Parlons pratiques ! Et si on essayait la classe flexible ?

Extra classe

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Parlons pratiques ! Et si on essayait la classe flexible ?

Aménagement des espaces scolaires, repenser sa classe et sa pédagogie, classes flexibles, etc. Quelles sont les pratiques derrière les formules ? Comment la pédagogie impacte-t-elle l’aménagement des espaces scolaires et comment ces derniers influent sur les pratiques de classe ? Dans cette émission, nous verrons comment rendre sa classe flexible et transformer sa pédagogie. Nous explorerons également les liens entre ce concept et les compétences du XXIe siècle. Et si on essayait la classe flexible ? Les pistes de réflexion et les conseils d'Aurélia Onyszko, enseignante, Olivier Rothan, directeur d’école, Manon Mc Rae, ergonome, et Séverine Walker, formatrice, pour oser se lancer !

  • ArchiLab, outil d’aide à la co-conception d’aménagement des espaces pédagogiques
  • Références citées par les invités : Charles Pépin, Les Vertus de l'échec, Allary éditions, 2016 ; Debbie Diller, Aménager sa classe pour favoriser l'apprentissage, Chenelière éducation, 2015

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Hélène Audard et Régis Forgione

Réalisée grâce à l'appui technique de : Fernando Carrillo-Binasco (Réseau Canopé Grand-Est)

Animée  par : Hélène Audard et Régis Forgione 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Magali Devance, Luc Taramini, Hervé Turri

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Guy Prugnol

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2021

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Transcription : 

Quand vous entendez « classe flexible », vous imaginez peut-être une salle pimpante, du mobilier flambant neuf, des poufs colorés, des chaises à roulettes. Ça peut faire rêver, mais est-ce accessible ? Cette pratique pédagogique est entrée dans le champ de l'éducation en France il y a quelques années et elle véhicule pas mal de représentations, de conceptions toutes faites que nous essaierons de clarifier, voire de démystifier. L'idée n'est pas de l'ériger en modèle, mais simplement que chacun puisse s'en saisir ou pas, en toute connaissance de cause.

Alors qu'entend-on par classe flexible ? Quelles pratiques pédagogiques sont mises en œuvre par l'enseignant et quelles compétences sont développées par les élèves ? Et si vous deviez être convaincu de son intérêt, comment initier une classe flexible dans votre classe ou à l'échelle d'un établissement ?

C'est à toutes ces questions, et bien d'autres, que nous allons tenter de répondre directement avec deux invités, une enseignante et un chef d'établissement, mais aussi avec des interventions audio autour de l'ergonomie et des compétences du XXIe siècle. 

Et si on essayait la classe flexible ? C'est le thème de cet épisode « Parlons pratiques ! » avec vos hôtes, Hélène Audard et Régis Forgione, au côté d’Aurélia Onyszko et Olivier Rothan. 

Régis Forgione : Aurélia Onyszko, bonjour !

Aurélia Onyszko : Bonjour !

RF : Vous êtes professeure des écoles et vous travaillez en classe flexible depuis plusieurs années maintenant. Vous êtes coautrice d'un ouvrage intitulé Enseigner en classe flexible et vous partagez et diffusez aussi vos pratiques largement via votre blog ou les réseaux sociaux.

Hélène Audard : Olivier Rothan, bonjour !

Olivier Rothan : Bonjour !

HA : Vous êtes directeur de l'école Notre-Dame à Strasbourg. Dans votre établissement, vous avez initié une réflexion collective sur la classe flexible, en proposant notamment des modules de formation aux enseignants qui le souhaitent.

OR : C'est ça. 

RF : Pour commencer, j'aimerais demander à Aurélia de définir en quelques phrases ce que recouvre le terme de « classe flexible », qui peut effectivement parfois véhiculer des représentations caricaturales comme du « mobilier dernier cri » ou encore être plutôt destiné à des classes à effectif restreint. C'est quoi, Aurélia, la classe flexible ?

AO : Alors, la classe flexible, c'est un fonctionnement qui prend en compte deux éléments principaux. Tout d'abord, l'« enseignement flexible », qui signifie que l'élève est plus acteur de ses apprentissages, et qui met en place une pédagogie différenciée assez poussée. Et, d'un autre côté, il y a la partie « aménagement flexible », c'est-à-dire tout ce qu'on voit quand on rentre dans la classe, avec l'organisation de l'espace en petites zones et la possibilité de mettre en place des assises flexibles. 

HA : Alors parlons pratique. Pourquoi, comment se met-on en démarche de s'orienter vers une pratique de classe flexible ? Qu'est-ce qui a motivé pour chacun de vous vos réflexions, votre transition vers cette démarche ? Peut-être Olivier ?

OR : Alors, au niveau de l'établissement, on se rend compte que depuis quelques années il y a un vrai mouvement autour des neurosciences, autour de la réflexion sur la question d’enseigner différemment, d'avoir une posture différente et donc, forcément, on se pose la question de l'aménagement de la classe, parce qu’effectivement c'est systémique. Comme le disait Aurélia tout à l'heure, à la fois il y a l'enseignement, mais il y a aussi l'espace de travail et, du coup, c'est important d'avoir cette réflexion, à la fois chez les enseignants, mais aussi dans un cycle et - pourquoi pas aussi ? - sur toute une école.

RF : Et vous, Aurélia, comment vous êtes-vous lancée à expérimenter la classe flexible ?

AO : Nous, c'était en équipe. Avec des collègues, on se rendait compte qu’on n’était plus vraiment bien dans nos classes parce qu'on avait vraiment l'impression de mettre des élèves de côté, de toujours travailler avec les élèves qui avaient des difficultés et de ne pas pouvoir mener plus loin les élèves qui étaient peut-être un peu plus avancés dans les apprentissages. Donc on a voulu changer la façon de faire classe pour mettre en place un fonctionnement qui travaille plus avec des groupes restreints et qui nous permette, du coup, d'amener chacun à son rythme plus loin dans ce qu'il peut faire à l'école. 

RF : Les auditeurs ont compris qu'il est possible à la fois que l'impulsion de telles pratiques émane du terrain, je veux dire du terrain enseignant, mais aussi du côté du leadership pédagogique de l'établissement.

HA : On entend aussi que c'est un travail qui va se faire progressivement. Aurélia, sans doute que ça ne s’est pas fait d'un seul coup ? Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu de la façon dont vous avez travaillé en équipe et mis les choses en place ?

