Les Énergies scolaires : faire classe dehors dans une oliveraie

Extra classe

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Les Énergies scolaires : faire classe dehors dans une oliveraie

Stéphanie Fontdecaba enseigne dans une école rurale nichée dans le massif des Corbières. Si l’idée de faire classe dehors lui trottait dans la tête depuis longtemps, elle s’est lancée dans l’aventure après avoir tiré les leçons de son expérience du premier confinement. Dans ce podcast, elle revient sur ce qu’elle a vécu cette année avec ses élèves de cycle 2 en remontant le cours du ruisseau voisin pour arriver dans une oliveraie.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extraclasse.reseau-canope.fr 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Aurélie Dulin 

Réalisée par : Aurélie Dulin et Jean-Paul Fillit

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Ludovic Oger

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021 

Transcription :

Je m’appelle Stéphanie Fontdecaba, je suis dans l’école de Tuchan. 

Tuchan, c’est un petit village qui est dans l’Aude, tout au sud de l’Aude, on n’est pas très loin des Pyrénées-Orientales. C’est une école qui a trois classes. J’enseigne dans la classe du cycle 2 et j’ai des élèves du CP, CE1 et CE2. 

C’est un climat méditerranéen, c’est très sec ici, surtout en ce moment, on n’a pas eu de pluie depuis un sacré bout de temps. D’ailleurs, c’est une des problématiques de l’année pour les enfants. Ils se sont posés plein de questions, cette année, sur l’eau. « Pourquoi il n’y a pas d’eau dans la rivière ? », par exemple. 

Tuchan, c’est sur un plateau. Autour, ce ne sont que des montagnes avec de la garrigue. Il n’y a pas de forêt… il y a quelques pinèdes mais ça a été installé par les hommes et il n’y a pas beaucoup d’arbres. Donc ça a été aussi un souci pour mettre en place l’école dehors parce que souvent, on entend que ceux qui font l’école dehors partent dans la forêt, etc. C’est vrai qu’au début, je me suis dit : « Mais où est-ce que je vais aller dans la forêt en partant à pied de la classe ? Ça va être un peu compliqué ! » 

L’école de Tuchan accueille un public un peu particulier qui est un peu mélangé. Souvent, les mamans n’ont pas le permis de conduire. Ce sont des enfants qui en majorité, pas tous, ne bougent pas énormément en dehors du village. 

Ce n’est pas parce qu’ils sont dans la montagne ou la campagne que les gamins connaissent les animaux, les plantes… Puis ils sont petits aussi, CP, CE1, CE2… ils ont tout à découvrir. Donc l’idée de faire l’école dehors, c’est aussi de les rendre curieux : « Qu’est-ce qu’il y a autour ? Pourquoi les choses sont comme ça ? Et comment ça fonctionne ? » 

[Rires] Ils me font vraiment rigoler parce que, des fois, je pose des questions de maîtresse : « Pourquoi est-ce qu’il y a des pommes de pins dans les pins ? », et il y a des gamins qui disent « Bah… pour allumer le feu ou pour décorer ! ». 

Donc ce que je voulais, c’était aller voir à l’extérieur. Ce qu’il y avait à voir, quoi ! Ce qui se passait à l’extérieur du village, sortir. 

On fait toutes les sorties en partant à pied de la classe, tout le temps. J’ai commencé la première semaine après les vacances de Toussaint et la première sortie qu’on a faite, c’était à l’oliveraie. 

On va dehors tous les vendredis après-midi, tout l’après-midi. 

À l’oliveraie, la première séance, c’était vraiment pour découvrir et ils ont adoré. Quand ils ont vu le cadre, ces oliviers, certains avaient été taillés, toutes les branches étaient entassées et je leur ai dit : « Vous êtes là, vous avez du matériel, vous construisez une cabane. ». Alors là, génial ! « Ah ouais ? Donc on peut construire des cabanes !? » 

Donc ils ont construit des cabanes dans l’oliveraie et autour, il y a des vignes et plein d’arbres. Tous les arbres qui sont le long de la rivière, des grands arbres comme des peupliers, des frênes, des choses comme ça. 

