Les Énergies scolaires : penser l'inclusion, c'est penser au sphinx !

Extra classe

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Les Énergies scolaires : penser l'inclusion, c'est penser au sphinx !

« On n’aura plus besoin de parler d’école inclusive quand elle le sera… » 

Au contact d’élèves à besoins particuliers, Sandrine Boissel a toujours été animée par une dynamique de transformation et d’accompagnement qui vise à rendre accessible tous les apprentissages. Depuis de nombreuses années elle détourne, invente, hybride et teste une multitude d’outils et de dispositifs afin d'anticiper les besoins et d'assurer la continuité des parcours de ses élèves jusqu'à l'insertion professionnelle. Pour Extra classe, elle fait le point sur sa conception universelle de l’apprentissage et nous raconte comment, en faisant équipe et au moyen d'un mantra bien à elle, on peut faire bouger les choses.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

Chaque mercredi, découvrez un nouvel épisode d'Extra classe sur votre plateforme de podcasts préférée. Suivez-nous, écoutez et partagez… 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Silvère Chéret 

Réalisée par : Silvère Chéret 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021 

Transcription : 

Je suis Sandrine Boissel, directrice de l'Atelier Canopé de l'Isère depuis le 1er avril 2018 : c'était pas un poisson ! Avant d'être directrice de l’Atelier, j'ai surtout été enseignante spécialisée et maître formateur. J'ai eu la chance de travailler auprès d'enfants, de la toute petite section de maternelle jusqu'au lycée, pour des jeunes que j'accompagnais dans la préparation des épreuves du baccalauréat. 

Ce qui m'anime, c'est l'école inclusive et la prise en compte de la différence puisqu'on est tous différents finalement. Je suis convaincue qu'en agissant à toute petite échelle, on peut peut-être changer le monde par toutes petites touches, un petit peu comme une goutte d'encre qu'on laisserait tomber sur de l’essuie-tout. 

À un moment quelconque de sa vie, on peut devenir un individu à besoins particuliers. Ça peut tous nous arriver, et l'idée de la conception universelle des apprentissages, c'est de faire en sorte que ce que l'on propose soit accessible au plus grand nombre. 

Ça demande de se pencher sur les travaux de recherche autour des sciences cognitives et aussi de la prise en charge des émotions, du bien-être, du temps, des espaces. Quand on se pose toutes ces questions-là, on se pose la question de qui sont les enfants, les adolescents, les jeunes adultes qu'on a en face de soi. On va concevoir quelque chose qui sera accessible au plus grand nombre de ces individus et, ensuite, on a parfois besoin de rajouter quelques petites adaptations à la marge. En les détournant un petit peu de leur mission première, on se rend compte qu’on arrive à en faire quelque chose d'utile pour tout le monde. 

Tout est parti d'une toute petite anecdote, je la raconte parce qu'elle est importante. Au début de ma carrière d'enseignante spécialisée, j'ai eu la chance d'accompagner des jeunes, tout-petits et très grands. Il y avait un tout-petit de toute petite section de maternelle avec qui je faisais du pré-braille pour pouvoir apprendre progressivement à reconnaître son prénom, comme ses camarades. Ce petit garçon me dit : « Mais, Sandrine, à quoi ça sert que tu t'acharnes à m’apprendre le braille ? De toute façon, je vais mourir. » Donc je lui ai demandé : « Effectivement, tu vas mourir comme tout le monde mais tu as encore toute la vie devant toi. Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? » Et il me répond : « Mais tu en vois des adultes comme moi ? » Quand je suis arrivée comme coordo de l’Ulis-collège [unité localisée pour l’inclusion scolaire] de l'académie de Grenoble, j'ai repensé à ce petit garçon parce que, finalement, mes élèves, mes grands ados, avaient du mal à se projeter dans leur vie d'adulte. Aussi bien d’un point de vue familial, social que professionnel, parce que les adultes qu'ils avaient autour d'eux ne leur ressemblaient pas. Ils se sentaient moins légitimes pour pouvoir chercher un stage par exemple. Je suis partie du postulat que, pour les accompagner et leur permettre de se projeter dans l'avenir comme leurs camarades, j'allais leur faire rencontrer les adultes en emploi qui portaient les mêmes troubles ou failles qu’eux. 

