Les Énergies scolaires : de la danse au Capes, récit d'une reconversion

Extra classe

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Les Énergies scolaires : de la danse au Capes, récit d'une reconversion

Qu’est-ce qui peut mener au désir d’enseigner ? Pourquoi, après avoir pratiqué un autre métier, choisir l’enseignement ? Et si cette question, loin d’être anecdotique, nous éclairait sur ce qui donne du sens. Sans détours et avec sincérité, Adeline Mauchand nous livre son parcours. À 34 ans, après un master de sociologie et une carrière de danseuse contemporaine, elle décide de passer le Capes de lettres modernes… 

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission préparée par : Silvère Chéret 

Réalisée par : Silvère Chéret 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Bababam 

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021 

Transcription : 

Je m'appelle Adeline, je suis étudiante en master à Chambéry, à l'université Savoie Mont Blanc, en lettres modernes, master MEEF [métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation] et je prépare le Capes de français. 

Je suis née à Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, dans le 71. J'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Pierre-de-Bresse, à 40 kilomètres de Chalon-sur-Saône. La ville était assez loin. Mon père est agriculteur et ma mère est fonctionnaire de la collectivité territoriale. 

J’ai une scolarité assez classique. Après le bac, à 18 ans, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J'ai le bac, je veux aller à la fac. Je ne savais pas dans quelle discipline m'inscrire et je suis tombée sur une brochure qui présentait la sociologie. Je ne connaissais pas la sociologie. La façon dont on me l’a décrite : c'est une science humaine où on étudie des faits sociaux, des faits de société. Et ça m'a vraiment parlé, donc je me suis dit : « Je m'inscris en sociologie. » Et j'ai fait tout le parcours jusqu'en master.  

J'ai toujours eu, depuis que j'ai 4-5 ans, une passion pour la danse et comme je savais qu'il y avait un Conservatoire à Chalon-sur-Saône, j’ai passé une audition, à l'entrée du lycée, à 15 ans. J'en garde une super expérience, parce que j'ai découvert la danse contemporaine que je ne connaissais pas. Et j'ai découvert aussi un monde, parce que la danse contemporaine c'était quand même très loin de moi. Mes parents, par exemple, ne m'ont jamais emmenée voir un spectacle de danse contemporaine. Je pense que j'ai manqué un peu de confiance en moi. Je pense que j’ai toujours eu envie de devenir danseuse professionnelle, mais au Conservatoire, j'étais loin d'être la meilleure. Les danseuses, qui étaient avec moi, avaient commencé le Conservatoire depuis 10 ans, donc j'ai rattrapé, au fur et à mesure, un peu mes lacunes en technique. Mais, peu d'entre elles envisageaient une carrière de danseuse. Donc, je me suis dit : « Si déjà elles, qui, je trouve, sont meilleures que moi, ne veulent pas être danseuses, je ne me suis pas autorisée à me dire : ‟Moi aussi, je peux être danseuse”. » 

Mon master 2 : je suis partie en échange universitaire à Montréal. C'est vraiment là qu’est née mon envie de me dire : « J'aimerais bien être danseuse professionnelle. » Parce que, à Montréal, juste en face de l'université où j'étais, il y avait une école de danse professionnelle. Et je pouvais prendre des cours de préparation à l'entrée à cette école. C'était une école professionnelle, donc la plupart des danseurs qui prenaient ces cours, envisageaient l'audition à la fin de l'année pour rentrer dans cette école. Et puis, j'étais entourée de gens qui envisageaient de devenir professionnels. Donc, l'idée a un peu émergé là. Il y a des gens qui, après leurs études, partent une année voyager, prennent une année sabbatique. Eh bien moi, je ne prends pas une année de voyage, je me prends une année où je danse.  

Mais, c'est compliqué de devenir danseuse professionnelle. Donc, à la fois je prenais mes cours de danse et à la fois je cherchais du travail en sociologie. J'avais quand même un master de sociologie et c'est là que j'ai été embauchée à Marseille, à l’ASSA, au laboratoire de sociologie appliquée. C’était un contrat de 6 mois sur la socialisation des jeunes enfants entre 2 et 3 ans, sur la socialisation qui peut être différente selon leur mode de garde. C'était vraiment très intéressant et ce qui m'a vraiment peut-être le plus surprise dans cette étude, c'est à quel point on voit déjà à cet âge-là, beaucoup de différences entre les enfants, moins à la crèche, mais surtout à l'école, la grande diversité, la grande hétérogénéité des attitudes, des façons d'être. 

