Les Énergies scolaires : l’ancrage par le chant

Extra classe

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Les Énergies scolaires : l’ancrage par le chant

Et si le chant permettait de dépasser des différences, de s’ouvrir à l’autre et de s’enraciner dans une région ? Avec le projet Hérounde, Mélisa Beaujour, enseignante d’éducation musicale, a rassemblé deux publics d’adolescents d’univers différents, autour d’un répertoire de chants traditionnels normands, mais aussi issus de différentes régions du monde comme le sont les élèves. Si le point d’ancrage du projet Hérounde est la Normandie, c’est donc aussi une invitation à franchir des barrières sociales et culturelles. Le projet est également l’occasion pour les élèves de s’affirmer musicalement et physiquement, grâce au travail mené en collaboration avec la compagnie Soléo qui axe son travail sur la gestuelle et les percussions corporelles. 

  • Présentation du projet Hérounde, site du collège René Descartes du Havre. 

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Fanny Milhe Poutingon 

Réalisée par : Fanny Milhe Poutingon 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Magali Devance

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je suis Mélisa Beaujour, enseignante d'éducation musicale et de chant choral depuis 10 ans. J'enseigne au Havre dans un collège classé REP+. En parallèle, je suis également formatrice dans tout ce qui touche l'inclusion et la musique.

Le projet « Hérounde », c'est un projet où l'objectif était de créer un lien avec la maîtrise de Seine-Maritime pour permettre à des adolescents d'univers différents de se rencontrer pour dépasser des différences, c'est-à-dire un public rural avec un public des quartiers connus comme étant sensibles du Havre. L'un des objectifs était de découvrir les musiques d'un territoire – le territoire normand – pour ensuite aussi découvrir les musiques d'autres pays qui représentent les différentes origines des élèves. Donc des musiques traditionnelles pouvaient très bien être des musiques traditionnelles d'Afrique, mais également du Brésil, d'Angleterre… une vision très variée de possibilités musicales.

[Illustration sonore : chant choral]

Donc, l'élément déclencheur, c'est ma rencontre avec l'enseignant d’Yvetot, qui était à l'époque le chef de chœur de la maîtrise de Seine-Maritime, mais également le professeur de musique de la classe avec laquelle nous avons travaillé, qui est une classe appartenant au dispositif CHAM, c'est-à-dire « classe à horaires aménagés [musique] ». Ce sont donc des élèves qui ont du temps de pratique vocale supplémentaire. Au-delà des différences des deux établissements, nous nous sommes rendu compte avec le professeur d’Yvetot qu'il y avait un point commun essentiel, c'est celui de la culture normande. Les élèves des deux territoires grandissent au même endroit, ils grandissent en Normandie, même s'ils n'y sont pas toujours nés. Et donc parler de la culture normande, c'est un point qui nous semblait permettre de rassembler nos élèves.

[Illustration sonore : chant, « Frégate aux trente matelots »]

Je suis née au Havre. En fait, j'ai été dans un établissement à cinq minutes du collège où j'enseigne et étant donné que je suis très métissée, j'ai eu aussi à un moment donné cette quête d'identité à savoir qui j'étais en fait. Et en fait, c'est cette compréhension de cette quête d'identité qui fait aussi l'acceptation du territoire où on est et de la compréhension du territoire où on est. Très certainement cette idée de métissage est liée à tout ce qui m'anime depuis des années, cette recherche d'identité, comprendre le lieu où on vient, les interrogations que j'ai ou que j'ai pu avoir moi-même.

Je me suis rapprochée de la médiatrice culturelle d'une salle de musiques actuelles au Havre, le Tetris, pour réfléchir à un partenariat, à une résidence d'artistes qui nous permettrait de progresser en pratique vocale. Et donc nous avons pris contact avec la compagnie Soléo, et nous avons pu échelonner sur l'année scolaire des ateliers de pratique vocale et de percussion corporelle. Donc là où les élèves d’Yvetot était très doués en pratique vocale car ils ont du temps supplémentaire, ils vont vraiment plus au fond des choses que nos élèves, la pratique corporelle, la gestuelle corporelle a remis l'ensemble des élèves d’Yvetot et du Havre sur une même échelle, sur un même pied d'égalité.