Et puis après, on a fait des observations tout au long de l’année : des changements au niveau des arbres, des fleurs… On a appris à reconnaître des larves de coccinelle… Enfin, des trucs comme ça. 

Une autre problématique qu’il y avait dans cette classe, en plus du manque de motivation, c’est que ce sont des enfants qui étaient les uns à côté des autres mais pas ensemble. Ils ne savaient pas ce que c’était que de travailler en s’entraidant, ils ne savaient pas ce que c’était que de faire confiance à l’autre. Ils ne savaient même pas qu’on pouvait se passer des choses… C’était vraiment compliqué. Mais à partir du moment où on est allé dehors et où je les ai obligés à construire des trucs ensemble, ça a vraiment changé. 

Et on a une histoire commune. S’il y a un enfant qui se casse une jambe et qui ne peut pas faire plusieurs sorties, il manque une partie de l’histoire commune. Par exemple, quand l’employé communal nous a fait visiter le château d’eau, ce qui n’était pas du tout prévu, et qu’il a expliqué qu’on captait l’eau des sources, un petit a dit : « Mais est-ce que c’est l’eau de l’Artigas ? » parce que c’est la source qu’on était allé voir. Tous les autres savaient ce que c’était que l’Artigas. Et ça, c’est une chose qu’on a réussi à construire cette année. Je pense que c’est le truc le plus important pour moi. 

Après, il y a aussi tout le côté « voir en vrai ». Le cycle de l’eau, les enfants l’ont vécu. Ils savent qu’il faut du temps pour aller de la source jusqu’à… Enfin… suivre un ruisseau de sa source, que ça descend, et qu’il faut monter pour aller à la source, et qu’il faut redescendre, et que ça prend du temps… Il y a entre cinq et six kilomètres quand même, de la source jusqu’à la confluence. 

Ils vivent les choses, ce n’est pas juste de la théorie, ce n’est pas juste des vidéos ou juste des feuilles dans un cahier. Ils vivent les choses concrètement. 

J’ai l’intention de continuer à faire ça. Ça fait partie de ce qu’il faut faire dans la semaine et je pense que si j’arrêtais de faire l’école dehors, les enfants ne comprendraient pas pourquoi on arrête l’école dehors. Ça fait partie de l’organisation de la semaine maintenant, c’est acté. 

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Stéphanie Fontdecaba enseigne dans une école rurale nichée dans le massif des Corbières. Si l’idée de faire classe dehors lui trottait dans la tête depuis longtemps, elle s’est lancée dans l’aventure après avoir tiré les leçons de son expérience du premier confinement. Dans ce podcast, elle revient sur ce qu’elle a vécu cette année avec ses élèves de cycle 2 en remontant le cours du ruisseau voisin pour arriver dans une oliveraie.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Transcription :

Je m’appelle Stéphanie Fontdecaba, je suis dans l’école de Tuchan. 

Tuchan, c’est un petit village qui est dans l’Aude, tout au sud de l’Aude, on n’est pas très loin des Pyrénées-Orientales. C’est une école qui a trois classes. J’enseigne dans la classe du cycle 2 et j’ai des élèves du CP, CE1 et CE2. 

C’est un climat méditerranéen, c’est très sec ici, surtout en ce moment, on n’a pas eu de pluie depuis un sacré bout de temps. D’ailleurs, c’est une des problématiques de l’année pour les enfants. Ils se sont posés plein de questions, cette année, sur l’eau. « Pourquoi il n’y a pas d’eau dans la rivière ? », par exemple. 

Tuchan, c’est sur un plateau. Autour, ce ne sont que des montagnes avec de la garrigue. Il n’y a pas de forêt… il y a quelques pinèdes mais ça a été installé par les hommes et il n’y a pas beaucoup d’arbres. Donc ça a été aussi un souci pour mettre en place l’école dehors parce que souvent, on entend que ceux qui font l’école dehors partent dans la forêt, etc. C’est vrai qu’au début, je me suis dit : « Mais où est-ce que je vais aller dans la forêt en partant à pied de la classe ? Ça va être un peu compliqué ! » 

L’école de Tuchan accueille un public un peu particulier qui est un peu mélangé. Souvent, les mamans n’ont pas le permis de conduire. Ce sont des enfants qui en majorité, pas tous, ne bougent pas énormément en dehors du village. 

