Retour en classe : Après la crise, vers une refondation collective ? avec Cynthia Fleury, épisode 3

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Retour en classe : Après la crise, vers une refondation collective ? avec Cynthia Fleury, épisode 3

La classe : interface entre société et soin ? Nous poursuivons notre discussion avec Cynthia Fleury sur l’approche en classe de l’après-crise. Et nous nous interrogeons maintenant sur la possibilité de faire de la classe une interface entre la société et le soin.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Interview animée en juin 2020 par : Sophie Delhaume 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Laurent Gaillard

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

SOPHIE DELHAUME | Nous poursuivons notre discussion avec vous, Cynthia Fleury sur l'approche en classe de l'après crise et nous nous interrogeons maintenant sur la possibilité de faire de la classe une interface entre la société et le soin. Aujourd'hui, un enseignant qui rencontre une difficulté psychosociale dans sa classe va se tourner vers le CPE, l'infirmier ou le chef d'établissement. Sans faire peser l'injonction de diagnostic sur lui, devons-nous nous poser à nouveau la question de l'approche psychologique dans la formation initiale et continue qu'il reçoit ?

CYNTHIA FLEURY | Alors c'est une question qui a toujours existé, c'est-à-dire, est-ce que les enseignants se dédient exclusivement à l'instruction, à la transmission des contenus ? Ou est-ce qu'ils vont sur des approches plus holistiques, plus existentielles, plus éducatives et éventuellement, qui prennent toute la dimension de l'élève, y compris ses émotions, la compréhension de son psychisme, etc. ? C'est très compliqué parce que dans les faits, bien évidemment, on préférerait dire aux enseignants dédiez-vous à votre métier, vos compétences, etc. Mais dans les faits, nous avons des êtres humains des deux côtés. Et la dimension existentielle des uns et des autres, de toute façon s'invite en classe. Et plus vous êtes vulnérable et plus ça s'invite en classe. Et moins vous avez la possibilité de dire : « Non, toute cette réalité émotionnelle qui me caractérise, je la mets en dehors de la classe, et puis je vais arriver, puis je vais bien écouter les contenus qui me sont donnés. » Ce n'est pas comme ça, c'est beaucoup plus poreux. Je dirais donc que dans la formation initiale, il est important d'aider quand même les enseignants à leur démontrer que ce n'est pas quelque chose qui nécessairement va les empêcher d'assumer leur première tâche de transmission, mais au contraire leur faciliter la chose. Puis dans un deuxième temps, ce qu'il faut surtout, c'est faire une alliance encore une fois. À la fois une alliance thérapeutique et une alliance éducationnelle avec d'autres métiers qui viennent aider l'enseignant à retrouver son temps dédié précisément à l'enseignement. Donc ça veut dire qu'il peut travailler avec des collègues en collégialité et eux vont pouvoir prendre davantage en charge la dimension plus psychosociale de l'enfant.

SD | Alliance thérapeutique, alliance pédagogique donc. Peut-on également penser à éduquer les élèves dans le sens du soin de soi et de l'autre ?

CF | Écoutez ! Ça aussi c'est un vieux débat qui est porté déjà par des expérimentations pédagogiques, dites alternatives parce qu'il y a quantité d'écoles qui défendent le fait que nous devons être dans des logiques plutôt de coopération et pas de compétition. Nous ne devons pas penser l'évaluation individuelle comme elle est pensée à l'heure d'aujourd'hui. Nous devons faire un travail sur les valeurs, sur l'entraide, mettre en place des pédagogies type classe inversée ou ce qu'on appelle les ensemblistes, c'est-à-dire de faire en sorte que des classes à un moment donné dans l'année se retrouvent ensemble et s'auto-éduquent d'une certaine manière, et pas que le côté cours magistral, etc. Donc, tout ça est vrai. Il est évident que nous, les Français, nous avons une école qui est encore assez classiquement — et ce n'est pas une mauvaise chose d'ailleurs —, classiquement académique et quand même très concurrentielle, très compétitive, avec cette évaluation qui peut être ressentie par beaucoup comme stigmatisante. Donc oui, je pense qu'on gagnerait à travailler avec les élèves et à les rassurer sur le droit à l'erreur, sur au contraire montrer à quel point il n'y a pas d'erreur. Nous apprenons avec une évaluation différente, etc. Donc oui, franchement, nous aurions tout à gagner d'expérimenter d'autres manières de faire dans l'école.

