Les Énergies scolaires : posture de vie, la Communication NonViolente

Extra classe

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Les Énergies scolaires : posture de vie, la Communication NonViolente

Avant d'exercer la profession de régulatrice scolaire au sein de l'Éducation nationale, Nadège Letessier a longtemps enseigné en Segpa. À ses débuts, ce public dit « difficile » ou « différent » lui a donné du fil à retordre. C'est ce qui l'a amenée à se remettre profondément en question. Elle a pourtant gardé une certitude : celle que tous ces enfants sont intelligents et que leurs blocages sont beaucoup plus souvent d'ordre émotionnel que cognitif. C'est dans ce contexte qu'elle découvre la communication non violente, un outil qu'elle a mis au service de sa pédagogie. Découvrons ensemble le récit sans détour de Nadège, pour qui les échecs sont aussi constructifs que les réussites.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Émission préparée par : Aurélie Dulin 

Réalisée par : Aurélie Dulin 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno 

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021 

Transcription : 

Je m'appelle Nadège Letessier. Je suis régulatrice scolaire sur le département du 94 [Val-de-Marne].  

L'idée, c'est vraiment d'avoir un personnel-ressource pour accompagner des équipes, pour accompagner des enfants qui ont des besoins éducatifs particuliers et notamment par rapport à des comportements dits « difficiles ». J'ai été professeure de Segpa [section d’enseignement général et professionnel adapté] pendant 8 ans, avant d'être régulatrice scolaire. Ma première année, ça a été « rock’n’roll ». Les gommes volaient dans la classe, c'étaient des insultes permanentes entre eux, ils n'arrivaient pas du tout à travailler et moi je suis arrivée dans ce contexte. Et je me suis dit : « Houlala ! Ça ne va pas marcher, d'être autoritaire ça ne marche pas. » Comme je le dis parfois, je suis devenue, en ces débuts en Segpa, une enseignante séductrice, puisque c'était le moyen pour moi de garder le calme dans la classe. Mais finalement je n'étais pas très exigeante au niveau des apprentissages. Donc je me suis dit : « Non ! Ça, ce n'est pas OK. » Il a fallu que j'apprenne à cette époque-là à ne pas prendre les choses personnellement. Et dans ma vie, on va dire « à côté », j'ai découvert la CNV [communication non violente], dans des contextes autres. J'ai beaucoup appris sur moi-même par rapport aux postures, aux intentions, toutes ces petites choses. Et je me suis dit : « OK. Là, il va falloir tout revoir. »  

J'avais peur. J'avais peur que le groupe m'échappe. J'avais peur de ne pas être à la hauteur. Avec le recul, je pense que j'étais vraiment animée par cette peur. Et par moments, même si j'ai toujours eu de la bienveillance je pense, je me laissais déborder et je pouvais être autoritaire. Je pouvais aussi ne pas être à l'écoute des enfants et de leurs émotions, parce que je ne savais pas comment faire.  

Donc là, on est en 6e et j'ai un groupe on va dire très « tonique », avec des enfants qui gèrent difficilement leurs émotions, où il y a deux élèves, notamment Ryan et Paulina qui sont, comment dire, en implosions-explosions régulières entre eux et seuls. Ces deux enfants, un jour, m’ont scotchée. Parce que j’étais en train de travailler avec d'autres enfants, en plan de travail, tranquillement. Et puis d'un seul coup, je vois Ryan et Paulina se lever avec deux autres enfants. Et là, je vois une médiation qui se met en place avec nos affichettes sur la communication non violente. Et je les vois, qui commencent à dire à leurs camarades : « Bon ! Alors maintenant, vous êtes d'accord pour qu'on commence une médiation ? Vous voulez que ça s’arrange ? Oui ? Non ? » Et là, je vois Ryan tout calme, pas du tout en train de vouloir prendre le pouvoir, entre guillemets, sur Paulina. Non, il était là, il disait OK et il respectait les différentes étapes. Il a pu, en temps 1, écouter la petite qui lui reprochait de l'embêter régulièrement et en temps 2, s'exprimer. Et c'était magique, parce qu'ils ont fini en se disant : « Bon ben, c'est OK, je vais faire un effort même si pour l'instant je n'ai pas trop envie de te parler quand même », parce que bon c'était un peu difficile. Mais ils se sont emparés de l'outil, ça a été fluide. Le conflit s’est réglé en cinq minutes et ils sont revenus sur leur plan de travail. C'était magique ! Enfin pour moi, c'était un magnifique cadeau !  