Ce n’est pas parce qu’ils sont dans la montagne ou la campagne que les gamins connaissent les animaux, les plantes… Puis ils sont petits aussi, CP, CE1, CE2… ils ont tout à découvrir. Donc l’idée de faire l’école dehors, c’est aussi de les rendre curieux : « Qu’est-ce qu’il y a autour ? Pourquoi les choses sont comme ça ? Et comment ça fonctionne ? » 

[Rires] Ils me font vraiment rigoler parce que, des fois, je pose des questions de maîtresse : « Pourquoi est-ce qu’il y a des pommes de pins dans les pins ? », et il y a des gamins qui disent « Bah… pour allumer le feu ou pour décorer ! ». 

Donc ce que je voulais, c’était aller voir à l’extérieur. Ce qu’il y avait à voir, quoi ! Ce qui se passait à l’extérieur du village, sortir. 

On fait toutes les sorties en partant à pied de la classe, tout le temps. J’ai commencé la première semaine après les vacances de Toussaint et la première sortie qu’on a faite, c’était à l’oliveraie. 

On va dehors tous les vendredis après-midi, tout l’après-midi. 

À l’oliveraie, la première séance, c’était vraiment pour découvrir et ils ont adoré. Quand ils ont vu le cadre, ces oliviers, certains avaient été taillés, toutes les branches étaient entassées et je leur ai dit : « Vous êtes là, vous avez du matériel, vous construisez une cabane. ». Alors là, génial ! « Ah ouais ? Donc on peut construire des cabanes !? » 

Donc ils ont construit des cabanes dans l’oliveraie et autour, il y a des vignes et plein d’arbres. Tous les arbres qui sont le long de la rivière, des grands arbres comme des peupliers, des frênes, des choses comme ça. 

Et puis après, on a fait des observations tout au long de l’année : des changements au niveau des arbres, des fleurs… On a appris à reconnaître des larves de coccinelle… Enfin, des trucs comme ça. 

Une autre problématique qu’il y avait dans cette classe, en plus du manque de motivation, c’est que ce sont des enfants qui étaient les uns à côté des autres mais pas ensemble. Ils ne savaient pas ce que c’était que de travailler en s’entraidant, ils ne savaient pas ce que c’était que de faire confiance à l’autre. Ils ne savaient même pas qu’on pouvait se passer des choses… C’était vraiment compliqué. Mais à partir du moment où on est allé dehors et où je les ai obligés à construire des trucs ensemble, ça a vraiment changé. 

Et on a une histoire commune. S’il y a un enfant qui se casse une jambe et qui ne peut pas faire plusieurs sorties, il manque une partie de l’histoire commune. Par exemple, quand l’employé communal nous a fait visiter le château d’eau, ce qui n’était pas du tout prévu, et qu’il a expliqué qu’on captait l’eau des sources, un petit a dit : « Mais est-ce que c’est l’eau de l’Artigas ? » parce que c’est la source qu’on était allé voir. Tous les autres savaient ce que c’était que l’Artigas. Et ça, c’est une chose qu’on a réussi à construire cette année. Je pense que c’est le truc le plus important pour moi. 

Après, il y a aussi tout le côté « voir en vrai ». Le cycle de l’eau, les enfants l’ont vécu. Ils savent qu’il faut du temps pour aller de la source jusqu’à… Enfin… suivre un ruisseau de sa source, que ça descend, et qu’il faut monter pour aller à la source, et qu’il faut redescendre, et que ça prend du temps… Il y a entre cinq et six kilomètres quand même, de la source jusqu’à la confluence. 

Ils vivent les choses, ce n’est pas juste de la théorie, ce n’est pas juste des vidéos ou juste des feuilles dans un cahier. Ils vivent les choses concrètement. 

J’ai l’intention de continuer à faire ça. Ça fait partie de ce qu’il faut faire dans la semaine et je pense que si j’arrêtais de faire l’école dehors, les enfants ne comprendraient pas pourquoi on arrête l’école dehors. Ça fait partie de l’organisation de la semaine maintenant, c’est acté. 

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