AO : Eh bien, c'était au cours d'une année où, vers le mois de janvier-février, avec les collègues on s'est toutes retrouvées en salle des maîtres et on s'est rendu compte qu’on avait les mêmes envies, et donc on s'est mises à beaucoup lire, chacune de notre côté. On s'est vues, on a mis ensemble nos lectures et nos réflexions pour, ensuite, dès le mois de mars, commencer à tenter à mettre des choses en place. Et après, c'est au fil des années qu'on a aménagé la classe et qu'on a repensé tout ce qu'on voulait faire pour mettre les élèves en position de réussite et pour que chacun se sente bien en classe.

HA : Et qu'est-ce que ça change de le faire en équipe ?

AO : On va plus vite ! Seul on va vite, ensemble on va loin. Et c'est exactement ça qu'on a vécu avec mes collègues parce que si deux têtes valent mieux qu'une, nous on était cinq en l'occurrence, donc on partageait les idées et des idées que moi j'ai eues, par exemple, qui n'ont pas pu me servir avec les CP, ont servi à ma collègue qui avait plutôt des CE2, des élèves plus grands. Donc voilà, en échangeant, c'est toujours très riche. Donc c'est vraiment un conseil que je peux donner : essayer de le faire en équipe, comme dans l'école d’Olivier.

RF : Olivier, j'imagine que les éléments évoqués par Aurélia résonnent avec les projets que vous pouvez mener avec votre équipe ?

OR : Tout à fait. Alors nous on va dire qu'on est plutôt dans la phase du tout début d’Aurélia, parce qu’effectivement il y a des enseignants qui se posent des questions, qui sont confrontés à des difficultés dans des classes, à la nécessité de pouvoir répondre à des besoins des élèves. Et puis chaque enseignant a aussi sa propre sensibilité, sa propre approche et il est important, à un moment donné aussi, de mettre les choses en commun. Moi je dis toujours que dans les établissements, dans les écoles, on a des vraies pépites. Il y a vraiment des vraies ressources partout. Sauf qu'à un moment donné, il faut arriver à les mettre ensemble et je pense que c'est le rôle du directeur d'école, du chef d'établissement de mettre les gens ensemble et puis de soutenir les initiatives. Voilà. Comme Aurélia, elle a certainement été soutenue aussi par son directeur d'école ou sa directrice, l'inspecteur, et donc c'est important de se sentir soutenu et accompagné dans cette démarche-là, parce que ce n’est pas évident, ça demande du temps. Et donc ça il faut le reconnaître, et je pense que c'est le rôle du directeur d'école ou du chef de l’établissement de devoir porter comme ça ces projets innovants.

HA : Ça donne aussi un peu le droit à l'erreur et peut-être à certains aussi de ne pas s’y retrouver ou d’aller peut-être pas au même rythme que les autres.

OR : Tout à fait. Enfin, je veux dire, le droit à l'erreur c'est, on va dire, un élément fondamental dans l'école et que, si cette partie-là, on n'est pas capable de se l'appliquer à nous-mêmes, comment on arrivera à la transmettre au niveau des enfants ? Pour moi, c'est fondamental.

RF : Sur cette question justement, est-ce que ça veut dire, Aurélia, que, parmi les collègues avec qui vous avez pu partager vos pratiques, pour certains ou certaines ça ne correspondait pas à leur sensibilité pédagogique ou à leurs besoins ?

AO : Oui c'est ça. C'est-à-dire qu'on reste quand même chacun maître de notre liberté pédagogique et qu'on peut mettre en place dans nos classes ce qui nous paraît le plus judicieux par rapport à la classe qu'on a. Et comme Olivier disait, si les élèves sont tous différents, les enseignants sont tous différents aussi. Donc il faut accepter ces différences et les prendre en compte. Imposer un modèle n'a jamais été quelque chose de très viable parce qu'on est tous différents. Donc voilà, c'est vrai que moi j'ai des collègues dans l'école qui m'ont déjà dit que ce fonctionnement-là, ils sentaient que ce n’était pas fait pour eux et c'est quelque chose qu'on respecte. On n'est pas là pour imposer, mais juste pour essayer d'aider, répondre aux questions et s'entraider les uns les autres comme on le fait en classe flexible, en fait comme les élèves le font.

RF : À propos des élèves justement, on parle parfois d’élèves plus autonomes en classe flexible, plus engagés dans le travail de classe, avec de meilleures capacités d'attention. Je vous propose qu'on écoute à ce sujet Séverine Walker. Elle est enseignante en classe flexible. Elle est certifiée aux pratiques de l'éducation inclusive et elle nous parle des compétences transversales et des compétences, dites du XXIe siècle, développées par les élèves.

« J'ai l'impression que l'on reste encore trop souvent dans une école, si je puis dire, ordinaire, qui a tendance à valoriser uniquement les compétences scolaires, les savoirs encyclopédiques. Voilà, on met des notes dans un LSU [livret scolaire unique] ou même un code couleur, peu importe, alors qu'on pourrait peut-être s'autoriser à la repenser, cette école, pour essayer de tendre davantage vers une école plus, si je puis le dire à nouveau, flexible, on y revient toujours. Cette école, en fait, elle s'adapterait aux besoins de chaque élève et, plus largement, elle serait en adéquation avec la société actuelle. Je pense par exemple au développement des compétences psychosociales. Il est à peu près admis maintenant que la grande majorité des métiers qu’occuperont nos élèves actuels n'existent pas encore. D’où, justement, l'émergence de ce besoin de développer d'autres compétences. Je crois me souvenir de la collaboration, de la résolution de problèmes, de la pensée informatique, de la créativité ou encore de la communication par exemple. Et, justement, je pense que la classe flexible peut jouer un rôle dans ce sens, dans le développement de ces compétences du XXIe siècle en proposant une autre façon d'enseigner et, de par son organisation spécifique, une classe flexible peut être comparée à une microsociété au sein de laquelle chacun trouve sa place et son rôle à jouer pour permettre le bon fonctionnement de la classe. 

