez que notre édifice juridique, il a pour but et fondement la protection des individus, la préservation des libertés. Enfin bref, on est en plein dans l'éducation à la citoyenneté concrète, c’est ce que je veux dire, c'est ce que je veux souligner aussi. Donc, cet exemple est important parce qu'on peut le relier à notre problématique et à notre réflexion plus globales sur la transmission des valeurs. Je perçois l'exemple qui nous a été donné sous cet angle, en fait. Finalement, comme si la collègue m'interrogeait sur : « Et finalement, qu'en est-il, à travers ce cas particulier, de la transmission des valeurs ? » Je pense qu'il y a de véritables apprentissages qui sont faits pour cette élève, encore une fois, à travers et au-delà de son cas particulier, puisqu’il y a à la fois une sanction, mais aussi des mesures éducatives. Et là, on retrouve l’un des fondements de l'école qui est ce qu'on appelle « l’éducabilité ». Le propre de l'école, à la différence d'autres milieux sociaux ou du milieu social environnant, c'est de ne jamais renoncer à l’éducabilité d'un élève. Donc, je pense que c'est extrêmement important d'avoir cela en tête. La sanction n'est pas l'alpha et l'oméga. On continue à éduquer l'élève à travers toute une série d'actions et un projet qui va être bâti au sujet de cette élève, encore une fois. Donc, l'éducation prime, en l'occurrence la sanction et la sanction elle-même a une portée éducative. Il y a une spécificité du milieu scolaire qu'il importe de souligner, en l'occurrence. 

RF : C'est peut-être là – on parle de valeurs et de principes – vous avez peut-être rappelé, là, la valeur et le principe essentiels, la fameuse éducabilité de tous les élèves. On aurait aimé vous poser encore beaucoup, beaucoup de questions, mais on va se diriger gentiment vers la rubrique d'inspirations. Et en préparant cette émission, on vous a demandé si vous aviez une référence, une inspiration, quelque chose à partager autour de notre thématique des valeurs de la République. 

IDM : Absolument. Écoutez, ce sera mon hommage personnel à Samuel Paty, mais également à tous les enseignants. Et encore une fois, j'emploie ce mot dans un sens très large, incluant par exemple les conseillers principaux d'éducation, les équipes de direction… Enfin bref, tous les personnels qui travaillent soit dans une école, soit dans un collège, soit dans un lycée, et ils sont nombreux ces personnels. Et ils ont des rôles extrêmement différents, mais qui doivent être complémentaires, effectivement. J'aimerais terminer vraiment sur la nécessité, l'urgence de réhabiliter le métier d'enseignant. Alors sous deux aspects. Premier aspect, il est matériel. Je pense qu'il est urgent de mieux les rémunérer, ça me paraît crucial, y compris dans l'optique d'attirer les meilleurs étudiants vers ce métier qui est un métier difficile, exigeant, mais très gratifiant également. Et, sur un plan plus symbolique, je vous proposerais volontiers une mesure très audacieuse, je proposerais de biffer le mot « enseignant » de notre vocabulaire et je vous propose d'adopter celui d'« enseigneur ». Alors, « enseignant » et « enseigneur » ont la même racine. L'enseignant et l’enseigneur adressent tous deux des signes, voilà la racine, l'étymologie de ces deux mots. Mais vous êtes d'accord, « enseigneur » a beaucoup plus de panache. On entend « seigneur » et je trouve qu'il y a une forme de souveraineté à réaffirmer à propos des enseignants et ils en ont bien besoin. 

HA : Merci Isabelle de Mecquenem. On a entendu dans cet épisode qu'il fallait aller au-delà de la division du travail éducatif et qu'on ne réussirait qu'en travaillant tous ensemble, au sein de la communauté, quelles que soient les échelles, depuis la classe jusqu'à l'établissement et au-delà, la société. Merci beaucoup, en tout cas, de votre présence et de votre engagement sur cette question. 

RF : On remercie aussi Nadia Bekrar, Marion Picard et Anne Morin, qui ont accepté de nous livrer leur témoignage pour cet épisode. Un grand merci, Isabelle de Mecquenem. 

