Parlons pratiques ! : L'enseignement hybride pour réduire les distances ?

Extra classe

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Parlons pratiques ! : L'enseignement hybride pour réduire les distances ?

Jean-Michel Le Baut, professeur de Lettres au lycée de l'Iroise à Brest et formateur numérique, travaille depuis de nombreuses années sur la capacité du numérique à transformer la pédagogie, développer les compétences des élèves, construire des dynamiques de travail et resserrer les liens. Loin des idées reçues, et si le distanciel pouvait réduire les distances ? Et s’il pouvait offrir aux élèves un espace de créativité et de communication plus proche de leurs usages ? Et si internet pouvait rétablir des ponts là où l’espace réel les avait supprimés ?

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Émission préparée par :  Hélène Audard, Aurélie Dulin et Régis Forgione 

Animée par :  Hélène Audard et Régis Forgione 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir  

Coordination et production : Magali Devance, Luc Taramini, Hervé Turri  

Mixage : Bababam 

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux 

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2021  

Transcription : 

Hélène Audard & Régis Forgione : Bonjour, bienvenue dans ce tout premier épisode de « Parlons pratiques ! »  

Nous sommes Hélène Audard et Régis Forgione et nous sommes très heureux de vous accueillir dans cette nouvelle émission d’Extra classe. 

Dans « Parlons pratiques ! », il sera question de pédagogie, de climat scolaire, de numérique éducatif et bien plus, avec des analyses, des échanges pair-à-pair, des interviews et des tables rondes. Avec vous, nous allons explorer les enjeux éducatifs dans toutes leurs dimensions, grâce à des invités qui vont nous apporter éclairages, points de vue et expertises. Notre ligne de conduite : être au plus près de vos préoccupations et besoins. Que vous soyez enseignants ou en passe de le devenir, CPE, chefs d'établissement, parents ou partenaires de l'école, vous êtes tous les bienvenus à notre table.  

Pour ce premier épisode et au vu de la situation depuis bientôt un an, le sujet était quasiment tout trouvé : l'enseignement hybride. Jusque-là, l'hybridation relevait encore de l'avant-garde pédagogique. Elle est aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, le quotidien d'un grand nombre d'enseignants et d'élèves.  

C'est ce bouleversement que nous allons essayer d’appréhender avec notre invité. En tant qu'enseignant de lettres, il pratique l'hybridation depuis plus de dix ans. Son leitmotiv : on peut créer de la présence et un lien pédagogique de qualité, malgré la distance, ou peut-être même grâce à elle. L’hybridation pour réduire les distances, c'est le thème de ce « Parlons pratiques ! » aux côtés de Jean-Michel Le Baut. Bonjour Jean-Michel ! 

Jean-Michel Le Baut : Bonjour à vous ! 

HA : Jean-Michel Le Baut avec i-voix, vous proposez depuis une douzaine d'années à vos élèves un projet de création littéraire hybride, à plus d'un titre, puisque vous combinez du présentiel, du distanciel, du synchrone, de l’asynchrone. Mais aussi du clavier, du crayon, des productions individuelles collectives, du travail accompagné et autonome. Au vu de tout cela, quelle serait votre définition de l'hybridation ? 

JMLB : Ma première réponse, j'ai envie de dire, je ne sais pas. En tout cas, quand j'ai lancé le projet i-voix, je ne savais pas ce qu'était l’hybridation. Je ne connaissais même pas le mot. Le projet i-voix, c'est de l'hybridation un petit peu sauvage, empirique, artisanale. Je sais, en tout cas, ce que n’est pas l'hybridation. Ce n'est pas, contrairement peut-être à certaines idées reçues, de l'enseignement à distance, comme vous le disiez à l'instant. C'est, au contraire, chercher à articuler le présentiel et le distanciel, à les relier, à les organiser de façon complémentaire et parfois simultanée. L'hybridation, ce n'est pas non plus, et c'est une autre confusion qu'on fait parfois, de l'enseignement bimodal. C’est-à-dire que ce n'est pas un professeur qui fait cours devant une partie de sa classe, qui se filme et qui diffuse en direct, ou non, son cours à destination des élèves qui sont chez eux. C'est un dispositif qui a été testé, pas mal ces dernières semaines, mais qui me semble avoir des intérêts pédagogiques assez limités. L'hybridation, je pense que c'est vraiment repenser globalement son enseignement pour imaginer des activités différenciées et complémentaires. Comme vous le disiez, à la fois en présentiel et en distanciel, à la fois en mode synchrone et asynchrone. Peut-être insister sur le fait que l'hybridation ne s'improvise pas. Le projet i-voix, vous l’évoquiez, est mené depuis une dizaine d'années à Brest. L'essentiel de ce projet, pour simplifier, c'est un blog. Mais en fait, les activités se déclinent sur d'autres espaces numériques, un blog ou les élèves publient régulièrement leurs écrits d'appropriation des œuvres littéraires qu’ils lisent, des écrits numériques, des écrits créatifs ou re-créatifs. 