Il y a un événement de ma vie qui fait que… En fait, j'ai perdu un très bon ami et à ce moment-là, ça un peu joué comme un booster, en me disant : « Aujourd'hui, qu'est-ce que j'ai vraiment envie de faire ? » Et à ce moment-là, j'avais vraiment envie de danser. Donc, à partir de là, je me suis vraiment consacrée à temps plein à la danse, pendant 5-6 ans. J'ai dansé, j'ai pris des cours de danse, j'ai été interprète dans des compagnies. Malheureusement, c'était quand même toujours un peu compliqué financièrement. En 2020, donc l'année dernière, j’envisageais toujours de danser évidemment, mais je sentais que j'avais aussi un désir d'une plus grande stabilité, peut-être financière. Et puis aussi, parce que la danse m'a beaucoup nourrie, physiquement, intellectuellement. Mais, il me manquait une activité plus cérébrale. J'avais quand même fait des études de sociologie et j'avais envie de mettre à contribution tout ce que je connaissais, mes connaissances en sociologie, dans quelque chose d'utile, de concret. Donc je me suis dit : « Qu'est-ce que je peux faire qui rassemble tous ces paramètres ? » Ce désir d'une plus grande stabilité, le désir de mettre à contribution mes connaissances, l'envie de réfléchir à des questions pédagogiques. Autant je n'avais pas envie d'être prof de danse, mais l'idée de transmettre était quand même là. J'avais pas mal parlé de pédagogie avec, justement, des amis qui sont profs de danse. Et ces questions de pédagogie m'intéressaient quand même. Donc, c'est comme ça que l'idée d'enseigner est venue : une nuit, je n’arrivais pas à dormir, l’idée d’être prof de français, tout d’un coup, est née. J'adore la littérature, l'art en général. Prof de français, je pense qu'on peut faire pas mal de projets avec les élèves. On peut parler de plein de choses, de l'actualité… et puis, mes connaissances sociologiques sur les quartiers populaires, parce que j'ai aussi envie d'enseigner dans les quartiers populaires. J'ai été prise dans un master MEEF dans lequel je suis aujourd'hui : préparation au Capes de français, de lettres modernes.  

Je crois qu'on n'est jamais vraiment prêt, donc je pense qu'il faut se lancer. En tout cas, je pense quand même que toutes mes expériences jusqu’à présent, les différentes choses que j'ai faites dans la vie, font que j'ai des outils. J'aurais été plus jeune, ça m'aurait fait davantage peur. J'ai 34 ans, donc je pense que j'ai un certain bagage qui va me permettre de mieux appréhender le métier. La prochaine rentrée que je vais faire, donc au 1er septembre, où je vais être, pour la première fois, en tant que prof, devant ma classe… c'est peut-être utopiste, idéaliste, mais j'aimerais qu'ils me rencontrent. C'est-à-dire, je ne sais pas comment l'exprimer, une certaine forme, j'allais dire d'intensité, non, ce n’est pas le mot, mais de vérité. En tout cas, la façon dont j'imagine être prof, c'est que je sois aussi vraie et authentique, parce que moi aussi, les profs qui m'ont marquée ce sont ceux où j'ai senti qu'ils étaient vraiment eux-mêmes… enfin, il y avait une certaine authenticité, sincérité.

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Qu’est-ce qui peut mener au désir d’enseigner ? Pourquoi, après avoir pratiqué un autre métier, choisir l’enseignement ? Et si cette question, loin d’être anecdotique, nous éclairait sur ce qui donne du sens. Sans détours et avec sincérité, Adeline Mauchand nous livre son parcours. À 34 ans, après un master de sociologie et une carrière de danseuse contemporaine, elle décide de passer le Capes de lettres modernes… 

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Transcription : 

Je m'appelle Adeline, je suis étudiante en master à Chambéry, à l'université Savoie Mont Blanc, en lettres modernes, master MEEF [métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation] et je prépare le Capes de français. 

Je suis née à Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, dans le 71. J'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Pierre-de-Bresse, à 40 kilomètres de Chalon-sur-Saône. La ville était assez loin. Mon père est agriculteur et ma mère est fonctionnaire de la collectivité territoriale. 

J’ai une scolarité assez classique. Après le bac, à 18 ans, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. J'ai le bac, je veux aller à la fac. Je ne savais pas dans quelle discipline m'inscrire et je suis tombée sur une brochure qui présentait la sociologie. Je ne connaissais pas la sociologie. La façon dont on me l’a décrite : c'est une science humaine où on étudie des faits sociaux, des faits de société. Et ça m'a vraiment parlé, donc je me suis dit : « Je m'inscris en sociologie. » Et j'ai fait tout le parcours jusqu'en master.  

J'ai toujours eu, depuis que j'ai 4-5 ans, une passion pour la danse et comme je savais qu'il y avait un Conservatoire à Chalon-sur-Saône, j’ai passé une audition, à l'entrée du lycée, à 15 ans. J'en garde une super expérience, parce que j'ai découvert la danse contemporaine que je ne connaissais pas. Et j'ai découvert aussi un monde, parce que la danse contemporaine c'était quand même très loin de moi. Mes parents, par exemple, ne m'ont jamais emmenée voir un spectacle de danse contemporaine. Je pense que j'ai manqué un peu de confiance en moi. Je pense que j’ai toujours eu envie de devenir danseuse professionnelle, mais au Conservatoire, j'étais loin d'être la meilleure. Les danseuses, qui étaient avec moi, avaient commencé le Conservatoire depuis 10 ans, donc j'ai rattrapé, au fur et à mesure, un peu mes lacunes en technique. Mais, peu d'entre elles envisageaient une carrière de danseuse. Donc, je me suis dit : « Si déjà elles, qui, je trouve, sont meilleures que moi, ne veulent pas être danseuses, je ne me suis pas autorisée à me dire : ‟Moi aussi, je peux être danseuse”. » 