[Illustration sonore : percussions corporelles]

Les chants traditionnels ont une transmission orale. C'est quelque chose d'universel dans tous les pays où on trouve des chants traditionnels, qui sont transmis de génération en génération et basés sur des mélodies très simples. Et pour des élèves qui ont des difficultés d'apprentissage, je crois que c'est un bon moyen de les sensibiliser à la pratique vocale, à la pratique musicale, voire instrumentale. Je crois que c'est un très bon moyen de rassembler tout le monde en créant un projet ambitieux.

Ce projet « Hérounde » se voulait inclusif. Par inclusion j'entends « accessibilité universelle », c'est-à-dire rassembler tout le monde, y compris inviter des enfants d’IME [Institut médico-éducatif], donc rassembler tout le monde avec des moyens différents, des niveaux scolaires différents, autour d'un même projet. Et je crois que dans ce projet « Hérounde », les élèves se sont fondus dans la masse. Et c’est en ça qu’il a réussi, le projet a réussi, c'est-à-dire qu'on ne pouvait plus savoir qui était qui.

Un élève, qui maintenant est au lycée, qui n'est plus dans l'établissement, je l'appelais le lapin sauteur, c'est-à-dire impossible de rester en place, il avançait d’au moins deux mètres à chaque fois dans la séance. Il était au début à un point, et puis il parcourait l'ensemble de la salle pour chanter. Au contact de Julien, l'intervenant qui l’a mis aussi en valeur à un moment donné pour le faire diriger, cet élève a commencé à être plus à l'écoute et surtout à rester stable et à prendre de l'assurance en n’étant plus courbé mais en maintenant son dos droit. Il y a quelque chose d'assez flagrant entre nos élèves et les élèves d’Yvetot, c'est que nos élèves étaient très courbés, en posture, pour chanter. Donc visuellement, ça montrait vraiment un manque de confiance en soi. Et puis il y a eu ce redressement corporel qui s'est effectué au fur à mesure, ils avaient une meilleure posture, un ancrage. Et ce qui est assez amusant de constater, c'est que « Hérounde » signifie « hirondelle », donc l'objectif initial était de découvrir un territoire, s’ancrer sur son territoire pour après aller explorer d'autres contrées et revenir sur son territoire. Et en fait, ils se sont ancrés sur leur territoire en découvrant des musiques traditionnelles mais également ils ont ancré leur posture et ils ont tous évolué d'une manière ou d'une autre.

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Et si le chant permettait de dépasser des différences, de s’ouvrir à l’autre et de s’enraciner dans une région ? Avec le projet Hérounde, Mélisa Beaujour, enseignante d’éducation musicale, a rassemblé deux publics d’adolescents d’univers différents, autour d’un répertoire de chants traditionnels normands, mais aussi issus de différentes régions du monde comme le sont les élèves. Si le point d’ancrage du projet Hérounde est la Normandie, c’est donc aussi une invitation à franchir des barrières sociales et culturelles. Le projet est également l’occasion pour les élèves de s’affirmer musicalement et physiquement, grâce au travail mené en collaboration avec la compagnie Soléo qui axe son travail sur la gestuelle et les percussions corporelles. 

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Je suis Mélisa Beaujour, enseignante d'éducation musicale et de chant choral depuis 10 ans. J'enseigne au Havre dans un collège classé REP+. En parallèle, je suis également formatrice dans tout ce qui touche l'inclusion et la musique.

Le projet « Hérounde », c'est un projet où l'objectif était de créer un lien avec la maîtrise de Seine-Maritime pour permettre à des adolescents d'univers différents de se rencontrer pour dépasser des différences, c'est-à-dire un public rural avec un public des quartiers connus comme étant sensibles du Havre. L'un des objectifs était de découvrir les musiques d'un territoire – le territoire normand – pour ensuite aussi découvrir les musiques d'autres pays qui représentent les différentes origines des élèves. Donc des musiques traditionnelles pouvaient très bien être des musiques traditionnelles d'Afrique, mais également du Brésil, d'Angleterre… une vision très variée de possibilités musicales.