SD | Pour conclure avec vous Cynthia Fleury sur la perspective de transformation du métier d'enseignant, j'aimerais citer votre leçon inaugurale au Conservatoire national des arts et métiers, se former, s'informer, se transformer. Comment peut-on utiliser les enseignements de la crise pour ébaucher cette transformation ?

CF | Alors je crois d'abord que la grande révolution qui est devant nous et nous n'en sommes qu'au début, c'est ce qu'on appelle en bon français le live time education, c'est-à-dire la formation tout au long de la vie mais jusqu'à la maison apprenante de retraite et qui n'existe pas encore. Et de fait, demain, il va falloir pouvoir offrir tout au long de la vie une possibilité de se former, mais de se former au sens renaissant du terme. C'est-à-dire pas simplement de se former pour faire un métier, mais tout simplement de se former. Pourquoi ? Parce que c'est par cette transformation de soi-même qu'on accède aussi à la transformation du monde. Donc ça va être un fonctionnement où les écoles, les universités vont prendre une place beaucoup plus considérable que simplement, vous voyez dans ces moments T des premières années de vie. On voit que ce n'est plus possible de fonctionner comme ça. Et puis par rapport à l'école, peut-être que l'école doit demain, je parle de tout ce qui est l'école secondaire parce que c'était quelque chose qui existe pour l'enseignement supérieur, l'enseignement supérieur s'est considérablement ouvert avec des nouvelles parties prenantes, en étant en lien permanent avec la recherche, etc., mais ce n'est pas impossible que nous devons demain aussi faire de notre école un territoire d'expérimentation, un laboratoire pédagogique, ça se fait déjà, je pense au CRI — Centre de recherche interdisciplinaire —, je pense aux Savanturiers, à tous les projets collectifs qu'ils mettent en place avec les écoles, je pense aux muséums et aux observatoires scolaires de la biodiversité. Mais je pense que c'est ça demain, c'est cette école qui à la fois faite des classes plus petites, produit un soutien numérique personnalisé et en même temps s'ouvre, s'ouvre sur le monde et travaille à des dynamiques collectives de recherches et d'apprentissages.

SD | Merci Cynthia Fleury d'avoir évoqué avec nous ce chantier à venir pour refonder collectivement nos approches métier et nos fonctionnements de société. C'était « Après la crise, vers une refondation collective ? ».

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CYNTHIA FLEURY | Alors c'est une question qui a toujours existé, c'est-à-dire, est-ce que les enseignants se dédient exclusivement à l'instruction, à la transmission des contenus ? Ou est-ce qu'ils vont sur des approches plus holistiques, plus existentielles, plus éducatives et éventuellement, qui prennent toute la dimension de l'élève, y compris ses émotions, la compréhension de son psychisme, etc. ? C'est très compliqué parce que dans les faits, bien évidemment, on préférerait dire aux enseignants dédiez-vous à votre métier, vos compétences, etc. Mais dans les faits, nous avons des êtres humains des deux côtés. Et la dimension existentielle des uns et des autres, de toute façon s'invite en classe. Et plus vous êtes vulnérable et plus ça s'invite en classe. Et moins vous avez la possibilité de dire : « Non, toute cette réalité émotionnelle qui me caractérise, je la mets en dehors de la classe, et puis je vais arriver, puis je vais bien écouter les contenus qui me sont donnés. » Ce n'est pas comme ça, c'est beaucoup plus poreux. Je dirais donc que dans la formation initiale, il est important d'aider quand même les enseignants à leur démontrer que ce n'est pas quelque chose qui nécessairement va les empêcher d'assumer leur première tâche de transmission, mais au contraire leur faciliter la chose. Puis dans un deuxième temps, ce qu'il faut surtout, c'est faire une alliance encore une fois. À la fois une alliance thérapeutique et une alliance éducationnelle avec d'autres métiers qui viennent aider l'enseignant à retrouver son temps dédié précisément à l'enseignement. Donc ça veut dire qu'il peut travailler avec des collègues en collégialité et eux vont pouvoir prendre davantage en charge la dimension plus psychosociale de l'enfant.

