Les Énergies scolaires : le carnet de lecteur, des élèves écrivains

Extra classe

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Les Énergies scolaires : le carnet de lecteur, des élèves écrivains

Pour une rencontre plus incarnée avec la littérature. 

Professeure de lettres en lycée général, Lucie Danlos a mis en place un carnet de lecteur pour favoriser la rencontre de ses élèves de première avec les textes. Ce dispositif, inscrit dans les programmes, tend à se développer dans d'autres disciplines et offre aux élèves un espace d'expression et de réflexion stimulant qui aboutit parfois à des propositions créatives originales. Cette enseignante enthousiaste nous raconte comment cette démarche d'appropriation vise, en particulier, à aider les élèves dans la préparation de l'oral du bac de français. 

  • Fiche Eduscol Le carnet de lecteur [PDF, 2 p., 171 Ko] du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, pour en savoir plus sur le carnet de lecteur, utilisé de plus en plus fréquemment dans les classes du primaire comme du collège 

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Émission préparée par : Silvère Chéret 

Réalisée par : Silvère Chéret 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Aurélien Brault

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021

Transcription :

Je m'appelle Lucie, je suis enseignante au lycée, en particulier auprès de classes de première cette année. J'ai enseigné longtemps, en début de carrière, au collège puis au lycée. Puis j'ai eu une parenthèse assez longue où j'ai fait de la formation à l'IUFM, qui est devenu l’Espé [l’Inspé depuis 2019, Institut national supérieur du professorat et de l’éducation], pour le premier et le second degré. Quand j'ai commencé à enseigner, je me suis toujours trouvée empêchée, dans le temps de classe qui est resserré, par rapport à la place de la parole des élèves. C'est presque de l'ordre de la frustration. C'est quelque chose que j'ai toujours ressenti, même avec des tentatives un peu tâtonnantes de différentes sortes. 

Après ce premier temps d'enseignement en collège et en lycée, j'ai beaucoup exploré à l’Espé la question du sujet lecteur : comment enseigner la lecture littéraire comme attitude, comme démarche face au texte ? Et justement par opposition au fait de poser des questions qui finalement indiquent ce qu'il y a à trouver dans le texte. 

Ça s'ancre particulièrement dans les lectures que j'ai pu faire pour le premier degré avec Catherine Tauveron, qui réfléchit sur la place de la littérature de jeunesse à l'école et sur son enseignement. Elle propose vraiment des activités qui permettent aux élèves de cheminer eux-mêmes dans les textes plutôt que ces fameux questionnaires de manuels qui font le chemin à la place des élèves. 

Bien sûr, il y a aussi eu des lectures en lien avec le second degré. Je pense, entre autres, au texte de l'inspectrice générale, Anne Vibert, Faire place au sujet lecteur en classe, qui est plus tourné pour les collèges et les lycées, et qui ouvre beaucoup de perspectives, en particulier celle du carnet de lecteur. 

Le carnet de lecteur s’est en quelque sorte imposé comme le lieu où je pouvais rassembler toutes ces pistes concrètement. Quand je suis revenue à l'enseignement au lycée, je pense que ces années de formation m’ont permis vraiment de prendre confiance dans cette piste et d'oser, finalement, aller plus loin par rapport aux initiatives plus tâtonnantes que j'avais en début de carrière. 

J'ai choisi de l'appeler « Carnet de lecteur – lectrice » parce qu'il s'agit d'écrire des textes mais toujours avec la médiation des œuvres littéraires ou artistiques d'ailleurs (un film, une chanson, etc.). Donc on n'est pas du tout dans ce qu'on pourrait appeler de l'écriture de l'intime mais ça va toujours être en relation avec les textes, la lecture des textes et comment, finalement, il y a une rencontre entre le lecteur, la lectrice et les textes, en particulier ceux qu'on voit ensemble en classe. 