IDM : Je vous en prie. 

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La transmission des valeurs de la République, et notamment de la laïcité, est une problématique éducative et pédagogique qui représente un enjeu de formation majeur. Isabelle de Mecquenem, formatrice à l’Inspé de Reims et membre du conseil des sages de la laïcité, aborde ce sujet avec rigueur et conviction. Pour Extra classe, elle répond aux questionnements d'acteurs de terrain, qui portent sur leur légitimité à transmettre ces valeurs, sur les modalités pédagogiques qu'ils peuvent mettre en œuvre dans les classes ou encore sur les dispositifs à l'échelle des établissements.

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RÉGIS FORGIONE : Ces valeurs de la République, « Liberté, Égalité, Fraternité », mais aussi la laïcité, la démocratie, la justice sociale sont l'objet, depuis cette année notamment, d'une épreuve orale aux concours de recrutement des enseignants. Et comme toutes les compétences, les connaissances ou les gestes professionnels, rien n'est inné et ça s'apprend. 

HA : Le ministère de l'Éducation nationale déploie d'ailleurs actuellement un ambitieux plan de formation qui s'appuie sur un réseau de 1 000 formateurs chargés de la formation de tous les personnels des écoles, collèges et lycées. 

RF : Quels sont les besoins des acteurs de terrain pour aborder sereinement la question des valeurs et des principes de la République ? Quels conseils et quels outils peut-on leur proposer ? C'est ce que nous allons demander à notre invitée, Isabelle de Mecquenem. 

HA : Isabelle de Mecquenem, bonjour. 

ISABELLE DE MECQUENEM : Bonjour. 

HA : Vous êtes professeure agrégée de philosophie et formatrice à l’Inspé de l’université de Reims Champagne-Ardenne et vous êtes membre du Conseil des sages de la laïcité. 

RF : Pour commencer, madame de Mecquenem, est-ce que vous pourriez, en quelques mots, expliquer aux enseignants qui nous écoutent en quoi consiste ce fameux Conseil des sages de la laïcité dont vous faites partie ? 

IDM : Oui, très volontiers. Il s'agit d'une instance nouvelle, donc il est normal de ne pas bien la connaître et l'appréhender. Le Conseil des sages est présidé par Dominique Schnapper, qui est une sociologue spécialiste de la citoyenneté et de l'intégration. Le Conseil des sages est constitué d'une vingtaine de personnes qui sont considérées comme des experts à différents titres, soit en tant qu’universitaires, en tant qu'inspecteur général, nous avons aussi des journalistes. C'est une instance plurielle, il est intéressant de le souligner. Et donc nous avons un rôle, comme notre titre l'indique, de conseil. Mais nous conseillons qui exactement ? Eh bien, en tout premier lieu, nous conseillons le Ministère en matière de politique, de formation et de politique scolaire relatives à la laïcité. Nous sommes également – et j'ai envie de dire, et là je fais un peu concurrence à Canopé – un centre de ressources. Nous élaborons des notes, des avis, des communiqués. Tout cela se trouve sur le site du Conseil des sages de la laïcité. Pour vous donner un exemple, nous avons produit une note dans l'optique, dans l'espoir de relancer l'enseignement laïque des faits religieux, dont nous estimions qu'il était quelque peu tombé en déshérence ou en désuétude. Donc, nous avons essayé de synthétiser toutes les bonnes raisons pour relancer cet enseignement, qui nous semble indissociable de la transmission du principe de laïcité à l'école. Et, enfin, troisième volet de notre activité qui est très diversifiée, nous sommes une instance de formation. Et, aujourd'hui même, j'enregistre l'émission à Poitiers où je vais former les cadres de l'Éducation nationale à l'ancienne ÉSEN [ÉSENERS, École supérieure de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche], qui a un nouveau titre aujourd'hui, un nouveau nom [depuis 2019, l’IH2EF, Institut des hautes études de l'éducation et de la formation]. 

