Retour en classe : Une autre rentrée commence

Extra classe

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Retour en classe : Une autre rentrée commence

Témoignage d'un proviseur de lycée hôtelier. Comment organiser la fin du confinement et la reprise des cours lorsque l’on est chef d’établissement ? Quels sont les problèmes inédits soulevés par cette crise sanitaire pour l’organisation d’un lycée ? Quel bilan en tirer ? Faut-il prévoir des actions spécifiques afin d’anticiper une éventuelle nouvelle crise ? Y aura-t-il un avant et un après Covid-19 pour les chefs d’établissement ? Roberto Ghin, proviseur du lycée hôtelier Guillaume Tirel (Paris 14e ), nous livre quelques pistes…

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Interview animée en avril 2020 par : Pierre Danckers 

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Laurent Gaillard

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

PIERRE DANCKERS : Aujourd’hui je reçois Roberto Ghin, proviseur du lycée hôtelier Guillaume Tirel dans le 14e arrondissement de Paris, qui nous livre quelques pistes sur l'organisation d'un établissement scolaire à la sortie du confinement. Roberto, Bonjour.

ROBERTO GHIN : Bonjour !

PD | Comment envisagez-vous les derniers jours précédant la fin du confinement ?

RG | Avant la reprise des cours, il va bien falloir prévenir et préparer le retour des différents acteurs. Donc en équipe de direction, présente au sein du lycée, nous allons déjà définir et baliser les conditions d'accueil des usagers, que ce soient les professeurs, les élèves, les agents et puis toutes les personnes qui travaillent avec nous. On va faire préparer les lieux en les faisant nettoyer, désinfecter. Et puis on va bien sûr veiller au respect des consignes sanitaires qui nous serons donc imposées pour pouvoir accueillir les usagers. Avec mon adjoint, nous allons devoir réorganiser les temps de travail, refaire en partie les emplois du temps, en tenant compte des priorités du moment. Donc il y aura certaines classes qui rentreront avant d'autres classes. Chaque classe sera divisée en groupes. Nous allons organiser le quotidien en séparant les élèves dans des groupes bien distincts, avec des élèves qui resteront toujours dans la même salle de classe pour éviter qu'il y ait une promiscuité supplémentaire, et qu’il y ait à désinfecter en permanence les différents lieux occupés par les élèves. Bien entendu, à titre d'exemple, nous allons d'abord faire rentrer les classes de première puisqu'il va falloir les préparer à l'oral de français. On envisage de les faire revenir au moins trois demi-journées dans la semaine, où ils vont travailler principalement l'oral de français. On va demander à tous les professeurs de français du lycée, même ceux qui n'ont pas les élèves, de participer à l'accompagnement de ces élèves puisque ces mêmes professeurs n'auront pas à faire à d'autres élèves qui eux ne seront pas encore rentrés. Il va falloir aussi que l'on veille à doser le travail des enseignants de manière équitable, puisque les enseignants vont devoir aussi continuer le télé-enseignement. Voilà donc c'est un travail de préparation. C'est un petit peu une nouvelle rentrée. Nous allons essayer de faire en sorte à ce que la répartition du travail soit équitable entre les uns et les autres et que tous les élèves puissent à un moment ou un autre, profiter encore un petit peu de l'école, qu'ils puissent en profiter, notamment pour rattraper un certain nombre d'informations, un certain nombre de cours qu'ils n'auraient pas compris ou qu’ils n'auraient pas suivis pendant le télé-enseignement. Avec bien sûr une attention toute particulière à nos élèves les plus fragiles, et en ce qui concerne notre lycée, à nos élèves de CAP cuisine et de nos CAP salle.

PD | Roberto merci. Si on va plus loin, comment imaginez-vous le premier jour de reprise ? Que faudra-t-il faire en priorité, par exemple ? Y aura-t-il un temps de parole consacré à cette expérience ?