RF : Jean-Michel, est-ce que vous pourriez donner un exemple très concret – c’est extrêmement riche ce qu'on trouve sur i-voix effectivement, comme vous le dites – pour les auditeurs ? 

JMLB : Oui, tout à fait ! Par exemple, quelque chose qui a été produit récemment. Nous étions dans l'étude de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, qui est une pièce au programme de français en 1re et j'ai invité les élèves à mener deux activités. D'une part, à créer des comptes Instagram pour chaque personnage de la pièce et à les faire vivre, à publier sur ces comptes des images légendées qui essaieraient d'éclairer l'intériorité des personnages, et en particulier ce que les personnages n'arrivent pas à dire dans la vie réelle de la scène, puisque la pièce pose la question de ce que l'on peut dire ou ce que l'on ne peut pas dire, y compris à ses proches. Ce qui nous a permis d'avoir des productions extrêmement créatives, extrêmement sensibles. Ça a permis aux élèves de faire un vrai travail d’immersion dans la pièce et même à l'intérieur des personnages, d'entrer en empathie avec les personnages. Mais aussi de mener une réflexion sur la question, employons un mot un petit peu jargonnant peut-être, de l'extimité à l'heure du numérique : qu'est-ce qu'on peut ou pas dire de soi, partager de son intimité en ligne ? 

HA : Qu'est-ce qui fait que, dans une modalité hybride, ça peut se développer mieux que dans un enseignement plus traditionnel ?  

JMLB : C'est développé de façon hybride dans la mesure où une partie du travail est menée en classe, en présentiel. C’est-à-dire qu'il y a des cours autour de l'œuvre, de la pièce pour préparer le bac de français de façon un petit peu plus traditionnel. Il y a, en présentiel aussi, une heure hebdomadaire que je consacre systématiquement à ce projet. C'est une heure ritualisée, la séance i-voix, et donc je suis avec des élèves en salle multimédia. C'est l'heure où je lance les activités. Les élèves travaillent, je les accompagne dans la mise en œuvre de ces activités, je suis là pour répondre à toutes leurs questions. Mais évidemment, une partie importante du travail se fait aussi en ligne et à distance. C'est en ligne, à distance par exemple, que les élèves ont fait le choix du personnage pour lequel ils allaient créer un compte Instagram, que des groupes de travail se sont constitués, que des échanges entre les élèves ont eu lieu pour faire vivre le compte en question. Et la plupart des productions, en fait, a été réalisée à la maison par les élèves, chaque élève devant prendre des photos pour nourrir ce compte Instagram, et donc éventuellement se promenant dans son environnement pour essayer de trouver des images qui correspondraient à ce qu'on a essayé d'appeler des selfies de la vie intérieure des personnages.  

RF : En suivant vos projets, on est frappé par la présence que vous arrivez à créer avec vos élèves et entre eux. Quels seraient les fondamentaux, les points de vigilance que vous pourriez proposer aux enseignants qui nous écoutent pour créer ce cadre ? 

JMLB : Oui, je crois que vous l'avez évoqué tout à l'heure. Vraiment, l'enseignement hybride, ce n'est pas créer de la distance, au contraire, c’est essayer de créer de la présence au maximum, de réduire les distances. Ça suppose un double travail important, me semble-t-il. Les points de vigilance, c'est d'une part la scénarisation, d'autre part l'accompagnement. Du côté de la scénarisation, ce que je veux dire par là, c'est qu'il s'agit de structurer les activités, les tâches, les missions confiées aux élèves. C’est un vrai défi, parce que je crois que l'enseignement hybride nous invite encore plus que l'enseignement traditionnel à mettre les élèves en activité, à concevoir des activités, à confier des missions aux élèves, et puis à les aider à structurer leur travail autour de ces activités. Par exemple pour i-voix, c'est ce que j'évoquais à l'instant. Il s'agit pour moi d'essayer de rapprocher les élèves d'une littérature qui est parfois assez difficile, à s'éloigner de leur univers culturel et je les invite à participer, à entrer dans les œuvres, amener de l'écriture créative ou re-créative, des pratiques transformatives des œuvres, de l'écriture interventionniste. Comme on dit aussi parfois à concevoir une littérature participative, comme il existe une encyclopédie participative, évidemment fort connue. J'ajouterai de mon point de vue que pour cette scénarisation et pour ces activités, le numérique libère bien des possibles pour peu qu'on accepte d'aller chercher les élèves là où ils sont, qu'on exploite leurs outils personnels – les smartphones –, leurs pratiques numériques informelles – je parlais tout à l'heure des réseaux sociaux –, qu'on exploite aussi la textualité numérique qui est désormais multimodale, et donc qu'on les invite à mener des créations, des formes d'écriture à l'école qui ne soient pas simplement faites de mots comme dans une copie de bac, mais aussi d'images, de sons, de vidéos, d’hyperliens, etc.  

RF : Vous parlez d'une scénarisation précise des séquences. Mais vous parliez d'un deuxième point de vigilance à garder en mémoire ? 