Concrètement, il y a déjà un point important qui est le fait de mettre les élèves en recherche d'un carnet-objet avec lequel ils vont se sentir bien. Ça peut être des pages blanches juste avec des lignes, des carreaux, il est plus gros, il est plus fin, il est coloré. Ce que je leur dis essentiellement, c'est que ce carnet va être lié aux œuvres découvertes soit en classe, soit de leur côté. C'est une façon de diversifier les formats d'écriture par rapport à nos écritures plus scolaires. Grâce à ce carnet, ils vont se constituer une mémoire plus vivante et plus personnelle de notre parcours de textes pendant l'année. La seule attente, dans le meilleur des cas pour moi, c'est leur implication. C'est qu'il y ait écriture. À partir du moment où il y a écriture, il se passe des choses. 

« Je m’insinue alors peu à peu dans la peau de mon personnage et fais le vide dans mon esprit. Le monde qui m'entoure s'efface et laisse entièrement place à celui du songe d'une nuit d'été. Rien n'a, en cet instant, davantage d'importance. » 

Voilà ce que ça peut donner. Je ne prends que quelques phrases dans un texte d'une élève qui se met à la place d'un personnage du film Le Cercle des poètes disparus. Je n'ai absolument pas un regard d‘évaluatrice, de correctrice. Jamais. J’ai un regard de lectrice sur le carnet. 

J’instaure des temps ponctuels de partage de textes en classe pour faire circuler les réceptions des textes, les idées sur les textes, les réactions de lecture, la créativité artistique aussi puisqu'il y a des textes plus créatifs. 

C'est un carnet qui est à la fois personnel mais qui s'inscrit dans une sorte de conversation avec les autres dans la classe. Une fois que les élèves se sont procuré leur carnet, je lance les choses par un temps d'inauguration qui va tout de suite les chercher sur leur rapport à la lecture et à l'écriture. Donc ils ont deux lanceurs d'écriture : « Pour moi, lire c'est… », « Pour moi, écrire c'est… » Dans ce temps-là, il y a déjà des choses qui sortent du rapport des élèves à la lecture scolaire ou non scolaire. L'écriture est très focalisée sur l'orthographe donc souvent ça crée des blocages. L'idée, c'est que ces textes soient en tout début du carnet pour que les élèves puissent aussi les relire en fin d'année, revenir sur ces mots qu'ils ont posés sur leur rapport à la lecture et à l'écriture. Je leur distribue ce que j'appelle un recueil ouvert de consignes. C'est pour les aider à varier leur posture d'écriture par rapport au texte : une posture plus réflexive, plus créative, où on va faire des analogies avec sa propre expérience. 

J'ai une élève qui s'est arrêtée sur « Tout bonheur est un chef-d'œuvre » dans Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, et qui part complètement sur ce que ça peut lui dire de la vie, de l'expérience de vie, de sa propre vie, du bonheur. J'ai aussi un élève de cette année en tête, qui écrit d'emblée que son rapport à l'écriture est vraiment bloqué par l’orthographe et la syntaxe. Et je découvre dans son carnet des textes d'une grande qualité, une vraie réflexion, sensible, critique. Et puis il y a ces temps de partage en classe qui sont des bulles, où les élèves s'échangent les carnets, lisent des textes, repèrent certains textes. On s'arrête ensuite tous ensemble et je dis : « Bon, on va en lire quelques-uns à haute voix pour tout le monde. » Et on partage un poème, un texte qui va réfléchir sur un personnage. 

J'ai bien sûr aussi l'objectif de l'examen (le baccalauréat) et j'ai pu observer, au fil des années, que ce carnet de lecteur est un atout important, en particulier pour l'oral parce qu’il y a une démarche d'appropriation qui va rendre leurs discours sur les textes plus incarnés. 

Ce que je retire de ce dispositif, que je trouve précieux en tant qu’enseignante mais aussi en tant qu’être humain sur le plan de la relation avec les élèves, par rapport à la place de la parole de l'élève, c’est que ça me permet vraiment de saisir parfois leur porte d'entrée dans les textes, des rencontres sensibles, des valeurs, leurs questionnements comme je ne pourrais pas le faire en cours parce que, quand on veut évaluer quelque chose, souvent on a une attente. Des textes s'offrent, des pistes s'offrent et viennent tout simplement.