Les élèves de Segpa avec lesquels j'ai travaillé sont le miroir de ma propre histoire. Puisque j'étais une enfant très timide qui ne comprenait pas ce qu'on attendait de moi et qui avait des croyances sur moi, sur le fait que je n'étais pas très intelligente, que je ne savais pas faire. Et mes blocages m'ont amenée à avoir dans les problèmes des 0 sur 10. Et quand j'ai compris ça plus tard, que finalement, les émotions pouvaient nous empêcher de penser, en tout cas, avoir des blocages qui nous empêchent de penser, je me suis dit : « Ah ! OK. » C'est vrai que je les comprenais vraiment. J’étais de tout cœur avec eux. Je crois que ce qui m'anime, c'est de permettre aux enfants d'exprimer profondément qui ils sont. Qui ils sont et le trésor qu'ils ont en eux. Je crois que mes plus beaux cadeaux, enfin les plus belles réussites c'est de voir les yeux des enfants briller quand ils comprennent quelque chose et de se dire : « Ah mais je sais » ou « je ne suis pas ça ! »  

L'idée, c'est vraiment de porter un regard différent sur nos élèves, de porter un regard différent sur soi. On est finalement dans un monde où on juge beaucoup, tout, tout le temps, de manière positive, de manière négative. Et l'idée, c'est que derrière une émotion, il y a un besoin, que ce soit chez l'enfant ou chez nous, adultes. Et plus on va apprendre à regarder autrement ce qui se joue, plus on va être mieux avec nous-mêmes et mieux on va enseigner. Et c'est un message extrêmement fort, pour moi-même et pour les gens que j'accompagne aujourd'hui, de poser ce regard sur quel est mon besoin premier ? Et quel est le besoin qu’a l'autre en face de moi ? Et quand je m'exprime, quand je vais communiquer, c’est d’être claire avec mon intention : « Est-ce que je fais une remarque ? Est-ce que je pose une question ? » Parce que ça évite des malentendus. Pour moi, la CNV amène à une liberté intérieure. Puisqu’on ne va plus prendre les choses personnellement, on va avoir le besoin en l'autre. On va petit à petit s'exprimer de mieux en mieux, être mieux entendu. Donc oui, c'est vraiment une philosophie. 

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Avant d'exercer la profession de régulatrice scolaire au sein de l'Éducation nationale, Nadège Letessier a longtemps enseigné en Segpa. À ses débuts, ce public dit « difficile » ou « différent » lui a donné du fil à retordre. C'est ce qui l'a amenée à se remettre profondément en question. Elle a pourtant gardé une certitude : celle que tous ces enfants sont intelligents et que leurs blocages sont beaucoup plus souvent d'ordre émotionnel que cognitif. C'est dans ce contexte qu'elle découvre la communication non violente, un outil qu'elle a mis au service de sa pédagogie. Découvrons ensemble le récit sans détour de Nadège, pour qui les échecs sont aussi constructifs que les réussites.

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Je m'appelle Nadège Letessier. Je suis régulatrice scolaire sur le département du 94 [Val-de-Marne].  

L'idée, c'est vraiment d'avoir un personnel-ressource pour accompagner des équipes, pour accompagner des enfants qui ont des besoins éducatifs particuliers et notamment par rapport à des comportements dits « difficiles ». J'ai été professeure de Segpa [section d’enseignement général et professionnel adapté] pendant 8 ans, avant d'être régulatrice scolaire. Ma première année, ça a été « rock’n’roll ». Les gommes volaient dans la classe, c'étaient des insultes permanentes entre eux, ils n'arrivaient pas du tout à travailler et moi je suis arrivée dans ce contexte. Et je me suis dit : « Houlala ! Ça ne va pas marcher, d'être autoritaire ça ne marche pas. » Comme je le dis parfois, je suis devenue, en ces débuts en Segpa, une enseignante séductrice, puisque c'était le moyen pour moi de garder le calme dans la classe. Mais finalement je n'étais pas très exigeante au niveau des apprentissages. Donc je me suis dit : « Non ! Ça, ce n'est pas OK. » Il a fallu que j'apprenne à cette époque-là à ne pas prendre les choses personnellement. Et dans ma vie, on va dire « à côté », j'ai découvert la CNV [communication non violente], dans des contextes autres. J'ai beaucoup appris sur moi-même par rapport aux postures, aux intentions, toutes ces petites choses. Et je me suis dit : « OK. Là, il va falloir tout revoir. »  

J'avais peur. J'avais peur que le groupe m'échappe. J'avais peur de ne pas être à la hauteur. Avec le recul, je pense que j'étais vraiment animée par cette peur. Et par moments, même si j'ai toujours eu de la bienveillance je pense, je me laissais déborder et je pouvais être autoritaire. Je pouvais aussi ne pas être à l'écoute des enfants et de leurs émotions, parce que je ne savais pas comment faire.  

