Retour en classe : Les psychologues de l’Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative avec Jean-Pierre Bellier

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Retour en classe : Les psychologues de l’Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative avec Jean-Pierre Bellier

Gestion de l’humain, gestion de l’hétérogénéité, hybridation pédagogique. Si la période du retour en classe est éminemment stressante pour la communauté éducative, les psychologues de l'Éducation nationale peuvent accompagner les enseignants à traverser cette période difficile pour les élèves. Jean-Pierre Bellier, inspecteur général PsyEN, partage ses réflexions pour que le climat scolaire soit le plus serein possible.

INTERVIEW ANIMÉE PAR ÉLISABETH LANSEL EN MAI 2020, AVEC JEAN-PIERRE BELLIER, INSPECTEUR GÉNÉRAL SPORT ET RECHERCHE EN CHARGE DES PSYCHOLOGUES DE L'ÉDUCATION NATIONALE.

Transcription:

ÉLISABETH LANSEL | Bonjour à toutes et à tous, nous accueillons Jean-Pierre Bellier, inspecteur général sport et recherche en charge des psychologues de l'Éducation nationale. Il va nous parler du rôle que ces psychologues jouent pour accompagner le retour progressif et échelonné des élèves en classe. Nous allons nous demander ce que cette corporation peut apporter au système éducatif dans le contexte très particulier du déconfinement. « Les psychologues de l'Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative », un épisode d'Extra Classe. Jean-Pierre Bellier, pourriez-vous nous dire à quel stress sont exposés les élèves et la communauté éducative ?

JEAN-PIERRE BELLIER | Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il y a trois niveaux de stress que vous avez à prendre en considération :

— Il y a le stress qui est post-traumatique lié au vécu du confinement. Alors dans le vécu du confinement, vous vous imaginez bien que chacun de ces enfants, car nos élèves sont aussi des enfants même s'ils sont des pré-ados, chacun a pu le vivre de manière différente, avec parfois des conditions, des contextes humain, matériel très divers et qui n'ont pas été sans conséquences sur leur représentation de ce que peut leur apporter une vie, on va dire sereine.

— Deuxième niveau de stress c'est celui qui est spécifiquement lié à la maladie du Covid-19. Pourquoi ? Parce que vous savez comme moi, nous en sommes tous victimes : les médias, nos propres environnements, sont bien évidemment préoccupés par l'évolution de cette maladie avec dans l'idée que peut-être elle est en train de s'éteindre, ou en tout cas, se mettre en sommeil. D'autres, au contraire, la redoute plus virulente puisqu’on évoque bien entendu, l’idée selon laquelle la deuxième vague serait encore plus vigoureuse que la première, et donc nos enfants ont tout ça dans la tête.

— Et puis le troisième niveau, c'est finalement quelque chose qui est lié spécifiquement à l'école, c'est-à-dire le retour dans l'établissement peut générer une certaine forme de peur. Certains vont d'ailleurs manifester, alors que ce n'était pas du tout le cas initialement, quelque chose qui est de l'ordre de la phobie scolaire. Donc il y a tout ça à prendre en considération, ce qui effectivement, pour tous les enseignants, sera un vrai sujet pour lesquelles les psychologues devraient pouvoir leur apporter quelques éclairages.

EL | Mais alors comment accompagner au mieux les élèves ?

JPb | Pour accompagner nos jeunes il y a un certain nombre d'écueils à éviter, quelques erreurs à ne pas commettre et d'une certaine manière, quelques attitudes, comportements, postures à privilégier. Déjà pour vous permettre de vous mettre bien ça à l'esprit, je vous propose qu'on raisonne à court, moyen et long terme. Que faire à court, à moyen et à long terme ?