Au départ, on est parti d'un ouvrage, Témoignages de travailleurs aveugles de Chazal. On a lu cet ouvrage avec des témoignages très variés, des fonctions professionnelles qui dépassaient largement les stéréotypes. C'était mon but. Je leur ai dit : « Écoutez, maintenant, on va leur écrire. » Ces jeunes m'ont dit : « Mais Sandrine, tu es bien gentille mais on ne nous répondra jamais. » Les 10 premiers courriers ont obtenu des réponses positives et on est allé bien au-delà de cela puisque, au fur et à mesure des rencontres, chaque adulte me disait : « Mais vous devriez contacter un tel parce que, si je me souviens bien, il a pris cette voie professionnelle, etc. » Et, finalement, de 10 adultes on est passé à 45 adultes en emploi, dans des professions très différentes : avocat, assistante sociale, monitrice d'équitation, garagiste, etc. Toutes sortes de professions qui dépassaient largement les stéréotypes et qui ont permis aux élèves plusieurs choses. D'abord d’apprendre à parler d'eux-mêmes puisque, en entendant parler des adultes, ils ont appris à parler d'eux-mêmes progressivement. De se projeter aussi bien dans leurs études que dans leur vie professionnelle puisqu'on a eu aussi la chance d'échanger avec des étudiants qui étaient en alternance.  

Les élèves ont surtout pu puiser là-dedans des ressources importantes qui étaient des arguments. Lorsqu'il allait chercher un stage, l'élève était en mesure de dire : « Je sais que c'est possible parce que Monsieur Tartempion il exerce cette profession et son poste a été adapté avec ça, ça, ça et ça. » 

Parallèlement, on a eu aussi la chance de travailler avec un chercheur de l'université d’Orléans qui menait une étude sur l'emploi de ces jeunes en situation de handicap. Puis de travailler également avec un coach en entreprise qui les a accompagnés dans la recherche de stage. En particulier, notre travail a vraiment été d'accompagner ces élèves à transformer leurs failles en termes de besoins. Parce que si je parle de mon trouble en termes de besoins, j'apporte la solution en même temps que ce dont j'ai besoin. Un élève, qui avait un trouble dys en plus de sa déficience visuelle, a été en mesure d'expliciter que, pour être efficace, il avait besoin de pouvoir brancher son matériel numérique, lancer ce qui était « embarqué » dans l'ordinateur. Une fois que tout cela a été mis en place, il était capable, avec une petite procédure qui tient compte des travaux de l'attention, de corriger les fautes d'orthographe de façon très précise. Il expliquait que, si ses besoins étaient pris en charge, il devenait aussi efficace, même presque un « détecteur » à fautes d'orthographe pour les autres. Du coup, ça pouvait devenir un atout pour l'entreprise. 

Cette question de faire en sorte que notre monde soit accessible le plus possible à tous, parce que c'était parfois le monde qui n'était pas accessible et pas le handicap qui en était un, m’a occupée très longtemps. On n'aura plus besoin de parler d'école inclusive quand elle le sera. 

J'ai toujours eu un peu tendance à monter des projets pour essayer de changer les choses. La toute première année où j’étais en Clis [classe pour l’inclusion scolaire], on a décidé de monter un très grand spectacle sur toute l'année. C'était vraiment LE projet de l'année. J'avais annoncé aux collègues que j'allais faire le char sur lequel arriverait le pharaon à la fin. Ce char était un sphinx que j'ai réalisé avec les élèves du CP au CM2 et j'ai annoncé à tout le monde qu’il ferait 2 mètres par 2 mètres par 2 mètres. Un petit peu comme pour le livre, on m'a dit : « Mais Sandrine, là ça va pas le faire ! » Finalement, ce sphinx a bien vu le jour. La directrice, avec qui j'ai gardé des contacts, m'a dit quand j'ai quitté l'école : « Si un jour tu as des doutes sur quelque chose, sur un projet, si tu penses que tu n'y arriveras pas, pense “sphinx”. » Donc quand on me dit que l'école inclusive n’est pas possible, que la conception universelle des apprentissages est compliquée, je pense « sphinx » et j'arrive à persuader et à entraîner les gens. 