Donc là, on est en 6e et j'ai un groupe on va dire très « tonique », avec des enfants qui gèrent difficilement leurs émotions, où il y a deux élèves, notamment Ryan et Paulina qui sont, comment dire, en implosions-explosions régulières entre eux et seuls. Ces deux enfants, un jour, m’ont scotchée. Parce que j’étais en train de travailler avec d'autres enfants, en plan de travail, tranquillement. Et puis d'un seul coup, je vois Ryan et Paulina se lever avec deux autres enfants. Et là, je vois une médiation qui se met en place avec nos affichettes sur la communication non violente. Et je les vois, qui commencent à dire à leurs camarades : « Bon ! Alors maintenant, vous êtes d'accord pour qu'on commence une médiation ? Vous voulez que ça s’arrange ? Oui ? Non ? » Et là, je vois Ryan tout calme, pas du tout en train de vouloir prendre le pouvoir, entre guillemets, sur Paulina. Non, il était là, il disait OK et il respectait les différentes étapes. Il a pu, en temps 1, écouter la petite qui lui reprochait de l'embêter régulièrement et en temps 2, s'exprimer. Et c'était magique, parce qu'ils ont fini en se disant : « Bon ben, c'est OK, je vais faire un effort même si pour l'instant je n'ai pas trop envie de te parler quand même », parce que bon c'était un peu difficile. Mais ils se sont emparés de l'outil, ça a été fluide. Le conflit s’est réglé en cinq minutes et ils sont revenus sur leur plan de travail. C'était magique ! Enfin pour moi, c'était un magnifique cadeau !  

Les élèves de Segpa avec lesquels j'ai travaillé sont le miroir de ma propre histoire. Puisque j'étais une enfant très timide qui ne comprenait pas ce qu'on attendait de moi et qui avait des croyances sur moi, sur le fait que je n'étais pas très intelligente, que je ne savais pas faire. Et mes blocages m'ont amenée à avoir dans les problèmes des 0 sur 10. Et quand j'ai compris ça plus tard, que finalement, les émotions pouvaient nous empêcher de penser, en tout cas, avoir des blocages qui nous empêchent de penser, je me suis dit : « Ah ! OK. » C'est vrai que je les comprenais vraiment. J’étais de tout cœur avec eux. Je crois que ce qui m'anime, c'est de permettre aux enfants d'exprimer profondément qui ils sont. Qui ils sont et le trésor qu'ils ont en eux. Je crois que mes plus beaux cadeaux, enfin les plus belles réussites c'est de voir les yeux des enfants briller quand ils comprennent quelque chose et de se dire : « Ah mais je sais » ou « je ne suis pas ça ! »  

L'idée, c'est vraiment de porter un regard différent sur nos élèves, de porter un regard différent sur soi. On est finalement dans un monde où on juge beaucoup, tout, tout le temps, de manière positive, de manière négative. Et l'idée, c'est que derrière une émotion, il y a un besoin, que ce soit chez l'enfant ou chez nous, adultes. Et plus on va apprendre à regarder autrement ce qui se joue, plus on va être mieux avec nous-mêmes et mieux on va enseigner. Et c'est un message extrêmement fort, pour moi-même et pour les gens que j'accompagne aujourd'hui, de poser ce regard sur quel est mon besoin premier ? Et quel est le besoin qu’a l'autre en face de moi ? Et quand je m'exprime, quand je vais communiquer, c’est d’être claire avec mon intention : « Est-ce que je fais une remarque ? Est-ce que je pose une question ? » Parce que ça évite des malentendus. Pour moi, la CNV amène à une liberté intérieure. Puisqu’on ne va plus prendre les choses personnellement, on va avoir le besoin en l'autre. On va petit à petit s'exprimer de mieux en mieux, être mieux entendu. Donc oui, c'est vraiment une philosophie. 

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