— Déjà à court terme, la première erreur à ne pas commettre et qui est souvent celle qui est la plus tentante, c'est de leur poser des questions. « Alors, comment t'as vécu ? Alors, comment ça s'est passé ? Qu'est-ce que tu as ressenti ? » Les enfants qui viennent ont besoin de calme, d'apaisement. Et l'école, comme je vous l'ai dit, c'est le réceptacle des traumatismes mais pour que ce réceptacle puisse leur permettre de les exprimer, ces traumatismes, il faut d'abord qu'ils se posent. Donc je pense que, et ça les psychologues de l'Éducation nationale vous le diront aussi bien que moi, il faut savoir écouter les mots comme les silences. Même si les silences sont parfois assourdissants. Ne pas questionner, rester vraiment dans l'empathie, dans une forme de neutralité bienveillante, sont les trois conditions qui permettent de créer un climat de confiance et qui, du coup, va permettre, petit à petit à une expression spontanée de commencer à se manifester. En même temps, il ne faut pas verrouiller la parole, si un gamin a envie de s'exprimer, il faut saisir la balle au bond et le laisser s'exprimer. Mais surtout ne pas être dans quelque chose qui pourrait parfois ressembler à un interrogatoire, voire à une inquisition.

— À moyen terme, une des préconisations majeures qui me semble nécessaire de proposer, c'est peut-être de savoir créer des situations dans lesquelles nos jeunes vont être actifs. Sans faire de référence théorique trop pénible, vous savez comme moi qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'être dans une situation d'inhibition de l'action. Donc il faut vraiment veiller à ce que dès lors que nos enfants semblent s'apaiser ou en tout cas se reposer, créer des situations dans lesquelles ils vont avoir à agir et à interagir — même à distance, contenu de l'obligation du geste barrière — mais agir, interagir, se parler, échanger et c'est peut-être à ce moment-là que la question de l'expression des traumatismes va pouvoir être suscitée si tant est que vous avez détecté que tel ou tel est encore un peu fragile, semble préoccupé. Et c'est peut-être dans les interactions, dans la discussion qui accompagnent un exercice physique ou un exercice dans l'une des disciplines, c'est peut-être là que la parole va se délier, donc surtout : l'action.

— Et puis à plus long terme, bah oui, il va falloir revenir à une communication « normale », c'est- à-dire à un rapport maître / élève, j'allais dire ordinaire, sans autre mesure que... ou sans autre préoccupation que de toujours être, en situation de susciter la communication, susciter l'expression mais sans cibler sur ce qui relève des traumatismes spécifiquement.

el | Ces trois étapes que vous citez sont-elles des passages obligés ?

jpb | Ces trois étapes à court, moyen, long terme sont certainement nécessaires et incontournables parce qu'elles participent ensemble de ce qu'on appelle le processus de résilience et d'une certaine manière, il faut que les enseignants, avec les psychologues qui les accompagnent, prennent conscience qu'ils ont une charge lourde, c'est une forme de tutorat de résilience qui nécessite effectivement une approche particulière et assez professionnelle. Et je ne saurais trop vous encourager, vous collègues enseignants, à vous tourner vers les psychologues de l'Éducation nationale qui sont formés pour ça bien évidemment, car c'est un processus comme vous avez pu le sentir assez subtil à conduire.

el | Quelles recommandations spécifiques pourriez-vous nous faire pour les publics les plus fragilisés ?

jpb | Juste un petit coup de projecteur sur les publics les plus fragilisés. Les décrocheurs mais aussi les élèves à besoins éducatifs particuliers de toute nature. Je pense que dans cette perspective de retour, dans les erreurs à ne pas commettre il y en a une qui est majeure : c'est surtout ne pas les désigner, les estampiller, d'une certaine manière leur rappeler quel fut leur statut ou le regard qu'on portait sur eux pendant leur scolarité pré-Covid-19. Et ce qui est essentiel, c'est de penser à la persévérance scolaire. On est là non pas pour entériner des difficultés, mais pour les dépasser et donc les inscrire ou les encourager sans leur rappeler ce qui s'est passé avant — puisque vous avez certainement des phobiques scolaires qui vont être là de force en quelque sorte — pour les conduire dans une spirale de réussite et donc en leur parlant de tout sauf de décrochage. Les psychologues font souvent la promotion de la pédagogie du détour. Tout le monde sait de quoi il s'agit : lorsqu'on a besoin d'amener un jeune à se réintéresser à la chose scolaire, finalement, il faut parfois savoir passer par la petite porte plutôt que d'essayer de forcer la grande porte.