JMLB : Oui, je crois que c'est l'accompagnement des élèves qui est très important dans le cadre d'un enseignement hybride. On ne peut pas laisser les élèves livrés à eux-mêmes. Ça a été dit au moment de cet enseignement à distance, de crise qu'on a vécu au printemps 2020, comme il y a eu du décrochage. Cela dit, d'ailleurs, on ne parle pas non plus trop de la capacité de l'enseignement présentiel dans nos classes, en autobus, à générer du décrochage scolaire et de l'ennui. Mais il y a une clé, je crois, outre les activités motivantes à mettre en place, c'est d'être le plus présent possible auprès des élèves, c'est de multiplier avec eux les interactions et les rétroactions en se faisant disponible, bienveillant, en les invitant eux-mêmes à formuler leurs difficultés, à expliciter les procédures pour mieux les acquérir. C’est pour ça qu'il y a certainement un travail très important d'autonomisation des élèves à mettre en place. Ça veut dire trouver un juste équilibre, un équilibre évolutif, je crois, entre le guidage et la liberté, entre l’étayage et le lâcher-prise. Ça veut dire, par exemple, pour ce qui me concerne, dans le cadre d'i-voix, il y a systématiquement des consignes de travail, des tutoriels techniques pour bien s'emparer des outils, un calendrier de travail extrêmement précis, et c'est dans ce cadre-là que les élèves ont à disposition sur notre plateforme notre cuisine du projet. Les élèves vont pouvoir développer petit à petit leur liberté et leur autonomie. J'ajoute d'ailleurs que l'accompagnement à mettre en place, c'est aussi un accompagnement, non pas simplement du prof à destination des élèves, mais un accompagnement des élèves entre eux. 

Il faut susciter des interactions entre les élèves, créer des communautés apprenantes, favoriser des projets coopératifs. Et ça, ça se fait, et en classe, et à distance. 

HA : Jean-Michel, on entend une forme un peu de complexité dans tout ce que vous proposez finalement. Effectivement, d'où le besoin de scénarisation. Mais est-ce que, parfois aussi, vous scénarisez, vous préparez des choses et puis, ça ne fonctionne pas ou ça ne marche pas comme vous l'imaginez ? Est-ce que l'hybridation pose des questions particulières, des difficultés particulières par rapport à la préparation d'une séquence habituelle ? 

JMLB : Des choses qui ne marchent pas, je n'en ai pas en tête. En revanche, des choses qui évoluent en fonction des réactions des élèves, c'est assez régulier. Effectivement, je lance des propositions, je lance des invitations, je confie des missions aux élèves et ils les réalisent. Et parfois, entre-temps, ça bouge un petit peu, ça change un petit peu. J'aime bien qu'il y ait ce côté aventure, que les choses soient moins figées. Ce que l'hybridation nous invite à transformer, c'est précisément la forme scolaire, ce sont aussi les formes scolaires, les productions des élèves. Par exemple, tout à l'heure, je vais rejoindre mes élèves. On va se lancer dans le travail sur la poésie. Je vais les inviter sur l'œuvre qu'ils vont lire à créer des selfies de poèmes, des poèmes qui se prennent en photo pour éclairer leur propre signification. C'est évidemment une mission un petit peu bizarre, étrange, donc j'attends l’effet de surprise, j'espère l’effet de surprise et j'espère avoir de beaux étonnements grâce à leurs productions. 

HA : Vous parlez des outils numériques qu’utilisent vos élèves. On a coutume soit de réduire le numérique à un outil, soit de survaloriser son rôle. Mais au-delà de ces aspects techniques qui le rendent indispensable pour apprendre et enseigner à distance, quelle place pour celui-ci dans votre enseignement hybride ? 

JMLB : Oui, il y a des outils numériques. Un smartphone, c'est un outil numérique, un réseau social d'une certaine façon, c'est un outil numérique, un ENT, une plateforme. Il y a des outils numériques, mais le numérique en lui-même, effectivement, comme vous le dites Hélène, ce n'est pas un outil. Dans l'hybridation, je ne l'envisage pas comme un outil. Je l'envisage comme un enjeu, en fait, essentiel du travail que nous menons. Il s'agit d'éduquer aussi au numérique pour dire les choses simplement. Il faut être assez clair par rapport à cette question. Le numérique pour moi et pour beaucoup d'entre nous je pense, ce n'est plus un choix. Le numérique, c'est une nécessité. Nous vivons dans une société qui est désormais numérisée. Le numérique au quotidien, pour chacun d'entre nous, transforme notre façon de travailler, de lire, d'écrire, de nous relier au monde, d'être traversé par le monde, d'apprendre. Le numérique, il est là ! Or, rappelons cette évidence, les digital natives n'existent pas. Les compétences numériques ne sont pas universellement partagées par tous nos élèves. Et en particulier, ce que de nombreuses enquêtes ont démontré, c'est qu'il y a inégalité sociale, non pas d'équipement par rapport au numérique, mais inégalité sociale et culturelle d'usage du numérique. Selon les classes sociales, les familles, les milieux, les usages du numérique par les élèves vont être tantôt banals, répétitifs voire très limites, tandis qu'ailleurs ils se feront divers et créatifs. Donc, ça veut dire que les familles ne peuvent pas entièrement, toutes en tout cas, mener une éducation au numérique. Si les familles ne le font pas, c'est à nous de le faire. C'est à nous d'apprendre à nos élèves à travailler avec le numérique et pour ma part, en plus, je pense qu'il y a une compétence fondamentale à ce sujet, c'est la compétence de publication. 

