Les Énergies scolaires : les maths en mouvement

Extra classe

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Les Énergies scolaires : les maths en mouvement

Les élèves considèrent souvent les mathématiques comme une discipline abstraite, sans véritable lien avec leur quotidien et la vie réelle. Face à cette idée reçue, Claire Lommé, enseignante en collège, opte pour une approche kinesthésique, en reliant la discipline scolaire aux expériences des élèves. Les plaçant dans le hall ou la cour, elle peut leur demander de résoudre un problème en dessinant avec leurs corps des triangles ou des cercles. Approche originale qui prend en compte les diverses sensibilités des élèves, leur permet de mieux comprendre les notions abstraites et de développer des compétences essentielles à leur épanouissement.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Émission préparée par : Fanny Milhe Poutingon

Réalisée par : Fanny Milhe Poutingon

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Jules Pottier

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je m’appelle Claire Lommé, je suis professeure de maths depuis 25 ans, en collège depuis 10 ans. Je suis aussi formatrice. J'anime des formations sur différents thèmes : beaucoup de mathématiques mais aussi des éléments plus transversaux comme « apprendre à apprendre », le rapport au corps dans les mathématiques et la place de la manipulation pour apprendre.

En mathématiques, on travaille sur des objets très abstraits, que ce soit en calcul, en géométrie, en probabilité. Je pense que c'est important de pouvoir relier ces notions-là à des manipulations, à des représentations de plein de façons différentes. Ces représentations, à mon avis, ne peuvent pas être qu’écrites. Il faut aussi qu'elles soient physiques, qu'on puisse les manipuler, qu'on puisse les ressentir, les vivre. Ça peut aussi passer par le corps. Mais la place de la manipulation est fondamentale et on le voit d'ailleurs chez les plus jeunes.

Là, par exemple, on se trouve devant ma classe et il y a une enfilade d'arbres devant nous, disons face à nous. Une des questions que je peux poser à mes élèves, qui vont pouvoir se lever et regarder par la fenêtre ou sortir en dehors de la classe pour aller voir, c'est : « Est-ce que ces arbres sont vraiment alignés ? » C'est une question qui est très compliquée. « Qu'est-ce que c'est que l'alignement ? » Pour eux, l'alignement, c'est souvent : « Est-ce que je peux tracer un trait à la règle qui passe par ces trois points ? » Sauf que là, je ne peux pas, ce sont des arbres. Donc comment est-ce que je vais faire pour savoir si c'est aligné ? En fait, ça va les ramener à la vraie définition de l'alignement, qui n'est pas une question de prendre une règle, parce que la règle c'est une conséquence de l'alignement et pas une cause, mais qui est plus une question de rayons lumineux. Ils vont devoir sortir, se mettre dans la bonne perspective et, une fois qu'ils auront l'arbre, le premier de la file, regarder si cet arbre oblitère les autres. Là, ils auront l'image du rayon lumineux qui va leur permettre de réfléchir à ce que c'est vraiment qu'un alignement.

Je sais que chacun raisonne différemment, ressent différemment, vit différemment. Je voulais atteindre un maximum d'élèves et, dans mes expériences, que ce soit dans les quartiers quand j'étais étudiante et que j'aidais des enfants en aide aux devoirs, ou ensuite quand j'étais dans un lycée de zone sensible où j'avais des élèves qui n'avaient pas tellement envie d'être là puisqu'ils étaient dans une classe de seconde sans le brevet, qui voulaient aller en CAP et qu'ils ne l’avaient pas obtenu, qui se retrouvaient en lycée général alors qu'ils n'avaient pas envie d'y aller, ils n'étaient évidemment pas enclins à apprendre ni même à rester tranquillement sur une chaise. Donc j'ai commencé à réfléchir à d'autres façons de leur faire accéder aux apprentissages, non pas pour ludifier à tout prix ou pour les distraire mais pour qu'ils puissent apprendre. Alors c'est passé par des séances dans la cour, par des séances interdisciplinaires avec des collègues où on manipulait tout un tas d'objets, par tout un tas de bricolages. On a manipulé des bouchons, de la pâte à modeler, plein de choses. C'était un défi pour moi parce que j'étais une jeune enseignante et j'avais peur de perdre le contrôle du groupe. Je me suis rendu compte, en fait, que c'était le contraire, que ça les amenait effectivement aux apprentissages, que ça nous permettait aussi d'apprendre tous ensemble, de ne pas avoir le clivage enseignant au tableau/élèves dans la classe. Et qu'en fait il y avait plein de notions mathématiques auxquelles ça convenait vraiment très bien.

