Retour en classe : Quoi de neuf en Europe ?

Extra classe

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Retour en classe : Quoi de neuf en Europe ?

Témoignages d'acteurs de terrain en Finlande, Italie et Angleterre. Et chez nos voisins européens, comment envisage-t-on le retour à l'école en ce début de mois de mai ? Nous avons eu envie d'enquêter au-delà de nos frontières pour recueillir les témoignages Marie-Laure Lions-Olivieri, directrice des cours de l'Institut français à Helsinki, Adriana Capani, enseignante italienne à Savone, et Rachel Simmons, directrice d'école primaire à Peterborough en Angleterre. Vous trouverez dans ce podcast sinon de l'inspiration, une réassurance sur la complexité de cette question...

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Interviews animées en mai 2020 par : Hélène Audard  

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Simon Gattegno

Traduction : Aurélie Dulin

 Secrétariat de rédaction : Dimitri Bourrie

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

HÉLÈNE AUDARD | Quoi de neuf en Europe ? Extra Classe vous propose trois regards européens sur le retour progressif des élèves et des professeurs dans les classes. Nous allons rencontrer des acteurs de l'éducation dans trois pays, Italie, Finlande et Angleterre. Trois pays qui n'ont pas fait les mêmes choix et dont l'expérience peut nous éclairer à quelques jours de la réouverture des établissements scolaires en France. Nous partons tout d'abord en Finlande où les mesures de confinement ont été beaucoup moins strictes qu'en France et où elles ont reposé pour beaucoup sur la coopération des citoyens. Marie-Laure Lions-Olivieri est directrice de l'Institut français d’Helsinki et nous lui avons demandé quelle était la situation actuelle dans les écoles finlandaises.

MARIE-LAURE LIONS-OLIVIERI | Alors il faut dire qu'en Finlande, les écoles, les crèches et les écoles primaires n'ont jamais été fermées. La première semaine, elles étaient ouvertes uniquement pour les enfants des personnels soignants ou des personnes qui ne pouvaient pas télétravailler. Une semaine plus tard, la Première ministre, Sanna Marin, a trouvé que cette disposition n'était pas du tout égalitaire — parce que nous sommes dans un pays égalitaire — et donc l'école a été déclarée ouverte pour tous les enfants jusqu’à la classe 4, ce qui correspond à des enfants de 8-9 ans. Et là, les parents ont décidé s'ils mettaient leurs enfants à l'école ou s’ils les gardaient à la maison. On voit le nombre d'enfants augmenter, maintenant, car comme nous le savons très bien, avec un peu de recul, il est difficile pour les parents en télétravail de s'occuper aussi de leurs enfants au niveau de leur scolarité.

HA | Marie-Laure, comment les écoles ont elles géré des classes avec des enfants en présentiel et d'autres en distanciel ?

MLLO | L'organisation durant cet épisode dépend énormément… puisque tous les établissements en Finlande sont gérés par les municipalités, donc : autant de municipalités, autant de gestions différentes. Il a été dit au départ qu’il y avait une équipe enseignante en présentiel et une équipe enseignante pour animer des classes virtuelles. Mais malheureusement, certaines municipalités sont revenues là-dessus et ont exigé que l'enseignant récupère ses élèves et que chaque enseignant récupère sa classe, même si les enfants étaient peu nombreux, et organise sa classe à distance de manière virtuelle, ce qui a donné lieu à beaucoup de cafouillages et beaucoup d'incompréhensions, bien sûr, du côté des parents.

HA | Et pour les élèves du secondaire, comment les examens vont-ils se passer ?

MLLO | Pour la passation des examens dans le secondaire, il n'y a pas vraiment de problème, même pas du tout pour ce qui est du bac puisqu’il est programmé en Finlande au mois de mars. Il est programmé sur trois semaines et cette année, les épreuves de la troisième semaine ont été réparties sur la deuxième semaine, ce qui a permis aux élèves de passer le bac dans de bonnes conditions, on va dire, et il faut savoir qu'il n'y a pas d'oral du tout au bac en Finlande donc tout était terminé au mois de mars. Pour ce qui est des élèves de ce qui correspond en France à la classe de 3e, c'est-à-dire à la classe de 9e en Finlande, la fin de l'école fondamentale, les établissements sont autorisés à ouvrir leurs classes la semaine du 15 mai et les examens écrits, puisqu’il n'y a pas d'oral, sont prévus cette semaine [entrevue enregistrée le 29 avril 2020].