HA : Alors, Isabelle de Mecquenem, dans cet épisode « Parlons pratiques ! », nous allons avoir un format un peu particulier. Nous allons entendre des témoignages, des questions qui vous sont directement adressées. Ces témoignages émanent de praticiens, praticiennes en l'occurrence, qui proposent des actions au quotidien, mais qui s'interrogent aussi sur les problématiques, sur des difficultés liées à la transmission des valeurs de la République. 

RG : Alors, justement, je vous propose qu'on entre directement dans le vif du sujet avec une première intervention. Il s'agit de Nadia Bekrar et Nadia est conseillère principale d'éducation au lycée professionnel Blaise-Pascal, à Marseille. 

« Sur le terrain, il y a plusieurs niveaux d'intervention pour nous, les CPE : la gestion de crises, de conflits sur des petits groupes d'élèves, de deux à plus ; l'intervention en classe, dans ce que l’on appelle l’heure de vie de classe, pour gérer et offrir un temps d'écoute et de dialogue pour les élèves, pour gérer des situations ponctuelles de crises, de conflits ; et puis, en tant que référente, notamment référente “égalité filles-garçons”, sur mon établissement où plusieurs interventions ont pu être organisées en faveur des élèves. La constatation que je fais aujourd'hui, c'est que, d'une part, les valeurs que l'on que l'on peut nommer – égalité, fraternité, liberté, laïcité – elles ont un lien et elles sont interdépendantes. Il est impossible pour nous d'intervenir sur une valeur et d’isoler les autres, parce que, pour leur donner du sens et pour que les élèves puissent comprendre et s'en imprégner – en tout cas c'est l'objectif qu’on se fixe –, il est important de pouvoir créer un lien entre toutes ces valeurs. Si je donne l'exemple d'un élève qui est exclu du groupe parce qu’il n'a pas les mêmes tenues vestimentaires, le même humour, les mêmes goûts musicaux, les mêmes centres d'intérêt que ses camarades, on intervient parce que l'élève est en mal-être. On intervient, et sur quoi on va chercher les élèves ? Sur l'empathie, et là on sollicite la valeur de fraternité. On va solliciter la solidarité, et qu'on n'est pas obligé d'être ami avec ses camarades, mais que peut-être il faut lui laisser la possibilité de s'intégrer au groupe et de lui laisser une place qui lui permettrait de s'épanouir. Alors, sur ces notions, qui sont des valeurs d'empathie et de solidarité, qu’on va rattacher à la fraternité, à la laïcité dans le sens du vivre ensemble autour des valeurs communes, c'est compliqué parce que, sur le moment, à très court terme, les élèves sont très sensibles, ils sont volontaires pour être tuteurs. Sur le plus long terme, ça s'essouffle. On a bien une difficulté, c'est comment rendre ces valeurs… comment permettre aux élèves d'intérioriser ces valeurs, de les rendre vivantes ? Parce qu'ils écoutent, ils entendent et ils comprennent, mais ils n’intériorisent pas. C'est la première question. La deuxième question, et qui est liée au fait d'intérioriser, à mon sens, c'est que la pression des réseaux sociaux, du plaire au groupe et de faire sa place dans le groupe vont prendre le dessus sur ces valeurs qui sont essentielles. » 

HA : Isabelle de Mecquenem, il y a beaucoup de choses dans ce témoignage. Je pense qu’il y a pas mal de fils que vous allez pouvoir tirer. Peut-être la première question qu'on pourrait vous poser, c'est – on parle de valeurs – peut-être commencer par les définir. Qu'est-ce que c'est une valeur ? Qu'est-ce que sont ces valeurs ? Est-ce qu'il faut les distinguer des principes, est-ce que ça a une importance de faire cette distinction ? 

