Retour en classe : La classe hybride au quotidien

Extra classe

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Retour en classe : La classe hybride au quotidien

Pour de nombreux enseignants, la fin du confinement et le retour en classe auront été l'occasion d'éprouver un modus operandi alternant travail à distance et travail en présence. C'est ce que l'on appelle « l'hybridation ». Qu'est-ce que recouvre cette notion ? Comment la mettre en place ? Quels en sont les bénéfices ? Nous avons interrogé à ce sujet Véronique Wiatr, enseignante de mathématiques en lycée à Douai, qui nous fait part de son expérience dans le domaine.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Interview animée en juin 2020 par : Hélène Audard 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Laurent Gaillard

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

HÉLÈNE AUDARD | Cela fait plusieurs années déjà qu’on parle de formation hybride dans l’enseignement supérieur. Mais depuis quelques semaines, ce sont les enseignants du premier et du second degrés qui sont appelés à expérimenter l’articulation entre présentiel et distanciel avec leurs élèves, au moins jusqu’à la fin de cette année scolaire et sans doute de manière plus ou moins régulière à partir de la rentrée, au gré des résurgences possibles de la pandémie. Comment préparer son cours ? Quelle modalité de travail choisir ? Comment organiser l’espace classe ? La classe hybride au quotidien, c’est le nouvel épisode d’Extra Classe. Nous recueillons aujourd’hui le témoignage de Véronique Wiatr qui nous parle de sa pratique de la classe hybride. Véronique, bonjour !

VÉRONIQUE WIATR | Bonjour !

HA | Vous êtes aujourd’hui professeure de mathématiques et de SNT, sciences numériques et technologie, dans un lycée de Douai. Vous avez une longue expérience de la gestion de classes hétérogènes et du suivi d’élèves en situation de handicap, et pour répondre à la nécessité de différencier les modalités d’apprentissage avec des publics divers, vous avez testé, cherché des solutions qui allient classe inversée, hybridation, tutorat. Bref, vous avez fait un travail de pionnière, d’une certaine façon, qui va pouvoir être une source d’inspiration pour nos auditeurs et auditrices. Tout d’abord, j’aimerais que vous nous expliquiez ce que vous entendez par hybridation.

VW | J’entends par hybridation des activités qui vont être réalisées, soit en présentiel, c’est-à-dire en classe, soit à distance, à la maison. Ça peut être des cours, des petites leçons, des petites notions à avoir à la maison ou des exercices. Pour les exercices par exemple, je vais passer par des petits exerciseurs. Les capsules vidéo vont être vues et revues à la maison, mais également en classe pour pouvoir s’aider, pour résoudre un exercice ou un problème. On va retracer les grandes lignes de la notion, refaire des petits exercices, revoir des situations. Ça me permet souvent d’introduire une notion ou une situation motivante. Je vais prendre un exemple très concret : récemment, nous avons travaillé sur le météore de Tcheliabinsk. À la maison, ils ont pu voir la vidéo de cette météorite qui s’écrase sur un lac. Je leur avais également fourni un article de presse qui était à lire à la maison. Arrivés en classe, on a discuté de ce qui s’était passé : quand est-ce que c’était arrivé et qu’est-ce que ça pouvait poser comme problème ? À l’issue de ce petit temps d’échange, je leur ai proposé une situation en classe. L’idée c’était de trouver un poste de recherche pour que tout le monde soit à l’abri, et pour cela, il y avait quelques conditions. On faisait apparaître la notion de cercle et médiatrice. Donc les élèves vont être en situation de recherche, ils vont avoir accès à leurs cours, ils vont avoir accès à la vidéo, aux vidéos nécessaires. Par exemple, pour construire un cercle lorsqu’ils ne savent plus — alors en seconde, normalement, ils ne doivent pas avoir trop de soucis, mais bon… — à l’issue de cette recherche on fait un point tous ensemble et on regarde ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et je refais un point également sur les notions de médiatrice qui vont s’enchaîner à la suite de cet exercice.

