Les Énergies scolaires : cap sur la cogni'classe

Extra classe

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Les Énergies scolaires : cap sur la cogni'classe

Comprendre comment fonctionne son cerveau permettrait-il à chaque élève de mieux apprendre ? Pour Christel Corallo, enseignante d’histoire-géographie en collège, à Saint-Marcel dans l’Eure, cela ne fait plus aucun doute. Depuis plus de trois ans, elle pilote un projet de cogni’classe axée sur la métacognition. À la croisée de son histoire personnelle et de son parcours professionnel, le projet qu’elle porte avec enthousiasme aide chaque élève à mieux comprendre son fonctionnement cognitif et à envisager d’autres approches possibles pour vivre plus sereinement sa scolarité. 

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Émission préparée par : Fanny Milhe Poutingon 

Réalisée par : Fanny Milhe Poutingon 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je m'appelle Christel Corallo, je suis enseignante d'histoire-géographie au collège Léonard de Vinci à Saint-Marcel dans l'Eure. Et j’enseigne depuis environ 25 ans.  

Les sciences cognitives ont été une découverte en deux temps. Premier temps, très personnel, lié aux difficultés de ma fille cadette, Ariane et un deuxième temps lors de formations, d’un stage sur la gestion mentale. Ariane, ma fille cadette, on s'est aperçu assez rapidement que son mode de fonctionnement était très différent de sa sœur aînée. Et pourtant, on voyait bien qu’au quotidien, elle avait une intelligence tout à fait normale. Mais à l'école, elle était en échec complet. Alors je me suis mis à lire plein d’ouvrages. Je suis tombée sur le livre d'Anne-Marie Gaignard, La revanche des nuls en orthographe. Et ce livre a été finalement une révélation, de s'apercevoir que par la dysorthographie, l'enfant, effectivement, peut ne pas accéder aux apprentissages, s’il n'est pas visuel et auditif, donc s’il n'entre pas dans le cadre traditionnel du système scolaire français.  

Comme j'ai lu pléthore d’ouvrages, à un moment ou un autre, je suis forcément tombée sur les sciences cognitives, sur le livre de Jean-Luc Berthier et j'ai couplé avec le stage que j'avais fait sur la gestion mentale précédemment. Et finalement ce stage-là, couplé à mon vécu personnel, m'a amené à me dire qu’il faut absolument que je change ma façon d'enseigner, qu’on prenne conscience que nos élèves ne sont pas comme nous et que si je fonctionne de telle manière, peut-être que lui fonctionne différemment. Et si je fais toujours mon cours de la même façon, je vais toujours m'adresser aux mêmes et je vais toujours laisser sur le bas de la route ceux qui sont sur un autre mode de fonctionnement. Donc la cogni’classe est venue dans un autre temps, parce que je ne savais pas que ça existait initialement. Et à la suite d’un reportage, que j'ai dû voir à la télé sur des cogni’classes qui avaient lieu en région Paca, j'en ai parlé avec ma cheffe d'établissement. Et au milieu de l'année, il y a trois ans et demi maintenant, elle me dit : « On peut toujours essayer de se lancer. Vous essayez sur une de vos classes de 6e, juste les cinq derniers mois de l'année, voir ce que ça donne et si c'est probant, on pourrait lancer une vraie cogni’classe à partir de la rentrée suivante, sur toutes les classes de 6e. » Les enfants ont été emballés, c’est-à-dire que ce sont eux qui l’ont plébiscitée.  

Il y a plusieurs façons d'envisager la cogni’classe. Celle qui m'intéressait, c'était une cogni’classe sur la métacognition, c'est-à-dire partir de l'élève qui nous arrive en 6e et à qui on n'arrête pas de dire : « Il faut que tu apprennes tes leçons », et qui ne sait jamais comment il doit apprendre ses leçons. Donc, on a décidé d'axer notre cogni’classe sur une métacognition, avant toute chose, et se découvrir et découvrir son fonctionnement cérébral.  

« On est à l'étage où se déroule les cogni’classes, puisque c'est l'étage des 6e. Et les élèves, eux, ont un lutin de cogni’classe. Là, ils ont écouté des sons, ils devaient dire ce qu'ils entendaient et ce qu'ils ressentaient et ensuite le mettre en dessin. »  