HA | Est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu plus sur l'impact, notamment psychologique, que cette nouvelle organisation a eu sur les élèves et sur les enseignants ?

MLLO | Cette nouvelle organisation a représenté pour les enseignants une charge de travail supplémentaire, il a fallu réorienter totalement les enseignements, s’habituer à des plateformes… Tout cela a pris beaucoup d'énergie. Cela était très difficile au départ, beaucoup de stress, des arrêts maladie et au fur et à mesure que les choses se sont mises en place, évidemment, les enseignants se sont sentis de plus en plus à l'aise et ont réussi à maîtriser ce nouveau type d'enseignement. Trois enseignants sur quatre estiment que certains élèves ont pu bénéficier davantage de l'enseignement à distance que de l'enseignement en présentiel. Réellement, aujourd'hui, les enseignants sont contents de ce qui a été mis en place et ils sont partants pour continuer jusqu’à la fin de l'année.

HA | Donc un impact psychologique plutôt positif pour certains élèves, mais elle peut être aussi avec un revers de la médaille sur certains aspects.

MLLO | Le revers de la médaille, un des revers de la médaille, en effet, c'est que la Direction nationale de l'éducation a relevé que le harcèlement, qui était en baisse d'ailleurs en Finlande ces dernières années, pouvait prendre, avait pu prendre de nouvelles formes lors de cet enseignement à distance et les nouvelles formes de harcèlement pouvaient comprendre la manipulation et l'exclusion.

HA | C'est vrai que les enfants qui avaient des difficultés de concentration, qui souffraient de phobie scolaire, ont pu bénéficier de l'école à distance. En revanche, les spécialistes de la protection de l'enfance en Finlande font part de leurs inquiétudes pour un certain nombre d'enfants fragilisés, parfois livrés à eux-mêmes et sans aide extérieure. Cap maintenant à l'autre bout de l'Europe en Italie, un des pays européens les plus précocement touchés par le COVID-19. Un grand écart qui n'est pas que géographique puisque la situation est toute différente là-bas, le gouvernement italien a pris la décision de reporter le retour en classe à septembre. Adriana Capani est professeure de français dans un istituto comprensivo, équivalent d'une école primaire et d'un collège à Savone, près de Gênes. Elle nous explique comment elle s'efforce de maintenir la motivation de ses élèves quand ils savent qu'ils passent automatiquement dans la classe supérieure.

ADRIANA CAPANI | Quand le confinement a commencé, je me suis posé cette question, c'est-à-dire comment maintenir le plaisir, le désir d'apprendre des élèves ? J'ai considéré qu'il fallait partir des intérêts des élèves, c'est-à-dire demander aux élèves ce qui les avaient particulièrement intéressés pendant la période en présence, quand on était à l'école, et ils m'ont répondu, chacun a donné ses suggestions. Par exemple, les élèves d'une classe de 3e du collège, pour nous, c'est la classe terminale. Ils m'ont dit qu'ils avaient particulièrement aimé un film qu'on avait vu ensemble avant le confinement. Ce film se déroule à Paris en 1942 et m'a donné la possibilité d’aborder des sujets d'histoire et de civilisation françaises qu'on avait déjà envisagés dans mon plan didactique du début de l'année. Et donc, je travaillais sur des sujets comme l'occupation de la France, le gouvernement de Vichy, Charles de Gaulle… avec mes collègues d'italien et d'histoire. Avec les élèves de la 1re classe du collège, de la 2e classe, qui étaient particulièrement intéressés à me raconter leurs vies, leurs sentiments, le problème de cette période de confinement, j'ai abordé des sujets lexicaux, communicatifs et linguistiques, qui considéraient la routine avant et après le confinement : la maison, la famille, les animaux domestiques, qui ont été très importants pour les élèves à ce moment-là, mais aussi le lexique, le lexique des sentiments : « comment tu te sens ? », « est-ce que tu as peur ? », etc.