IDM : Absolument. Je crois qu'il est vraiment primordial de retracer un cadre global dans lequel s'insère notamment l'action des conseillers principaux d'éducation qui forment un prisme très spécifique parce que, comme vous le savez… alors, j'ai souvent l'occasion, hélas, de souligner ce que des savants, des experts de l'école appellent la division du travail éducatif dans notre système. Vous savez, il y a d'un côté la vie scolaire et de l'autre le monde de l'enseignement. Et il y a un troisième monde également qui est celui de l'administration, vous voyez, avec un grand A, avec une majuscule. Et ces trois mondes, en fait, doivent s'articuler, en l'occurrence, pour agir dans le même sens, c'est-à-dire cette grande finalité qui est celle de la transmission des valeurs de la République, en l'occurrence. Alors, le cadre institutionnel, je le rappelle, je vais poser deux jalons. Premier jalon : la loi d'orientation de 2005. Donc, cette loi d'orientation de 2005, c'est la première à dire, outre la transmission des connaissances, que le rôle de l'école consiste à faire partager les valeurs de la République aux élèves. Et c'est cette expression que vous avez citée tout à l'heure, qu'on retrouve, effectivement, dans le référentiel de 2013 : « Faire partager ». L'expression est intéressante. Néanmoins, elle est très vaste, très globale, elle ne dit rien des méthodes pédagogiques. Donc, elle a quelque chose de frustrant. Néanmoins, elle pose un jalon essentiel qui consiste à dire : il y a les connaissances, effectivement, la transmission des connaissances ; le rôle traditionnel de l'école ; mais s'y ajoute, s’y greffe, sur ce rôle traditionnel, la transmission des valeurs, pas de n'importe quelles valeurs – et c'est là que la légitimité de l'école peut se poser et s'exprimer – les valeurs de la République, nous y reviendrons. Cet énoncé de la loi de 2005 a été repris dans une autre loi qui a succédé à cette loi de 2005, la loi d'orientation de 2013, qui portait un titre intéressant, « Loi de refondation de l'école » si vous vous rappelez. Et dans cette loi d'orientation, nouvelle, qui se surajoute à celle de 2005, il est rappelé qu'effectivement, cette mission de transmission des valeurs existe, est reconduite, en quelque sorte. Et il est précisé que ces valeurs consistent – alors il est intéressant d'en donner non pas la liste, mais de reprendre ce texte – on nous parle de l'égale dignité de tous les êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité. Alors, ce que je voudrais tout de suite souligner – parce que, là, on a un énoncé de valeurs – que ce sont, comme vous le remarquez, de grandes valeurs, et en philosophie, les grandes valeurs, on les appelle des valeurs universelles. La dignité de tous les êtres humains, quels qu'ils soient, où qu'ils vivent, de quelques conditions soient-ils, c'est une valeur, une notion universalisable qui dépasse de loin un certain contexte, une certaine société donnée, un modèle politique particulier. Donc, les valeurs de la République, là, souscrivent à des valeurs qui sont universelles, il est intéressant de le souligner. C'est pour dire que les enseignants – et j'emploie le mot « enseignant » en un sens large, en incluant les conseillers principaux d'éducation, en l'occurrence – ont donc tous une mission de transmission des valeurs, et de ces valeurs telles que je les ai rappelées. 

RF : Merci de reposer, j'ai envie de dire, les bases essentielles et légales de la transmission de ces fameuses valeurs. Dans l'intervention de Nadia Bekrar qu'on entendait tout à l'heure, elle se posait la question de les intégrer, de les faire infuser au quotidien pour que les élèves les intègrent vraiment et que, justement, – et ce sera l'intervention d'une prochaine enseignante – ce soit quelque chose de concret au quotidien pour eux. 