Les séances de cogni’classe sont toujours animées par deux professeurs, parce qu’on ne peut pas animer la séance et prendre des notes en même temps. Puisque l'intérêt de la cogni’classe, c'est aussi qu'on prenne des notes pour faire ensuite des bilans par élève, qui peuvent servir pour l'ensemble de l'équipe pédagogique, voire lors des réunions parents-profs pour un échange avec les parents, pour les aider à mieux comprendre leur enfant et à les aider à travailler. On commence toujours par 5 à 10 minutes de relaxation. Une fois qu'on a fait ça, on passe à un exercice, donc j'ai préparé tout un programme. Il y a à peu près dix-huit séances sur l'année, on a un programme avec dix-huit exercices différents. L'ensemble de ces exercices ont pour but d'aboutir à un exercice final en trois temps. Le premier temps, ils ont trois morceaux de texte. Ces morceaux de texte expriment comment l'auteur fonctionne. Dans un deuxième temps, donc la séance d'après, on va élaborer une carte mentale en mettant au centre ce qui se passe en moi. Et chaque élève va dire ce qui se passe en lui, à chaque fois qu'il veut aller chercher une information dans sa tête. À ce moment-là, moi, j'écris au tableau et il va noter sur sa carte mentale uniquement ce que lui fait dans sa tête. Et enfin, la dernière séance. Cette fois-ci, c'est moi qui leur donne la carte mentale que j'ai composée avec l'ensemble des informations qu’ils ont développées à la séance précédente. Au total, ils repartent avec deux cartes mentales, une de leur mode de fonctionnement personnel et une avec tout ce qui a été évoqué dans la classe. Et les parents signent ces cartes mentales, c’est-à-dire que les parents vont voir la carte mentale de leur enfant et ils vont voir celle de tous les possibles.  

Je dirais que ça a tout changé, parce qu’il y a une forme, peut-être, de saturation avec les années et même peut-être, parfois, de dépression, à force de voir qu’on s'échine à leur faire passer des messages et qu’on a l'impression que ça reste complètement lettre morte. On se demande, bien souvent, si on est vraiment utile et lorsque je suis en cogni’classe, je n'ai aucun doute sur mon utilité. Je vois à quel point ça les ravit, à quel point ils sortent de là heureux. Ils y retournent avec le plus grand des plaisirs. Ils sont pris comme des individus à part entière, ils ne sont pas que des élèves. Ce sont des êtres en construction et on s'intéresse à eux. Ils se découvrent et ils se révèlent à eux-mêmes. Moi, ça me fait des papillons dans le cœur et des petites étoiles dans les yeux de les voir faire. C'est magique de prendre part à cette découverte, d'un individu, d'un enfant. Finalement, ça a un impact partout, parce que moi je suis plus détendue, eux, ils sont plus détendus également. La relation élève-enseignante est beaucoup plus fluide, elle est plus facile, ils ont confiance. Et je peux leur dire presque tout ce que je veux. Ils sont capables de l'entendre, de le recevoir et ils le reçoivent sans agression. Ils savent que c'est de la bienveillance. Ils savent que c'est pour les aider à progresser et que mon but ce sera d'être avec eux, même si parfois je dois leur dire des choses qui ne sont peut-être pas toujours plaisantes. 

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Je m'appelle Christel Corallo, je suis enseignante d'histoire-géographie au collège Léonard de Vinci à Saint-Marcel dans l'Eure. Et j’enseigne depuis environ 25 ans.  

Les sciences cognitives ont été une découverte en deux temps. Premier temps, très personnel, lié aux difficultés de ma fille cadette, Ariane et un deuxième temps lors de formations, d’un stage sur la gestion mentale. Ariane, ma fille cadette, on s'est aperçu assez rapidement que son mode de fonctionnement était très différent de sa sœur aînée. Et pourtant, on voyait bien qu’au quotidien, elle avait une intelligence tout à fait normale. Mais à l'école, elle était en échec complet. Alors je me suis mis à lire plein d’ouvrages. Je suis tombée sur le livre d'Anne-Marie Gaignard, La revanche des nuls en orthographe. Et ce livre a été finalement une révélation, de s'apercevoir que par la dysorthographie, l'enfant, effectivement, peut ne pas accéder aux apprentissages, s’il n'est pas visuel et auditif, donc s’il n'entre pas dans le cadre traditionnel du système scolaire français.  

Comme j'ai lu pléthore d’ouvrages, à un moment ou un autre, je suis forcément tombée sur les sciences cognitives, sur le livre de Jean-Luc Berthier et j'ai couplé avec le stage que j'avais fait sur la gestion mentale précédemment. Et finalement ce stage-là, couplé à mon vécu personnel, m'a amené à me dire qu’il faut absolument que je change ma façon d'enseigner, qu’on prenne conscience que nos élèves ne sont pas comme nous et que si je fonctionne de telle manière, peut-être que lui fonctionne différemment. Et si je fais toujours mon cours de la même façon, je vais toujours m'adresser aux mêmes et je vais toujours laisser sur le bas de la route ceux qui sont sur un autre mode de fonctionnement. Donc la cogni’classe est venue dans un autre temps, parce que je ne savais pas que ça existait initialement. Et à la suite d’un reportage, que j'ai dû voir à la télé sur des cogni’classes qui avaient lieu en région Paca, j'en ai parlé avec ma cheffe d'établissement. Et au milieu de l'année, il y a trois ans et demi maintenant, elle me dit : « On peut toujours essayer de se lancer. Vous essayez sur une de vos classes de 6e, juste les cinq derniers mois de l'année, voir ce que ça donne et si c'est probant, on pourrait lancer une vraie cogni’classe à partir de la rentrée suivante, sur toutes les classes de 6e. » Les enfants ont été emballés, c’est-à-dire que ce sont eux qui l’ont plébiscitée.  