J'ai recours à des éléments kinesthésiques à des moments extrêmement variés. J'en ai besoin quand, après avoir réfléchi à des manipulations, j'ai l'impression qu'elles vont vraiment apporter un élément de compréhension efficace, qu'elles vont permettre de gagner du temps, de raccrocher des élèves qui, peut-être, auraient du mal à se concentrer aussi. Ça peut tout à fait être de façon anticipée. Donc je me dis : « On va travailler des équations. Forcément, il faut qu'on passe par notre manipulation d'unité et d'inconnu. » Mais ça peut aussi être à certains moments, parce qu'il s'est passé quelque chose dans la vie de la classe et que je me rends compte que le fait d'avoir une manipulation va peut-être les rassurer, que de pouvoir étudier les fractions avec des Lego va leur permettre de pouvoir toucher quelque chose. Et, au lieu d'être complètement vaporeux et abstrait, ça va être incarné dans un objet qui est en plus un objet ludique. Ça permet de se recentrer sur les apprentissages, d'apaiser les enfants, de leur montrer qu'il y a du sens et que ce sens on va pouvoir se le transmettre. Parce que le geste, c'est aussi un très bon média, en particulier pour tous les enfants qui ne comprennent pas forcément bien la verbalisation ou l'implicite. Là, ils ont quelque chose de visuel.

Évidemment que, dès qu'on manipule, les élèves, en particulier de cycles 3 [CM1 à 6e] et 4 [5e à 3e], livrent beaucoup d’eux-mêmes. Il faut veiller à la bienveillance du groupe en son sein, à ce qu'il n'y ait pas de moqueries parce que, comme on est sur du toucher ou du déplacement, on va avoir des enfants qui sont moins à l'aise dans leur corps ou moins habiles. On va en avoir qui ont un rapport, par exemple aux Lego sur les fractions, beaucoup plus ludiques que d'autres, et donc qui peuvent subir des moqueries parce qu'ils se comportent d'une façon qui semble à d'autres infantile. Il faut effectivement faire attention. Dans le même ordre d'idées : des activités qui mettent en jeu le groupe et avec le corps, comme avec la géométrie dans la cour que je pratiquais avec eux. La première fois que je les ai animées, je me suis rendu tout de suite compte que ça mettait en jeu des questions de mixité et de genre que je n'avais pas du tout anticipées. C’était incroyable. Mes élèves devaient former des droites et j’avais une « droite » fille et une « droite » garçon. Quand il s'agissait d'avoir des droites parallèles, tout allait bien. Mais, quand je leur demandais des droites sécantes, ça posait un problème parce qu’il fallait rentrer quand même dans la bulle d'intimité de l'autre, en étant près de lui ou d'elle. Et, dans les écrits que je fais faire aux élèves par la suite, puisque chaque activité de kinesthésie, pour moi, est suivie par un écrit d'analyse des élèves qui ne me permet pas forcément de les évaluer mais de m’évaluer au travers d'activités que j'ai proposées, de voir comment elles étaient perçues et ce qu'ils en retiennent, la question de la mixité émerge systématiquement maintenant. C'est quelque chose qui les frappe parce que je les mets en garde et qu’ils se disent : « Mais oui, c'est vrai, c'est fou. »

Ma priorité est effectivement d'aider les enfants à grandir vers le soleil, le plus droit possible. Pas droit au sens d'un carcan mais au sens de direct, de franc, de net. De grandir comme ils en ont envie, en se respectant. Donc de les aider à atteindre cet objectif-là. C'est en cela que je me vois effectivement comme le tuteur de plantes. Une plante pousse en s'appuyant sur le tuteur quand elle en a besoin mais, parfois, elle s'en éloigne aussi ou elle s'enroule ou elle décide de diverger. Et ce n'est pas grave puisque, de toute façon, on est là pour qu'ils puissent s'appuyer sur nous au moment où ils en ont besoin.