Que ce soit en termes de gestion de l’hétérogénéité, de différenciation, du coup, voire même de changement de posture pour les élèves ou pour l'enseignant, la classe flexible peut permettre de développer de manière plus naturelle - parce que ça vient naturellement, voilà, dans le déroulé des journées de classe -, toute une gamme de compétences transversales qui devient vraiment nécessaire et prépondérante. J'ai envie de penser à l'autonomie, mais cette fois-ci vraiment engagée de la part des enfants, la prise d'initiatives, l'entraide et j'en oublie encore certainement d'autres. »

RF : En écoutant les propos de Séverine Walker, on saisit qu'il s'agit en quelque sorte d'un écosystème de compétences qui sont, à un certain degré, préalables à la pratique de classe flexible, mais aussi renforcées, travaillées avec celle-ci, des compétences qui seraient à la fois un outil et un objet d'apprentissage. Est-ce que vous pourriez nous dire, à vos degrés respectifs et en commençant peut-être par Aurélia, les prérequis et les impacts que vous identifiez sur les compétences des élèves et sur la posture des enseignants ?

AO : Les élèves, depuis qu'ils travaillent en classe flexible, ont gagné en autonomie, mais après, comme le disait Séverine, ce sont des compétences du XXIe siècle qu'il faut leur enseigner. Ce n’est pas inné. Par exemple, l'autonomie, pour un enfant, ce n'est pas du tout naturel. Ce n'est même pas du tout naturel pour un petit être humain. C'est le seul être vivant, je pense, qui a besoin qu'on l'aide pour tout, pour apprendre à marcher, pour apprendre à manger et donc, l'autonomie en classe c'est pareil, ça s'apprend. Donc c'est quelque chose qu'on a mis en place au sein de notre équipe de manière progressive sur le cycle, et ainsi par le tableau de programmation, par les feuilles de route, les plans de travail, les élèves gagnent en autonomie et - c'est vraiment ce qui ressort le plus, en fait, à la fin de l'année -, ils arrivent à se gérer vraiment en grande partie seuls, et ça fait plaisir. 

HA : Et pour qu'ils arrivent à faire ça, il faut aussi que l'enseignant accepte de les lâcher un petit peu, surtout si ce sont des plus jeunes. 

AO : Pour moi, ça a été très difficile. Pour Séverine aussi parce qu'on est des personnes très organisées. On aime bien un peu contrôler, être sûr de ce qu'on met en place, donc le lâcher-prise fut une très, très grande étape dans notre processus de passage en classe flexible. Et c'est vrai que, du côté de l'enseignant, il y a un gros travail sur soi à mener pour accepter de faire confiance aux élèves et de leur laisser la liberté de choix dans leurs activités et dans leur travail scolaire. Pour qu'ils soient vraiment acteurs, en fait il faut que nous on lâche la bride avant. Et c'est vrai que ce n’est pas évident.

HA : Et Olivier, du côté des enseignants, qu'est-ce que vous repérez comme préalable, comme impact aussi de cette nouvelle organisation déjà, là, au stade où vous en êtes ?

OR : Là, directement par rapport aux enseignants, certains sont vraiment en réflexion et étaient déjà un peu dans cette démarche de classe flexible, sans vraiment aller complètement au bout, sans être complètement impliqués dedans, mais en même temps avec quelques bribes, avec quelques organisations qui ont été mises en place. Ce qui est intéressant dans la réflexion aussi, c'est de se rendre compte que c'est systémique. Et ça veut dire que tout se tient. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a une vraie logique de classe, une vraie logique pédagogique. Et tous les petits éléments, la moindre petite modification a forcément un impact. Et le fait de comprendre ça - on peut parler des affichages dans les classes, l'organisation de la classe, comment les enfants vont circuler dans la classe, la place des cartables -, enfin, tous ces petits éléments-là, on voit qu'ils influent sur l'organisation d'une classe. Et au niveau d'une école, on se rend compte que lorsqu'on arrive à avoir des lieux communs, ça veut dire qu'il y a des enseignants qui vont effectivement aller sur des classes flexibles mais, par exemple la question de l'autonomie, quelle que soit la structure ou l'organisation de la classe, c'est valable pour tout le monde. Eh bien ! lorsqu'on commence à avoir des lieux communs ça devient intéressant parce qu'il y a une vraie cohérence au niveau de tout un établissement qui est mis en œuvre et, là-dessus, on peut se rejoindre, là-dessus il y a des passerelles possibles entre un enseignant qui va aller sur tel type de pédagogie ou tel type d'organisation, mais en même temps c'est se mettre d'accord sur ces lieux communs.

RF : En vous écoutant tous les deux sur les postures des enseignants et des élèves, on ne peut que penser au jeu des postures régulées, étudiées par Dominique Bucheton, qui explique comment les postures des uns impactent et influencent les postures des autres. Et même si on a bien compris que vous êtes en début de processus, Olivier, c'est quelque part un facteur de changement de culture professionnelle au sein de votre établissement que vous nourrissez là ?

OR : Oui, forcément. Mais il faut forcément qu’il y ait le relais des enseignants. Ça veut dire que, à un moment donné, on peut initier, on peut être un peu pilote, mais moi, sans mes enseignants, je ne suis rien ou, en tout cas, on ne peut rien faire. Donc c'est vrai qu'il faut qu'il y ait un vrai relais, comme un enseignant avec les élèves. Sans ses élèves, il n’est rien. S’il n’y a pas une motivation, s'il n'y a pas une empathie, un désir, il pourra proposer ce qu'il veut, ça va être compliqué. Donc voilà, c'est vraiment - comment on dit ? -, c'est un écosystème, vraiment systémique, et tout le monde est important et tout le monde a sa place à prendre. 

HA : Alors on parle d'espace dans la classe flexible, on parle de pédagogie aussi, mais là, on va s'attacher à écouter Manon Mc Rae. Manon, elle est ergonome et elle va nous expliquer en quelques mots son métier. Il lui arrive d'accompagner des projets d'aménagement d'espaces pédagogiques ou de formation, et on lui a demandé comment ces espaces pouvaient favoriser ou au contraire, peut-être, entraver les apprentissages. 

