L'école à distance : Tenir dans la durée, l'approche sportive

Extra classe

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L'école à distance : Tenir dans la durée, l'approche sportive

Une parole d'expert avec Raymond Barbry, formateur et préparateur mental. Fort de son expérience dans le sport de haut niveau, Raymond Barbry nous propose son point de vue sur la période que nous sommes en train de vivre. Il nous apporte des éléments de réflexion sur l'articulation entre le présentiel et le distanciel, et plus particulièrement sur le rythme à adopter, les contenus à enseigner et l'évaluation. Il donne aussi des conseils pour « tenir sur la durée » de la façon la plus sereine possible. Comme pour un marathon !

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Interview animée en avril 2020 par : Fanny Milhe Poutingon

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Simon Gattegno

Transcription : Séverine Aubrée

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

FANNY MILHE POUTINGON | Les spécialistes et les médecins le disent : nous faisons face à une crise sanitaire sans précédent. La durée de cette crise nous est inconnue et les mécanismes du virus soulèvent encore un certain nombre de questions. L'avenir nous échappe, nous laissant au mieux dans une situation de doute et de questionnements, au pire dans un état de profonde mélancolie, voire pour certains de dépression. Pour vivre au mieux cette situation à l'école, chaque acteur du système éducatif se pose la question des outils à mettre en place pour tenir dans la durée. Aujourd'hui, comment tenir quand on est parent, quand on est enseignant, quand on est élève ? On se pose naturellement la question des outils pédagogiques, du rythme de travail et de la posture à adopter. « Tenir dans la durée, l'approche sportive » une émission d'Extra Classe afin de poursuivre le marathon du confinement. Et pour répondre à toutes ces questions nous accueillons aujourd'hui Raymond Barbry. Raymond bonjour, vous êtes consultant, formateur et préparateur mental, ancien professeur de sport et sportifs de haut niveau dans les ultra-distances, vous intervenez, entre autres, dans la formation des chefs d'établissement et des enseignants. Quel est votre domaine d'intervention plus précisément ?

RAYMOND BARBRY | Bonjour. J'interviens dans le cadre de la formation des chefs d'établissement et des enseignants, essentiellement en formation continue, et j'interviens sur les thématiques qui sont liées à la régulation du stress, à la régulation du conflit et j’ai développé une compétence un peu particulière sur les questions qui sont liées à l’attention / concentration par les pratiques de pleine d'attention depuis une dizaine d'années.

FMP | On l'a entendu, vous avez donc l'habitude de proposer des outils pour gérer des situations parfois délicates mais avant de nous intéresser plus en profondeur aux outils pour tenir sur la distance, est-ce que nous pourrions revenir ensemble sur cette fameuse continuité pédagogique ? Avec les retours de terrain que vous avez recueillis, comment, finalement, les enseignants, les parents et les élèves ont-ils compris ce mot ?

RB | Il me semble que le mot continuité n'était pas le plus pertinent. Si j'avais une orientation à donner, je proposerais plutôt le terme de suivi ou d'accompagnement pédagogique. Pourquoi ça ? Parce que le mot continuité dans nombre de représentations mentales, à la fois des enseignants, des parents, mais aussi des élèves, a été « on va continuer, on va donc continuer les contenus, on va continuer les programmes ». Sauf que nous ne sommes pas prêts, et culturellement, et techniquement, à mettre en place dès à présent, en tout cas dans notre pays, ce qu'on appellerait la formation à distance, le distanciel, seule. Parce que là, on est dans une situation où il n'y a plus du tout de présentiel.

FMP | Auriez-vous des initiatives de continuité pédagogique à évoquer ?

RB | Oui. Alors là, comme je disais dans un article récemment, le meilleur côtoie le pire. Et ce n'est pas la faute, je dirais, des enseignants… Enfin, ce qui m'a vraiment impressionné durant ces trois semaines, c'est l'engagement tous azimuts des enseignants. Des enseignants, des CPE, du personnel éducatif, du personnel de direction dans les établissements scolaires… c'est assez extraordinaire l'énergie qui était mise en œuvre. Et je vais vous prendre deux exemples par rapport à ça :

– Le premier exemple c’est ce que j'appellerais des situations de réussite et il y en a de nombreuses. Ce sont ces CPE dans un collège de Méricourt, ici, dans les Hauts-de-France, qui ont mis en place un suivi avec les élèves qui leur permet de s'exprimer, soit par dessin, soit par texte, soit par poésie, sur comment ils vivaient cette situation de confinement très particulière. Donc ça, c'est un des points positifs.

– Le deuxième c'est tout le travail qui est fait notamment par les enseignants de maternelle qui ont remis en place le fameux tiers-temps pédagogique avec toutes les activités à caractère ludique où on retrouve de la motricité, des jeux coopératifs et toutes les activités liées notamment au dessin et aux arts plastiques et à l'écriture.

