Tous motivés pour la rentrée !

Extra classe

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Tous motivés pour la rentrée !

Pauline Rado est professeure de biotechnologies dans le lycée professionnel Auguste Bouvet de Romans-sur-Isère. La singularité de son public l'a amenée à avoir recours aux compétences psychosociales afin de "libérer l'esprit pour rendre disponible aux apprentissages". Entretien avec cette enseignante humaniste, engagée et passionnée sur l'utilité de développer ces compétences à l'école.

  • Pour aller plus loin : Mallette « Covid'Ailes », covidailes.fr

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Interview animée en juillet 2020 par : Fanny Milhe Poutingon 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

FANNY MILHE POUTINGON | Enseigner, c'est d'abord donner aux élèves l'envie de venir à l'école. Le désir d'apprendre dans un climat scolaire serein, positif. Pour atteindre ces objectifs, on l'a vu dernièrement, le travail sur les compétences psychosociales est primordial. En donnant la parole aux élèves, en laissant une place à leurs émotions, beaucoup d'enseignants ont aidé les élèves à se sentir plus sereins pour avoir l'esprit libre d'apprendre et avoir envie de retourner à l'école. Alors que peut-on mettre en place dans sa classe pour motiver les élèves ? De quels outils disposons-nous ? « Tous motivés pour la rentrée ! », c'est la nouvelle émission d’Extra Classe. Aujourd'hui avec nous pour aborder ce sujet, nous accueillons Pauline Rado. Pauline, bonjour.

PAULINE RADO | Bonjour !

FMP | Vous êtes enseignante de biotechnologie en lycée professionnel dans l'académie de Grenoble depuis quinze ans et vous êtes, entre autres, monitrice des gestes de premiers secours et sentinelle dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Pauline, travailler les compétences psychosociales avec les élèves, pour vous, c'est une évidence ?

PR | Oui, effectivement, c'est une évidence. La question de la santé, pour moi, c'est une priorité. Tout d'abord parce que j'enseigne la Prévention Santé Environnement. Ensuite parce que j'enseigne dans un lycée professionnel où les élèves ont des parcours de vie et des parcours scolaires souvent très compliqués et chaotiques. J'ai souvent tiré la conclusion qu'ils avaient besoin, d'abord, de se sentir bien au lycée pour pouvoir ensuite rentrer dans les apprentissages. Et cette année, j'ai eu la chance de participer à un DU ProMoBE (Promouvoir la motivation et le bien-être à l'école), qui m'a apporté plein de connaissances et d'outils pratiques, notamment l'utilisation des compétences psychosociales, pour agir sur le bien-être des élèves mais aussi de la communauté éducative au lycée.

FMP | Pauline, vous avez contribué au projet Covid’Ailes comportant plusieurs kits de ressources autour des compétences psychosociales. Quels exercices concrets pourriez-vous conseiller aux collègues qui veulent travailler les compétences psychosociales avec leurs élèves ?

PR | Dans la mallette Covid’Ailes, les exercices ont été sélectionnés et choisis pour favoriser un retour en classe, après le confinement, serein, pour faire émerger des émotions agréables et remotiver les élèves pour retourner au travail. Par exemple, j'ai utilisé le baromètre des émotions qui est un petit outil, très facile et très rapide à mettre en place : on demande aux élèves de lever les bras au ciel s'ils se sentent très bien, les lever à l'horizontal s'ils se sentent plus ou moins bien, et les laissez le long du corps si ce n'est pas la grande forme. On peut faire ça en début de classe, ce qui donne une photographie assez rapide de l'état de bien-être des élèves et on peut le faire en fin de séance aussi, ça permet de voir comment ont évolué les élèves au cours de la séance. Ce sont des indicateurs très importants à avoir avant de se lancer dans le travail avec les élèves.

FMP | Pauline, je crois que vous pratiquez la régulation par l'automassage. Est-ce que vous pourriez nous en dire un petit peu plus ?