« L'ergonome est là pour aider l'enseignant à atteindre ses objectifs pédagogiques et éducatifs. Le but, c'est de permettre que le fonctionnement de la classe soit fluide, faire en sorte que l'environnement n'entrave pas les objectifs qu'il définit. S’il souhaite un retour d'expérience ou changer un petit peu son fonctionnement de classe, on est là pour lui proposer des outils, lui poser des questions, mettre en lumière des enjeux pour la prise de conscience de l'impact de ses choix. Si on prend l'exemple d'un enseignant qui souhaiterait promouvoir l'apprentissage par l'autonomie et donc moduler sa classe en conséquence, on peut aborder des thématiques du type « comment libérer l'espace ». Donc une série d'observations, d'échanges nous permettrait d'identifier ce qui fonctionne déjà bien, ce qui va promouvoir l'apprentissage par l'autonomie, ce qui serait intéressant peut-être de supprimer, de déplacer pour repenser à la fois les postures, les déplacements des élèves et que ça soit en adéquation avec ses objectifs. »

RF : Est-ce que vous pourriez, chacun, présenter un espace particulier ou des interactions particulières entre différents espaces-temps d'apprentissage ? Aurélia, je pense notamment aux fameux centres d'autonomie.

AO : Oui, voilà. Donc, dans ma classe, l'espace est organisé en deux grandes parties. Il y a l'espace guidé, où je travaille avec les élèves sur des nouvelles notions, qui se trouve à l'avant de la classe, près du tableau. Et à l'arrière il y a donc les centres d'autonomie où les élèves travaillent vraiment en binômes, en suivant les différents supports de gestion du travail qui sont mis en place au fil de l'année. Donc il y a vraiment deux espaces distincts, un où je travaille avec eux en groupes plus ou moins restreints, entre huit et douze élèves, et un à l'arrière où ils travaillent par deux.

HA : Sur le site de Séverine Walker, il y a des exemples d’aménagements de sa classe au fil du temps et on voit l'évolution, on voit qu'il y a de moins en moins de tables, de chaises, qu’il y a plus d'assises flexibles, que ces centres d'autonomie se mettent en place effectivement. L'organisation de votre classe, elle évolue aussi comme ça, presque au jour le jour ?

AO : Oui, elle évolue en tout cas beaucoup au fil de l'année. Elle a beaucoup évolué depuis qu'on a commencé, car, quand on a commencé, on a fait vraiment avec le mobilier qu'on avait parce qu’on ne pouvait pas investir dans quelque chose dont on ne maîtrisait pas les aboutissements. On ne savait pas trop où on allait donc on n'a pas voulu investir. C'est au fil du temps - maintenant ça fait cinq ans -, que l’on a investi dans du mobilier adapté, dans des assises flexibles. Mais ça a demandé du temps et, au fil de l'année, effectivement, ça change en fonction des discussions qu'on mène avec les élèves parce que c'est leur espace, c’est eux qui doivent évoluer dedans. C’est donc important de faire des temps avec eux pour discuter de ça, pour aménager l'espace et ainsi il change au fil de l'année.

HA : Olivier, vous c’est la BCD [bibliothèque centre documentaire], c'est ça - je crois que vous lui donnez un autre nom, d'ailleurs, maintenant - sur laquelle vous avez travaillé particulièrement ?

OR : Elle s'appelle toujours la BCD parce que c'est un repère très stable au niveau de l'établissement. Mais effectivement la réflexion a beaucoup avancé aussi au niveau de cette BCD pour en faire en fait un tiers-lieu d'apprentissage et donc, effectivement, retrouver les différents éléments qu'on retrouve dans une classe flexible ou dans un espace de travail flexible, avec des aménagements qui sont dédiés. Pour les maternelles, cet espace va être un espace où on va travailler de façon collaborative, en petits groupes, en plus grands groupes, et un fablab où les enfants vont pouvoir expérimenter ou mener des projets en parallèle aux projets de classe.

RF : Quand on observe le fonctionnement des classes flexibles, on peut être frappé d'un côté par cet aspect ruche qui fait écho aux compétences du XXIe siècle mais aussi, et je sais que c'est une remarque que vous avez souvent de votre côté Aurélia, sur le fait que ce serait facile pour vous, puisqu’en fait, on voit bien que vous êtes en effectif restreint par exemple.

AO : Oui effectivement. Souvent on me dit : « Oh ben, t'es en CP. » Et puis quand on regarde la disposition de la classe, on me dit : « Oh ben, t’as un CP à douze, c'est facile. » Non, cette année je suis montée jusqu’à vingt-huit. Donc, en soi, avec toutes les assises flexibles prises en compte, je peux aller jusqu’à trente-deux élèves, ce qui ne veut pas dire que j'en veux trente-deux mais que je peux en accueillir trente-deux sur une assise correcte. Mais c'est vrai que c'est quelque chose à prendre en compte et, du coup, ça s’adapte à vraiment tous les milieux, je trouve, parce que moi, je suis dans un milieu un petit peu plus compliqué, anciennement REP. Et ça va très bien avec les élèves. Ça crée entre eux beaucoup de connivence, de confiance. Ils s'entraident. Beaucoup de tutorat est mis en place et ça permet beaucoup d'échanges entre les enfants. Donc, le côté ruche, on le ressent vraiment, surtout à l'arrière de la classe quand ils doivent travailler en autonomie.

RF : Quels seraient les deux conseils que vous donneriez à une enseignante, à un enseignant, qui aurait envie de se lancer en classe flexible ?

OR : Alors moi, je dirais, en premier sortir de votre classe. Allez voir ce qui se fait ailleurs, allez rencontrer, discuter, échanger. Et, en second, allez à l'essentiel. Ne vous perdez pas. Allez à l'essentiel. Et c'est ce qui est le plus difficile.

RF : Aurélia, et de votre côté, un conseil ?

AO : Je dirais pareil. Après, si je devais en ajouter un, je dirais, d’oser, en fait, d’oser passer le pas. Parce que c'est vrai que, pour un enseignant, c'est un peu sortir de sa zone de confort, et ce n’est pas évident. Donc il faut vraiment oser. Et puis le travail d'équipe, qui est quand même essentiel, et toujours penser pédagogie avant aménagement. L'aménagement doit venir soutenir ce qu'on veut faire donc il faut vraiment être au clair sur ce qu'on veut mettre en place avec nos élèves, ce dont ils ont besoin, ce dont on a envie. Donc vraiment penser pédagogie. Et puis oser sauter le pas.

HA : Pour finir cette émission, on va vous demander une référence, une inspiration que vous auriez envie de partager.

OR : Ces derniers temps, j'ai lu un livre qui m'a beaucoup inspiré. C’est Les Vertus de l'échec de Charles Pépin. Il y a une citation que j'ai beaucoup aimée et que je vous propose de partager :

« Nos échecs sont des butins et parfois même de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir et les partager pour en estimer le prix. »

HA : Parfait ! Merci. Aurélia ?