RF : Alors justement, Jean-Michel, encore une fois, dans cette obsession d'amener du concret aux enseignants auditeurs qui nous écoutent, concrètement, qu'est-ce qu'on fait dans la classe, dans un projet comme i-voix, pour amener ces compétences qu’ils ne peuvent pas recevoir de leur milieu familial ? 

JMLB : Alors, on apprend à publier, comme je le disais à l'instant. Je vais juste insister sur ce point, parce que c'est sans doute devenu une compétence majeure. Apprendre à publier, c'est apprendre à rejoindre un espace de publication, un espace public, un espace où désormais se joue notre citoyenneté, à savoir évidemment, internet. Apprendre à publier, ça veut dire concrètement le faire déjà. Ce n'est pas, je crois, en donnant des cours, des leçons théoriques sur ce qu'on doit faire, on ne doit pas faire en ligne qu'on va transformer les pratiques des élèves. Apprendre à publier, c'est apprendre certains principes fondamentaux du genre : je réfléchis avant de publier. Ça veut dire prendre le temps avec les élèves en classe de réfléchir : « J'ai quelque chose que je dois publier, comment je vais faire pour que cette publication soit la plus belle, la plus intéressante possible ? » Apprendre à publier, c'est aussi acquérir des principes du genre : je suis ce que je publie. Qu'est-ce que je dis de moi à travers mes publications ? C'est tout ce que je publie en ligne à un destinataire. 

HA : Jean-Michel, on arrive sur la fin de cet échange et on voit qu’il y a énormément de choses à créer et à imaginer. Et donc, j'ai envie de vous poser la question de vos sources d'inspiration. Qu'est-ce qui vous inspire particulièrement pour créer tout ce travail ? 

JMLB : Nous sommes de nombreux collègues à nous inspirer les uns les autres et à travailler en ce sens aujourd'hui. Je dirais que ma source d'inspiration principale, ce sont les élèves. Évidemment, ce sont eux qui insufflent au projet i-voix une dynamique de travail étonnante, qui proposent des idées, qui transforment le projet au fur et à mesure des années. S'il fallait citer une source d'inspiration, peut-être je dirais quelqu'un que, je pense, beaucoup connaissent et qui a écrit des ouvrages assez fondamentaux, c'est Milad Doueihi, que j'ai eu la chance de rencontrer, que mes élèves aussi ont eu la chance de rencontrer, et qui est l'auteur de cet ouvrage fondamental : Pour un humanisme numérique [Seuil, 2011]. Parce qu’en reliant comme il le fait, l'humanisme et le numérique, je crois qu'il donne un sens au travail que nous faisons avec le numérique à l'école, avec l'hybridation en particulier. Relier l'humanisme et le numérique, c'est dire que nous sommes en train de vivre une révolution de l'écrit, à la hauteur de celle qui a eu lieu au moment de la révolution de l'imprimerie. C'est nous dire que si le livre imprimé a diffusé la lecture, aujourd'hui le numérique démocratise l'écriture. Et que c'est une chance pour nous, enseignants, professeurs de lettres en particulier comme moi, que cette démocratisation de l'écriture. Pour amener encore plus nos élèves à écrire, à écrire mieux, à écrire aussi autrement, à développer des capacités, à entrer dans les textes pour les annoter et même les recréer, à faire de la culture non plus simplement un patrimoine de sacrés à admirer, mais une culture vivante dans laquelle les élèves peuvent jouer un rôle, sur laquelle ils peuvent agir. Je crois que ce que Milad Doueihi nous indique, c'est qu'il faut dépasser l'opposition entre l'homme et la machine pour réhumaniser le numérique et ce qui m'intéresse dans cette hybridation, c'est bien la relation que l'on va créer entre le prof et les élèves, entre les élèves et la littérature, entre le livre imprimé et le numérique. C'est cette relation qui est au cœur des choses. 

RF : Réhumaniser le numérique, j'aimerais qu'on reste sur cette expression pour conclure cette émission. On a, je pense avec Hélène, eu la chance de vous avoir pour prendre de la hauteur sur ces questions de société numérique et d'hybridation dans l'éducation. Un grand merci Jean-Michel Le Baut. 

JMLB : Merci à vous. 

RF : Si vous êtes curieux de découvrir les productions concrètes des élèves de monsieur Le Baut, nous vous invitons à les consulter sur le blog i-voix. Vous trouverez les liens et d'autres propositions de référence dans les notes qui accompagnent cette émission. 

HA : Merci beaucoup Jean-Michel Le Baut d'avoir échangé avec nous aujourd'hui. 

JMLB : Merci à vous de m’avoir offert cette possibilité. Je crois que c'est très important de faire le récit de ce que l'on fait les uns les autres, y compris d'amener les élèves à raconter ce qu'ils font, ce qu'ils apprennent et merci de m’y avoir aidé aujourd'hui. 