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Les élèves considèrent souvent les mathématiques comme une discipline abstraite, sans véritable lien avec leur quotidien et la vie réelle. Face à cette idée reçue, Claire Lommé, enseignante en collège, opte pour une approche kinesthésique, en reliant la discipline scolaire aux expériences des élèves. Les plaçant dans le hall ou la cour, elle peut leur demander de résoudre un problème en dessinant avec leurs corps des triangles ou des cercles. Approche originale qui prend en compte les diverses sensibilités des élèves, leur permet de mieux comprendre les notions abstraites et de développer des compétences essentielles à leur épanouissement.

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Je m’appelle Claire Lommé, je suis professeure de maths depuis 25 ans, en collège depuis 10 ans. Je suis aussi formatrice. J'anime des formations sur différents thèmes : beaucoup de mathématiques mais aussi des éléments plus transversaux comme « apprendre à apprendre », le rapport au corps dans les mathématiques et la place de la manipulation pour apprendre.

En mathématiques, on travaille sur des objets très abstraits, que ce soit en calcul, en géométrie, en probabilité. Je pense que c'est important de pouvoir relier ces notions-là à des manipulations, à des représentations de plein de façons différentes. Ces représentations, à mon avis, ne peuvent pas être qu’écrites. Il faut aussi qu'elles soient physiques, qu'on puisse les manipuler, qu'on puisse les ressentir, les vivre. Ça peut aussi passer par le corps. Mais la place de la manipulation est fondamentale et on le voit d'ailleurs chez les plus jeunes.

Là, par exemple, on se trouve devant ma classe et il y a une enfilade d'arbres devant nous, disons face à nous. Une des questions que je peux poser à mes élèves, qui vont pouvoir se lever et regarder par la fenêtre ou sortir en dehors de la classe pour aller voir, c'est : « Est-ce que ces arbres sont vraiment alignés ? » C'est une question qui est très compliquée. « Qu'est-ce que c'est que l'alignement ? » Pour eux, l'alignement, c'est souvent : « Est-ce que je peux tracer un trait à la règle qui passe par ces trois points ? » Sauf que là, je ne peux pas, ce sont des arbres. Donc comment est-ce que je vais faire pour savoir si c'est aligné ? En fait, ça va les ramener à la vraie définition de l'alignement, qui n'est pas une question de prendre une règle, parce que la règle c'est une conséquence de l'alignement et pas une cause, mais qui est plus une question de rayons lumineux. Ils vont devoir sortir, se mettre dans la bonne perspective et, une fois qu'ils auront l'arbre, le premier de la file, regarder si cet arbre oblitère les autres. Là, ils auront l'image du rayon lumineux qui va leur permettre de réfléchir à ce que c'est vraiment qu'un alignement.

Je sais que chacun raisonne différemment, ressent différemment, vit différemment. Je voulais atteindre un maximum d'élèves et, dans mes expériences, que ce soit dans les quartiers quand j'étais étudiante et que j'aidais des enfants en aide aux devoirs, ou ensuite quand j'étais dans un lycée de zone sensible où j'avais des élèves qui n'avaient pas tellement envie d'être là puisqu'ils étaient dans une classe de seconde sans le brevet, qui voulaient aller en CAP et qu'ils ne l’avaient pas obtenu, qui se retrouvaient en lycée général alors qu'ils n'avaient pas envie d'y aller, ils n'étaient évidemment pas enclins à apprendre ni même à rester tranquillement sur une chaise. Donc j'ai commencé à réfléchir à d'autres façons de leur faire accéder aux apprentissages, non pas pour ludifier à tout prix ou pour les distraire mais pour qu'ils puissent apprendre. Alors c'est passé par des séances dans la cour, par des séances interdisciplinaires avec des collègues où on manipulait tout un tas d'objets, par tout un tas de bricolages. On a manipulé des bouchons, de la pâte à modeler, plein de choses. C'était un défi pour moi parce que j'étais une jeune enseignante et j'avais peur de perdre le contrôle du groupe. Je me suis rendu compte, en fait, que c'était le contraire, que ça les amenait effectivement aux apprentissages, que ça nous permettait aussi d'apprendre tous ensemble, de ne pas avoir le clivage enseignant au tableau/élèves dans la classe. Et qu'en fait il y avait plein de notions mathématiques auxquelles ça convenait vraiment très bien.