AO : Je pense qu'avec les collègues avec qui j'ai démarré toute cette aventure, ce serait Debbie Diller. C'est la personne qui a écrit les livres qui parlent des centres d'autonomie et de l'aménagement de la classe, Outre-Atlantique. On a dévoré tous ses livres et ils sont vraiment très riches tant en théorie qu'en pratique. Et donc je pense que pour un enseignant qui veut débuter, c'est vraiment un bon support, très concret, pour avoir des idées de ce qui peut être mis en place, et ça a été vraiment notre inspiration de départ.

RF : Donc du concret avec Debbie Diller, de la philosophie avec Charles Pépin, voilà de quoi être vraiment, vraiment flexible. Au terme de cette émission, ce qu'on pourrait retenir, c'est oser, lâcher prise, changer de posture, sortir de sa classe. Un grand merci, Aurélia et Olivier, d'avoir partagé vos pratiques autour de la classe flexible.

AO : Merci à vous !

OR : Merci Régis ! Merci Hélène !

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Quand vous entendez « classe flexible », vous imaginez peut-être une salle pimpante, du mobilier flambant neuf, des poufs colorés, des chaises à roulettes. Ça peut faire rêver, mais est-ce accessible ? Cette pratique pédagogique est entrée dans le champ de l'éducation en France il y a quelques années et elle véhicule pas mal de représentations, de conceptions toutes faites que nous essaierons de clarifier, voire de démystifier. L'idée n'est pas de l'ériger en modèle, mais simplement que chacun puisse s'en saisir ou pas, en toute connaissance de cause.

Alors qu'entend-on par classe flexible ? Quelles pratiques pédagogiques sont mises en œuvre par l'enseignant et quelles compétences sont développées par les élèves ? Et si vous deviez être convaincu de son intérêt, comment initier une classe flexible dans votre classe ou à l'échelle d'un établissement ?

C'est à toutes ces questions, et bien d'autres, que nous allons tenter de répondre directement avec deux invités, une enseignante et un chef d'établissement, mais aussi avec des interventions audio autour de l'ergonomie et des compétences du XXIe siècle. 

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Aurélia Onyszko : Bonjour !

RF : Vous êtes professeure des écoles et vous travaillez en classe flexible depuis plusieurs années maintenant. Vous êtes coautrice d'un ouvrage intitulé Enseigner en classe flexible et vous partagez et diffusez aussi vos pratiques largement via votre blog ou les réseaux sociaux.

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HA : Vous êtes directeur de l'école Notre-Dame à Strasbourg. Dans votre établissement, vous avez initié une réflexion collective sur la classe flexible, en proposant notamment des modules de formation aux enseignants qui le souhaitent.

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AO : Alors, la classe flexible, c'est un fonctionnement qui prend en compte deux éléments principaux. Tout d'abord, l'« enseignement flexible », qui signifie que l'élève est plus acteur de ses apprentissages, et qui met en place une pédagogie différenciée assez poussée. Et, d'un autre côté, il y a la partie « aménagement flexible », c'est-à-dire tout ce qu'on voit quand on rentre dans la classe, avec l'organisation de l'espace en petites zones et la possibilité de mettre en place des assises flexibles. 

HA : Alors parlons pratique. Pourquoi, comment se met-on en démarche de s'orienter vers une pratique de classe flexible ? Qu'est-ce qui a motivé pour chacun de vous vos réflexions, votre transition vers cette démarche ? Peut-être Olivier ?

OR : Alors, au niveau de l'établissement, on se rend compte que depuis quelques années il y a un vrai mouvement autour des neurosciences, autour de la réflexion sur la question d’enseigner différemment, d'avoir une posture différente et donc, forcément, on se pose la question de l'aménagement de la classe, parce qu’effectivement c'est systémique. Comme le disait Aurélia tout à l'heure, à la fois il y a l'enseignement, mais il y a aussi l'espace de travail et, du coup, c'est important d'avoir cette réflexion, à la fois chez les enseignants, mais aussi dans un cycle et - pourquoi pas aussi ? - sur toute une école.

RF : Et vous, Aurélia, comment vous êtes-vous lancée à expérimenter la classe flexible ?

AO : Nous, c'était en équipe. Avec des collègues, on se rendait compte qu’on n’était plus vraiment bien dans nos classes parce qu'on avait vraiment l'impression de mettre des élèves de côté, de toujours travailler avec les élèves qui avaient des difficultés et de ne pas pouvoir mener plus loin les élèves qui étaient peut-être un peu plus avancés dans les apprentissages. Donc on a voulu changer la façon de faire classe pour mettre en place un fonctionnement qui travaille plus avec des groupes restreints et qui nous permette, du coup, d'amener chacun à son rythme plus loin dans ce qu'il peut faire à l'école. 

RF : Les auditeurs ont compris qu'il est possible à la fois que l'impulsion de telles pratiques émane du terrain, je veux dire du terrain enseignant, mais aussi du côté du leadership pédagogique de l'établissement.

HA : On entend aussi que c'est un travail qui va se faire progressivement. Aurélia, sans doute que ça ne s’est pas fait d'un seul coup ? Est-ce que vous pouvez nous parler un petit peu de la façon dont vous avez travaillé en équipe et mis les choses en place ?

AO : Eh bien, c'était au cours d'une année où, vers le mois de janvier-février, avec les collègues on s'est toutes retrouvées en salle des maîtres et on s'est rendu compte qu’on avait les mêmes envies, et donc on s'est mises à beaucoup lire, chacune de notre côté. On s'est vues, on a mis ensemble nos lectures et nos réflexions pour, ensuite, dès le mois de mars, commencer à tenter à mettre des choses en place. Et après, c'est au fil des années qu'on a aménagé la classe et qu'on a repensé tout ce qu'on voulait faire pour mettre les élèves en position de réussite et pour que chacun se sente bien en classe.

HA : Et qu'est-ce que ça change de le faire en équipe ?

AO : On va plus vite ! Seul on va vite, ensemble on va loin. Et c'est exactement ça qu'on a vécu avec mes collègues parce que si deux têtes valent mieux qu'une, nous on était cinq en l'occurrence, donc on partageait les idées et des idées que moi j'ai eues, par exemple, qui n'ont pas pu me servir avec les CP, ont servi à ma collègue qui avait plutôt des CE2, des élèves plus grands. Donc voilà, en échangeant, c'est toujours très riche. Donc c'est vraiment un conseil que je peux donner : essayer de le faire en équipe, comme dans l'école d’Olivier.