IDM : Absolument. Mais vous voyez, justement, si on revient à ce constat de la division du travail éducatif, je trouve que la question de la transmission des valeurs, précisément, incite, invite tous ceux qui coopèrent, qui collaborent au sein d'une école, au sein d'un collège, au sein d'un lycée, à travailler ensemble. Donc cette thématique est précisément ce qui va aussi créer du lien entre les différents acteurs, entre les différents protagonistes du milieu scolaire. Et ça, c'est intéressant, parce que la vie scolaire est une chose et c'est, effectivement, le lieu dans lequel l'espace, le temps, les modalités d'action à travers lesquelles les élèves peuvent faire une expérience concrète, effectivement, peuvent vivre, comme on le dit souvent, faire vivre les valeurs de la République – ne pas se contenter de les enseigner, de les transmettre d'une manière formelle – mais l'idéal, c'est de les faire vivre. Donc, forcément, ce sera à travers ce qu'on appelle la vie scolaire, sachant que la vie à l'école, il y a différentes sortes ou qualités de vie à l'école. Il y a une vie informelle des élèves entre eux quand ils se retrouvent grâce à l'école et à l'école, et on sait qu'il y a des échanges informels, il y a des apprentissages informels entre les élèves, sous-entendu que ce ne sont pas les adultes qui conduisent ces apprentissages, qui les contrôlent, qui les surveillent. Il y a une espèce de vie informelle de vie à l'école. Il faut la distinguer de la vie scolaire et la vie scolaire est une forme de pédagogie, c'est ce que je veux dire, une pédagogie diffuse, en quelque sorte, qui est placée sous l'autorité des conseillers principaux d'éducation. Pour moi, ce sont des acteurs à part entière, aux côtés des enseignants, en lien avec les enseignants, dans cette mission de transmettre les valeurs de la République. 

RF : Alors, justement, vous parlez d'enseignants. On va, à présent, écouter le témoignage d'une enseignante. C'est Marion Picard qui est professeure d'histoire-géographie dans un lycée en région parisienne. 

« Les obstacles que j'ai rencontrés en ce qui concerne la transmission des valeurs, c'est vraiment le conflit de loyauté des élèves entre le discours familial, ou le discours dans le cercle amical, et le discours qui est tenu à l'école. Et un exemple qui me vient en tête, c'est, en début de carrière, j'avais vraiment cette crainte d’un décalage entre mes élèves et moi sur les questions LGBT. J'avais peur de les froisser. Je me disais que cette nouvelle génération était bien informée, que j'allais arriver devant eux peut-être un peu décalée, et que j'allais peut-être apparaître comme intolérante. Et puis, lorsque ces questions sont venues en cours à plusieurs reprises, les réponses, les questions des élèves sur ce sujet étaient en accord avec ce que j'avais déjà en tête. Et donc j'étais plutôt rassurée. Et j'étais rassurée jusqu'au jour où une association est venue pour évoquer ces questions-là et j'ai assisté à la rencontre en tant que professeure principale, et là j'ai vu plusieurs de mes élèves tenir des propos très homophobes. Et c'est un moment vraiment difficile mais en même temps crucial pour saisir leur position inconfortable entre le cercle privé et l'école. C'est le moment, vraiment, où j'ai compris qu’ils me servaient docilement le discours de tolérance, qu’ils pensaient que j'attendais, mais qu'ils n'y croyaient pas réellement. Eux sont coincés entre le cercle familial et entre celui de l'école. Et moi je suis coincée entre deux exigences, en fait. Comment est-ce que je peux faire en sorte que mes élèves adhèrent à ces valeurs, qu'ils soient plus tolérants, qu'ils y croient, qu’ils ne se contentent pas de me le dire en cours mais, en même temps, sans les braquer, sans m'opposer frontalement au discours qu'ils entendent dans leur entourage familial ou amical depuis qu'ils sont tout petits ? Donc, vraiment, comment résoudre ce conflit de loyauté ? » 

RF : Dans la première partie de sa question, on va peut-être commencer par là, il y a ce qu'on disait un petit peu tout à l'heure, ce problème de transmission descendante, quelque chose qui n'imprimerait pas, ou en tout cas, des élèves qui joueraient leur rôle d'élève en disant ce que l'enseignant a envie d'entendre, l'enseignant qui est rassuré en se disant que tout va bien, jusqu'à ce qu'il y ait quelque chose, un élément particulier qui met tout à jour, quelque part. Est-ce que vous auriez – on est dans « Parlons pratiques ! » pour le coup – des outils pédagogiques, des méthodologies à proposer pour appuyer, pour transmettre ces fameuses valeurs de la République ? 