PR | Quand je vois que les élèves ont parfois une baisse d'attention en classe, notamment parce qu’en confinement ils organisaient leur journée comme ils l'entendaient, ils bougeaient comme ils voulaient, ils se reposaient comme ils voulaient… Donc quand je sens qu'il y a une baisse d'attention et un point de fatigue qui s'installe, je leur propose un petit automassage, ça prend quelques minutes : individuellement, ils se tapotent les bras, les jambes, les membres du corps, ce qui permet de rapporter un peu de mouvement et d'énergie, ça dynamise les élèves et ce petit temps très court permet, finalement, de se relancer dans le travail, tout simplement.

FMP | Est-ce que vous auriez des conseils à donner à des collègues qui souhaiteraient se lancer ?

PR | Oui. La première des choses, c'est peut-être de se servir des outils qui existent en ligne, dont l'efficacité et a été prouvée, je pense au cartable des compétences psychosociales. Je pense aussi qu'il faut ne pas hésiter à s'entourer des personnes qui sont sensibilisées ou, en tout cas, convaincues par la démarche du développement des compétences psychosociales. Et puis, il y a une forme de progression à avoir dans le choix des compétences psychosociales que l'on veut renforcer avec les élèves. Par exemple, quand on veut permettre aux élèves de réguler leurs émotions, on va d'abord travailler sur le vocabulaire : connaître les émotions et tout le champ lexical qui gravite autour. Ensuite, on va leur permettre d'identifier leurs propres émotions, puis les exprimer et finalement leur proposer des outils qui permettront de réguler ses émotions. Et quand on est capable de les identifier, les nommer, les exprimer et les réguler, eh bien, on évite beaucoup de situations compliquées en classe.

FMP | Effectivement, c'est mieux de travailler sur cette progression. Au moment où nous réalisons cet enregistrement, vous êtes d'ailleurs en réflexion sur la mise en place d'une pré-rentrée, de trois jours, axée sur les compétences psychosociales pour sensibiliser tous vos collègues. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

PR | En lycée professionnel, on s'est dit qu’on allait retrouver des élèves qui avaient été éloignés de l'école pendant presque six mois et qu'il fallait vraiment soigner la rentrée et ce temps d'accueil-là. Donc on a réfléchi à trois jours, banalisés pour tous les élèves entrants, dans lesquels on proposera des ateliers de compétences psychosociales. D'abord pour créer du lien, créer une cohésion, un groupe classe dans lequel les élèves se sentiront bien, et aussi pour accueillir et recueillir le vécu des élèves pendant le confinement.

FMP | J'imagine que certains de vos collègues n’adhèrent pas à cette manière de travailler pour diverses raisons. Qu’auriez-vous envie de leur dire ?

PR | Ce n'est pas parce qu’on est bienveillant qu'on n'est pas exigeant. Développer les compétences psychosociales, c'est un moyen d'instaurer un climat de classe serein, bienveillant, avec des émotions agréables, ce qui permet derrière d'engager l'élève dans une posture motivationnelle. D'ailleurs, la théorie de l'auto-détermination, qui a été présentée par Deci et Ryan, explique que pour qu'une personne soit motivée, il faut soutenir trois besoins psychologiques fondamentaux qui sont :

• Le besoin de compétences, c'est-à-dire que l'élève doit se sentir capable de réaliser la tâche qu'on va lui donner. Donc quand on fixe des objectifs clairs, adaptés aux élèves, ils se sentent capables de réussir.

• Le deuxième besoin psychologique fondamental, c'est le besoin d'autonomie, c'est-à-dire qu'il faut laisser à l'élève le choix. Lorsqu'on lui donne la possibilité, par exemple, de choisir entre deux exercices, il se sent acteur du travail qu’il va réaliser et s'engage encore plus facilement dans ce qu'on lui demande de faire.

• Et le dernier besoin psychologique fondamental, c'est le besoin de proximité sociale. Lorsqu'on développe une relation bienveillante et positive entre les pairs, entre les élèves et entre l'enseignant et l'élève, on engage les élèves dans un processus motivationnel.

FMP | Merci beaucoup pour votre éclairage enthousiasmant, Pauline, et merci à ceux qui nous écoutent. Si ce témoignage vous a intéressé, d'autres sujets sur les compétences psychosociales ont été réalisés et sont disponibles sur l'espace Extra Classe.

