Retour en classe : Parents et enseignants, nouveaux alliés

Extra classe

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Retour en classe : Parents et enseignants, nouveaux alliés

Témoignage d'une inspectrice de Sciences de la Vie et de la Terre. S'il y a bien une chose que la période actuelle bouleverse, ce sont les relations entre les enseignants et les parents. Pleinement associés à l'effort de « continuité pédagogique », nous nous sommes demandé ce que changeait cette collaboration réinventée dans les rapports se jouant à l'école. Une reconnaissance mutuelle des compétences des parents et des enseignants semble avoir émergé, rendant encore plus prégnante la nécessité d'intégrer les compétences psychosociales dans l'enseignement. Analyse de Bénédicte Hare, inspectrice de SVT de l'académie de Créteil et membre d'une mission pédagogique sur les compétences psychosociales.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Interview animée en avril 2020 par : Fanny Milhe Poutingon  

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

FANNY MILHE POUTINGON | Le confinement et le contexte actuel ont renforcé notre besoin de communiquer que ce soit avec notre famille, nos amis ou bien nos collègues de travail. Au sein de l'école, les outils numériques ont permis rapidement de mettre en place la continuité pédagogique permettant les échanges entre parents, enseignants et élèves. Dans ce contexte particulier les parents sont très vite devenus des piliers de l'école à la maison, récupérant les devoirs, accompagnant les élèves dans leur travail quotidien, devenant parfois même de véritables pédagogues. Alors comment s'emparer de cette dynamique positive avec les parents dans le futur ? Quelles sont les adaptations que l'on peut envisager ? Finalement, comment capitaliser sur toutes ces expériences positives pour mieux apprendre et poursuivre la coéducation entre parents et enseignants ? Quand parents et enseignants font l'école ensemble. Une émission d'Extra Classe produite par Réseau Canopé. Avec nous aujourd'hui pour répondre à ces questions, nous recevons une inspectrice de sciences et vie de la Terre de l'académie de Créteil. Bénédicte Hare, bonjour.

BÉNÉDICTE HARE | Bonjour !

FMP | Vous êtes IA-IPR, pilote d'une mission pédagogique sur les compétences psychosociales et vous faites partie du groupe de réflexion BCR (Bienveillance coopération et réussite) de l'académie de Créteil. Pourriez-vous nous éclairer sur les compétences psychosociales ? Finalement, que met-on derrière cette expression ?

BH | Les compétences psychosociales ont été définies par l'organisation mondiale de la santé, en 93. Elle les a définis comme une capacité d'une personne à s'adapter aux exigences de la vie quotidienne, à maintenir son état de bien-être, tout ça en lien avec les autres, l'environnement et la culture. Deux classifications existent mais la plus récente organise ses compétences psychosociales en trois sous-catégories :

- On peut commencer par les compétences sociales qui mettent en jeu la communication, l'empathie, la coopération pour aller vers une relation de qualité dans laquelle chacun va trouver sa place. Pour nous, dans l'institution, elle contacte surtout le climat scolaire et le vivre ensemble.

- Dans un deuxième temps on peut parler des compétences cognitives. C'est l'esprit critique, la prise de décision, l'identification des sources d'information, tout en adaptant son positionnement. Elles sont particulièrement mobilisées dans le cadre des apprentissages scolaires.

- Puis en troisième, les compétences émotionnelles : l'accueil des émotions, leur régulation, la gestion du stress qui permet la conscience de soi, donne des informations sur soi mais au sein de son environnement et au milieu des autres.

FMP | On le voit en vous écoutant, bien des compétences psychosociales ont été mobilisées pendant cette période. On aurait finalement tout à gagner à renforcer certaines d'entre elles. Parmi ses compétences y en a-t-il une en particulier qui selon vous a été développée ?

BH | En effet le contexte actuel a privé chaque individu de sa liberté de circulation, a donc modifié les liens sociaux. Il me semble que les compétences les plus interrogées sont les compétences sociales, le relationnel. En fait comment garder le lien, comment créer des modalités nouvelles pour protéger ce lien avec une attention accrue à la personne avec laquelle on communique. On pourra avoir une attention particulière aux compétences émotionnelles des enseignants, des élèves, des parents en particulier lors de cette reprise.