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« On n’aura plus besoin de parler d’école inclusive quand elle le sera… » 

Au contact d’élèves à besoins particuliers, Sandrine Boissel a toujours été animée par une dynamique de transformation et d’accompagnement qui vise à rendre accessible tous les apprentissages. Depuis de nombreuses années elle détourne, invente, hybride et teste une multitude d’outils et de dispositifs afin d'anticiper les besoins et d'assurer la continuité des parcours de ses élèves jusqu'à l'insertion professionnelle. Pour Extra classe, elle fait le point sur sa conception universelle de l’apprentissage et nous raconte comment, en faisant équipe et au moyen d'un mantra bien à elle, on peut faire bouger les choses.

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Je suis Sandrine Boissel, directrice de l'Atelier Canopé de l'Isère depuis le 1er avril 2018 : c'était pas un poisson ! Avant d'être directrice de l’Atelier, j'ai surtout été enseignante spécialisée et maître formateur. J'ai eu la chance de travailler auprès d'enfants, de la toute petite section de maternelle jusqu'au lycée, pour des jeunes que j'accompagnais dans la préparation des épreuves du baccalauréat. 

Ce qui m'anime, c'est l'école inclusive et la prise en compte de la différence puisqu'on est tous différents finalement. Je suis convaincue qu'en agissant à toute petite échelle, on peut peut-être changer le monde par toutes petites touches, un petit peu comme une goutte d'encre qu'on laisserait tomber sur de l’essuie-tout. 

À un moment quelconque de sa vie, on peut devenir un individu à besoins particuliers. Ça peut tous nous arriver, et l'idée de la conception universelle des apprentissages, c'est de faire en sorte que ce que l'on propose soit accessible au plus grand nombre. 

Ça demande de se pencher sur les travaux de recherche autour des sciences cognitives et aussi de la prise en charge des émotions, du bien-être, du temps, des espaces. Quand on se pose toutes ces questions-là, on se pose la question de qui sont les enfants, les adolescents, les jeunes adultes qu'on a en face de soi. On va concevoir quelque chose qui sera accessible au plus grand nombre de ces individus et, ensuite, on a parfois besoin de rajouter quelques petites adaptations à la marge. En les détournant un petit peu de leur mission première, on se rend compte qu’on arrive à en faire quelque chose d'utile pour tout le monde. 

Tout est parti d'une toute petite anecdote, je la raconte parce qu'elle est importante. Au début de ma carrière d'enseignante spécialisée, j'ai eu la chance d'accompagner des jeunes, tout-petits et très grands. Il y avait un tout-petit de toute petite section de maternelle avec qui je faisais du pré-braille pour pouvoir apprendre progressivement à reconnaître son prénom, comme ses camarades. Ce petit garçon me dit : « Mais, Sandrine, à quoi ça sert que tu t'acharnes à m’apprendre le braille ? De toute façon, je vais mourir. » Donc je lui ai demandé : « Effectivement, tu vas mourir comme tout le monde mais tu as encore toute la vie devant toi. Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? » Et il me répond : « Mais tu en vois des adultes comme moi ? » Quand je suis arrivée comme coordo de l’Ulis-collège [unité localisée pour l’inclusion scolaire] de l'académie de Grenoble, j'ai repensé à ce petit garçon parce que, finalement, mes élèves, mes grands ados, avaient du mal à se projeter dans leur vie d'adulte. Aussi bien d’un point de vue familial, social que professionnel, parce que les adultes qu'ils avaient autour d'eux ne leur ressemblaient pas. Ils se sentaient moins légitimes pour pouvoir chercher un stage par exemple. Je suis partie du postulat que, pour les accompagner et leur permettre de se projeter dans l'avenir comme leurs camarades, j'allais leur faire rencontrer les adultes en emploi qui portaient les mêmes troubles ou failles qu’eux. 