HA | Si je comprends bien la classe hybride, pour vous, c’est une classe dématérialisée qui s’articule avec une classe présentielle, qui ressemble pas mal à ce qu’on appelle la classe inversée. Dans l’hybridation, qu’est-ce que vous mettez d’autre ? Vous avez d’autres exemples de modalités ?

VW | Oui, en hybridation, on va aussi avoir par exemple des élèves qui ne sont pas présents dans la classe : à la suite d’une maladie, à la suite d’un séjour à l’hôpital, etc., ils ne peuvent pas être présents en classe et le fait d’avoir ce lien avec la classe est tout à fait bénéfique. On ne peut pas réduire l’hybridation qu’à la classe inversée puisqu’au sein de la classe il y a un travail de groupe, un travail de tutorat. Donc je me suis également intéressée à la notion de classe mutuelle.

HA | Vous pouvez nous en dire plus ?

VW | Au sein de la classe, les élèves sont répartis en groupes que l’on pourrait nommer « îlots », il y a aussi cette notion de classe-îlot, pour chaque îlot. On va mettre en place le matériel nécessaire pour pouvoir visionner les vidéos — une tablette, un portable — et on va leur mettre à disposition un tableau. S’il n’y a pas de tableau dans la classe, on peut mettre une grande feuille pour que le groupe puisse écrire. Ces groupes au sein de la classe, je préfère les choisir de façon déterminée pour l’année. Il y a vraiment deux types de groupes, des groupes hétérogènes où les élèves les plus avancés, on va dire, ou ceux qui ont compris la notion qu’ils ont vue à la maison pour pouvoir aider les élèves qui ont plus de difficulté ou qui n’ont pas compris un point de la leçon. J’ai aussi un autre niveau de groupe, ce sont les groupes homogènes. En général, je vais mettre un travail plus avancé pour les élèves les plus autonomes et les plus réceptifs à la notion, et je vais m’intéresser davantage aux élèves qui ont des difficultés, soit en repassant par des exercices plus faciles, soit tout simplement en réexpliquant la notion.

HA | Et comment est-ce que vous arrivez à recréer des situations de groupe à distance ? Est-ce que vous le faites ?

VW | Oui, tout à fait. J’ai choisi de travailler sur une plateforme qui s’appelle Slack. Je l’ai choisie tout simplement parce qu’elle permet de respecter ce qu’on appelle les RGPD, les données personnelles, et à l’intérieur de cette plateforme, il existe différents canaux. Ces canaux, en fait, sont mes groupes. J’ai des canaux standards, le canal que j’ai appelé « éducation », où je vais mettre les cours, les vidéos, les leçons, les corrections d’exercices que l’on a faits ensemble. J’ai aussi un groupe « maths spécialité », ce sont des mathématiques que je qualifierais d’avancées. Il y a un canal « révision » et il y a — ça, j’y tiens beaucoup — un canal « détente ». C’est-à-dire : je souhaite que mes élèves prennent du plaisir à faire des mathématiques et je souhaite leur montrer que les mathématiques, finalement, on en trouve partout, par exemple au travers de certains épisodes de Sherlock Holmes, peut-être aussi au travers d’escape game qu’on peut réaliser en ligne. Voilà pour les grandes lignes. Ça, ce sont mes canaux généraux. Ensuite, je peux créer des canaux en fonction des besoins des élèves. C’est-à-dire que si j’ai un groupe qui veut travailler sur un exercice en particulier et que chacun de son côté, ils ont des difficultés, je peux les accompagner dans un canal que je leur dédie.

HA | Et en termes d’organisation de l’espace-classe, est-ce que ça change des choses ?

VW | Alors oui, ça change pas mal de choses. On ne peut pas fonctionner en groupe avec des rangs. Donc on va positionner les tables de façon différente, en îlots. Je veille à ce qu’aucun élève ne soit dos au tableau sur lequel je peux intervenir à tout moment. Je me laisse également une place sur chaque îlot pour pouvoir me poser et discuter avec eux, revenir sur des difficultés. Mais je laisse aussi également une place pour les auxiliaires de vie qui accompagnent les élèves qui sont en situation de handicap au sein de la classe.