HA & RF : L'hybridation pour réduire les distances, un épisode « Parlons pratiques ! », préparé avec Aurélie Dulin et animé par Hélène Audard et Régis Forgione. 

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Jean-Michel Le Baut, professeur de Lettres au lycée de l'Iroise à Brest et formateur numérique, travaille depuis de nombreuses années sur la capacité du numérique à transformer la pédagogie, développer les compétences des élèves, construire des dynamiques de travail et resserrer les liens. Loin des idées reçues, et si le distanciel pouvait réduire les distances ? Et s’il pouvait offrir aux élèves un espace de créativité et de communication plus proche de leurs usages ? Et si internet pouvait rétablir des ponts là où l’espace réel les avait supprimés ?

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Hélène Audard & Régis Forgione : Bonjour, bienvenue dans ce tout premier épisode de « Parlons pratiques ! »  

Nous sommes Hélène Audard et Régis Forgione et nous sommes très heureux de vous accueillir dans cette nouvelle émission d’Extra classe. 

Dans « Parlons pratiques ! », il sera question de pédagogie, de climat scolaire, de numérique éducatif et bien plus, avec des analyses, des échanges pair-à-pair, des interviews et des tables rondes. Avec vous, nous allons explorer les enjeux éducatifs dans toutes leurs dimensions, grâce à des invités qui vont nous apporter éclairages, points de vue et expertises. Notre ligne de conduite : être au plus près de vos préoccupations et besoins. Que vous soyez enseignants ou en passe de le devenir, CPE, chefs d'établissement, parents ou partenaires de l'école, vous êtes tous les bienvenus à notre table.  

Pour ce premier épisode et au vu de la situation depuis bientôt un an, le sujet était quasiment tout trouvé : l'enseignement hybride. Jusque-là, l'hybridation relevait encore de l'avant-garde pédagogique. Elle est aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, le quotidien d'un grand nombre d'enseignants et d'élèves.  

C'est ce bouleversement que nous allons essayer d’appréhender avec notre invité. En tant qu'enseignant de lettres, il pratique l'hybridation depuis plus de dix ans. Son leitmotiv : on peut créer de la présence et un lien pédagogique de qualité, malgré la distance, ou peut-être même grâce à elle. L’hybridation pour réduire les distances, c'est le thème de ce « Parlons pratiques ! » aux côtés de Jean-Michel Le Baut. Bonjour Jean-Michel ! 

Jean-Michel Le Baut : Bonjour à vous ! 

HA : Jean-Michel Le Baut avec i-voix, vous proposez depuis une douzaine d'années à vos élèves un projet de création littéraire hybride, à plus d'un titre, puisque vous combinez du présentiel, du distanciel, du synchrone, de l’asynchrone. Mais aussi du clavier, du crayon, des productions individuelles collectives, du travail accompagné et autonome. Au vu de tout cela, quelle serait votre définition de l'hybridation ? 

JMLB : Ma première réponse, j'ai envie de dire, je ne sais pas. En tout cas, quand j'ai lancé le projet i-voix, je ne savais pas ce qu'était l’hybridation. Je ne connaissais même pas le mot. Le projet i-voix, c'est de l'hybridation un petit peu sauvage, empirique, artisanale. Je sais, en tout cas, ce que n’est pas l'hybridation. Ce n'est pas, contrairement peut-être à certaines idées reçues, de l'enseignement à distance, comme vous le disiez à l'instant. C'est, au contraire, chercher à articuler le présentiel et le distanciel, à les relier, à les organiser de façon complémentaire et parfois simultanée. L'hybridation, ce n'est pas non plus, et c'est une autre confusion qu'on fait parfois, de l'enseignement bimodal. C’est-à-dire que ce n'est pas un professeur qui fait cours devant une partie de sa classe, qui se filme et qui diffuse en direct, ou non, son cours à destination des élèves qui sont chez eux. C'est un dispositif qui a été testé, pas mal ces dernières semaines, mais qui me semble avoir des intérêts pédagogiques assez limités. L'hybridation, je pense que c'est vraiment repenser globalement son enseignement pour imaginer des activités différenciées et complémentaires. Comme vous le disiez, à la fois en présentiel et en distanciel, à la fois en mode synchrone et asynchrone. Peut-être insister sur le fait que l'hybridation ne s'improvise pas. Le projet i-voix, vous l’évoquiez, est mené depuis une dizaine d'années à Brest. L'essentiel de ce projet, pour simplifier, c'est un blog. Mais en fait, les activités se déclinent sur d'autres espaces numériques, un blog ou les élèves publient régulièrement leurs écrits d'appropriation des œuvres littéraires qu’ils lisent, des écrits numériques, des écrits créatifs ou re-créatifs. 

RF : Jean-Michel, est-ce que vous pourriez donner un exemple très concret – c’est extrêmement riche ce qu'on trouve sur i-voix effectivement, comme vous le dites – pour les auditeurs ? 