RG | Le premier jour de la reprise sera un jour où il faudra tout d'abord accueillir les enseignants qui eux- mêmes devront les jours suivants accueillir les élèves. Donc j'imagine réunir les enseignants en décalé, par petits groupes — on va dire à peu près une quinzaine d'enseignants par heure —, pour faire déjà un petit point sur la manière dont vont se dérouler et seront organisés les jours suivants. Donc des informations qu'ils auront eu de toute façon au préalable puisque comme il va falloir que l'on refasse un petit peu les emplois du temps, les enseignants ne vont pas découvrir en arrivant le jour de la reprise qu'ils ont un service qui est un peu différent de celui qu'ils avaient auparavant. Bien sûr, je vais les réunir pour leur expliquer comment vont se dérouler les événements et les jours futurs, et ensuite je vais leur demander de se réunir par petits groupes pour débriefer sur ce qui s'est passé. Je souhaiterais avec des petits groupes de six professeurs à la fois. C'est un travail qui sera réparti avec mon adjoint et le chef des travaux de l'établissement qui animeront ces petits groupes de débriefing. Nous allons leur demander de poser un diagnostic sur la manière dont s’est déroulé le télé-enseignement. On va leur demander quels sont les points positifs, ce qui a été réussi. On va aussi leur demander quels sont les points négatifs, ce qui n'a pas été réussi et pourquoi ça n'a pas été réussi selon eux. Et puis surtout, ce qui est très intéressant, c'est qu'on va leur demander de nous faire des propositions et de nous proposer des pistes d'amélioration de telle sorte à ce que nous puissions travailler tous ensemble pour préparer un plan de prévention – on va dire ça comme ça – au télé-enseignement, si un jour nous devions à nouveau être confrontés à une situation quelle qu'elle soit de devoir faire cours à distance.

PD | Si on va plus loin, et pour conclure, y aura-t-il un avant et après Covid-19 pour l'organisation d'un établissement scolaire ?

RG | Bien entendu, il va y avoir un après Covid-19 sur le plan éducatif et sur le plan pédagogique. Il va falloir que notre établissement, comme tous les établissements, revoit sa politique éducative et pédagogique et que chaque établissement intègre dorénavant dans son projet d'établissement, dans son contrat d'objectif, un axe qui consiste à favoriser et à développer l'enseignement à distance, à assurer la continuité pédagogique et,bien sûr, à développer la pédagogie par le numérique. Donc pour cela, il faudra faire déjà un diagnostic de tout ce qui s'est passé en impliquant tous les acteurs et faire un petit peu le recensement des difficultés pour justement trouver des actions qui vont permettre de surmonter ces difficultés. Donc les professeurs, dorénavant devront être formés ou en tout cas au moins exprimer leurs besoins en formation lorsqu'ils auront été en difficulté pour le télé-enseignement. Les élèves aussi devront être formés parce que c'est pas facile non plus de suivre un cours lorsqu'on n'a pas l'habitude de suivre un cours. Donc il va falloir aussi former les élèves à l'apprentissage à distance, comme bien sûr, les enseignants devront améliorer leurs compétences techniques et pédagogiques en utilisant davantage la pédagogie par le numérique. Et bien sûr, tout ça devra être évalué notamment par un test grandeur nature de télé-enseignement. J'imagine par exemple, que je consacrerai une demi-journée ou une journée entière de télé-enseignement, c'est-à-dire que les élèves, par exemple par niveau de seconde, resteront chez eux, toute une journée et les professeurs leur feront cours à distance, de telle sorte qu'on puisse voir si tous les dispositifs qui ont été mis en place fonctionnent. Il y aura bien sûr un débriefing au retour, et puis on ajustera. Et cela pour toutes les classes du lycée, de telle sorte que si un jour nous avons besoin à nouveau de fonctionner en télé-enseignement, cela puisse se faire très naturellement. Les raisons qui nous pousseraient à faire du télé-enseignement peuvent être multiples et variées. Cette année, malheureusement, elle a concerné l'épidémie de grippe. Mais sans parler d'épidémie de grippe, on pourrait aussi être empêché de venir faire des cours dans les murs du lycée par la grève des transports. On a eu un épisode en décembre dernier très important de grève où le lycée n'a pas fonctionné normalement et où on aurait pu évidemment faire court si on avait été prêts par télé-enseignement. Il y a aussi à Paris une autre problématique qui est celle des blocus des lycées où parfois les élèves ne peuvent pas avoir cours pendant plusieurs jours. Il peut exister des tas de situations où le télé-enseignement est la réponse unique à la continuité pédagogique. Il est donc important que tous les chefs d'établissement s'emparent de cet axe dans leur projet d'établissement, de telle sorte à préparer l'ensemble de la communauté scolaire à travailler à distance.