FMP | Revenons aux compétences sociales. On a effectivement cherché à développer des méthodes efficaces pour communiquer pendant le confinement, pour garder le lien. Pourriez-vous nous donner des exemples de communications efficaces entre l'enseignant et le parent ?

BH | Ah oui cette période a fait preuve d'une grande créativité. Pour les enseignants, au début, il y a eu un besoin, une réflexion : comment ne pas être injonctive dans ce contexte ? Où finalement ce qui compte c'était de garder aussi le lien social. À la fois l'écrit par mail et à l'oreille au téléphone. Tout ça dans un souci de continuité pédagogique, tout en ayant conscience des obstacles de la situation mais aussi de toutes les situations particulières vécues dans les familles. De beaux échanges ont pu avoir lieu à l'occasion de webinaires, en particulier ceux de l'association Déclic CNV & Éducation, de façon à créer cette communication bienveillante. La communication non violente, qui a été initiée par Marshall Rosenberg, propose un chemin de conscience pour soutenir la beauté des intentions, développer cette communication et ces connexions entre les êtres humains. Les retours de ces webinaires sont forts. On a observé des liens entre enseignants et parents qui ont pu se créer. Une prise de conscience de la part des enseignants de leur propre réalité objective par des moyens qu'ils avaient à ce moment-là pour accueillir la parole et les besoins de l'autre. Ils ont aussi fait confiance aux ressources des parents. Alors, cette collaboration, elle a pu se prolonger au sein de cette coéducation pédagogique imposée par le contexte. Elle a pu prendre la forme, par exemple pour des plus jeunes, d'un cahier de vie, de photos prises par les parents dans le quotidien de chacun, mutualisés par l'enseignant, partagés ensuite pour être racontés à tous. Bien entendu on pourrait multiplier les exemples de créativité autant dans leur forme que dans leurs modalités.

FMP | Oui ce cahier de vie finalement est un bel exemple de ce qu'on a pu faire pendant cette période. Cette période qui a finalement mis en place un type de coéducation profitable puisque les enseignants ont dû s'appuyer sur la collaboration des parents pour accompagner les élèves. Comment ce type d'expérience pourrait-il se prolonger selon vous après le confinement ?

BH | Les représentations ont en effet été bousculées. Les expériences vécues ont, me semble-t-il, changé des regards. Des découvertes mutuelles ont pu se faire, modifiant ainsi la posture pédagogique. Une réflexion sur les compétences psychosociales mais aussi sur les modalités de leur développement est donc à poursuivre. On l'a vu au niveau des pratiques, très créatives, qui ont émergé. On peut aussi imaginer partager sur la gratitude, gratitude que chacun des acteurs peut éprouver au vu de l'implication des uns et des autres dans ce contexte. Si on fait un petit détour par la gratitude c'est une notion clé en psychologie positive. Elle est à la fois un état d'esprit, une force, une émotion agréable. Elle nous permet d'orienter notre attention et de focaliser nos pensées sur ce qui arrive de positif dans nos vies. Et c'est important dans ce contexte. La cultiver est un vrai moteur de bien-être pour soi et pour les autres. En l'exprimant on renforce notre estime de nous mais aussi le lien de confiance avec les autres donc avec les parents. Ce contexte nous a donné une belle opportunité et continue à nous donner une belle opportunité pour l'expérimenter. L'accueil des émotions pourrait aussi se poursuivre dans l'accompagnement de ce retour en classe. C'est l'occasion de rentrer également dans des formations, de s'emparer de ces sujets-là. À l'institution, à nous, d'ouvrir ses portes, d'accueillir les besoins de formation des enseignants pour prolonger ce qui a été vécu de positif.

FMP | En conclusion nous avons assisté à un jeu de rôles parents / enseignants favorisant le changement de regard. Une forme d'empathie pour la fonction d'enseignant et inversement un respect une reconnaissance vis-à-vis des parents ont pu apparaître. Alors utilisons les compétences psychosociales développées au cours de cette période pour engager un travail de fond sur la communication non violente, la gratitude ou l'accueil des émotions. Car la période a favorisé des comportements qui peuvent perdurer dans le temps, en particulier si l'institution les encourage et développe des formations. Merci à vous, Bénédicte.

BH | Merci.