HA | Et je crois que vous avez même expérimenté de mettre une webcam dans la classe pour qu’un élève qui était à distance puisse suivre le cours.

VW | Voilà ! La webcam n’est pas très performante. L’idée, ce n’est pas qu’il puisse voir le cours au tableau, mais qu’il puisse être avec ses camarades. L’enfant fait vraiment partie de la classe par ordinateur interposé. Je l’ai expérimenté avec un enfant qui avait de gros troubles et ne pouvait pas être physiquement en classe.

HA | Alors vous êtes arrivée à toutes ces modalités conjuguées d’enseignement hybride par le besoin de différenciation dans votre classe. Donc l’hybridation, en quoi, selon vous, ça permet une différenciation pédagogique efficace ?

VW | Déjà, ça me permet de gagner du temps. Aucun de mes élèves ne prend de cours en notes, ils ont soit des fichiers, soit des photocopies, soit des vidéos et surtout ça permet aux élèves qui sont en difficulté avec l’écrit — puisque je travaillais avec des élèves en situation de handicap — d’avoir plusieurs modes d’acquisition du cours, soit la vidéo, soit l’écrit. On va pouvoir faire beaucoup plus d’exercices en classe donc on ne laisse pas tomber le cours, les notions importantes, on les revoit au travers des exercices. Pour les élèves les plus autonomes, ceux qui n’ont pas de difficulté et ceux qui ont compris le cours, on va pouvoir donner beaucoup plus de travail, plus d’exercices à faire de façon individuelle mais toujours au sein du groupe puisqu’ils vont pouvoir s’entraider, et donc je suis beaucoup plus disponible pour les élèves qui ont des difficultés.

HA | Toutes les pratiques que vous avez mises en place, c’est le résultat de plusieurs années d’expérimentation, et pour des enseignants qui découvrent un petit peu tout cela, on peut imaginer qu’ils vont se dire que ça demande de revoir totalement les cours, de chercher des supports… bref, ça va augmenter le temps de préparation d’autant. Comment s’y prendre pour commencer ? Qu’est-ce que vous leur diriez pour qu’ils osent se lancer ?

VW | Déjà, le premier conseil, c’est de ne pas réinventer l’eau chaude. Tout simplement, il faut aller trouver un ou deux sites, pas plus, je pense que c’est largement suffisant. Il y a des quizz qui sont tout faits. Il faut, à mon avis, au début, les réutiliser et les modifier en fonction des besoins. Les vidéos existent sur internet. Si on trouve un site qui nous convient, il faut renvoyer toujours vers ce site. Et à l’issue éventuellement, on peut progresser et créer ses propres quizz, demander à ses élèves de produire des vidéos, mais il faut au départ vraiment s’inspirer de ce qui existe.

HA | Vous n’aviez pas beaucoup de moyens matériels, je crois, dans vos établissements selon les cas. Est-ce que ça peut être un obstacle ?

VW | Quand on n’a pas de matériel, il faut avoir beaucoup d’imagination, effectivement, mais il y a toujours moyen de lever les obstacles. Pour diffuser une vidéo, au départ, il ne s’agit pas d’avoir un ordinateur puissant, il suffit d’avoir un petit ordinateur ou quelque chose dans un coin qui projette une vidéo, ça peut être une télé. On peut se donner les moyens peut-être de fonctionner différemment, c’est peut-être moins confortable, mais il y a des petites astuces comme, par exemple, l’utilisation d’un clavier et d’une souris sans fil. Ce n’est pas très compliqué à trouver et ça permet de circuler d’un îlot à un autre et d’intervenir sur le tableau.

HA | Très bien, merci Véronique d’avoir partagé ces expériences avec nous et merci à tous ceux et toutes celles qui nous écoutent. C’était « La classe hybride au quotidien », un épisode d’Extra Classe.