PD | Merci beaucoup Roberto pour vos propos qui pourront éclairer sans nul doute les membres de la communauté éducative.

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PIERRE DANCKERS : Aujourd’hui je reçois Roberto Ghin, proviseur du lycée hôtelier Guillaume Tirel dans le 14e arrondissement de Paris, qui nous livre quelques pistes sur l'organisation d'un établissement scolaire à la sortie du confinement. Roberto, Bonjour.

ROBERTO GHIN : Bonjour !

PD | Comment envisagez-vous les derniers jours précédant la fin du confinement ?

RG | Avant la reprise des cours, il va bien falloir prévenir et préparer le retour des différents acteurs. Donc en équipe de direction, présente au sein du lycée, nous allons déjà définir et baliser les conditions d'accueil des usagers, que ce soient les professeurs, les élèves, les agents et puis toutes les personnes qui travaillent avec nous. On va faire préparer les lieux en les faisant nettoyer, désinfecter. Et puis on va bien sûr veiller au respect des consignes sanitaires qui nous serons donc imposées pour pouvoir accueillir les usagers. Avec mon adjoint, nous allons devoir réorganiser les temps de travail, refaire en partie les emplois du temps, en tenant compte des priorités du moment. Donc il y aura certaines classes qui rentreront avant d'autres classes. Chaque classe sera divisée en groupes. Nous allons organiser le quotidien en séparant les élèves dans des groupes bien distincts, avec des élèves qui resteront toujours dans la même salle de classe pour éviter qu'il y ait une promiscuité supplémentaire, et qu’il y ait à désinfecter en permanence les différents lieux occupés par les élèves. Bien entendu, à titre d'exemple, nous allons d'abord faire rentrer les classes de première puisqu'il va falloir les préparer à l'oral de français. On envisage de les faire revenir au moins trois demi-journées dans la semaine, où ils vont travailler principalement l'oral de français. On va demander à tous les professeurs de français du lycée, même ceux qui n'ont pas les élèves, de participer à l'accompagnement de ces élèves puisque ces mêmes professeurs n'auront pas à faire à d'autres élèves qui eux ne seront pas encore rentrés. Il va falloir aussi que l'on veille à doser le travail des enseignants de manière équitable, puisque les enseignants vont devoir aussi continuer le télé-enseignement. Voilà donc c'est un travail de préparation. C'est un petit peu une nouvelle rentrée. Nous allons essayer de faire en sorte à ce que la répartition du travail soit équitable entre les uns et les autres et que tous les élèves puissent à un moment ou un autre, profiter encore un petit peu de l'école, qu'ils puissent en profiter, notamment pour rattraper un certain nombre d'informations, un certain nombre de cours qu'ils n'auraient pas compris ou qu’ils n'auraient pas suivis pendant le télé-enseignement. Avec bien sûr une attention toute particulière à nos élèves les plus fragiles, et en ce qui concerne notre lycée, à nos élèves de CAP cuisine et de nos CAP salle.

PD | Roberto merci. Si on va plus loin, comment imaginez-vous le premier jour de reprise ? Que faudra-t-il faire en priorité, par exemple ? Y aura-t-il un temps de parole consacré à cette expérience ?