HA | Vous savez déjà depuis plusieurs semaines que les examens de fin d'année n'auront pas lieu. Comment et sur quoi allez-vous évaluer les élèves ?

AC | On a décidé de considérer plutôt ce que les élèves savaient être ou savaient faire plutôt que les connaissances, les compétences disciplinaires tout court. Nous avons créé une fiche pour chaque élève, pour les élèves surtout de la classe terminale du collège dans laquelle on a considéré surtout les compétences européennes, apprendre à apprendre, c'est-à-dire la capacité des élèves de trouver des stratégies pour apprendre et pour s'organiser aussi d'une façon autonome. Oui, l'esprit d’initiative, c'est-à-dire la capacité des élèves de proposer des projets et des idées de devoirs particuliers… Et les compétences numériques sans lesquelles, à cette époque-là, on ne pouvait pas travailler. Évidemment, là, on a dû considérer la possibilité des élèves d'utiliser les instruments numériques parce que tout le monde a des ordinateurs, a une tablette ou bien un smartphone, et surtout la connexion. C'est difficile parfois, il n'y a pas de Wi-Fi à la maison et donc les élèves ont des difficultés. On a utilisé des descripteurs pour les évaluer, c'est-à-dire, par exemple, la participation aux cours en ligne, les activités qu'ils ont développées en ligne et aussi le respect des consignes, le respect du temps pour la réalisation des devoirs.

HA | Est-ce qu'il va y avoir un suivi pendant l'été ? Comment est-ce que vous anticipez la suite ?

AC | Pour les vacances d'été, l'école à distance va se terminer, nous avons envisagé de continuer à rester en contact avec les élèves mais on ne l'a pas encore organisé. Maintenant, nous avons ouvert plusieurs voies pour les joindre et pour être joint, et donc je crois que ces voies vont rester ouvertes.

HA | Est-ce que vous avez une idée de la rentrée prochaine ? Comment ça va se passer ?

AC | On n'a pas encore considéré comment va se passer la reprise au mois de septembre. Je crois que nous allons commencer un peu avant les premiers jours de septembre mais on n'a pas, on ne sait pas encore comment. Dans nos écoles, il n'y a pas assez d'espace, c'est-à-dire, ce sera bien difficile de garder les distances, faire comprendre aux élèves comment se conduire, comment bouger en classe, parce que pour eux, c'est vraiment difficile, ils sont habitués à se toucher, à s'échanger des objets, donc ce sera vraiment difficile je crois. On attend aussi des indications du ministère de l'Instruction publique.

HA | Avec cette décision de ne pas ouvrir les établissements scolaires avant septembre, les enseignants italiens ont pu être à la fois soucieux de ne pas revoir leurs élèves et en même temps, ils se sont sentis soulagés d'avoir une visibilité sur les mois à venir et du temps pour préparer le retour. Car le retour à l'école pose autant de questions que la prolongation du confinement. En Angleterre, c'est encore un grand flou qui règne sur une date possible de réouverture des écoles. Rachel Simmons est directrice de l'école primaire John Clare à Peterborough, dans le Lincolnshire, au nord de Cambridge. Elle nous fait part de ses interrogations sur les semaines qui viennent.

RACHEL SIMMONS | [Dans ce podcast, cette entrevue est en anglais et la traduction en français se superpose.] Actuellement, les discussions vont bon train sur le retour en classe, la réouverture des écoles. Notre gouvernement a été très clair : ils ne veulent pas que nous réouvrions tant qu’il n’est pas prudent de le faire. Ça parle beaucoup dans la presse et les médias d’une hypothétique date de réouverture. Les entreprises aimeraient que nous réouvrions, les parents aimeraient que nous réouvrions, c’est donc assez compliqué de faire des prévisions actuellement.

HA | Et pour les examens ?

RS | Quand les écoles ont fermé le 20 mars, il était clair que c’était pour une période indéterminée. Comme cette période a été prolongée, toutes nos évaluations et nos examens ont été annulés. Il n’y aura donc aucun examen à faire passer d’ici la fin de l’année. Bien évidemment, cela aura des conséquences sur la suite.

HA | Dans ces conditions, comment anticipez-vous un éventuel retour en classe ?