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Pour de nombreux enseignants, la fin du confinement et le retour en classe auront été l'occasion d'éprouver un modus operandi alternant travail à distance et travail en présence. C'est ce que l'on appelle « l'hybridation ». Qu'est-ce que recouvre cette notion ? Comment la mettre en place ? Quels en sont les bénéfices ? Nous avons interrogé à ce sujet Véronique Wiatr, enseignante de mathématiques en lycée à Douai, qui nous fait part de son expérience dans le domaine.

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Mixage : Laurent Gaillard

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HÉLÈNE AUDARD | Cela fait plusieurs années déjà qu’on parle de formation hybride dans l’enseignement supérieur. Mais depuis quelques semaines, ce sont les enseignants du premier et du second degrés qui sont appelés à expérimenter l’articulation entre présentiel et distanciel avec leurs élèves, au moins jusqu’à la fin de cette année scolaire et sans doute de manière plus ou moins régulière à partir de la rentrée, au gré des résurgences possibles de la pandémie. Comment préparer son cours ? Quelle modalité de travail choisir ? Comment organiser l’espace classe ? La classe hybride au quotidien, c’est le nouvel épisode d’Extra Classe. Nous recueillons aujourd’hui le témoignage de Véronique Wiatr qui nous parle de sa pratique de la classe hybride. Véronique, bonjour !

VÉRONIQUE WIATR | Bonjour !

HA | Vous êtes aujourd’hui professeure de mathématiques et de SNT, sciences numériques et technologie, dans un lycée de Douai. Vous avez une longue expérience de la gestion de classes hétérogènes et du suivi d’élèves en situation de handicap, et pour répondre à la nécessité de différencier les modalités d’apprentissage avec des publics divers, vous avez testé, cherché des solutions qui allient classe inversée, hybridation, tutorat. Bref, vous avez fait un travail de pionnière, d’une certaine façon, qui va pouvoir être une source d’inspiration pour nos auditeurs et auditrices. Tout d’abord, j’aimerais que vous nous expliquiez ce que vous entendez par hybridation.

VW | J’entends par hybridation des activités qui vont être réalisées, soit en présentiel, c’est-à-dire en classe, soit à distance, à la maison. Ça peut être des cours, des petites leçons, des petites notions à avoir à la maison ou des exercices. Pour les exercices par exemple, je vais passer par des petits exerciseurs. Les capsules vidéo vont être vues et revues à la maison, mais également en classe pour pouvoir s’aider, pour résoudre un exercice ou un problème. On va retracer les grandes lignes de la notion, refaire des petits exercices, revoir des situations. Ça me permet souvent d’introduire une notion ou une situation motivante. Je vais prendre un exemple très concret : récemment, nous avons travaillé sur le météore de Tcheliabinsk. À la maison, ils ont pu voir la vidéo de cette météorite qui s’écrase sur un lac. Je leur avais également fourni un article de presse qui était à lire à la maison. Arrivés en classe, on a discuté de ce qui s’était passé : quand est-ce que c’était arrivé et qu’est-ce que ça pouvait poser comme problème ? À l’issue de ce petit temps d’échange, je leur ai proposé une situation en classe. L’idée c’était de trouver un poste de recherche pour que tout le monde soit à l’abri, et pour cela, il y avait quelques conditions. On faisait apparaître la notion de cercle et médiatrice. Donc les élèves vont être en situation de recherche, ils vont avoir accès à leurs cours, ils vont avoir accès à la vidéo, aux vidéos nécessaires. Par exemple, pour construire un cercle lorsqu’ils ne savent plus — alors en seconde, normalement, ils ne doivent pas avoir trop de soucis, mais bon… — à l’issue de cette recherche on fait un point tous ensemble et on regarde ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et je refais un point également sur les notions de médiatrice qui vont s’enchaîner à la suite de cet exercice.