FMP | Et merci à ceux qui nous écoutent.

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Témoignage d'une inspectrice de Sciences de la Vie et de la Terre. S'il y a bien une chose que la période actuelle bouleverse, ce sont les relations entre les enseignants et les parents. Pleinement associés à l'effort de « continuité pédagogique », nous nous sommes demandé ce que changeait cette collaboration réinventée dans les rapports se jouant à l'école. Une reconnaissance mutuelle des compétences des parents et des enseignants semble avoir émergé, rendant encore plus prégnante la nécessité d'intégrer les compétences psychosociales dans l'enseignement. Analyse de Bénédicte Hare, inspectrice de SVT de l'académie de Créteil et membre d'une mission pédagogique sur les compétences psychosociales.

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Interview animée en avril 2020 par : Fanny Milhe Poutingon  

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno

Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée

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Transcription :

FANNY MILHE POUTINGON | Le confinement et le contexte actuel ont renforcé notre besoin de communiquer que ce soit avec notre famille, nos amis ou bien nos collègues de travail. Au sein de l'école, les outils numériques ont permis rapidement de mettre en place la continuité pédagogique permettant les échanges entre parents, enseignants et élèves. Dans ce contexte particulier les parents sont très vite devenus des piliers de l'école à la maison, récupérant les devoirs, accompagnant les élèves dans leur travail quotidien, devenant parfois même de véritables pédagogues. Alors comment s'emparer de cette dynamique positive avec les parents dans le futur ? Quelles sont les adaptations que l'on peut envisager ? Finalement, comment capitaliser sur toutes ces expériences positives pour mieux apprendre et poursuivre la coéducation entre parents et enseignants ? Quand parents et enseignants font l'école ensemble. Une émission d'Extra Classe produite par Réseau Canopé. Avec nous aujourd'hui pour répondre à ces questions, nous recevons une inspectrice de sciences et vie de la Terre de l'académie de Créteil. Bénédicte Hare, bonjour.

BÉNÉDICTE HARE | Bonjour !

FMP | Vous êtes IA-IPR, pilote d'une mission pédagogique sur les compétences psychosociales et vous faites partie du groupe de réflexion BCR (Bienveillance coopération et réussite) de l'académie de Créteil. Pourriez-vous nous éclairer sur les compétences psychosociales ? Finalement, que met-on derrière cette expression ?

BH | Les compétences psychosociales ont été définies par l'organisation mondiale de la santé, en 93. Elle les a définis comme une capacité d'une personne à s'adapter aux exigences de la vie quotidienne, à maintenir son état de bien-être, tout ça en lien avec les autres, l'environnement et la culture. Deux classifications existent mais la plus récente organise ses compétences psychosociales en trois sous-catégories :

- On peut commencer par les compétences sociales qui mettent en jeu la communication, l'empathie, la coopération pour aller vers une relation de qualité dans laquelle chacun va trouver sa place. Pour nous, dans l'institution, elle contacte surtout le climat scolaire et le vivre ensemble.

- Dans un deuxième temps on peut parler des compétences cognitives. C'est l'esprit critique, la prise de décision, l'identification des sources d'information, tout en adaptant son positionnement. Elles sont particulièrement mobilisées dans le cadre des apprentissages scolaires.

- Puis en troisième, les compétences émotionnelles : l'accueil des émotions, leur régulation, la gestion du stress qui permet la conscience de soi, donne des informations sur soi mais au sein de son environnement et au milieu des autres.

FMP | On le voit en vous écoutant, bien des compétences psychosociales ont été mobilisées pendant cette période. On aurait finalement tout à gagner à renforcer certaines d'entre elles. Parmi ses compétences y en a-t-il une en particulier qui selon vous a été développée ?

BH | En effet le contexte actuel a privé chaque individu de sa liberté de circulation, a donc modifié les liens sociaux. Il me semble que les compétences les plus interrogées sont les compétences sociales, le relationnel. En fait comment garder le lien, comment créer des modalités nouvelles pour protéger ce lien avec une attention accrue à la personne avec laquelle on communique. On pourra avoir une attention particulière aux compétences émotionnelles des enseignants, des élèves, des parents en particulier lors de cette reprise.