JMLB : Oui, tout à fait ! Par exemple, quelque chose qui a été produit récemment. Nous étions dans l'étude de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, qui est une pièce au programme de français en 1re et j'ai invité les élèves à mener deux activités. D'une part, à créer des comptes Instagram pour chaque personnage de la pièce et à les faire vivre, à publier sur ces comptes des images légendées qui essaieraient d'éclairer l'intériorité des personnages, et en particulier ce que les personnages n'arrivent pas à dire dans la vie réelle de la scène, puisque la pièce pose la question de ce que l'on peut dire ou ce que l'on ne peut pas dire, y compris à ses proches. Ce qui nous a permis d'avoir des productions extrêmement créatives, extrêmement sensibles. Ça a permis aux élèves de faire un vrai travail d’immersion dans la pièce et même à l'intérieur des personnages, d'entrer en empathie avec les personnages. Mais aussi de mener une réflexion sur la question, employons un mot un petit peu jargonnant peut-être, de l'extimité à l'heure du numérique : qu'est-ce qu'on peut ou pas dire de soi, partager de son intimité en ligne ? 

HA : Qu'est-ce qui fait que, dans une modalité hybride, ça peut se développer mieux que dans un enseignement plus traditionnel ?  

JMLB : C'est développé de façon hybride dans la mesure où une partie du travail est menée en classe, en présentiel. C’est-à-dire qu'il y a des cours autour de l'œuvre, de la pièce pour préparer le bac de français de façon un petit peu plus traditionnel. Il y a, en présentiel aussi, une heure hebdomadaire que je consacre systématiquement à ce projet. C'est une heure ritualisée, la séance i-voix, et donc je suis avec des élèves en salle multimédia. C'est l'heure où je lance les activités. Les élèves travaillent, je les accompagne dans la mise en œuvre de ces activités, je suis là pour répondre à toutes leurs questions. Mais évidemment, une partie importante du travail se fait aussi en ligne et à distance. C'est en ligne, à distance par exemple, que les élèves ont fait le choix du personnage pour lequel ils allaient créer un compte Instagram, que des groupes de travail se sont constitués, que des échanges entre les élèves ont eu lieu pour faire vivre le compte en question. Et la plupart des productions, en fait, a été réalisée à la maison par les élèves, chaque élève devant prendre des photos pour nourrir ce compte Instagram, et donc éventuellement se promenant dans son environnement pour essayer de trouver des images qui correspondraient à ce qu'on a essayé d'appeler des selfies de la vie intérieure des personnages.  

RF : En suivant vos projets, on est frappé par la présence que vous arrivez à créer avec vos élèves et entre eux. Quels seraient les fondamentaux, les points de vigilance que vous pourriez proposer aux enseignants qui nous écoutent pour créer ce cadre ? 

JMLB : Oui, je crois que vous l'avez évoqué tout à l'heure. Vraiment, l'enseignement hybride, ce n'est pas créer de la distance, au contraire, c’est essayer de créer de la présence au maximum, de réduire les distances. Ça suppose un double travail important, me semble-t-il. Les points de vigilance, c'est d'une part la scénarisation, d'autre part l'accompagnement. Du côté de la scénarisation, ce que je veux dire par là, c'est qu'il s'agit de structurer les activités, les tâches, les missions confiées aux élèves. C’est un vrai défi, parce que je crois que l'enseignement hybride nous invite encore plus que l'enseignement traditionnel à mettre les élèves en activité, à concevoir des activités, à confier des missions aux élèves, et puis à les aider à structurer leur travail autour de ces activités. Par exemple pour i-voix, c'est ce que j'évoquais à l'instant. Il s'agit pour moi d'essayer de rapprocher les élèves d'une littérature qui est parfois assez difficile, à s'éloigner de leur univers culturel et je les invite à participer, à entrer dans les œuvres, amener de l'écriture créative ou re-créative, des pratiques transformatives des œuvres, de l'écriture interventionniste. Comme on dit aussi parfois à concevoir une littérature participative, comme il existe une encyclopédie participative, évidemment fort connue. J'ajouterai de mon point de vue que pour cette scénarisation et pour ces activités, le numérique libère bien des possibles pour peu qu'on accepte d'aller chercher les élèves là où ils sont, qu'on exploite leurs outils personnels – les smartphones –, leurs pratiques numériques informelles – je parlais tout à l'heure des réseaux sociaux –, qu'on exploite aussi la textualité numérique qui est désormais multimodale, et donc qu'on les invite à mener des créations, des formes d'écriture à l'école qui ne soient pas simplement faites de mots comme dans une copie de bac, mais aussi d'images, de sons, de vidéos, d’hyperliens, etc.  

RF : Vous parlez d'une scénarisation précise des séquences. Mais vous parliez d'un deuxième point de vigilance à garder en mémoire ? 