HA | Si je comprends bien la classe hybride, pour vous, c’est une classe dématérialisée qui s’articule avec une classe présentielle, qui ressemble pas mal à ce qu’on appelle la classe inversée. Dans l’hybridation, qu’est-ce que vous mettez d’autre ? Vous avez d’autres exemples de modalités ?

VW | Oui, en hybridation, on va aussi avoir par exemple des élèves qui ne sont pas présents dans la classe : à la suite d’une maladie, à la suite d’un séjour à l’hôpital, etc., ils ne peuvent pas être présents en classe et le fait d’avoir ce lien avec la classe est tout à fait bénéfique. On ne peut pas réduire l’hybridation qu’à la classe inversée puisqu’au sein de la classe il y a un travail de groupe, un travail de tutorat. Donc je me suis également intéressée à la notion de classe mutuelle.

HA | Vous pouvez nous en dire plus ?

VW | Au sein de la classe, les élèves sont répartis en groupes que l’on pourrait nommer « îlots », il y a aussi cette notion de classe-îlot, pour chaque îlot. On va mettre en place le matériel nécessaire pour pouvoir visionner les vidéos — une tablette, un portable — et on va leur mettre à disposition un tableau. S’il n’y a pas de tableau dans la classe, on peut mettre une grande feuille pour que le groupe puisse écrire. Ces groupes au sein de la classe, je préfère les choisir de façon déterminée pour l’année. Il y a vraiment deux types de groupes, des groupes hétérogènes où les élèves les plus avancés, on va dire, ou ceux qui ont compris la notion qu’ils ont vue à la maison pour pouvoir aider les élèves qui ont plus de difficulté ou qui n’ont pas compris un point de la leçon. J’ai aussi un autre niveau de groupe, ce sont les groupes homogènes. En général, je vais mettre un travail plus avancé pour les élèves les plus autonomes et les plus réceptifs à la notion, et je vais m’intéresser davantage aux élèves qui ont des difficultés, soit en repassant par des exercices plus faciles, soit tout simplement en réexpliquant la notion.

HA | Et comment est-ce que vous arrivez à recréer des situations de groupe à distance ? Est-ce que vous le faites ?

VW | Oui, tout à fait. J’ai choisi de travailler sur une plateforme qui s’appelle Slack. Je l’ai choisie tout simplement parce qu’elle permet de respecter ce qu’on appelle les RGPD, les données personnelles, et à l’intérieur de cette plateforme, il existe différents canaux. Ces canaux, en fait, sont mes groupes. J’ai des canaux standards, le canal que j’ai appelé « éducation », où je vais mettre les cours, les vidéos, les leçons, les corrections d’exercices que l’on a faits ensemble. J’ai aussi un groupe « maths spécialité », ce sont des mathématiques que je qualifierais d’avancées. Il y a un canal « révision » et il y a — ça, j’y tiens beaucoup — un canal « détente ». C’est-à-dire : je souhaite que mes élèves prennent du plaisir à faire des mathématiques et je souhaite leur montrer que les mathématiques, finalement, on en trouve partout, par exemple au travers de certains épisodes de Sherlock Holmes, peut-être aussi au travers d’escape game qu’on peut réaliser en ligne. Voilà pour les grandes lignes. Ça, ce sont mes canaux généraux. Ensuite, je peux créer des canaux en fonction des besoins des élèves. C’est-à-dire que si j’ai un groupe qui veut travailler sur un exercice en particulier et que chacun de son côté, ils ont des difficultés, je peux les accompagner dans un canal que je leur dédie.

HA | Et en termes d’organisation de l’espace-classe, est-ce que ça change des choses ?

VW | Alors oui, ça change pas mal de choses. On ne peut pas fonctionner en groupe avec des rangs. Donc on va positionner les tables de façon différente, en îlots. Je veille à ce qu’aucun élève ne soit dos au tableau sur lequel je peux intervenir à tout moment. Je me laisse également une place sur chaque îlot pour pouvoir me poser et discuter avec eux, revenir sur des difficultés. Mais je laisse aussi également une place pour les auxiliaires de vie qui accompagnent les élèves qui sont en situation de handicap au sein de la classe.