IDM : Oui, absolument. Je vais essayer d'en esquisser. Mais déjà, je voudrais quand même commenter quelque peu ce que ce que relate cette collègue qui me paraît très important parce que, moi, j'ai envie de dire, il ne faut vraiment pas douter de l'apport que représente l'école, y compris sur cette question des valeurs. On a vu que l’apport principal porte sur les connaissances, sur la transmission des connaissances d'une manière systématique, organisée, méthodique, etc., donc ce qui recouvre le domaine de l'enseignement et des enseignements. Mais, à propos des valeurs, l'école a aussi un rôle vraiment primordial à jouer et ce rôle est légitime. C'est vraiment le message que je voudrais souligner. Alors, le conflit de loyauté, il n'y a pas trop à le craindre, en quelque sorte. Vous savez, il y a Philippe Perrenoud, qui est un spécialiste des sciences de l'éducation, qui a bien décrit le métier d'élève, il l'a même systématisé dans cette notion d'un métier d'élève. Et il dit bien que les élèves sont des « go-between », comme ils disent : ils sont en tension entre la famille et l'école. Mais ce n'est pas pour cette raison que l'école devrait renoncer à effectuer les transmissions qui lui appartiennent. Parce qu'encore une fois, la transmission des valeurs que l'école doit assurer, il s'agit de valeurs sociopolitiques ou de valeurs universelles. Donc, ce ne sont pas les valeurs de la famille, vous voyez, ce ne sont, par définition, pas les valeurs de la famille. Donc, à partir de là, il est clair qu'effectivement, il peut y avoir un conflit qui se crée dans l'esprit de l'élève. Mais c'est un conflit qui va le faire réfléchir, cet élève : « Ah tiens ! Effectivement, voilà, je suis dans un autre milieu que celui de la famille, où je suis avec d'autres élèves avec lesquels je ne suis pas nécessairement, ou spontanément, ou a priori, dans un lien d'affinités, qui ne sont pas de ma famille, etc., que je ne connais pas, que je découvre. Donc on est confronté à l'autre. Et précisément, le milieu scolaire évoque aussi d'autres types de valeurs qui ne sont pas celles de ma famille. » Mais ça, c'est le début de ce qu'on appelle précisément l'éducation. S'interroger sur qui on est, ce à quoi on croit, et ne jamais oublier, à nouveau, et dans l'optique de répondre à cette collègue et de dissiper les dilemmes qui pourraient l'entraver, c’est un élève qui va réfléchir mais, précisément, c'est un élève qui est en construction grâce à l'école. Donc, voilà l'apport que représente, encore une fois, le milieu scolaire, et il est légitime, cet apport. Alors, sur les méthodes pédagogiques, je trouve que ce qui est intéressant, c'est que, précisément, on le voit bien, pour que les élèves s'imprègnent, assimilent, intériorisent, comme disait la collègue tout à l'heure, à très juste titre, c'est vraiment le but, c'est l'intériorisation des valeurs et non pas l'apprentissage par cœur et la récitation des valeurs comme cela a été le cas dans l'histoire de l'école, une histoire dont nous ne voulons plus, que nous avons révoquée depuis longtemps. Alors, pour accomplir cette intériorisation, il faut précisément la coordination à la fois des savoirs, des pratiques et, j'ai presque envie de dire, de l'engagement des élèves. Donc, cette pédagogie de la transmission des valeurs, elle nous invite ai-je envie de dire – il n'y a aucune obligation, c'est vraiment une invitation, une incitation – elle nous invite, ce qui est très intéressant en termes de modèles pédagogiques, à insérer ce qu'on appelle les pédagogies actives, c'est-à-dire les pédagogies qui vont mobiliser l'action, la participation, l'engagement, l'implication des élèves, mais au sein d'un cadre qui reste celui de ce que les spécialistes appellent la forme scolaire. Donc, les pédagogies actives plus la forme scolaire, et cela est, je crois, le socle d'une pédagogie efficace de la transmission des valeurs. Donc, en termes de méthode, je ne peux que militer pour tout ce qui va impliquer les élèves, les faire participer, parce que c'est aussi le gage pour eux, et je reprendrai l'intériorisation en la déclinant sous forme d'une mémorisation. Il va y avoir une mémorisation : « Ah oui, quand j'étais au collège, voilà, tel enseignant avec le CPE nous ont faits participer à un projet qui s'est concrétisé de cette manière. » On sait qu'il y a une mémoire très forte de la scolarité, puisque la scolarité est longue dans la vie des individus. Donc, les événements marquants vont contribuer à cette intériorisation des valeurs au-delà de l'école, parce que c'est aussi le but. 