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Pour une rencontre plus incarnée avec la littérature. 

Professeure de lettres en lycée général, Lucie Danlos a mis en place un carnet de lecteur pour favoriser la rencontre de ses élèves de première avec les textes. Ce dispositif, inscrit dans les programmes, tend à se développer dans d'autres disciplines et offre aux élèves un espace d'expression et de réflexion stimulant qui aboutit parfois à des propositions créatives originales. Cette enseignante enthousiaste nous raconte comment cette démarche d'appropriation vise, en particulier, à aider les élèves dans la préparation de l'oral du bac de français. 

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Transcription :

Je m'appelle Lucie, je suis enseignante au lycée, en particulier auprès de classes de première cette année. J'ai enseigné longtemps, en début de carrière, au collège puis au lycée. Puis j'ai eu une parenthèse assez longue où j'ai fait de la formation à l'IUFM, qui est devenu l’Espé [l’Inspé depuis 2019, Institut national supérieur du professorat et de l’éducation], pour le premier et le second degré. Quand j'ai commencé à enseigner, je me suis toujours trouvée empêchée, dans le temps de classe qui est resserré, par rapport à la place de la parole des élèves. C'est presque de l'ordre de la frustration. C'est quelque chose que j'ai toujours ressenti, même avec des tentatives un peu tâtonnantes de différentes sortes. 

Après ce premier temps d'enseignement en collège et en lycée, j'ai beaucoup exploré à l’Espé la question du sujet lecteur : comment enseigner la lecture littéraire comme attitude, comme démarche face au texte ? Et justement par opposition au fait de poser des questions qui finalement indiquent ce qu'il y a à trouver dans le texte. 

Ça s'ancre particulièrement dans les lectures que j'ai pu faire pour le premier degré avec Catherine Tauveron, qui réfléchit sur la place de la littérature de jeunesse à l'école et sur son enseignement. Elle propose vraiment des activités qui permettent aux élèves de cheminer eux-mêmes dans les textes plutôt que ces fameux questionnaires de manuels qui font le chemin à la place des élèves. 

Bien sûr, il y a aussi eu des lectures en lien avec le second degré. Je pense, entre autres, au texte de l'inspectrice générale, Anne Vibert, Faire place au sujet lecteur en classe, qui est plus tourné pour les collèges et les lycées, et qui ouvre beaucoup de perspectives, en particulier celle du carnet de lecteur. 

Le carnet de lecteur s’est en quelque sorte imposé comme le lieu où je pouvais rassembler toutes ces pistes concrètement. Quand je suis revenue à l'enseignement au lycée, je pense que ces années de formation m’ont permis vraiment de prendre confiance dans cette piste et d'oser, finalement, aller plus loin par rapport aux initiatives plus tâtonnantes que j'avais en début de carrière. 

J'ai choisi de l'appeler « Carnet de lecteur – lectrice » parce qu'il s'agit d'écrire des textes mais toujours avec la médiation des œuvres littéraires ou artistiques d'ailleurs (un film, une chanson, etc.). Donc on n'est pas du tout dans ce qu'on pourrait appeler de l'écriture de l'intime mais ça va toujours être en relation avec les textes, la lecture des textes et comment, finalement, il y a une rencontre entre le lecteur, la lectrice et les textes, en particulier ceux qu'on voit ensemble en classe. 