J'ai recours à des éléments kinesthésiques à des moments extrêmement variés. J'en ai besoin quand, après avoir réfléchi à des manipulations, j'ai l'impression qu'elles vont vraiment apporter un élément de compréhension efficace, qu'elles vont permettre de gagner du temps, de raccrocher des élèves qui, peut-être, auraient du mal à se concentrer aussi. Ça peut tout à fait être de façon anticipée. Donc je me dis : « On va travailler des équations. Forcément, il faut qu'on passe par notre manipulation d'unité et d'inconnu. » Mais ça peut aussi être à certains moments, parce qu'il s'est passé quelque chose dans la vie de la classe et que je me rends compte que le fait d'avoir une manipulation va peut-être les rassurer, que de pouvoir étudier les fractions avec des Lego va leur permettre de pouvoir toucher quelque chose. Et, au lieu d'être complètement vaporeux et abstrait, ça va être incarné dans un objet qui est en plus un objet ludique. Ça permet de se recentrer sur les apprentissages, d'apaiser les enfants, de leur montrer qu'il y a du sens et que ce sens on va pouvoir se le transmettre. Parce que le geste, c'est aussi un très bon média, en particulier pour tous les enfants qui ne comprennent pas forcément bien la verbalisation ou l'implicite. Là, ils ont quelque chose de visuel.

Évidemment que, dès qu'on manipule, les élèves, en particulier de cycles 3 [CM1 à 6e] et 4 [5e à 3e], livrent beaucoup d’eux-mêmes. Il faut veiller à la bienveillance du groupe en son sein, à ce qu'il n'y ait pas de moqueries parce que, comme on est sur du toucher ou du déplacement, on va avoir des enfants qui sont moins à l'aise dans leur corps ou moins habiles. On va en avoir qui ont un rapport, par exemple aux Lego sur les fractions, beaucoup plus ludiques que d'autres, et donc qui peuvent subir des moqueries parce qu'ils se comportent d'une façon qui semble à d'autres infantile. Il faut effectivement faire attention. Dans le même ordre d'idées : des activités qui mettent en jeu le groupe et avec le corps, comme avec la géométrie dans la cour que je pratiquais avec eux. La première fois que je les ai animées, je me suis rendu tout de suite compte que ça mettait en jeu des questions de mixité et de genre que je n'avais pas du tout anticipées. C’était incroyable. Mes élèves devaient former des droites et j’avais une « droite » fille et une « droite » garçon. Quand il s'agissait d'avoir des droites parallèles, tout allait bien. Mais, quand je leur demandais des droites sécantes, ça posait un problème parce qu’il fallait rentrer quand même dans la bulle d'intimité de l'autre, en étant près de lui ou d'elle. Et, dans les écrits que je fais faire aux élèves par la suite, puisque chaque activité de kinesthésie, pour moi, est suivie par un écrit d'analyse des élèves qui ne me permet pas forcément de les évaluer mais de m’évaluer au travers d'activités que j'ai proposées, de voir comment elles étaient perçues et ce qu'ils en retiennent, la question de la mixité émerge systématiquement maintenant. C'est quelque chose qui les frappe parce que je les mets en garde et qu’ils se disent : « Mais oui, c'est vrai, c'est fou. »

Ma priorité est effectivement d'aider les enfants à grandir vers le soleil, le plus droit possible. Pas droit au sens d'un carcan mais au sens de direct, de franc, de net. De grandir comme ils en ont envie, en se respectant. Donc de les aider à atteindre cet objectif-là. C'est en cela que je me vois effectivement comme le tuteur de plantes. Une plante pousse en s'appuyant sur le tuteur quand elle en a besoin mais, parfois, elle s'en éloigne aussi ou elle s'enroule ou elle décide de diverger. Et ce n'est pas grave puisque, de toute façon, on est là pour qu'ils puissent s'appuyer sur nous au moment où ils en ont besoin.

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