Les Énergies scolaires : tricoter des liens malgré la distance

Extra classe

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Les Énergies scolaires : tricoter des liens malgré la distance

Le confinement a posé de nombreuses problématiques à Houria Bousaid, professeure d'économie-gestion au lycée professionnel de l'Hautil dans le Val-d'Oise. Ayant en charge des classes de terminale en bac pro commerce et de première en métiers de l'accueil, elle a dû adapter ses pratiques pédagogiques : comment enseigner et transmettre des gestes professionnels avec un matériel limité ? Comment innover pour garder le contact avec des jeunes qui peuvent parfois décrocher ? Comment continuer à transmettre des connaissances et des compétences depuis chez soi ? Cette enseignante engagée tricote des solutions au quotidien et partage avec nous ses doutes et ses aspirations.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Aurélie Dulin 

Réalisée par : Aurélie Dulin 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021 

Transcription : 

Je suis Houria Bousaid, je suis professeure d'économie-gestion au lycée de l’Hautil, au sein de l’agglomération de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. J’ai cette année la responsabilité d’accompagner des élèves de terminale, bac pro commerce, en lycée professionnel, et aussi des élèves de 1re « Accueil », des élèves qui se destinent aux métiers de l’accueil. Avec la voie professionnelle, les élèves ont commencé à effectuer un choix, un choix de métier, de diplôme. Et pour cette classe-là, ce sont des élèves qui se destinent aux métiers de l’accueil, mais qui ne connaissent pas encore les métiers qu'on propose avec ce fameux diplôme. Donc, ce sont des élèves qui ne se connaissent pas, qui méconnaissent le métier, les diplômes. Il y a tout un travail à faire déjà d’« enrôlement », de motivation, de regagner leur confiance et ensuite, de pouvoir travailler avec eux. 

Non, ce n’est pas le profil d’élèves qu'on présente comme étant des élèves décrocheurs et loin du tout-numérique. J’ai un public qui est vraiment très hétérogène, 70 % des élèves sont motivés, ont envie de travailler. Mais, il faut tenir compte un peu de leurs difficultés et s'adapter à ces difficultés-là. Il y en a deux, trois qui sont décrocheurs, mais on va effectuer un travail peut-être plus poussé pour pouvoir après, justement, les remettre sur la voie. 

C’est un lycée polyvalent, donc il y a des élèves du lycée général qui sont en présentiel. Et pour les élèves du lycée pro, nous avons fait le choix du présentiel et du distanciel. Il s’agit de faire venir les élèves un jour sur deux. Un jour, ils sont en classe et le lendemain, ils sont en distanciel. L’hybride asynchrone, c’est un dispositif que j’ai mis en place : je fais travailler les élèves à distance, en autonomie. Ils récupèrent le travail sur la plateforme de l’ENT du lycée. Ils font le travail à la maison. En présentiel, on revient sur le travail qui a été effectué à distance. Je laisse la possibilité à ceux qui n’avaient pas compris de refaire le travail et je m’occupe de ceux qui n’ont pas fait le travail. Pour certains, ils ont des difficultés à se connecter. Ils sont réfractaires aux nouvelles technologies et donc, je leur demande d’effectuer le travail sur place. J’ouvre la plateforme, les fichiers sur lesquels ils devaient travailler. Je me focalise sur eux et je mets les autres en autonomie sur d’autres tâches. 

Je pars sur des choses qui intéressent les élèves. Je repars encore sur cette idée d’« enrôlement ». Je me suis dit : « Mais tu as tout pour réussir. Tu as tout pour que ce soit simple pour les élèves. » J’ai un peu tâtonné et puis je me suis dit : « Tiens, il y a un dictaphone [dans l’ENT]. » Je suis dans l’objectif de les faire travailler sur l’oral, en classe ça ne marche pas. Eh bien à distance, tout seuls, chez eux, en autonomie, sans le regard de l'autre, je reste persuadée qu'on peut faire quelque chose. Je suis passée d’un petit message vocal d’annonce micro d’un magasin, pour annoncer la fermeture du point de vente, à un discours solennel des vœux de début d’année, tel que le ferait le Président de la République. J’ai de quoi vous faire écouter. 