Il y a plusieurs façons d'envisager la cogni’classe. Celle qui m'intéressait, c'était une cogni’classe sur la métacognition, c'est-à-dire partir de l'élève qui nous arrive en 6e et à qui on n'arrête pas de dire : « Il faut que tu apprennes tes leçons », et qui ne sait jamais comment il doit apprendre ses leçons. Donc, on a décidé d'axer notre cogni’classe sur une métacognition, avant toute chose, et se découvrir et découvrir son fonctionnement cérébral.  

« On est à l'étage où se déroule les cogni’classes, puisque c'est l'étage des 6e. Et les élèves, eux, ont un lutin de cogni’classe. Là, ils ont écouté des sons, ils devaient dire ce qu'ils entendaient et ce qu'ils ressentaient et ensuite le mettre en dessin. »  

Les séances de cogni’classe sont toujours animées par deux professeurs, parce qu’on ne peut pas animer la séance et prendre des notes en même temps. Puisque l'intérêt de la cogni’classe, c'est aussi qu'on prenne des notes pour faire ensuite des bilans par élève, qui peuvent servir pour l'ensemble de l'équipe pédagogique, voire lors des réunions parents-profs pour un échange avec les parents, pour les aider à mieux comprendre leur enfant et à les aider à travailler. On commence toujours par 5 à 10 minutes de relaxation. Une fois qu'on a fait ça, on passe à un exercice, donc j'ai préparé tout un programme. Il y a à peu près dix-huit séances sur l'année, on a un programme avec dix-huit exercices différents. L'ensemble de ces exercices ont pour but d'aboutir à un exercice final en trois temps. Le premier temps, ils ont trois morceaux de texte. Ces morceaux de texte expriment comment l'auteur fonctionne. Dans un deuxième temps, donc la séance d'après, on va élaborer une carte mentale en mettant au centre ce qui se passe en moi. Et chaque élève va dire ce qui se passe en lui, à chaque fois qu'il veut aller chercher une information dans sa tête. À ce moment-là, moi, j'écris au tableau et il va noter sur sa carte mentale uniquement ce que lui fait dans sa tête. Et enfin, la dernière séance. Cette fois-ci, c'est moi qui leur donne la carte mentale que j'ai composée avec l'ensemble des informations qu’ils ont développées à la séance précédente. Au total, ils repartent avec deux cartes mentales, une de leur mode de fonctionnement personnel et une avec tout ce qui a été évoqué dans la classe. Et les parents signent ces cartes mentales, c’est-à-dire que les parents vont voir la carte mentale de leur enfant et ils vont voir celle de tous les possibles.  

Je dirais que ça a tout changé, parce qu’il y a une forme, peut-être, de saturation avec les années et même peut-être, parfois, de dépression, à force de voir qu’on s'échine à leur faire passer des messages et qu’on a l'impression que ça reste complètement lettre morte. On se demande, bien souvent, si on est vraiment utile et lorsque je suis en cogni’classe, je n'ai aucun doute sur mon utilité. Je vois à quel point ça les ravit, à quel point ils sortent de là heureux. Ils y retournent avec le plus grand des plaisirs. Ils sont pris comme des individus à part entière, ils ne sont pas que des élèves. Ce sont des êtres en construction et on s'intéresse à eux. Ils se découvrent et ils se révèlent à eux-mêmes. Moi, ça me fait des papillons dans le cœur et des petites étoiles dans les yeux de les voir faire. C'est magique de prendre part à cette découverte, d'un individu, d'un enfant. Finalement, ça a un impact partout, parce que moi je suis plus détendue, eux, ils sont plus détendus également. La relation élève-enseignante est beaucoup plus fluide, elle est plus facile, ils ont confiance. Et je peux leur dire presque tout ce que je veux. Ils sont capables de l'entendre, de le recevoir et ils le reçoivent sans agression. Ils savent que c'est de la bienveillance. Ils savent que c'est pour les aider à progresser et que mon but ce sera d'être avec eux, même si parfois je dois leur dire des choses qui ne sont peut-être pas toujours plaisantes. 

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