RS | On parle beaucoup de la façon dont ce retour va se passer, à quoi cela va ressembler. On imagine que la distanciation sociale sera de mise pour longtemps. On étudie une rentrée échelonnée : peut-être faire rentrer certaines classes d’âge ensemble, peut-être certains enfants le matin, et d’autres l’après-midi. Pourquoi pas certains une semaine, puis un autre groupe la semaine suivante, ou à la journée… Beaucoup d’incertitudes donc, et comment on va gérer ça. Quand les enfants reviendront, nous sommes très conscients qu’ils auront eu des expériences très différentes à la maison. Des usages du numérique très différents. Certains auront eu des parents qui travaillaient en même temps et n’avaient pas beaucoup de temps à leur consacrer. Nous savons que nous allons devoir faire passer beaucoup d’évaluations pour savoir où ils en sont, où sont les retards et comment y remédier : faire des plus petits groupes… mais aussi faire attention à leur bien-être et leurs compétences sociales, qui sont aussi importantes que les connaissances.

HA | Quels sont d'ores et déjà les points positifs que vous pensez retenir pour la suite ?

RS | Alors que nous sentons bien que nous traversons une période inédite, nous allons en sortir avec un point de vue différent. Une chose que nous allons certainement conserver est l’usage du numérique. Cela a été une grande opportunité d’inclure le numérique, et les personnes qui étaient réfractaires ont changé d’avis en ayant vu ses avantages. Je crois que nous nous sommes aussi adaptés, peut-être en tant que société entière, et avons pris conscience que la gentillesse et le bien-être sont aussi importants pour nous. Je crois qu’il nous faudra prendre ces éléments en compte également.

HA | Au-delà de toutes ces incertitudes sur le calendrier, sur les modalités de la reprise, tous ces acteurs de l'éducation en Europe ont en commun leur souci du bien-être des élèves. Ils se préoccupent de leur santé physique, bien sûr. Mais aussi psychologique. Et puis de tout ce qui les motive, leurs centres d'intérêt, ce qui peut les faire s'engager dans une activité ou un projet. Merci à nos correspondants européens et merci à celles et ceux qui nous écoutent. C'était « Quoi de neuf en Europe ? », un épisode d’Extra Classe.

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Témoignages d'acteurs de terrain en Finlande, Italie et Angleterre. Et chez nos voisins européens, comment envisage-t-on le retour à l'école en ce début de mois de mai ? Nous avons eu envie d'enquêter au-delà de nos frontières pour recueillir les témoignages Marie-Laure Lions-Olivieri, directrice des cours de l'Institut français à Helsinki, Adriana Capani, enseignante italienne à Savone, et Rachel Simmons, directrice d'école primaire à Peterborough en Angleterre. Vous trouverez dans ce podcast sinon de l'inspiration, une réassurance sur la complexité de cette question...

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Mixage : Simon Gattegno

Traduction : Aurélie Dulin

 Secrétariat de rédaction : Dimitri Bourrie

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Transcription :

HÉLÈNE AUDARD | Quoi de neuf en Europe ? Extra Classe vous propose trois regards européens sur le retour progressif des élèves et des professeurs dans les classes. Nous allons rencontrer des acteurs de l'éducation dans trois pays, Italie, Finlande et Angleterre. Trois pays qui n'ont pas fait les mêmes choix et dont l'expérience peut nous éclairer à quelques jours de la réouverture des établissements scolaires en France. Nous partons tout d'abord en Finlande où les mesures de confinement ont été beaucoup moins strictes qu'en France et où elles ont reposé pour beaucoup sur la coopération des citoyens. Marie-Laure Lions-Olivieri est directrice de l'Institut français d’Helsinki et nous lui avons demandé quelle était la situation actuelle dans les écoles finlandaises.