el | Et pour clore le propos, qu'est-ce que cette période de confinement va changer dans les pratiques, dans les établissements scolaires ? Que pourra-t-on retenir pour l'école d'après ?

jpb | Tout ce que nous avons évoqué jusqu'à maintenant nous amène à prendre conscience du fait que l'école de demain ne sera peut-être pas forcément l'école d'aujourd'hui et encore moins l'école d'hier. Je pense que ce que nous devrons retenir de ça c'est l'importance primordiale à accorder à la construction d'un climat scolaire qui justement permet à cette résilience, que j'évoquais juste avant, de s'exprimer ou de se construire. Parce que finalement, si on dit que l'école est souvent le réceptacle de traumatismes, c'est là aussi justement que peuvent se construire des processus qui permettent aux jeunes de se dépasser eux-mêmes. Deuxième éclairage, c'est celui de la place de la psychologie à l'école. Je crois que si on en doutait encore aujourd'hui avec ce qu'ont vécu nos jeunes, force est de constater qu'on ne peut plus s'en affranchir. Et les psys EN, de ce point de vue, sont vos interlocuteurs privilégiés, j'allais dire, vos complices. Et puis troisième élément. On voit bien que tout ce qui s'est organisé pendant la période de confinement, c'est-à-dire un essai d'hybridation des enseignements entre du distanciel et du présentiel, risque de devenir à terme un mode privilégié de transmission de savoirs à l'école, et, peut-être, que le numérique sortira de son statut de soin palliatif uniquement quand on ne peut pas faire autrement. Ce sera peut-être un véritable vecteur de transmission de connaissances en alternance avec, bien évidemment, du présentiel. En tout cas c'est à voir dans cette perspective.

el | Vous l'aurez compris, les psychologues scolaires ont de véritables atouts pour accompagner la communauté éducative. Leur expertise permettra, à n'en pas douter, d'aider à relever les défis humains éducatifs mis au jour par cette situation vraiment exceptionnelle. Jean-Pierre Bellier, merci d'avoir partagé vos réflexions avec nous.

jpb | Merci beaucoup. el | C'était « Les psychologues de l'Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative ».

Retrouvez tous les autres épisodes de la série sur l’espace Extra Classe de reseau-canope.fr et sur les réseaux sociaux. Une production Réseau Canopé, 2020.

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Gestion de l’humain, gestion de l’hétérogénéité, hybridation pédagogique. Si la période du retour en classe est éminemment stressante pour la communauté éducative, les psychologues de l'Éducation nationale peuvent accompagner les enseignants à traverser cette période difficile pour les élèves. Jean-Pierre Bellier, inspecteur général PsyEN, partage ses réflexions pour que le climat scolaire soit le plus serein possible.

INTERVIEW ANIMÉE PAR ÉLISABETH LANSEL EN MAI 2020, AVEC JEAN-PIERRE BELLIER, INSPECTEUR GÉNÉRAL SPORT ET RECHERCHE EN CHARGE DES PSYCHOLOGUES DE L'ÉDUCATION NATIONALE.

Transcription:

ÉLISABETH LANSEL | Bonjour à toutes et à tous, nous accueillons Jean-Pierre Bellier, inspecteur général sport et recherche en charge des psychologues de l'Éducation nationale. Il va nous parler du rôle que ces psychologues jouent pour accompagner le retour progressif et échelonné des élèves en classe. Nous allons nous demander ce que cette corporation peut apporter au système éducatif dans le contexte très particulier du déconfinement. « Les psychologues de l'Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative », un épisode d'Extra Classe. Jean-Pierre Bellier, pourriez-vous nous dire à quel stress sont exposés les élèves et la communauté éducative ?

JEAN-PIERRE BELLIER | Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il y a trois niveaux de stress que vous avez à prendre en considération :

— Il y a le stress qui est post-traumatique lié au vécu du confinement. Alors dans le vécu du confinement, vous vous imaginez bien que chacun de ces enfants, car nos élèves sont aussi des enfants même s'ils sont des pré-ados, chacun a pu le vivre de manière différente, avec parfois des conditions, des contextes humain, matériel très divers et qui n'ont pas été sans conséquences sur leur représentation de ce que peut leur apporter une vie, on va dire sereine.