RF : Olivier, j'imagine que les éléments évoqués par Aurélia résonnent avec les projets que vous pouvez mener avec votre équipe ?

OR : Tout à fait. Alors nous on va dire qu'on est plutôt dans la phase du tout début d’Aurélia, parce qu’effectivement il y a des enseignants qui se posent des questions, qui sont confrontés à des difficultés dans des classes, à la nécessité de pouvoir répondre à des besoins des élèves. Et puis chaque enseignant a aussi sa propre sensibilité, sa propre approche et il est important, à un moment donné aussi, de mettre les choses en commun. Moi je dis toujours que dans les établissements, dans les écoles, on a des vraies pépites. Il y a vraiment des vraies ressources partout. Sauf qu'à un moment donné, il faut arriver à les mettre ensemble et je pense que c'est le rôle du directeur d'école, du chef d'établissement de mettre les gens ensemble et puis de soutenir les initiatives. Voilà. Comme Aurélia, elle a certainement été soutenue aussi par son directeur d'école ou sa directrice, l'inspecteur, et donc c'est important de se sentir soutenu et accompagné dans cette démarche-là, parce que ce n’est pas évident, ça demande du temps. Et donc ça il faut le reconnaître, et je pense que c'est le rôle du directeur d'école ou du chef de l’établissement de devoir porter comme ça ces projets innovants.

HA : Ça donne aussi un peu le droit à l'erreur et peut-être à certains aussi de ne pas s’y retrouver ou d’aller peut-être pas au même rythme que les autres.

OR : Tout à fait. Enfin, je veux dire, le droit à l'erreur c'est, on va dire, un élément fondamental dans l'école et que, si cette partie-là, on n'est pas capable de se l'appliquer à nous-mêmes, comment on arrivera à la transmettre au niveau des enfants ? Pour moi, c'est fondamental.

RF : Sur cette question justement, est-ce que ça veut dire, Aurélia, que, parmi les collègues avec qui vous avez pu partager vos pratiques, pour certains ou certaines ça ne correspondait pas à leur sensibilité pédagogique ou à leurs besoins ?

AO : Oui c'est ça. C'est-à-dire qu'on reste quand même chacun maître de notre liberté pédagogique et qu'on peut mettre en place dans nos classes ce qui nous paraît le plus judicieux par rapport à la classe qu'on a. Et comme Olivier disait, si les élèves sont tous différents, les enseignants sont tous différents aussi. Donc il faut accepter ces différences et les prendre en compte. Imposer un modèle n'a jamais été quelque chose de très viable parce qu'on est tous différents. Donc voilà, c'est vrai que moi j'ai des collègues dans l'école qui m'ont déjà dit que ce fonctionnement-là, ils sentaient que ce n’était pas fait pour eux et c'est quelque chose qu'on respecte. On n'est pas là pour imposer, mais juste pour essayer d'aider, répondre aux questions et s'entraider les uns les autres comme on le fait en classe flexible, en fait comme les élèves le font.

RF : À propos des élèves justement, on parle parfois d’élèves plus autonomes en classe flexible, plus engagés dans le travail de classe, avec de meilleures capacités d'attention. Je vous propose qu'on écoute à ce sujet Séverine Walker. Elle est enseignante en classe flexible. Elle est certifiée aux pratiques de l'éducation inclusive et elle nous parle des compétences transversales et des compétences, dites du XXIe siècle, développées par les élèves.

« J'ai l'impression que l'on reste encore trop souvent dans une école, si je puis dire, ordinaire, qui a tendance à valoriser uniquement les compétences scolaires, les savoirs encyclopédiques. Voilà, on met des notes dans un LSU [livret scolaire unique] ou même un code couleur, peu importe, alors qu'on pourrait peut-être s'autoriser à la repenser, cette école, pour essayer de tendre davantage vers une école plus, si je puis le dire à nouveau, flexible, on y revient toujours. Cette école, en fait, elle s'adapterait aux besoins de chaque élève et, plus largement, elle serait en adéquation avec la société actuelle. Je pense par exemple au développement des compétences psychosociales. Il est à peu près admis maintenant que la grande majorité des métiers qu’occuperont nos élèves actuels n'existent pas encore. D’où, justement, l'émergence de ce besoin de développer d'autres compétences. Je crois me souvenir de la collaboration, de la résolution de problèmes, de la pensée informatique, de la créativité ou encore de la communication par exemple. Et, justement, je pense que la classe flexible peut jouer un rôle dans ce sens, dans le développement de ces compétences du XXIe siècle en proposant une autre façon d'enseigner et, de par son organisation spécifique, une classe flexible peut être comparée à une microsociété au sein de laquelle chacun trouve sa place et son rôle à jouer pour permettre le bon fonctionnement de la classe. 

Que ce soit en termes de gestion de l’hétérogénéité, de différenciation, du coup, voire même de changement de posture pour les élèves ou pour l'enseignant, la classe flexible peut permettre de développer de manière plus naturelle - parce que ça vient naturellement, voilà, dans le déroulé des journées de classe -, toute une gamme de compétences transversales qui devient vraiment nécessaire et prépondérante. J'ai envie de penser à l'autonomie, mais cette fois-ci vraiment engagée de la part des enfants, la prise d'initiatives, l'entraide et j'en oublie encore certainement d'autres. »

RF : En écoutant les propos de Séverine Walker, on saisit qu'il s'agit en quelque sorte d'un écosystème de compétences qui sont, à un certain degré, préalables à la pratique de classe flexible, mais aussi renforcées, travaillées avec celle-ci, des compétences qui seraient à la fois un outil et un objet d'apprentissage. Est-ce que vous pourriez nous dire, à vos degrés respectifs et en commençant peut-être par Aurélia, les prérequis et les impacts que vous identifiez sur les compétences des élèves et sur la posture des enseignants ?