SD | Alliance thérapeutique, alliance pédagogique donc. Peut-on également penser à éduquer les élèves dans le sens du soin de soi et de l'autre ?

CF | Écoutez ! Ça aussi c'est un vieux débat qui est porté déjà par des expérimentations pédagogiques, dites alternatives parce qu'il y a quantité d'écoles qui défendent le fait que nous devons être dans des logiques plutôt de coopération et pas de compétition. Nous ne devons pas penser l'évaluation individuelle comme elle est pensée à l'heure d'aujourd'hui. Nous devons faire un travail sur les valeurs, sur l'entraide, mettre en place des pédagogies type classe inversée ou ce qu'on appelle les ensemblistes, c'est-à-dire de faire en sorte que des classes à un moment donné dans l'année se retrouvent ensemble et s'auto-éduquent d'une certaine manière, et pas que le côté cours magistral, etc. Donc, tout ça est vrai. Il est évident que nous, les Français, nous avons une école qui est encore assez classiquement — et ce n'est pas une mauvaise chose d'ailleurs —, classiquement académique et quand même très concurrentielle, très compétitive, avec cette évaluation qui peut être ressentie par beaucoup comme stigmatisante. Donc oui, je pense qu'on gagnerait à travailler avec les élèves et à les rassurer sur le droit à l'erreur, sur au contraire montrer à quel point il n'y a pas d'erreur. Nous apprenons avec une évaluation différente, etc. Donc oui, franchement, nous aurions tout à gagner d'expérimenter d'autres manières de faire dans l'école.

SD | Pour conclure avec vous Cynthia Fleury sur la perspective de transformation du métier d'enseignant, j'aimerais citer votre leçon inaugurale au Conservatoire national des arts et métiers, se former, s'informer, se transformer. Comment peut-on utiliser les enseignements de la crise pour ébaucher cette transformation ?

CF | Alors je crois d'abord que la grande révolution qui est devant nous et nous n'en sommes qu'au début, c'est ce qu'on appelle en bon français le live time education, c'est-à-dire la formation tout au long de la vie mais jusqu'à la maison apprenante de retraite et qui n'existe pas encore. Et de fait, demain, il va falloir pouvoir offrir tout au long de la vie une possibilité de se former, mais de se former au sens renaissant du terme. C'est-à-dire pas simplement de se former pour faire un métier, mais tout simplement de se former. Pourquoi ? Parce que c'est par cette transformation de soi-même qu'on accède aussi à la transformation du monde. Donc ça va être un fonctionnement où les écoles, les universités vont prendre une place beaucoup plus considérable que simplement, vous voyez dans ces moments T des premières années de vie. On voit que ce n'est plus possible de fonctionner comme ça. Et puis par rapport à l'école, peut-être que l'école doit demain, je parle de tout ce qui est l'école secondaire parce que c'était quelque chose qui existe pour l'enseignement supérieur, l'enseignement supérieur s'est considérablement ouvert avec des nouvelles parties prenantes, en étant en lien permanent avec la recherche, etc., mais ce n'est pas impossible que nous devons demain aussi faire de notre école un territoire d'expérimentation, un laboratoire pédagogique, ça se fait déjà, je pense au CRI — Centre de recherche interdisciplinaire —, je pense aux Savanturiers, à tous les projets collectifs qu'ils mettent en place avec les écoles, je pense aux muséums et aux observatoires scolaires de la biodiversité. Mais je pense que c'est ça demain, c'est cette école qui à la fois faite des classes plus petites, produit un soutien numérique personnalisé et en même temps s'ouvre, s'ouvre sur le monde et travaille à des dynamiques collectives de recherches et d'apprentissages.

SD | Merci Cynthia Fleury d'avoir évoqué avec nous ce chantier à venir pour refonder collectivement nos approches métier et nos fonctionnements de société. C'était « Après la crise, vers une refondation collective ? ».

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