« Chère communauté éducative, chers parents et partenaires qui œuvrez pour la réussite des élèves. Tout d'abord, nous exprimons une pensée particulière pour toutes les victimes et leurs familles touchées par la pandémie. Nous leur adressons toute notre sympathie et notre solidarité… »

Ça m’a un peu émue. Pourquoi ça m’a émue ? Parce qu’on est en plein reconfinement. Et c’est une classe que, pour l’instant, je n'arrive pas à recontacter. Mais on va tout faire. On va tout faire. 

Quel est le rapport avec mes élèves ? Je dirais, c’est la proximité. Déjà, quand on est en présentiel, c’est de voir avec eux si le distanciel n’a pas amoché un peu leur état d'esprit, leur motivation, leur sentiment de solitude. Parce qu’ils sont seuls. Ils ne sont pas avec les camarades et puis ils sont à un âge, justement, où on a besoin d’être ensemble, de rigoler ensemble. Et puis les encourager, quel que soit le pas qu’ils ont effectué, un petit pas, un petit exercice rendu. Pour certains, ce n’est rien du tout. Un grand pas, parce qu’ils ont réussi à se connecter. Par exemple, sur Parcoursup, en ce moment, c’est la période, ils ont déposé leur lettre de motivation. Parfois, dans nos emplois du temps qui sont très poreux, c’est pouvoir leur répondre un dimanche soir à une question toute bête, parce que ça ne peut pas attendre. Et de les reprendre après, en présentiel, en leur posant la question : « Comment s’est passé le week-end ? » C’est leur donner du temps, du temps d'écoute parce que peut-être qu’à la maison, personne ne les écoute, parce que peut-être ils ont perdu le contact avec l’extérieur et c’est leur seule manière d’en regagner. 

Oh ! [Rires] C’est un très joli cadeau ! La pelote de laine, c’est la patience, c’est le temps qui passe, mais c’est le temps qu’on peut aussi utiliser à bon escient. Et puis c’est le partage et quand c’est fini, c’est un cadeau qu’on offre. Si je fais le parallèle avec l’Éducation nationale, c’est exactement pareil, c’est le temps qu’on consacre. De temps en temps, il y a des nœuds, donc on reprend, on a oublié quelque chose, on a fait une erreur, eh bien c’est ça, la pelote de laine. Et promis cet été, je m’y remets, je pense un peu à moi [Rires].

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Le confinement a posé de nombreuses problématiques à Houria Bousaid, professeure d'économie-gestion au lycée professionnel de l'Hautil dans le Val-d'Oise. Ayant en charge des classes de terminale en bac pro commerce et de première en métiers de l'accueil, elle a dû adapter ses pratiques pédagogiques : comment enseigner et transmettre des gestes professionnels avec un matériel limité ? Comment innover pour garder le contact avec des jeunes qui peuvent parfois décrocher ? Comment continuer à transmettre des connaissances et des compétences depuis chez soi ? Cette enseignante engagée tricote des solutions au quotidien et partage avec nous ses doutes et ses aspirations.

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Je suis Houria Bousaid, je suis professeure d'économie-gestion au lycée de l’Hautil, au sein de l’agglomération de Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise. J’ai cette année la responsabilité d’accompagner des élèves de terminale, bac pro commerce, en lycée professionnel, et aussi des élèves de 1re « Accueil », des élèves qui se destinent aux métiers de l’accueil. Avec la voie professionnelle, les élèves ont commencé à effectuer un choix, un choix de métier, de diplôme. Et pour cette classe-là, ce sont des élèves qui se destinent aux métiers de l’accueil, mais qui ne connaissent pas encore les métiers qu'on propose avec ce fameux diplôme. Donc, ce sont des élèves qui ne se connaissent pas, qui méconnaissent le métier, les diplômes. Il y a tout un travail à faire déjà d’« enrôlement », de motivation, de regagner leur confiance et ensuite, de pouvoir travailler avec eux. 

Non, ce n’est pas le profil d’élèves qu'on présente comme étant des élèves décrocheurs et loin du tout-numérique. J’ai un public qui est vraiment très hétérogène, 70 % des élèves sont motivés, ont envie de travailler. Mais, il faut tenir compte un peu de leurs difficultés et s'adapter à ces difficultés-là. Il y en a deux, trois qui sont décrocheurs, mais on va effectuer un travail peut-être plus poussé pour pouvoir après, justement, les remettre sur la voie. 