AO : Les élèves, depuis qu'ils travaillent en classe flexible, ont gagné en autonomie, mais après, comme le disait Séverine, ce sont des compétences du XXIe siècle qu'il faut leur enseigner. Ce n’est pas inné. Par exemple, l'autonomie, pour un enfant, ce n'est pas du tout naturel. Ce n'est même pas du tout naturel pour un petit être humain. C'est le seul être vivant, je pense, qui a besoin qu'on l'aide pour tout, pour apprendre à marcher, pour apprendre à manger et donc, l'autonomie en classe c'est pareil, ça s'apprend. Donc c'est quelque chose qu'on a mis en place au sein de notre équipe de manière progressive sur le cycle, et ainsi par le tableau de programmation, par les feuilles de route, les plans de travail, les élèves gagnent en autonomie et - c'est vraiment ce qui ressort le plus, en fait, à la fin de l'année -, ils arrivent à se gérer vraiment en grande partie seuls, et ça fait plaisir. 

HA : Et pour qu'ils arrivent à faire ça, il faut aussi que l'enseignant accepte de les lâcher un petit peu, surtout si ce sont des plus jeunes. 

AO : Pour moi, ça a été très difficile. Pour Séverine aussi parce qu'on est des personnes très organisées. On aime bien un peu contrôler, être sûr de ce qu'on met en place, donc le lâcher-prise fut une très, très grande étape dans notre processus de passage en classe flexible. Et c'est vrai que, du côté de l'enseignant, il y a un gros travail sur soi à mener pour accepter de faire confiance aux élèves et de leur laisser la liberté de choix dans leurs activités et dans leur travail scolaire. Pour qu'ils soient vraiment acteurs, en fait il faut que nous on lâche la bride avant. Et c'est vrai que ce n’est pas évident.

HA : Et Olivier, du côté des enseignants, qu'est-ce que vous repérez comme préalable, comme impact aussi de cette nouvelle organisation déjà, là, au stade où vous en êtes ?

OR : Là, directement par rapport aux enseignants, certains sont vraiment en réflexion et étaient déjà un peu dans cette démarche de classe flexible, sans vraiment aller complètement au bout, sans être complètement impliqués dedans, mais en même temps avec quelques bribes, avec quelques organisations qui ont été mises en place. Ce qui est intéressant dans la réflexion aussi, c'est de se rendre compte que c'est systémique. Et ça veut dire que tout se tient. C'est-à-dire qu'à un moment donné, il y a une vraie logique de classe, une vraie logique pédagogique. Et tous les petits éléments, la moindre petite modification a forcément un impact. Et le fait de comprendre ça - on peut parler des affichages dans les classes, l'organisation de la classe, comment les enfants vont circuler dans la classe, la place des cartables -, enfin, tous ces petits éléments-là, on voit qu'ils influent sur l'organisation d'une classe. Et au niveau d'une école, on se rend compte que lorsqu'on arrive à avoir des lieux communs, ça veut dire qu'il y a des enseignants qui vont effectivement aller sur des classes flexibles mais, par exemple la question de l'autonomie, quelle que soit la structure ou l'organisation de la classe, c'est valable pour tout le monde. Eh bien ! lorsqu'on commence à avoir des lieux communs ça devient intéressant parce qu'il y a une vraie cohérence au niveau de tout un établissement qui est mis en œuvre et, là-dessus, on peut se rejoindre, là-dessus il y a des passerelles possibles entre un enseignant qui va aller sur tel type de pédagogie ou tel type d'organisation, mais en même temps c'est se mettre d'accord sur ces lieux communs.

RF : En vous écoutant tous les deux sur les postures des enseignants et des élèves, on ne peut que penser au jeu des postures régulées, étudiées par Dominique Bucheton, qui explique comment les postures des uns impactent et influencent les postures des autres. Et même si on a bien compris que vous êtes en début de processus, Olivier, c'est quelque part un facteur de changement de culture professionnelle au sein de votre établissement que vous nourrissez là ?

OR : Oui, forcément. Mais il faut forcément qu’il y ait le relais des enseignants. Ça veut dire que, à un moment donné, on peut initier, on peut être un peu pilote, mais moi, sans mes enseignants, je ne suis rien ou, en tout cas, on ne peut rien faire. Donc c'est vrai qu'il faut qu'il y ait un vrai relais, comme un enseignant avec les élèves. Sans ses élèves, il n’est rien. S’il n’y a pas une motivation, s'il n'y a pas une empathie, un désir, il pourra proposer ce qu'il veut, ça va être compliqué. Donc voilà, c'est vraiment - comment on dit ? -, c'est un écosystème, vraiment systémique, et tout le monde est important et tout le monde a sa place à prendre. 

HA : Alors on parle d'espace dans la classe flexible, on parle de pédagogie aussi, mais là, on va s'attacher à écouter Manon Mc Rae. Manon, elle est ergonome et elle va nous expliquer en quelques mots son métier. Il lui arrive d'accompagner des projets d'aménagement d'espaces pédagogiques ou de formation, et on lui a demandé comment ces espaces pouvaient favoriser ou au contraire, peut-être, entraver les apprentissages. 

« L'ergonome est là pour aider l'enseignant à atteindre ses objectifs pédagogiques et éducatifs. Le but, c'est de permettre que le fonctionnement de la classe soit fluide, faire en sorte que l'environnement n'entrave pas les objectifs qu'il définit. S’il souhaite un retour d'expérience ou changer un petit peu son fonctionnement de classe, on est là pour lui proposer des outils, lui poser des questions, mettre en lumière des enjeux pour la prise de conscience de l'impact de ses choix. Si on prend l'exemple d'un enseignant qui souhaiterait promouvoir l'apprentissage par l'autonomie et donc moduler sa classe en conséquence, on peut aborder des thématiques du type « comment libérer l'espace ». Donc une série d'observations, d'échanges nous permettrait d'identifier ce qui fonctionne déjà bien, ce qui va promouvoir l'apprentissage par l'autonomie, ce qui serait intéressant peut-être de supprimer, de déplacer pour repenser à la fois les postures, les déplacements des élèves et que ça soit en adéquation avec ses objectifs. »

RF : Est-ce que vous pourriez, chacun, présenter un espace particulier ou des interactions particulières entre différents espaces-temps d'apprentissage ? Aurélia, je pense notamment aux fameux centres d'autonomie.

AO : Oui, voilà. Donc, dans ma classe, l'espace est organisé en deux grandes parties. Il y a l'espace guidé, où je travaille avec les élèves sur des nouvelles notions, qui se trouve à l'avant de la classe, près du tableau. Et à l'arrière il y a donc les centres d'autonomie où les élèves travaillent vraiment en binômes, en suivant les différents supports de gestion du travail qui sont mis en place au fil de l'année. Donc il y a vraiment deux espaces distincts, un où je travaille avec eux en groupes plus ou moins restreints, entre huit et douze élèves, et un à l'arrière où ils travaillent par deux.