Concrètement, il y a déjà un point important qui est le fait de mettre les élèves en recherche d'un carnet-objet avec lequel ils vont se sentir bien. Ça peut être des pages blanches juste avec des lignes, des carreaux, il est plus gros, il est plus fin, il est coloré. Ce que je leur dis essentiellement, c'est que ce carnet va être lié aux œuvres découvertes soit en classe, soit de leur côté. C'est une façon de diversifier les formats d'écriture par rapport à nos écritures plus scolaires. Grâce à ce carnet, ils vont se constituer une mémoire plus vivante et plus personnelle de notre parcours de textes pendant l'année. La seule attente, dans le meilleur des cas pour moi, c'est leur implication. C'est qu'il y ait écriture. À partir du moment où il y a écriture, il se passe des choses. 

« Je m’insinue alors peu à peu dans la peau de mon personnage et fais le vide dans mon esprit. Le monde qui m'entoure s'efface et laisse entièrement place à celui du songe d'une nuit d'été. Rien n'a, en cet instant, davantage d'importance. » 

Voilà ce que ça peut donner. Je ne prends que quelques phrases dans un texte d'une élève qui se met à la place d'un personnage du film Le Cercle des poètes disparus. Je n'ai absolument pas un regard d‘évaluatrice, de correctrice. Jamais. J’ai un regard de lectrice sur le carnet. 

J’instaure des temps ponctuels de partage de textes en classe pour faire circuler les réceptions des textes, les idées sur les textes, les réactions de lecture, la créativité artistique aussi puisqu'il y a des textes plus créatifs. 

C'est un carnet qui est à la fois personnel mais qui s'inscrit dans une sorte de conversation avec les autres dans la classe. Une fois que les élèves se sont procuré leur carnet, je lance les choses par un temps d'inauguration qui va tout de suite les chercher sur leur rapport à la lecture et à l'écriture. Donc ils ont deux lanceurs d'écriture : « Pour moi, lire c'est… », « Pour moi, écrire c'est… » Dans ce temps-là, il y a déjà des choses qui sortent du rapport des élèves à la lecture scolaire ou non scolaire. L'écriture est très focalisée sur l'orthographe donc souvent ça crée des blocages. L'idée, c'est que ces textes soient en tout début du carnet pour que les élèves puissent aussi les relire en fin d'année, revenir sur ces mots qu'ils ont posés sur leur rapport à la lecture et à l'écriture. Je leur distribue ce que j'appelle un recueil ouvert de consignes. C'est pour les aider à varier leur posture d'écriture par rapport au texte : une posture plus réflexive, plus créative, où on va faire des analogies avec sa propre expérience. 

J'ai une élève qui s'est arrêtée sur « Tout bonheur est un chef-d'œuvre » dans Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, et qui part complètement sur ce que ça peut lui dire de la vie, de l'expérience de vie, de sa propre vie, du bonheur. J'ai aussi un élève de cette année en tête, qui écrit d'emblée que son rapport à l'écriture est vraiment bloqué par l’orthographe et la syntaxe. Et je découvre dans son carnet des textes d'une grande qualité, une vraie réflexion, sensible, critique. Et puis il y a ces temps de partage en classe qui sont des bulles, où les élèves s'échangent les carnets, lisent des textes, repèrent certains textes. On s'arrête ensuite tous ensemble et je dis : « Bon, on va en lire quelques-uns à haute voix pour tout le monde. » Et on partage un poème, un texte qui va réfléchir sur un personnage. 

J'ai bien sûr aussi l'objectif de l'examen (le baccalauréat) et j'ai pu observer, au fil des années, que ce carnet de lecteur est un atout important, en particulier pour l'oral parce qu’il y a une démarche d'appropriation qui va rendre leurs discours sur les textes plus incarnés. 

Ce que je retire de ce dispositif, que je trouve précieux en tant qu’enseignante mais aussi en tant qu’être humain sur le plan de la relation avec les élèves, par rapport à la place de la parole de l'élève, c’est que ça me permet vraiment de saisir parfois leur porte d'entrée dans les textes, des rencontres sensibles, des valeurs, leurs questionnements comme je ne pourrais pas le faire en cours parce que, quand on veut évaluer quelque chose, souvent on a une attente. Des textes s'offrent, des pistes s'offrent et viennent tout simplement.

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