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Pauline Rado est professeure de biotechnologies dans le lycée professionnel Auguste Bouvet de Romans-sur-Isère. La singularité de son public l'a amenée à avoir recours aux compétences psychosociales afin de "libérer l'esprit pour rendre disponible aux apprentissages". Entretien avec cette enseignante humaniste, engagée et passionnée sur l'utilité de développer ces compétences à l'école.

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FANNY MILHE POUTINGON | Enseigner, c'est d'abord donner aux élèves l'envie de venir à l'école. Le désir d'apprendre dans un climat scolaire serein, positif. Pour atteindre ces objectifs, on l'a vu dernièrement, le travail sur les compétences psychosociales est primordial. En donnant la parole aux élèves, en laissant une place à leurs émotions, beaucoup d'enseignants ont aidé les élèves à se sentir plus sereins pour avoir l'esprit libre d'apprendre et avoir envie de retourner à l'école. Alors que peut-on mettre en place dans sa classe pour motiver les élèves ? De quels outils disposons-nous ? « Tous motivés pour la rentrée ! », c'est la nouvelle émission d’Extra Classe. Aujourd'hui avec nous pour aborder ce sujet, nous accueillons Pauline Rado. Pauline, bonjour.

PAULINE RADO | Bonjour !

FMP | Vous êtes enseignante de biotechnologie en lycée professionnel dans l'académie de Grenoble depuis quinze ans et vous êtes, entre autres, monitrice des gestes de premiers secours et sentinelle dans la lutte contre le harcèlement scolaire. Pauline, travailler les compétences psychosociales avec les élèves, pour vous, c'est une évidence ?

PR | Oui, effectivement, c'est une évidence. La question de la santé, pour moi, c'est une priorité. Tout d'abord parce que j'enseigne la Prévention Santé Environnement. Ensuite parce que j'enseigne dans un lycée professionnel où les élèves ont des parcours de vie et des parcours scolaires souvent très compliqués et chaotiques. J'ai souvent tiré la conclusion qu'ils avaient besoin, d'abord, de se sentir bien au lycée pour pouvoir ensuite rentrer dans les apprentissages. Et cette année, j'ai eu la chance de participer à un DU ProMoBE (Promouvoir la motivation et le bien-être à l'école), qui m'a apporté plein de connaissances et d'outils pratiques, notamment l'utilisation des compétences psychosociales, pour agir sur le bien-être des élèves mais aussi de la communauté éducative au lycée.

FMP | Pauline, vous avez contribué au projet Covid’Ailes comportant plusieurs kits de ressources autour des compétences psychosociales. Quels exercices concrets pourriez-vous conseiller aux collègues qui veulent travailler les compétences psychosociales avec leurs élèves ?

PR | Dans la mallette Covid’Ailes, les exercices ont été sélectionnés et choisis pour favoriser un retour en classe, après le confinement, serein, pour faire émerger des émotions agréables et remotiver les élèves pour retourner au travail. Par exemple, j'ai utilisé le baromètre des émotions qui est un petit outil, très facile et très rapide à mettre en place : on demande aux élèves de lever les bras au ciel s'ils se sentent très bien, les lever à l'horizontal s'ils se sentent plus ou moins bien, et les laissez le long du corps si ce n'est pas la grande forme. On peut faire ça en début de classe, ce qui donne une photographie assez rapide de l'état de bien-être des élèves et on peut le faire en fin de séance aussi, ça permet de voir comment ont évolué les élèves au cours de la séance. Ce sont des indicateurs très importants à avoir avant de se lancer dans le travail avec les élèves.

FMP | Pauline, je crois que vous pratiquez la régulation par l'automassage. Est-ce que vous pourriez nous en dire un petit peu plus ?