HA : Sur le site de Séverine Walker, il y a des exemples d’aménagements de sa classe au fil du temps et on voit l'évolution, on voit qu'il y a de moins en moins de tables, de chaises, qu’il y a plus d'assises flexibles, que ces centres d'autonomie se mettent en place effectivement. L'organisation de votre classe, elle évolue aussi comme ça, presque au jour le jour ?

AO : Oui, elle évolue en tout cas beaucoup au fil de l'année. Elle a beaucoup évolué depuis qu'on a commencé, car, quand on a commencé, on a fait vraiment avec le mobilier qu'on avait parce qu’on ne pouvait pas investir dans quelque chose dont on ne maîtrisait pas les aboutissements. On ne savait pas trop où on allait donc on n'a pas voulu investir. C'est au fil du temps - maintenant ça fait cinq ans -, que l’on a investi dans du mobilier adapté, dans des assises flexibles. Mais ça a demandé du temps et, au fil de l'année, effectivement, ça change en fonction des discussions qu'on mène avec les élèves parce que c'est leur espace, c’est eux qui doivent évoluer dedans. C’est donc important de faire des temps avec eux pour discuter de ça, pour aménager l'espace et ainsi il change au fil de l'année.

HA : Olivier, vous c’est la BCD [bibliothèque centre documentaire], c'est ça - je crois que vous lui donnez un autre nom, d'ailleurs, maintenant - sur laquelle vous avez travaillé particulièrement ?

OR : Elle s'appelle toujours la BCD parce que c'est un repère très stable au niveau de l'établissement. Mais effectivement la réflexion a beaucoup avancé aussi au niveau de cette BCD pour en faire en fait un tiers-lieu d'apprentissage et donc, effectivement, retrouver les différents éléments qu'on retrouve dans une classe flexible ou dans un espace de travail flexible, avec des aménagements qui sont dédiés. Pour les maternelles, cet espace va être un espace où on va travailler de façon collaborative, en petits groupes, en plus grands groupes, et un fablab où les enfants vont pouvoir expérimenter ou mener des projets en parallèle aux projets de classe.

RF : Quand on observe le fonctionnement des classes flexibles, on peut être frappé d'un côté par cet aspect ruche qui fait écho aux compétences du XXIe siècle mais aussi, et je sais que c'est une remarque que vous avez souvent de votre côté Aurélia, sur le fait que ce serait facile pour vous, puisqu’en fait, on voit bien que vous êtes en effectif restreint par exemple.

AO : Oui effectivement. Souvent on me dit : « Oh ben, t'es en CP. » Et puis quand on regarde la disposition de la classe, on me dit : « Oh ben, t’as un CP à douze, c'est facile. » Non, cette année je suis montée jusqu’à vingt-huit. Donc, en soi, avec toutes les assises flexibles prises en compte, je peux aller jusqu’à trente-deux élèves, ce qui ne veut pas dire que j'en veux trente-deux mais que je peux en accueillir trente-deux sur une assise correcte. Mais c'est vrai que c'est quelque chose à prendre en compte et, du coup, ça s’adapte à vraiment tous les milieux, je trouve, parce que moi, je suis dans un milieu un petit peu plus compliqué, anciennement REP. Et ça va très bien avec les élèves. Ça crée entre eux beaucoup de connivence, de confiance. Ils s'entraident. Beaucoup de tutorat est mis en place et ça permet beaucoup d'échanges entre les enfants. Donc, le côté ruche, on le ressent vraiment, surtout à l'arrière de la classe quand ils doivent travailler en autonomie.

RF : Quels seraient les deux conseils que vous donneriez à une enseignante, à un enseignant, qui aurait envie de se lancer en classe flexible ?

OR : Alors moi, je dirais, en premier sortir de votre classe. Allez voir ce qui se fait ailleurs, allez rencontrer, discuter, échanger. Et, en second, allez à l'essentiel. Ne vous perdez pas. Allez à l'essentiel. Et c'est ce qui est le plus difficile.

RF : Aurélia, et de votre côté, un conseil ?

AO : Je dirais pareil. Après, si je devais en ajouter un, je dirais, d’oser, en fait, d’oser passer le pas. Parce que c'est vrai que, pour un enseignant, c'est un peu sortir de sa zone de confort, et ce n’est pas évident. Donc il faut vraiment oser. Et puis le travail d'équipe, qui est quand même essentiel, et toujours penser pédagogie avant aménagement. L'aménagement doit venir soutenir ce qu'on veut faire donc il faut vraiment être au clair sur ce qu'on veut mettre en place avec nos élèves, ce dont ils ont besoin, ce dont on a envie. Donc vraiment penser pédagogie. Et puis oser sauter le pas.

HA : Pour finir cette émission, on va vous demander une référence, une inspiration que vous auriez envie de partager.

OR : Ces derniers temps, j'ai lu un livre qui m'a beaucoup inspiré. C’est Les Vertus de l'échec de Charles Pépin. Il y a une citation que j'ai beaucoup aimée et que je vous propose de partager :

« Nos échecs sont des butins et parfois même de véritables trésors. Il faut prendre le risque de vivre pour les découvrir et les partager pour en estimer le prix. »

HA : Parfait ! Merci. Aurélia ?

AO : Je pense qu'avec les collègues avec qui j'ai démarré toute cette aventure, ce serait Debbie Diller. C'est la personne qui a écrit les livres qui parlent des centres d'autonomie et de l'aménagement de la classe, Outre-Atlantique. On a dévoré tous ses livres et ils sont vraiment très riches tant en théorie qu'en pratique. Et donc je pense que pour un enseignant qui veut débuter, c'est vraiment un bon support, très concret, pour avoir des idées de ce qui peut être mis en place, et ça a été vraiment notre inspiration de départ.

RF : Donc du concret avec Debbie Diller, de la philosophie avec Charles Pépin, voilà de quoi être vraiment, vraiment flexible. Au terme de cette émission, ce qu'on pourrait retenir, c'est oser, lâcher prise, changer de posture, sortir de sa classe. Un grand merci, Aurélia et Olivier, d'avoir partagé vos pratiques autour de la classe flexible.

AO : Merci à vous !

OR : Merci Régis ! Merci Hélène !

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