HA : Nous poursuivons alors avec un troisième témoignage. C'est celui d'Anne Morin, qui est enseignante, mais qui, là, va nous parler en tant que chargée de mission Éducation nationale au sein de la cité éducative Melun, Le Mée-sur-Seine. 

« Alors, dans notre cité éducative de Seine-et-Marne, la question de la transmission des valeurs passe, notamment, par la déclinaison spécifique de la mesure de responsabilisation, qui est donc une mesure de l'Éducation nationale. Spécifique, parce qu'elle se déploie avec un partenariat très fort, avec la Protection judiciaire de la jeunesse [PJJ], puisque l'étude des cas des élèves est discutée avec un éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse. Alors, pour donner un exemple très précis, en début d'année, par exemple, une jeune élève de 4e a fait l'objet d'une mesure de responsabilisation puisqu'elle a giflé et insulté une camarade dans un couloir de l'établissement. Le processus est engagé en réunion entre la PJJ et l'établissement, et en parallèle, bien évidemment, la famille a été reçue avec l'élève par le principal, qui a expliqué ce qu’était la mesure de responsabilisation, c'est-à-dire une sanction, avec une présence obligatoire aux ateliers qui seront proposés et, en même temps, le début d'une réflexion engagée avec l'élève pour lui faire prendre conscience que, au-delà de la sanction, on allait s'efforcer de travailler avec elle sur son parcours d'émancipation et de citoyenne. Voilà. Donc, pour cette élève, ce qui a été décidé c’est qu'elle suivrait un atelier de deux heures avec la PJJ, atelier au cours duquel elle réfléchirait, elle travaillerait sur la portée de son acte, y compris sur un plan pénal, puisqu'il y a violence. Et puis, dans un deuxième temps, elle irait également au Centre d'information jeunesse de Melun pour suivre un atelier, cette fois, davantage de remobilisation, qui va lui permettre de travailler sur son orientation, son projet et de lui permettre de se projeter dans sa scolarité puisqu'il s'est avéré que c'était vraiment ça, également, le problème. Alors, toute la question est sur l'après-mesure, lorsque la mesure est terminée, que les quatre heures d'ateliers ont été déroulées, comment accompagner cette jeune sur le reste de l'année ? Quelle place laisse-t-on, cette fois, aux acteurs qui interviennent dans le cadre de la mesure de responsabilisation ? Quels sont les outils et la manière, aussi, de travailler des équipes dans l'établissement pour que cette mesure ne soit pas abandonnée, mais qu'il y ait une véritable continuité éducative jusqu'à la fin de l'année ? C'est cela toute la question. C'est l'après. » 

HA : On entend à nouveau cette question de la pérennité des actions, de la façon de faire infuser ces valeurs au cours de la scolarité des élèves. Et puis on entend aussi quelque chose autour de l'implication des acteurs à différentes échelles, dont vous avez un peu parlée en début d'émission. Alors, qu'est-ce que vous auriez envie de lui répondre ? 