FMP | Revenons aux compétences sociales. On a effectivement cherché à développer des méthodes efficaces pour communiquer pendant le confinement, pour garder le lien. Pourriez-vous nous donner des exemples de communications efficaces entre l'enseignant et le parent ?

BH | Ah oui cette période a fait preuve d'une grande créativité. Pour les enseignants, au début, il y a eu un besoin, une réflexion : comment ne pas être injonctive dans ce contexte ? Où finalement ce qui compte c'était de garder aussi le lien social. À la fois l'écrit par mail et à l'oreille au téléphone. Tout ça dans un souci de continuité pédagogique, tout en ayant conscience des obstacles de la situation mais aussi de toutes les situations particulières vécues dans les familles. De beaux échanges ont pu avoir lieu à l'occasion de webinaires, en particulier ceux de l'association Déclic CNV & Éducation, de façon à créer cette communication bienveillante. La communication non violente, qui a été initiée par Marshall Rosenberg, propose un chemin de conscience pour soutenir la beauté des intentions, développer cette communication et ces connexions entre les êtres humains. Les retours de ces webinaires sont forts. On a observé des liens entre enseignants et parents qui ont pu se créer. Une prise de conscience de la part des enseignants de leur propre réalité objective par des moyens qu'ils avaient à ce moment-là pour accueillir la parole et les besoins de l'autre. Ils ont aussi fait confiance aux ressources des parents. Alors, cette collaboration, elle a pu se prolonger au sein de cette coéducation pédagogique imposée par le contexte. Elle a pu prendre la forme, par exemple pour des plus jeunes, d'un cahier de vie, de photos prises par les parents dans le quotidien de chacun, mutualisés par l'enseignant, partagés ensuite pour être racontés à tous. Bien entendu on pourrait multiplier les exemples de créativité autant dans leur forme que dans leurs modalités.

FMP | Oui ce cahier de vie finalement est un bel exemple de ce qu'on a pu faire pendant cette période. Cette période qui a finalement mis en place un type de coéducation profitable puisque les enseignants ont dû s'appuyer sur la collaboration des parents pour accompagner les élèves. Comment ce type d'expérience pourrait-il se prolonger selon vous après le confinement ?

BH | Les représentations ont en effet été bousculées. Les expériences vécues ont, me semble-t-il, changé des regards. Des découvertes mutuelles ont pu se faire, modifiant ainsi la posture pédagogique. Une réflexion sur les compétences psychosociales mais aussi sur les modalités de leur développement est donc à poursuivre. On l'a vu au niveau des pratiques, très créatives, qui ont émergé. On peut aussi imaginer partager sur la gratitude, gratitude que chacun des acteurs peut éprouver au vu de l'implication des uns et des autres dans ce contexte. Si on fait un petit détour par la gratitude c'est une notion clé en psychologie positive. Elle est à la fois un état d'esprit, une force, une émotion agréable. Elle nous permet d'orienter notre attention et de focaliser nos pensées sur ce qui arrive de positif dans nos vies. Et c'est important dans ce contexte. La cultiver est un vrai moteur de bien-être pour soi et pour les autres. En l'exprimant on renforce notre estime de nous mais aussi le lien de confiance avec les autres donc avec les parents. Ce contexte nous a donné une belle opportunité et continue à nous donner une belle opportunité pour l'expérimenter. L'accueil des émotions pourrait aussi se poursuivre dans l'accompagnement de ce retour en classe. C'est l'occasion de rentrer également dans des formations, de s'emparer de ces sujets-là. À l'institution, à nous, d'ouvrir ses portes, d'accueillir les besoins de formation des enseignants pour prolonger ce qui a été vécu de positif.

FMP | En conclusion nous avons assisté à un jeu de rôles parents / enseignants favorisant le changement de regard. Une forme d'empathie pour la fonction d'enseignant et inversement un respect une reconnaissance vis-à-vis des parents ont pu apparaître. Alors utilisons les compétences psychosociales développées au cours de cette période pour engager un travail de fond sur la communication non violente, la gratitude ou l'accueil des émotions. Car la période a favorisé des comportements qui peuvent perdurer dans le temps, en particulier si l'institution les encourage et développe des formations. Merci à vous, Bénédicte.

BH | Merci.

FMP | Et merci à ceux qui nous écoutent.

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