HA | Et je crois que vous avez même expérimenté de mettre une webcam dans la classe pour qu’un élève qui était à distance puisse suivre le cours.

VW | Voilà ! La webcam n’est pas très performante. L’idée, ce n’est pas qu’il puisse voir le cours au tableau, mais qu’il puisse être avec ses camarades. L’enfant fait vraiment partie de la classe par ordinateur interposé. Je l’ai expérimenté avec un enfant qui avait de gros troubles et ne pouvait pas être physiquement en classe.

HA | Alors vous êtes arrivée à toutes ces modalités conjuguées d’enseignement hybride par le besoin de différenciation dans votre classe. Donc l’hybridation, en quoi, selon vous, ça permet une différenciation pédagogique efficace ?

VW | Déjà, ça me permet de gagner du temps. Aucun de mes élèves ne prend de cours en notes, ils ont soit des fichiers, soit des photocopies, soit des vidéos et surtout ça permet aux élèves qui sont en difficulté avec l’écrit — puisque je travaillais avec des élèves en situation de handicap — d’avoir plusieurs modes d’acquisition du cours, soit la vidéo, soit l’écrit. On va pouvoir faire beaucoup plus d’exercices en classe donc on ne laisse pas tomber le cours, les notions importantes, on les revoit au travers des exercices. Pour les élèves les plus autonomes, ceux qui n’ont pas de difficulté et ceux qui ont compris le cours, on va pouvoir donner beaucoup plus de travail, plus d’exercices à faire de façon individuelle mais toujours au sein du groupe puisqu’ils vont pouvoir s’entraider, et donc je suis beaucoup plus disponible pour les élèves qui ont des difficultés.

HA | Toutes les pratiques que vous avez mises en place, c’est le résultat de plusieurs années d’expérimentation, et pour des enseignants qui découvrent un petit peu tout cela, on peut imaginer qu’ils vont se dire que ça demande de revoir totalement les cours, de chercher des supports… bref, ça va augmenter le temps de préparation d’autant. Comment s’y prendre pour commencer ? Qu’est-ce que vous leur diriez pour qu’ils osent se lancer ?

VW | Déjà, le premier conseil, c’est de ne pas réinventer l’eau chaude. Tout simplement, il faut aller trouver un ou deux sites, pas plus, je pense que c’est largement suffisant. Il y a des quizz qui sont tout faits. Il faut, à mon avis, au début, les réutiliser et les modifier en fonction des besoins. Les vidéos existent sur internet. Si on trouve un site qui nous convient, il faut renvoyer toujours vers ce site. Et à l’issue éventuellement, on peut progresser et créer ses propres quizz, demander à ses élèves de produire des vidéos, mais il faut au départ vraiment s’inspirer de ce qui existe.

HA | Vous n’aviez pas beaucoup de moyens matériels, je crois, dans vos établissements selon les cas. Est-ce que ça peut être un obstacle ?

VW | Quand on n’a pas de matériel, il faut avoir beaucoup d’imagination, effectivement, mais il y a toujours moyen de lever les obstacles. Pour diffuser une vidéo, au départ, il ne s’agit pas d’avoir un ordinateur puissant, il suffit d’avoir un petit ordinateur ou quelque chose dans un coin qui projette une vidéo, ça peut être une télé. On peut se donner les moyens peut-être de fonctionner différemment, c’est peut-être moins confortable, mais il y a des petites astuces comme, par exemple, l’utilisation d’un clavier et d’une souris sans fil. Ce n’est pas très compliqué à trouver et ça permet de circuler d’un îlot à un autre et d’intervenir sur le tableau.

HA | Très bien, merci Véronique d’avoir partagé ces expériences avec nous et merci à tous ceux et toutes celles qui nous écoutent. C’était « La classe hybride au quotidien », un épisode d’Extra Classe.

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