IDM : Alors, à travers ce cas précis et particulier, on ne peut pas tirer non plus des généralités, mais j'aimerais rappeler que ce cas, cette situation qui nous est soumise, renvoie à une réforme très importante qui est intervenue à l'école en 2000. Il y a eu un véritable tournant. Le ministre a voulu introduire les principes généraux du droit à l'école, précisément parce que l'école était, aussi étonnant que cela puisse paraître avec le recul, une zone de non-droit où n'existaient que le droit scolaire, la discipline scolaire, mais déconnectés des principes fondamentaux, l'individualisation, la proportionnalité, etc. – ce que connaissent bien les juristes – ne s'appliquaient pas à l'école. Donc ce cas de figure, il révèle aussi, il témoigne de cette petite révolution culturelle, en tous les cas au sein de l'école, qui a consisté à articuler le milieu scolaire avec notre édifice juridique. Et vous savez que notre édifice juridique, il a pour but et fondement la protection des individus, la préservation des libertés. Enfin bref, on est en plein dans l'éducation à la citoyenneté concrète, c’est ce que je veux dire, c'est ce que je veux souligner aussi. Donc, cet exemple est important parce qu'on peut le relier à notre problématique et à notre réflexion plus globales sur la transmission des valeurs. Je perçois l'exemple qui nous a été donné sous cet angle, en fait. Finalement, comme si la collègue m'interrogeait sur : « Et finalement, qu'en est-il, à travers ce cas particulier, de la transmission des valeurs ? » Je pense qu'il y a de véritables apprentissages qui sont faits pour cette élève, encore une fois, à travers et au-delà de son cas particulier, puisqu’il y a à la fois une sanction, mais aussi des mesures éducatives. Et là, on retrouve l’un des fondements de l'école qui est ce qu'on appelle « l’éducabilité ». Le propre de l'école, à la différence d'autres milieux sociaux ou du milieu social environnant, c'est de ne jamais renoncer à l’éducabilité d'un élève. Donc, je pense que c'est extrêmement important d'avoir cela en tête. La sanction n'est pas l'alpha et l'oméga. On continue à éduquer l'élève à travers toute une série d'actions et un projet qui va être bâti au sujet de cette élève, encore une fois. Donc, l'éducation prime, en l'occurrence la sanction et la sanction elle-même a une portée éducative. Il y a une spécificité du milieu scolaire qu'il importe de souligner, en l'occurrence. 

RF : C'est peut-être là – on parle de valeurs et de principes – vous avez peut-être rappelé, là, la valeur et le principe essentiels, la fameuse éducabilité de tous les élèves. On aurait aimé vous poser encore beaucoup, beaucoup de questions, mais on va se diriger gentiment vers la rubrique d'inspirations. Et en préparant cette émission, on vous a demandé si vous aviez une référence, une inspiration, quelque chose à partager autour de notre thématique des valeurs de la République. 

IDM : Absolument. Écoutez, ce sera mon hommage personnel à Samuel Paty, mais également à tous les enseignants. Et encore une fois, j'emploie ce mot dans un sens très large, incluant par exemple les conseillers principaux d'éducation, les équipes de direction… Enfin bref, tous les personnels qui travaillent soit dans une école, soit dans un collège, soit dans un lycée, et ils sont nombreux ces personnels. Et ils ont des rôles extrêmement différents, mais qui doivent être complémentaires, effectivement. J'aimerais terminer vraiment sur la nécessité, l'urgence de réhabiliter le métier d'enseignant. Alors sous deux aspects. Premier aspect, il est matériel. Je pense qu'il est urgent de mieux les rémunérer, ça me paraît crucial, y compris dans l'optique d'attirer les meilleurs étudiants vers ce métier qui est un métier difficile, exigeant, mais très gratifiant également. Et, sur un plan plus symbolique, je vous proposerais volontiers une mesure très audacieuse, je proposerais de biffer le mot « enseignant » de notre vocabulaire et je vous propose d'adopter celui d'« enseigneur ». Alors, « enseignant » et « enseigneur » ont la même racine. L'enseignant et l’enseigneur adressent tous deux des signes, voilà la racine, l'étymologie de ces deux mots. Mais vous êtes d'accord, « enseigneur » a beaucoup plus de panache. On entend « seigneur » et je trouve qu'il y a une forme de souveraineté à réaffirmer à propos des enseignants et ils en ont bien besoin. 

HA : Merci Isabelle de Mecquenem. On a entendu dans cet épisode qu'il fallait aller au-delà de la division du travail éducatif et qu'on ne réussirait qu'en travaillant tous ensemble, au sein de la communauté, quelles que soient les échelles, depuis la classe jusqu'à l'établissement et au-delà, la société. Merci beaucoup, en tout cas, de votre présence et de votre engagement sur cette question. 

RF : On remercie aussi Nadia Bekrar, Marion Picard et Anne Morin, qui ont accepté de nous livrer leur témoignage pour cet épisode. Un grand merci, Isabelle de Mecquenem. 

IDM : Je vous en prie. 

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