Mon master 2 : je suis partie en échange universitaire à Montréal. C'est vraiment là qu’est née mon envie de me dire : « J'aimerais bien être danseuse professionnelle. » Parce que, à Montréal, juste en face de l'université où j'étais, il y avait une école de danse professionnelle. Et je pouvais prendre des cours de préparation à l'entrée à cette école. C'était une école professionnelle, donc la plupart des danseurs qui prenaient ces cours, envisageaient l'audition à la fin de l'année pour rentrer dans cette école. Et puis, j'étais entourée de gens qui envisageaient de devenir professionnels. Donc, l'idée a un peu émergé là. Il y a des gens qui, après leurs études, partent une année voyager, prennent une année sabbatique. Eh bien moi, je ne prends pas une année de voyage, je me prends une année où je danse.  

Mais, c'est compliqué de devenir danseuse professionnelle. Donc, à la fois je prenais mes cours de danse et à la fois je cherchais du travail en sociologie. J'avais quand même un master de sociologie et c'est là que j'ai été embauchée à Marseille, à l’ASSA, au laboratoire de sociologie appliquée. C’était un contrat de 6 mois sur la socialisation des jeunes enfants entre 2 et 3 ans, sur la socialisation qui peut être différente selon leur mode de garde. C'était vraiment très intéressant et ce qui m'a vraiment peut-être le plus surprise dans cette étude, c'est à quel point on voit déjà à cet âge-là, beaucoup de différences entre les enfants, moins à la crèche, mais surtout à l'école, la grande diversité, la grande hétérogénéité des attitudes, des façons d'être. 

Il y a un événement de ma vie qui fait que… En fait, j'ai perdu un très bon ami et à ce moment-là, ça un peu joué comme un booster, en me disant : « Aujourd'hui, qu'est-ce que j'ai vraiment envie de faire ? » Et à ce moment-là, j'avais vraiment envie de danser. Donc, à partir de là, je me suis vraiment consacrée à temps plein à la danse, pendant 5-6 ans. J'ai dansé, j'ai pris des cours de danse, j'ai été interprète dans des compagnies. Malheureusement, c'était quand même toujours un peu compliqué financièrement. En 2020, donc l'année dernière, j’envisageais toujours de danser évidemment, mais je sentais que j'avais aussi un désir d'une plus grande stabilité, peut-être financière. Et puis aussi, parce que la danse m'a beaucoup nourrie, physiquement, intellectuellement. Mais, il me manquait une activité plus cérébrale. J'avais quand même fait des études de sociologie et j'avais envie de mettre à contribution tout ce que je connaissais, mes connaissances en sociologie, dans quelque chose d'utile, de concret. Donc je me suis dit : « Qu'est-ce que je peux faire qui rassemble tous ces paramètres ? » Ce désir d'une plus grande stabilité, le désir de mettre à contribution mes connaissances, l'envie de réfléchir à des questions pédagogiques. Autant je n'avais pas envie d'être prof de danse, mais l'idée de transmettre était quand même là. J'avais pas mal parlé de pédagogie avec, justement, des amis qui sont profs de danse. Et ces questions de pédagogie m'intéressaient quand même. Donc, c'est comme ça que l'idée d'enseigner est venue : une nuit, je n’arrivais pas à dormir, l’idée d’être prof de français, tout d’un coup, est née. J'adore la littérature, l'art en général. Prof de français, je pense qu'on peut faire pas mal de projets avec les élèves. On peut parler de plein de choses, de l'actualité… et puis, mes connaissances sociologiques sur les quartiers populaires, parce que j'ai aussi envie d'enseigner dans les quartiers populaires. J'ai été prise dans un master MEEF dans lequel je suis aujourd'hui : préparation au Capes de français, de lettres modernes.  

Je crois qu'on n'est jamais vraiment prêt, donc je pense qu'il faut se lancer. En tout cas, je pense quand même que toutes mes expériences jusqu’à présent, les différentes choses que j'ai faites dans la vie, font que j'ai des outils. J'aurais été plus jeune, ça m'aurait fait davantage peur. J'ai 34 ans, donc je pense que j'ai un certain bagage qui va me permettre de mieux appréhender le métier. La prochaine rentrée que je vais faire, donc au 1er septembre, où je vais être, pour la première fois, en tant que prof, devant ma classe… c'est peut-être utopiste, idéaliste, mais j'aimerais qu'ils me rencontrent. C'est-à-dire, je ne sais pas comment l'exprimer, une certaine forme, j'allais dire d'intensité, non, ce n’est pas le mot, mais de vérité. En tout cas, la façon dont j'imagine être prof, c'est que je sois aussi vraie et authentique, parce que moi aussi, les profs qui m'ont marquée ce sont ceux où j'ai senti qu'ils étaient vraiment eux-mêmes… enfin, il y avait une certaine authenticité, sincérité.

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