— Deuxième niveau de stress c'est celui qui est spécifiquement lié à la maladie du Covid-19. Pourquoi ? Parce que vous savez comme moi, nous en sommes tous victimes : les médias, nos propres environnements, sont bien évidemment préoccupés par l'évolution de cette maladie avec dans l'idée que peut-être elle est en train de s'éteindre, ou en tout cas, se mettre en sommeil. D'autres, au contraire, la redoute plus virulente puisqu’on évoque bien entendu, l’idée selon laquelle la deuxième vague serait encore plus vigoureuse que la première, et donc nos enfants ont tout ça dans la tête.

— Et puis le troisième niveau, c'est finalement quelque chose qui est lié spécifiquement à l'école, c'est-à-dire le retour dans l'établissement peut générer une certaine forme de peur. Certains vont d'ailleurs manifester, alors que ce n'était pas du tout le cas initialement, quelque chose qui est de l'ordre de la phobie scolaire. Donc il y a tout ça à prendre en considération, ce qui effectivement, pour tous les enseignants, sera un vrai sujet pour lesquelles les psychologues devraient pouvoir leur apporter quelques éclairages.

EL | Mais alors comment accompagner au mieux les élèves ?

JPb | Pour accompagner nos jeunes il y a un certain nombre d'écueils à éviter, quelques erreurs à ne pas commettre et d'une certaine manière, quelques attitudes, comportements, postures à privilégier. Déjà pour vous permettre de vous mettre bien ça à l'esprit, je vous propose qu'on raisonne à court, moyen et long terme. Que faire à court, à moyen et à long terme ?

— Déjà à court terme, la première erreur à ne pas commettre et qui est souvent celle qui est la plus tentante, c'est de leur poser des questions. « Alors, comment t'as vécu ? Alors, comment ça s'est passé ? Qu'est-ce que tu as ressenti ? » Les enfants qui viennent ont besoin de calme, d'apaisement. Et l'école, comme je vous l'ai dit, c'est le réceptacle des traumatismes mais pour que ce réceptacle puisse leur permettre de les exprimer, ces traumatismes, il faut d'abord qu'ils se posent. Donc je pense que, et ça les psychologues de l'Éducation nationale vous le diront aussi bien que moi, il faut savoir écouter les mots comme les silences. Même si les silences sont parfois assourdissants. Ne pas questionner, rester vraiment dans l'empathie, dans une forme de neutralité bienveillante, sont les trois conditions qui permettent de créer un climat de confiance et qui, du coup, va permettre, petit à petit à une expression spontanée de commencer à se manifester. En même temps, il ne faut pas verrouiller la parole, si un gamin a envie de s'exprimer, il faut saisir la balle au bond et le laisser s'exprimer. Mais surtout ne pas être dans quelque chose qui pourrait parfois ressembler à un interrogatoire, voire à une inquisition.

— À moyen terme, une des préconisations majeures qui me semble nécessaire de proposer, c'est peut-être de savoir créer des situations dans lesquelles nos jeunes vont être actifs. Sans faire de référence théorique trop pénible, vous savez comme moi qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'être dans une situation d'inhibition de l'action. Donc il faut vraiment veiller à ce que dès lors que nos enfants semblent s'apaiser ou en tout cas se reposer, créer des situations dans lesquelles ils vont avoir à agir et à interagir — même à distance, contenu de l'obligation du geste barrière — mais agir, interagir, se parler, échanger et c'est peut-être à ce moment-là que la question de l'expression des traumatismes va pouvoir être suscitée si tant est que vous avez détecté que tel ou tel est encore un peu fragile, semble préoccupé. Et c'est peut-être dans les interactions, dans la discussion qui accompagnent un exercice physique ou un exercice dans l'une des disciplines, c'est peut-être là que la parole va se délier, donc surtout : l'action.