PR | Quand je vois que les élèves ont parfois une baisse d'attention en classe, notamment parce qu’en confinement ils organisaient leur journée comme ils l'entendaient, ils bougeaient comme ils voulaient, ils se reposaient comme ils voulaient… Donc quand je sens qu'il y a une baisse d'attention et un point de fatigue qui s'installe, je leur propose un petit automassage, ça prend quelques minutes : individuellement, ils se tapotent les bras, les jambes, les membres du corps, ce qui permet de rapporter un peu de mouvement et d'énergie, ça dynamise les élèves et ce petit temps très court permet, finalement, de se relancer dans le travail, tout simplement.

FMP | Est-ce que vous auriez des conseils à donner à des collègues qui souhaiteraient se lancer ?

PR | Oui. La première des choses, c'est peut-être de se servir des outils qui existent en ligne, dont l'efficacité et a été prouvée, je pense au cartable des compétences psychosociales. Je pense aussi qu'il faut ne pas hésiter à s'entourer des personnes qui sont sensibilisées ou, en tout cas, convaincues par la démarche du développement des compétences psychosociales. Et puis, il y a une forme de progression à avoir dans le choix des compétences psychosociales que l'on veut renforcer avec les élèves. Par exemple, quand on veut permettre aux élèves de réguler leurs émotions, on va d'abord travailler sur le vocabulaire : connaître les émotions et tout le champ lexical qui gravite autour. Ensuite, on va leur permettre d'identifier leurs propres émotions, puis les exprimer et finalement leur proposer des outils qui permettront de réguler ses émotions. Et quand on est capable de les identifier, les nommer, les exprimer et les réguler, eh bien, on évite beaucoup de situations compliquées en classe.

FMP | Effectivement, c'est mieux de travailler sur cette progression. Au moment où nous réalisons cet enregistrement, vous êtes d'ailleurs en réflexion sur la mise en place d'une pré-rentrée, de trois jours, axée sur les compétences psychosociales pour sensibiliser tous vos collègues. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

PR | En lycée professionnel, on s'est dit qu’on allait retrouver des élèves qui avaient été éloignés de l'école pendant presque six mois et qu'il fallait vraiment soigner la rentrée et ce temps d'accueil-là. Donc on a réfléchi à trois jours, banalisés pour tous les élèves entrants, dans lesquels on proposera des ateliers de compétences psychosociales. D'abord pour créer du lien, créer une cohésion, un groupe classe dans lequel les élèves se sentiront bien, et aussi pour accueillir et recueillir le vécu des élèves pendant le confinement.

FMP | J'imagine que certains de vos collègues n’adhèrent pas à cette manière de travailler pour diverses raisons. Qu’auriez-vous envie de leur dire ?

PR | Ce n'est pas parce qu’on est bienveillant qu'on n'est pas exigeant. Développer les compétences psychosociales, c'est un moyen d'instaurer un climat de classe serein, bienveillant, avec des émotions agréables, ce qui permet derrière d'engager l'élève dans une posture motivationnelle. D'ailleurs, la théorie de l'auto-détermination, qui a été présentée par Deci et Ryan, explique que pour qu'une personne soit motivée, il faut soutenir trois besoins psychologiques fondamentaux qui sont :

• Le besoin de compétences, c'est-à-dire que l'élève doit se sentir capable de réaliser la tâche qu'on va lui donner. Donc quand on fixe des objectifs clairs, adaptés aux élèves, ils se sentent capables de réussir.

• Le deuxième besoin psychologique fondamental, c'est le besoin d'autonomie, c'est-à-dire qu'il faut laisser à l'élève le choix. Lorsqu'on lui donne la possibilité, par exemple, de choisir entre deux exercices, il se sent acteur du travail qu’il va réaliser et s'engage encore plus facilement dans ce qu'on lui demande de faire.

• Et le dernier besoin psychologique fondamental, c'est le besoin de proximité sociale. Lorsqu'on développe une relation bienveillante et positive entre les pairs, entre les élèves et entre l'enseignant et l'élève, on engage les élèves dans un processus motivationnel.

FMP | Merci beaucoup pour votre éclairage enthousiasmant, Pauline, et merci à ceux qui nous écoutent. Si ce témoignage vous a intéressé, d'autres sujets sur les compétences psychosociales ont été réalisés et sont disponibles sur l'espace Extra Classe.

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