MARIE-LAURE LIONS-OLIVIERI | Alors il faut dire qu'en Finlande, les écoles, les crèches et les écoles primaires n'ont jamais été fermées. La première semaine, elles étaient ouvertes uniquement pour les enfants des personnels soignants ou des personnes qui ne pouvaient pas télétravailler. Une semaine plus tard, la Première ministre, Sanna Marin, a trouvé que cette disposition n'était pas du tout égalitaire — parce que nous sommes dans un pays égalitaire — et donc l'école a été déclarée ouverte pour tous les enfants jusqu’à la classe 4, ce qui correspond à des enfants de 8-9 ans. Et là, les parents ont décidé s'ils mettaient leurs enfants à l'école ou s’ils les gardaient à la maison. On voit le nombre d'enfants augmenter, maintenant, car comme nous le savons très bien, avec un peu de recul, il est difficile pour les parents en télétravail de s'occuper aussi de leurs enfants au niveau de leur scolarité.

HA | Marie-Laure, comment les écoles ont elles géré des classes avec des enfants en présentiel et d'autres en distanciel ?

MLLO | L'organisation durant cet épisode dépend énormément… puisque tous les établissements en Finlande sont gérés par les municipalités, donc : autant de municipalités, autant de gestions différentes. Il a été dit au départ qu’il y avait une équipe enseignante en présentiel et une équipe enseignante pour animer des classes virtuelles. Mais malheureusement, certaines municipalités sont revenues là-dessus et ont exigé que l'enseignant récupère ses élèves et que chaque enseignant récupère sa classe, même si les enfants étaient peu nombreux, et organise sa classe à distance de manière virtuelle, ce qui a donné lieu à beaucoup de cafouillages et beaucoup d'incompréhensions, bien sûr, du côté des parents.

HA | Et pour les élèves du secondaire, comment les examens vont-ils se passer ?

MLLO | Pour la passation des examens dans le secondaire, il n'y a pas vraiment de problème, même pas du tout pour ce qui est du bac puisqu’il est programmé en Finlande au mois de mars. Il est programmé sur trois semaines et cette année, les épreuves de la troisième semaine ont été réparties sur la deuxième semaine, ce qui a permis aux élèves de passer le bac dans de bonnes conditions, on va dire, et il faut savoir qu'il n'y a pas d'oral du tout au bac en Finlande donc tout était terminé au mois de mars. Pour ce qui est des élèves de ce qui correspond en France à la classe de 3e, c'est-à-dire à la classe de 9e en Finlande, la fin de l'école fondamentale, les établissements sont autorisés à ouvrir leurs classes la semaine du 15 mai et les examens écrits, puisqu’il n'y a pas d'oral, sont prévus cette semaine [entrevue enregistrée le 29 avril 2020].

HA | Est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu plus sur l'impact, notamment psychologique, que cette nouvelle organisation a eu sur les élèves et sur les enseignants ?

MLLO | Cette nouvelle organisation a représenté pour les enseignants une charge de travail supplémentaire, il a fallu réorienter totalement les enseignements, s’habituer à des plateformes… Tout cela a pris beaucoup d'énergie. Cela était très difficile au départ, beaucoup de stress, des arrêts maladie et au fur et à mesure que les choses se sont mises en place, évidemment, les enseignants se sont sentis de plus en plus à l'aise et ont réussi à maîtriser ce nouveau type d'enseignement. Trois enseignants sur quatre estiment que certains élèves ont pu bénéficier davantage de l'enseignement à distance que de l'enseignement en présentiel. Réellement, aujourd'hui, les enseignants sont contents de ce qui a été mis en place et ils sont partants pour continuer jusqu’à la fin de l'année.

HA | Donc un impact psychologique plutôt positif pour certains élèves, mais elle peut être aussi avec un revers de la médaille sur certains aspects.

MLLO | Le revers de la médaille, un des revers de la médaille, en effet, c'est que la Direction nationale de l'éducation a relevé que le harcèlement, qui était en baisse d'ailleurs en Finlande ces dernières années, pouvait prendre, avait pu prendre de nouvelles formes lors de cet enseignement à distance et les nouvelles formes de harcèlement pouvaient comprendre la manipulation et l'exclusion.

HA | C'est vrai que les enfants qui avaient des difficultés de concentration, qui souffraient de phobie scolaire, ont pu bénéficier de l'école à distance. En revanche, les spécialistes de la protection de l'enfance en Finlande font part de leurs inquiétudes pour un certain nombre d'enfants fragilisés, parfois livrés à eux-mêmes et sans aide extérieure. Cap maintenant à l'autre bout de l'Europe en Italie, un des pays européens les plus précocement touchés par le COVID-19. Un grand écart qui n'est pas que géographique puisque la situation est toute différente là-bas, le gouvernement italien a pris la décision de reporter le retour en classe à septembre. Adriana Capani est professeure de français dans un istituto comprensivo, équivalent d'une école primaire et d'un collège à Savone, près de Gênes. Elle nous explique comment elle s'efforce de maintenir la motivation de ses élèves quand ils savent qu'ils passent automatiquement dans la classe supérieure.