JMLB : Oui, je crois que c'est l'accompagnement des élèves qui est très important dans le cadre d'un enseignement hybride. On ne peut pas laisser les élèves livrés à eux-mêmes. Ça a été dit au moment de cet enseignement à distance, de crise qu'on a vécu au printemps 2020, comme il y a eu du décrochage. Cela dit, d'ailleurs, on ne parle pas non plus trop de la capacité de l'enseignement présentiel dans nos classes, en autobus, à générer du décrochage scolaire et de l'ennui. Mais il y a une clé, je crois, outre les activités motivantes à mettre en place, c'est d'être le plus présent possible auprès des élèves, c'est de multiplier avec eux les interactions et les rétroactions en se faisant disponible, bienveillant, en les invitant eux-mêmes à formuler leurs difficultés, à expliciter les procédures pour mieux les acquérir. C’est pour ça qu'il y a certainement un travail très important d'autonomisation des élèves à mettre en place. Ça veut dire trouver un juste équilibre, un équilibre évolutif, je crois, entre le guidage et la liberté, entre l’étayage et le lâcher-prise. Ça veut dire, par exemple, pour ce qui me concerne, dans le cadre d'i-voix, il y a systématiquement des consignes de travail, des tutoriels techniques pour bien s'emparer des outils, un calendrier de travail extrêmement précis, et c'est dans ce cadre-là que les élèves ont à disposition sur notre plateforme notre cuisine du projet. Les élèves vont pouvoir développer petit à petit leur liberté et leur autonomie. J'ajoute d'ailleurs que l'accompagnement à mettre en place, c'est aussi un accompagnement, non pas simplement du prof à destination des élèves, mais un accompagnement des élèves entre eux. 

Il faut susciter des interactions entre les élèves, créer des communautés apprenantes, favoriser des projets coopératifs. Et ça, ça se fait, et en classe, et à distance. 

HA : Jean-Michel, on entend une forme un peu de complexité dans tout ce que vous proposez finalement. Effectivement, d'où le besoin de scénarisation. Mais est-ce que, parfois aussi, vous scénarisez, vous préparez des choses et puis, ça ne fonctionne pas ou ça ne marche pas comme vous l'imaginez ? Est-ce que l'hybridation pose des questions particulières, des difficultés particulières par rapport à la préparation d'une séquence habituelle ? 

JMLB : Des choses qui ne marchent pas, je n'en ai pas en tête. En revanche, des choses qui évoluent en fonction des réactions des élèves, c'est assez régulier. Effectivement, je lance des propositions, je lance des invitations, je confie des missions aux élèves et ils les réalisent. Et parfois, entre-temps, ça bouge un petit peu, ça change un petit peu. J'aime bien qu'il y ait ce côté aventure, que les choses soient moins figées. Ce que l'hybridation nous invite à transformer, c'est précisément la forme scolaire, ce sont aussi les formes scolaires, les productions des élèves. Par exemple, tout à l'heure, je vais rejoindre mes élèves. On va se lancer dans le travail sur la poésie. Je vais les inviter sur l'œuvre qu'ils vont lire à créer des selfies de poèmes, des poèmes qui se prennent en photo pour éclairer leur propre signification. C'est évidemment une mission un petit peu bizarre, étrange, donc j'attends l’effet de surprise, j'espère l’effet de surprise et j'espère avoir de beaux étonnements grâce à leurs productions. 

HA : Vous parlez des outils numériques qu’utilisent vos élèves. On a coutume soit de réduire le numérique à un outil, soit de survaloriser son rôle. Mais au-delà de ces aspects techniques qui le rendent indispensable pour apprendre et enseigner à distance, quelle place pour celui-ci dans votre enseignement hybride ? 

JMLB : Oui, il y a des outils numériques. Un smartphone, c'est un outil numérique, un réseau social d'une certaine façon, c'est un outil numérique, un ENT, une plateforme. Il y a des outils numériques, mais le numérique en lui-même, effectivement, comme vous le dites Hélène, ce n'est pas un outil. Dans l'hybridation, je ne l'envisage pas comme un outil. Je l'envisage comme un enjeu, en fait, essentiel du travail que nous menons. Il s'agit d'éduquer aussi au numérique pour dire les choses simplement. Il faut être assez clair par rapport à cette question. Le numérique pour moi et pour beaucoup d'entre nous je pense, ce n'est plus un choix. Le numérique, c'est une nécessité. Nous vivons dans une société qui est désormais numérisée. Le numérique au quotidien, pour chacun d'entre nous, transforme notre façon de travailler, de lire, d'écrire, de nous relier au monde, d'être traversé par le monde, d'apprendre. Le numérique, il est là ! Or, rappelons cette évidence, les digital natives n'existent pas. Les compétences numériques ne sont pas universellement partagées par tous nos élèves. Et en particulier, ce que de nombreuses enquêtes ont démontré, c'est qu'il y a inégalité sociale, non pas d'équipement par rapport au numérique, mais inégalité sociale et culturelle d'usage du numérique. Selon les classes sociales, les familles, les milieux, les usages du numérique par les élèves vont être tantôt banals, répétitifs voire très limites, tandis qu'ailleurs ils se feront divers et créatifs. Donc, ça veut dire que les familles ne peuvent pas entièrement, toutes en tout cas, mener une éducation au numérique. Si les familles ne le font pas, c'est à nous de le faire. C'est à nous d'apprendre à nos élèves à travailler avec le numérique et pour ma part, en plus, je pense qu'il y a une compétence fondamentale à ce sujet, c'est la compétence de publication. 