RG | Le premier jour de la reprise sera un jour où il faudra tout d'abord accueillir les enseignants qui eux- mêmes devront les jours suivants accueillir les élèves. Donc j'imagine réunir les enseignants en décalé, par petits groupes — on va dire à peu près une quinzaine d'enseignants par heure —, pour faire déjà un petit point sur la manière dont vont se dérouler et seront organisés les jours suivants. Donc des informations qu'ils auront eu de toute façon au préalable puisque comme il va falloir que l'on refasse un petit peu les emplois du temps, les enseignants ne vont pas découvrir en arrivant le jour de la reprise qu'ils ont un service qui est un peu différent de celui qu'ils avaient auparavant. Bien sûr, je vais les réunir pour leur expliquer comment vont se dérouler les événements et les jours futurs, et ensuite je vais leur demander de se réunir par petits groupes pour débriefer sur ce qui s'est passé. Je souhaiterais avec des petits groupes de six professeurs à la fois. C'est un travail qui sera réparti avec mon adjoint et le chef des travaux de l'établissement qui animeront ces petits groupes de débriefing. Nous allons leur demander de poser un diagnostic sur la manière dont s’est déroulé le télé-enseignement. On va leur demander quels sont les points positifs, ce qui a été réussi. On va aussi leur demander quels sont les points négatifs, ce qui n'a pas été réussi et pourquoi ça n'a pas été réussi selon eux. Et puis surtout, ce qui est très intéressant, c'est qu'on va leur demander de nous faire des propositions et de nous proposer des pistes d'amélioration de telle sorte à ce que nous puissions travailler tous ensemble pour préparer un plan de prévention – on va dire ça comme ça – au télé-enseignement, si un jour nous devions à nouveau être confrontés à une situation quelle qu'elle soit de devoir faire cours à distance.

PD | Si on va plus loin, et pour conclure, y aura-t-il un avant et après Covid-19 pour l'organisation d'un établissement scolaire ?

RG | Bien entendu, il va y avoir un après Covid-19 sur le plan éducatif et sur le plan pédagogique. Il va falloir que notre établissement, comme tous les établissements, revoit sa politique éducative et pédagogique et que chaque établissement intègre dorénavant dans son projet d'établissement, dans son contrat d'objectif, un axe qui consiste à favoriser et à développer l'enseignement à distance, à assurer la continuité pédagogique et,bien sûr, à développer la pédagogie par le numérique. Donc pour cela, il faudra faire déjà un diagnostic de tout ce qui s'est passé en impliquant tous les acteurs et faire un petit peu le recensement des difficultés pour justement trouver des actions qui vont permettre de surmonter ces difficultés. Donc les professeurs, dorénavant devront être formés ou en tout cas au moins exprimer leurs besoins en formation lorsqu'ils auront été en difficulté pour le télé-enseignement. Les élèves aussi devront être formés parce que c'est pas facile non plus de suivre un cours lorsqu'on n'a pas l'habitude de suivre un cours. Donc il va falloir aussi former les élèves à l'apprentissage à distance, comme bien sûr, les enseignants devront améliorer leurs compétences techniques et pédagogiques en utilisant davantage la pédagogie par le numérique. Et bien sûr, tout ça devra être évalué notamment par un test grandeur nature de télé-enseignement. J'imagine par exemple, que je consacrerai une demi-journée ou une journée entière de télé-enseignement, c'est-à-dire que les élèves, par exemple par niveau de seconde, resteront chez eux, toute une journée et les professeurs leur feront cours à distance, de telle sorte qu'on puisse voir si tous les dispositifs qui ont été mis en place fonctionnent. Il y aura bien sûr un débriefing au retour, et puis on ajustera. Et cela pour toutes les classes du lycée, de telle sorte que si un jour nous avons besoin à nouveau de fonctionner en télé-enseignement, cela puisse se faire très naturellement. Les raisons qui nous pousseraient à faire du télé-enseignement peuvent être multiples et variées. Cette année, malheureusement, elle a concerné l'épidémie de grippe. Mais sans parler d'épidémie de grippe, on pourrait aussi être empêché de venir faire des cours dans les murs du lycée par la grève des transports. On a eu un épisode en décembre dernier très important de grève où le lycée n'a pas fonctionné normalement et où on aurait pu évidemment faire court si on avait été prêts par télé-enseignement. Il y a aussi à Paris une autre problématique qui est celle des blocus des lycées où parfois les élèves ne peuvent pas avoir cours pendant plusieurs jours. Il peut exister des tas de situations où le télé-enseignement est la réponse unique à la continuité pédagogique. Il est donc important que tous les chefs d'établissement s'emparent de cet axe dans leur projet d'établissement, de telle sorte à préparer l'ensemble de la communauté scolaire à travailler à distance.

PD | Merci beaucoup Roberto pour vos propos qui pourront éclairer sans nul doute les membres de la communauté éducative.

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