ADRIANA CAPANI | Quand le confinement a commencé, je me suis posé cette question, c'est-à-dire comment maintenir le plaisir, le désir d'apprendre des élèves ? J'ai considéré qu'il fallait partir des intérêts des élèves, c'est-à-dire demander aux élèves ce qui les avaient particulièrement intéressés pendant la période en présence, quand on était à l'école, et ils m'ont répondu, chacun a donné ses suggestions. Par exemple, les élèves d'une classe de 3e du collège, pour nous, c'est la classe terminale. Ils m'ont dit qu'ils avaient particulièrement aimé un film qu'on avait vu ensemble avant le confinement. Ce film se déroule à Paris en 1942 et m'a donné la possibilité d’aborder des sujets d'histoire et de civilisation françaises qu'on avait déjà envisagés dans mon plan didactique du début de l'année. Et donc, je travaillais sur des sujets comme l'occupation de la France, le gouvernement de Vichy, Charles de Gaulle… avec mes collègues d'italien et d'histoire. Avec les élèves de la 1re classe du collège, de la 2e classe, qui étaient particulièrement intéressés à me raconter leurs vies, leurs sentiments, le problème de cette période de confinement, j'ai abordé des sujets lexicaux, communicatifs et linguistiques, qui considéraient la routine avant et après le confinement : la maison, la famille, les animaux domestiques, qui ont été très importants pour les élèves à ce moment-là, mais aussi le lexique, le lexique des sentiments : « comment tu te sens ? », « est-ce que tu as peur ? », etc.

HA | Vous savez déjà depuis plusieurs semaines que les examens de fin d'année n'auront pas lieu. Comment et sur quoi allez-vous évaluer les élèves ?

AC | On a décidé de considérer plutôt ce que les élèves savaient être ou savaient faire plutôt que les connaissances, les compétences disciplinaires tout court. Nous avons créé une fiche pour chaque élève, pour les élèves surtout de la classe terminale du collège dans laquelle on a considéré surtout les compétences européennes, apprendre à apprendre, c'est-à-dire la capacité des élèves de trouver des stratégies pour apprendre et pour s'organiser aussi d'une façon autonome. Oui, l'esprit d’initiative, c'est-à-dire la capacité des élèves de proposer des projets et des idées de devoirs particuliers… Et les compétences numériques sans lesquelles, à cette époque-là, on ne pouvait pas travailler. Évidemment, là, on a dû considérer la possibilité des élèves d'utiliser les instruments numériques parce que tout le monde a des ordinateurs, a une tablette ou bien un smartphone, et surtout la connexion. C'est difficile parfois, il n'y a pas de Wi-Fi à la maison et donc les élèves ont des difficultés. On a utilisé des descripteurs pour les évaluer, c'est-à-dire, par exemple, la participation aux cours en ligne, les activités qu'ils ont développées en ligne et aussi le respect des consignes, le respect du temps pour la réalisation des devoirs.

HA | Est-ce qu'il va y avoir un suivi pendant l'été ? Comment est-ce que vous anticipez la suite ?

AC | Pour les vacances d'été, l'école à distance va se terminer, nous avons envisagé de continuer à rester en contact avec les élèves mais on ne l'a pas encore organisé. Maintenant, nous avons ouvert plusieurs voies pour les joindre et pour être joint, et donc je crois que ces voies vont rester ouvertes.

HA | Est-ce que vous avez une idée de la rentrée prochaine ? Comment ça va se passer ?