RF : Alors justement, Jean-Michel, encore une fois, dans cette obsession d'amener du concret aux enseignants auditeurs qui nous écoutent, concrètement, qu'est-ce qu'on fait dans la classe, dans un projet comme i-voix, pour amener ces compétences qu’ils ne peuvent pas recevoir de leur milieu familial ? 

JMLB : Alors, on apprend à publier, comme je le disais à l'instant. Je vais juste insister sur ce point, parce que c'est sans doute devenu une compétence majeure. Apprendre à publier, c'est apprendre à rejoindre un espace de publication, un espace public, un espace où désormais se joue notre citoyenneté, à savoir évidemment, internet. Apprendre à publier, ça veut dire concrètement le faire déjà. Ce n'est pas, je crois, en donnant des cours, des leçons théoriques sur ce qu'on doit faire, on ne doit pas faire en ligne qu'on va transformer les pratiques des élèves. Apprendre à publier, c'est apprendre certains principes fondamentaux du genre : je réfléchis avant de publier. Ça veut dire prendre le temps avec les élèves en classe de réfléchir : « J'ai quelque chose que je dois publier, comment je vais faire pour que cette publication soit la plus belle, la plus intéressante possible ? » Apprendre à publier, c'est aussi acquérir des principes du genre : je suis ce que je publie. Qu'est-ce que je dis de moi à travers mes publications ? C'est tout ce que je publie en ligne à un destinataire. 

HA : Jean-Michel, on arrive sur la fin de cet échange et on voit qu’il y a énormément de choses à créer et à imaginer. Et donc, j'ai envie de vous poser la question de vos sources d'inspiration. Qu'est-ce qui vous inspire particulièrement pour créer tout ce travail ? 

JMLB : Nous sommes de nombreux collègues à nous inspirer les uns les autres et à travailler en ce sens aujourd'hui. Je dirais que ma source d'inspiration principale, ce sont les élèves. Évidemment, ce sont eux qui insufflent au projet i-voix une dynamique de travail étonnante, qui proposent des idées, qui transforment le projet au fur et à mesure des années. S'il fallait citer une source d'inspiration, peut-être je dirais quelqu'un que, je pense, beaucoup connaissent et qui a écrit des ouvrages assez fondamentaux, c'est Milad Doueihi, que j'ai eu la chance de rencontrer, que mes élèves aussi ont eu la chance de rencontrer, et qui est l'auteur de cet ouvrage fondamental : Pour un humanisme numérique [Seuil, 2011]. Parce qu’en reliant comme il le fait, l'humanisme et le numérique, je crois qu'il donne un sens au travail que nous faisons avec le numérique à l'école, avec l'hybridation en particulier. Relier l'humanisme et le numérique, c'est dire que nous sommes en train de vivre une révolution de l'écrit, à la hauteur de celle qui a eu lieu au moment de la révolution de l'imprimerie. C'est nous dire que si le livre imprimé a diffusé la lecture, aujourd'hui le numérique démocratise l'écriture. Et que c'est une chance pour nous, enseignants, professeurs de lettres en particulier comme moi, que cette démocratisation de l'écriture. Pour amener encore plus nos élèves à écrire, à écrire mieux, à écrire aussi autrement, à développer des capacités, à entrer dans les textes pour les annoter et même les recréer, à faire de la culture non plus simplement un patrimoine de sacrés à admirer, mais une culture vivante dans laquelle les élèves peuvent jouer un rôle, sur laquelle ils peuvent agir. Je crois que ce que Milad Doueihi nous indique, c'est qu'il faut dépasser l'opposition entre l'homme et la machine pour réhumaniser le numérique et ce qui m'intéresse dans cette hybridation, c'est bien la relation que l'on va créer entre le prof et les élèves, entre les élèves et la littérature, entre le livre imprimé et le numérique. C'est cette relation qui est au cœur des choses. 

RF : Réhumaniser le numérique, j'aimerais qu'on reste sur cette expression pour conclure cette émission. On a, je pense avec Hélène, eu la chance de vous avoir pour prendre de la hauteur sur ces questions de société numérique et d'hybridation dans l'éducation. Un grand merci Jean-Michel Le Baut. 

JMLB : Merci à vous. 

RF : Si vous êtes curieux de découvrir les productions concrètes des élèves de monsieur Le Baut, nous vous invitons à les consulter sur le blog i-voix. Vous trouverez les liens et d'autres propositions de référence dans les notes qui accompagnent cette émission. 

HA : Merci beaucoup Jean-Michel Le Baut d'avoir échangé avec nous aujourd'hui. 

JMLB : Merci à vous de m’avoir offert cette possibilité. Je crois que c'est très important de faire le récit de ce que l'on fait les uns les autres, y compris d'amener les élèves à raconter ce qu'ils font, ce qu'ils apprennent et merci de m’y avoir aidé aujourd'hui. 

HA & RF : L'hybridation pour réduire les distances, un épisode « Parlons pratiques ! », préparé avec Aurélie Dulin et animé par Hélène Audard et Régis Forgione. 

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