C’est un lycée polyvalent, donc il y a des élèves du lycée général qui sont en présentiel. Et pour les élèves du lycée pro, nous avons fait le choix du présentiel et du distanciel. Il s’agit de faire venir les élèves un jour sur deux. Un jour, ils sont en classe et le lendemain, ils sont en distanciel. L’hybride asynchrone, c’est un dispositif que j’ai mis en place : je fais travailler les élèves à distance, en autonomie. Ils récupèrent le travail sur la plateforme de l’ENT du lycée. Ils font le travail à la maison. En présentiel, on revient sur le travail qui a été effectué à distance. Je laisse la possibilité à ceux qui n’avaient pas compris de refaire le travail et je m’occupe de ceux qui n’ont pas fait le travail. Pour certains, ils ont des difficultés à se connecter. Ils sont réfractaires aux nouvelles technologies et donc, je leur demande d’effectuer le travail sur place. J’ouvre la plateforme, les fichiers sur lesquels ils devaient travailler. Je me focalise sur eux et je mets les autres en autonomie sur d’autres tâches. 

Je pars sur des choses qui intéressent les élèves. Je repars encore sur cette idée d’« enrôlement ». Je me suis dit : « Mais tu as tout pour réussir. Tu as tout pour que ce soit simple pour les élèves. » J’ai un peu tâtonné et puis je me suis dit : « Tiens, il y a un dictaphone [dans l’ENT]. » Je suis dans l’objectif de les faire travailler sur l’oral, en classe ça ne marche pas. Eh bien à distance, tout seuls, chez eux, en autonomie, sans le regard de l'autre, je reste persuadée qu'on peut faire quelque chose. Je suis passée d’un petit message vocal d’annonce micro d’un magasin, pour annoncer la fermeture du point de vente, à un discours solennel des vœux de début d’année, tel que le ferait le Président de la République. J’ai de quoi vous faire écouter. 

« Chère communauté éducative, chers parents et partenaires qui œuvrez pour la réussite des élèves. Tout d'abord, nous exprimons une pensée particulière pour toutes les victimes et leurs familles touchées par la pandémie. Nous leur adressons toute notre sympathie et notre solidarité… »

Ça m’a un peu émue. Pourquoi ça m’a émue ? Parce qu’on est en plein reconfinement. Et c’est une classe que, pour l’instant, je n'arrive pas à recontacter. Mais on va tout faire. On va tout faire. 

Quel est le rapport avec mes élèves ? Je dirais, c’est la proximité. Déjà, quand on est en présentiel, c’est de voir avec eux si le distanciel n’a pas amoché un peu leur état d'esprit, leur motivation, leur sentiment de solitude. Parce qu’ils sont seuls. Ils ne sont pas avec les camarades et puis ils sont à un âge, justement, où on a besoin d’être ensemble, de rigoler ensemble. Et puis les encourager, quel que soit le pas qu’ils ont effectué, un petit pas, un petit exercice rendu. Pour certains, ce n’est rien du tout. Un grand pas, parce qu’ils ont réussi à se connecter. Par exemple, sur Parcoursup, en ce moment, c’est la période, ils ont déposé leur lettre de motivation. Parfois, dans nos emplois du temps qui sont très poreux, c’est pouvoir leur répondre un dimanche soir à une question toute bête, parce que ça ne peut pas attendre. Et de les reprendre après, en présentiel, en leur posant la question : « Comment s’est passé le week-end ? » C’est leur donner du temps, du temps d'écoute parce que peut-être qu’à la maison, personne ne les écoute, parce que peut-être ils ont perdu le contact avec l’extérieur et c’est leur seule manière d’en regagner. 

Oh ! [Rires] C’est un très joli cadeau ! La pelote de laine, c’est la patience, c’est le temps qui passe, mais c’est le temps qu’on peut aussi utiliser à bon escient. Et puis c’est le partage et quand c’est fini, c’est un cadeau qu’on offre. Si je fais le parallèle avec l’Éducation nationale, c’est exactement pareil, c’est le temps qu’on consacre. De temps en temps, il y a des nœuds, donc on reprend, on a oublié quelque chose, on a fait une erreur, eh bien c’est ça, la pelote de laine. Et promis cet été, je m’y remets, je pense un peu à moi [Rires].

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