AC | On n'a pas encore considéré comment va se passer la reprise au mois de septembre. Je crois que nous allons commencer un peu avant les premiers jours de septembre mais on n'a pas, on ne sait pas encore comment. Dans nos écoles, il n'y a pas assez d'espace, c'est-à-dire, ce sera bien difficile de garder les distances, faire comprendre aux élèves comment se conduire, comment bouger en classe, parce que pour eux, c'est vraiment difficile, ils sont habitués à se toucher, à s'échanger des objets, donc ce sera vraiment difficile je crois. On attend aussi des indications du ministère de l'Instruction publique.

HA | Avec cette décision de ne pas ouvrir les établissements scolaires avant septembre, les enseignants italiens ont pu être à la fois soucieux de ne pas revoir leurs élèves et en même temps, ils se sont sentis soulagés d'avoir une visibilité sur les mois à venir et du temps pour préparer le retour. Car le retour à l'école pose autant de questions que la prolongation du confinement. En Angleterre, c'est encore un grand flou qui règne sur une date possible de réouverture des écoles. Rachel Simmons est directrice de l'école primaire John Clare à Peterborough, dans le Lincolnshire, au nord de Cambridge. Elle nous fait part de ses interrogations sur les semaines qui viennent.

RACHEL SIMMONS | [Dans ce podcast, cette entrevue est en anglais et la traduction en français se superpose.] Actuellement, les discussions vont bon train sur le retour en classe, la réouverture des écoles. Notre gouvernement a été très clair : ils ne veulent pas que nous réouvrions tant qu’il n’est pas prudent de le faire. Ça parle beaucoup dans la presse et les médias d’une hypothétique date de réouverture. Les entreprises aimeraient que nous réouvrions, les parents aimeraient que nous réouvrions, c’est donc assez compliqué de faire des prévisions actuellement.

HA | Et pour les examens ?

RS | Quand les écoles ont fermé le 20 mars, il était clair que c’était pour une période indéterminée. Comme cette période a été prolongée, toutes nos évaluations et nos examens ont été annulés. Il n’y aura donc aucun examen à faire passer d’ici la fin de l’année. Bien évidemment, cela aura des conséquences sur la suite.

HA | Dans ces conditions, comment anticipez-vous un éventuel retour en classe ?

RS | On parle beaucoup de la façon dont ce retour va se passer, à quoi cela va ressembler. On imagine que la distanciation sociale sera de mise pour longtemps. On étudie une rentrée échelonnée : peut-être faire rentrer certaines classes d’âge ensemble, peut-être certains enfants le matin, et d’autres l’après-midi. Pourquoi pas certains une semaine, puis un autre groupe la semaine suivante, ou à la journée… Beaucoup d’incertitudes donc, et comment on va gérer ça. Quand les enfants reviendront, nous sommes très conscients qu’ils auront eu des expériences très différentes à la maison. Des usages du numérique très différents. Certains auront eu des parents qui travaillaient en même temps et n’avaient pas beaucoup de temps à leur consacrer. Nous savons que nous allons devoir faire passer beaucoup d’évaluations pour savoir où ils en sont, où sont les retards et comment y remédier : faire des plus petits groupes… mais aussi faire attention à leur bien-être et leurs compétences sociales, qui sont aussi importantes que les connaissances.

HA | Quels sont d'ores et déjà les points positifs que vous pensez retenir pour la suite ?

RS | Alors que nous sentons bien que nous traversons une période inédite, nous allons en sortir avec un point de vue différent. Une chose que nous allons certainement conserver est l’usage du numérique. Cela a été une grande opportunité d’inclure le numérique, et les personnes qui étaient réfractaires ont changé d’avis en ayant vu ses avantages. Je crois que nous nous sommes aussi adaptés, peut-être en tant que société entière, et avons pris conscience que la gentillesse et le bien-être sont aussi importants pour nous. Je crois qu’il nous faudra prendre ces éléments en compte également.

HA | Au-delà de toutes ces incertitudes sur le calendrier, sur les modalités de la reprise, tous ces acteurs de l'éducation en Europe ont en commun leur souci du bien-être des élèves. Ils se préoccupent de leur santé physique, bien sûr. Mais aussi psychologique. Et puis de tout ce qui les motive, leurs centres d'intérêt, ce qui peut les faire s'engager dans une activité ou un projet. Merci à nos correspondants européens et merci à celles et ceux qui nous écoutent. C'était « Quoi de neuf en Europe ? », un épisode d’Extra Classe.

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