[Illustration sonore : chant choral]

Donc, l'élément déclencheur, c'est ma rencontre avec l'enseignant d’Yvetot, qui était à l'époque le chef de chœur de la maîtrise de Seine-Maritime, mais également le professeur de musique de la classe avec laquelle nous avons travaillé, qui est une classe appartenant au dispositif CHAM, c'est-à-dire « classe à horaires aménagés [musique] ». Ce sont donc des élèves qui ont du temps de pratique vocale supplémentaire. Au-delà des différences des deux établissements, nous nous sommes rendu compte avec le professeur d’Yvetot qu'il y avait un point commun essentiel, c'est celui de la culture normande. Les élèves des deux territoires grandissent au même endroit, ils grandissent en Normandie, même s'ils n'y sont pas toujours nés. Et donc parler de la culture normande, c'est un point qui nous semblait permettre de rassembler nos élèves.

[Illustration sonore : chant, « Frégate aux trente matelots »]

Je suis née au Havre. En fait, j'ai été dans un établissement à cinq minutes du collège où j'enseigne et étant donné que je suis très métissée, j'ai eu aussi à un moment donné cette quête d'identité à savoir qui j'étais en fait. Et en fait, c'est cette compréhension de cette quête d'identité qui fait aussi l'acceptation du territoire où on est et de la compréhension du territoire où on est. Très certainement cette idée de métissage est liée à tout ce qui m'anime depuis des années, cette recherche d'identité, comprendre le lieu où on vient, les interrogations que j'ai ou que j'ai pu avoir moi-même.

Je me suis rapprochée de la médiatrice culturelle d'une salle de musiques actuelles au Havre, le Tetris, pour réfléchir à un partenariat, à une résidence d'artistes qui nous permettrait de progresser en pratique vocale. Et donc nous avons pris contact avec la compagnie Soléo, et nous avons pu échelonner sur l'année scolaire des ateliers de pratique vocale et de percussion corporelle. Donc là où les élèves d’Yvetot était très doués en pratique vocale car ils ont du temps supplémentaire, ils vont vraiment plus au fond des choses que nos élèves, la pratique corporelle, la gestuelle corporelle a remis l'ensemble des élèves d’Yvetot et du Havre sur une même échelle, sur un même pied d'égalité.

[Illustration sonore : percussions corporelles]

Les chants traditionnels ont une transmission orale. C'est quelque chose d'universel dans tous les pays où on trouve des chants traditionnels, qui sont transmis de génération en génération et basés sur des mélodies très simples. Et pour des élèves qui ont des difficultés d'apprentissage, je crois que c'est un bon moyen de les sensibiliser à la pratique vocale, à la pratique musicale, voire instrumentale. Je crois que c'est un très bon moyen de rassembler tout le monde en créant un projet ambitieux.

Ce projet « Hérounde » se voulait inclusif. Par inclusion j'entends « accessibilité universelle », c'est-à-dire rassembler tout le monde, y compris inviter des enfants d’IME [Institut médico-éducatif], donc rassembler tout le monde avec des moyens différents, des niveaux scolaires différents, autour d'un même projet. Et je crois que dans ce projet « Hérounde », les élèves se sont fondus dans la masse. Et c’est en ça qu’il a réussi, le projet a réussi, c'est-à-dire qu'on ne pouvait plus savoir qui était qui.

Un élève, qui maintenant est au lycée, qui n'est plus dans l'établissement, je l'appelais le lapin sauteur, c'est-à-dire impossible de rester en place, il avançait d’au moins deux mètres à chaque fois dans la séance. Il était au début à un point, et puis il parcourait l'ensemble de la salle pour chanter. Au contact de Julien, l'intervenant qui l’a mis aussi en valeur à un moment donné pour le faire diriger, cet élève a commencé à être plus à l'écoute et surtout à rester stable et à prendre de l'assurance en n’étant plus courbé mais en maintenant son dos droit. Il y a quelque chose d'assez flagrant entre nos élèves et les élèves d’Yvetot, c'est que nos élèves étaient très courbés, en posture, pour chanter. Donc visuellement, ça montrait vraiment un manque de confiance en soi. Et puis il y a eu ce redressement corporel qui s'est effectué au fur à mesure, ils avaient une meilleure posture, un ancrage. Et ce qui est assez amusant de constater, c'est que « Hérounde » signifie « hirondelle », donc l'objectif initial était de découvrir un territoire, s’ancrer sur son territoire pour après aller explorer d'autres contrées et revenir sur son territoire. Et en fait, ils se sont ancrés sur leur territoire en découvrant des musiques traditionnelles mais également ils ont ancré leur posture et ils ont tous évolué d'une manière ou d'une autre.

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