— Et puis à plus long terme, bah oui, il va falloir revenir à une communication « normale », c'est- à-dire à un rapport maître / élève, j'allais dire ordinaire, sans autre mesure que... ou sans autre préoccupation que de toujours être, en situation de susciter la communication, susciter l'expression mais sans cibler sur ce qui relève des traumatismes spécifiquement.

el | Ces trois étapes que vous citez sont-elles des passages obligés ?

jpb | Ces trois étapes à court, moyen, long terme sont certainement nécessaires et incontournables parce qu'elles participent ensemble de ce qu'on appelle le processus de résilience et d'une certaine manière, il faut que les enseignants, avec les psychologues qui les accompagnent, prennent conscience qu'ils ont une charge lourde, c'est une forme de tutorat de résilience qui nécessite effectivement une approche particulière et assez professionnelle. Et je ne saurais trop vous encourager, vous collègues enseignants, à vous tourner vers les psychologues de l'Éducation nationale qui sont formés pour ça bien évidemment, car c'est un processus comme vous avez pu le sentir assez subtil à conduire.

el | Quelles recommandations spécifiques pourriez-vous nous faire pour les publics les plus fragilisés ?

jpb | Juste un petit coup de projecteur sur les publics les plus fragilisés. Les décrocheurs mais aussi les élèves à besoins éducatifs particuliers de toute nature. Je pense que dans cette perspective de retour, dans les erreurs à ne pas commettre il y en a une qui est majeure : c'est surtout ne pas les désigner, les estampiller, d'une certaine manière leur rappeler quel fut leur statut ou le regard qu'on portait sur eux pendant leur scolarité pré-Covid-19. Et ce qui est essentiel, c'est de penser à la persévérance scolaire. On est là non pas pour entériner des difficultés, mais pour les dépasser et donc les inscrire ou les encourager sans leur rappeler ce qui s'est passé avant — puisque vous avez certainement des phobiques scolaires qui vont être là de force en quelque sorte — pour les conduire dans une spirale de réussite et donc en leur parlant de tout sauf de décrochage. Les psychologues font souvent la promotion de la pédagogie du détour. Tout le monde sait de quoi il s'agit : lorsqu'on a besoin d'amener un jeune à se réintéresser à la chose scolaire, finalement, il faut parfois savoir passer par la petite porte plutôt que d'essayer de forcer la grande porte.

el | Et pour clore le propos, qu'est-ce que cette période de confinement va changer dans les pratiques, dans les établissements scolaires ? Que pourra-t-on retenir pour l'école d'après ?

jpb | Tout ce que nous avons évoqué jusqu'à maintenant nous amène à prendre conscience du fait que l'école de demain ne sera peut-être pas forcément l'école d'aujourd'hui et encore moins l'école d'hier. Je pense que ce que nous devrons retenir de ça c'est l'importance primordiale à accorder à la construction d'un climat scolaire qui justement permet à cette résilience, que j'évoquais juste avant, de s'exprimer ou de se construire. Parce que finalement, si on dit que l'école est souvent le réceptacle de traumatismes, c'est là aussi justement que peuvent se construire des processus qui permettent aux jeunes de se dépasser eux-mêmes. Deuxième éclairage, c'est celui de la place de la psychologie à l'école. Je crois que si on en doutait encore aujourd'hui avec ce qu'ont vécu nos jeunes, force est de constater qu'on ne peut plus s'en affranchir. Et les psys EN, de ce point de vue, sont vos interlocuteurs privilégiés, j'allais dire, vos complices. Et puis troisième élément. On voit bien que tout ce qui s'est organisé pendant la période de confinement, c'est-à-dire un essai d'hybridation des enseignements entre du distanciel et du présentiel, risque de devenir à terme un mode privilégié de transmission de savoirs à l'école, et, peut-être, que le numérique sortira de son statut de soin palliatif uniquement quand on ne peut pas faire autrement. Ce sera peut-être un véritable vecteur de transmission de connaissances en alternance avec, bien évidemment, du présentiel. En tout cas c'est à voir dans cette perspective.

el | Vous l'aurez compris, les psychologues scolaires ont de véritables atouts pour accompagner la communauté éducative. Leur expertise permettra, à n'en pas douter, d'aider à relever les défis humains éducatifs mis au jour par cette situation vraiment exceptionnelle. Jean-Pierre Bellier, merci d'avoir partagé vos réflexions avec nous.

jpb | Merci beaucoup. el | C'était « Les psychologues de l'Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative ».

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