Au départ, on est parti d'un ouvrage, Témoignages de travailleurs aveugles de Chazal. On a lu cet ouvrage avec des témoignages très variés, des fonctions professionnelles qui dépassaient largement les stéréotypes. C'était mon but. Je leur ai dit : « Écoutez, maintenant, on va leur écrire. » Ces jeunes m'ont dit : « Mais Sandrine, tu es bien gentille mais on ne nous répondra jamais. » Les 10 premiers courriers ont obtenu des réponses positives et on est allé bien au-delà de cela puisque, au fur et à mesure des rencontres, chaque adulte me disait : « Mais vous devriez contacter un tel parce que, si je me souviens bien, il a pris cette voie professionnelle, etc. » Et, finalement, de 10 adultes on est passé à 45 adultes en emploi, dans des professions très différentes : avocat, assistante sociale, monitrice d'équitation, garagiste, etc. Toutes sortes de professions qui dépassaient largement les stéréotypes et qui ont permis aux élèves plusieurs choses. D'abord d’apprendre à parler d'eux-mêmes puisque, en entendant parler des adultes, ils ont appris à parler d'eux-mêmes progressivement. De se projeter aussi bien dans leurs études que dans leur vie professionnelle puisqu'on a eu aussi la chance d'échanger avec des étudiants qui étaient en alternance.  

Les élèves ont surtout pu puiser là-dedans des ressources importantes qui étaient des arguments. Lorsqu'il allait chercher un stage, l'élève était en mesure de dire : « Je sais que c'est possible parce que Monsieur Tartempion il exerce cette profession et son poste a été adapté avec ça, ça, ça et ça. » 

Parallèlement, on a eu aussi la chance de travailler avec un chercheur de l'université d’Orléans qui menait une étude sur l'emploi de ces jeunes en situation de handicap. Puis de travailler également avec un coach en entreprise qui les a accompagnés dans la recherche de stage. En particulier, notre travail a vraiment été d'accompagner ces élèves à transformer leurs failles en termes de besoins. Parce que si je parle de mon trouble en termes de besoins, j'apporte la solution en même temps que ce dont j'ai besoin. Un élève, qui avait un trouble dys en plus de sa déficience visuelle, a été en mesure d'expliciter que, pour être efficace, il avait besoin de pouvoir brancher son matériel numérique, lancer ce qui était « embarqué » dans l'ordinateur. Une fois que tout cela a été mis en place, il était capable, avec une petite procédure qui tient compte des travaux de l'attention, de corriger les fautes d'orthographe de façon très précise. Il expliquait que, si ses besoins étaient pris en charge, il devenait aussi efficace, même presque un « détecteur » à fautes d'orthographe pour les autres. Du coup, ça pouvait devenir un atout pour l'entreprise. 

Cette question de faire en sorte que notre monde soit accessible le plus possible à tous, parce que c'était parfois le monde qui n'était pas accessible et pas le handicap qui en était un, m’a occupée très longtemps. On n'aura plus besoin de parler d'école inclusive quand elle le sera. 

J'ai toujours eu un peu tendance à monter des projets pour essayer de changer les choses. La toute première année où j’étais en Clis [classe pour l’inclusion scolaire], on a décidé de monter un très grand spectacle sur toute l'année. C'était vraiment LE projet de l'année. J'avais annoncé aux collègues que j'allais faire le char sur lequel arriverait le pharaon à la fin. Ce char était un sphinx que j'ai réalisé avec les élèves du CP au CM2 et j'ai annoncé à tout le monde qu’il ferait 2 mètres par 2 mètres par 2 mètres. Un petit peu comme pour le livre, on m'a dit : « Mais Sandrine, là ça va pas le faire ! » Finalement, ce sphinx a bien vu le jour. La directrice, avec qui j'ai gardé des contacts, m'a dit quand j'ai quitté l'école : « Si un jour tu as des doutes sur quelque chose, sur un projet, si tu penses que tu n'y arriveras pas, pense “sphinx”. » Donc quand on me dit que l'école inclusive n’est pas possible, que la conception universelle des apprentissages est compliquée, je pense « sphinx » et j'arrive à persuader et à entraîner les gens. 

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