Alors ça, c'est pour le meilleur… Eh bien le pire, c'est « on a fait l'école à la maison », qui je le redis est un oxymore, et on se retrouve avec des collégiens, des lycéens, qui sont en télé-enseignement sur les mêmes horaires que s'ils étaient à l'école. C'est-à-dire par les moyens techniques on a réussi à amener le collège et le lycée, et les élèves sont en cours comme s'ils étaient au lycée, devant leur écran, de 8 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h. Et hélas, il y a une surcharge cognitive qui est assez stupéfiante parce qu'en plus de ça, il y a le travail en plus des cours. Et en plus, ces cours sont notés et évalués, chose qui normalement n'était pas autorisée au niveau du ministère et des rectorats.

FMP | Cette période nous invite effectivement à de la créativité, à une pause réflexive, parfois un retour sur soi, et donc à s'inscrire dans un rapport au temps bien différent. Justement, quel est le rythme de travail souhaitable pour des élèves en confinement ?

RB | Alors ça, c'est LA question [rire]. Dans ce contexte bien particulier du confinement qui est donc un enfermement chez soi, moi, je propose la chose suivante : trois temps d'activité physique dans la journée et au niveau du temps scolaire, j'irai aussi sur trois temps… Je parle pour des collégiens ou des lycéens, pour les enfants de maternelle et de primaire c'est autre chose… Trois temps et on a un bon exemple qui nous est donné par la Suisse, par exemple, qui nous dis « à l'école primaire, une heure de travail en téléenseignement par jour, deux heures pour les collégiens et trois heures pour les lycéens ». Découper en trois tranches permet justement de maintenir ce niveau d'engagement, ce niveau de concentration, parce qu'on sait qu'au-delà de 45 minutes, de toute façon, une séance de télé-enseignement n'est plus efficiente. Voilà… plutôt des temps courts que des temps longs, entrecoupés de mouvements, de déplacements, là où je suis et si possible un peu d'activité physique, me semblent aujourd'hui indispensables.

FMP | La durée à consacrer au travail est donc bien différente de celle qu'on y accorde en temps normal. Cette différence au niveau de l'organisation se répercute-elle au niveau des contenus ? Autrement dit, est-ce qu'on doit enseigner les mêmes choses à distance qu’en présentiel ? En fait, comment appréhender, actuellement, l'avancée dans les programmes dans le contexte de l'enseignement à distance ?

RB | Concernant les programmes, le ministère de l’Éducation nationale a été clair ainsi que tous les rectorats : on n'avance pas sur les programmes quel que soit le niveau de classe, on se centre sur les acquis donc sur ce qui a déjà été travaillé, on se centre sur le suivi du jeune et on évite tout ce qui est évaluation à caractère sommatif, notamment toutes les notes. Le ministère a été très clair à ce niveau-là et la problématique c'est que ces principes n'ont pas été forcément respectés un peu partout, parce qu’on se retrouve avec des élèves qui ont par exemple cinq, six, voire sept heures de télé-enseignement dans la journée ce qui est tout simplement impossible.

FMP | Oui, il est préférable, on le comprend bien, de privilégier les révisions, l'entraînement, un petit peu comme un entraînement régulier d'endurance qui permettrait d'entretenir des capacités physiques parce que les médecins, les spécialistes, prévoient une situation qui risque de durer voire de se répéter. On a donc tout intérêt à adopter une stratégie permettant de poursuivre le travail à distance sans s'épuiser… Est-ce que vous auriez des conseils pour tenir dans la durée ?

RB | Une épreuve d'endurance… j'aime bien votre métaphore par rapport aux sports… Alors pour tenir dans la durée si on prend le temps réservé au niveau du scolaire : une heure pour l'école primaire, deux heures pour le collège, trois heures pour le lycée. Ensuite, il y a les fameux cinq principes, de ce qu'on appelle de la santé et du bien-être, qui ont été élaborés par Elisabeth Blackburn, prix Nobel de médecine en 2009, qui stipule :

– 1. qualité de sommeil ;

– 2. de l'activité physique quotidienne ;

– 3. une alimentation équilibrée et notamment réduite en sucre ;

– 4. des temps de calme et d'intériorité, c'est là où les pratiques méditatives ou le yoga, la sophrologie, ont tous leur sens… les qualités relationnelles, donc maintenir du lien via les réseaux sociaux d'une part mais aussi dans son contexte familial ;

– et puis un dernier point, mais qui est compliqué dans ce contexte, qui est la régulation des émotions, l'acceptation de la situation dans laquelle nous sommes et l'incapacité de savoir à quel moment nous allons en sortir. Parce que ça peut générer des émotions très désagréables, notamment avec des montées d’angoisse.

FMP | On doit changer posture, on ne doit plus viser la performance, le contrôle, mais plutôt se tourner vers une attitude plus humble, vers de la simplicité, un retour à soi… Finalement, cette situation aboutit à une révision de notre mode de pensée actuelle et on peut se demander légitimement en quoi cette crise peut nous permettre de repenser le système éducatif, les programmes et voire même la société.

RB | Une crise c’est une opportunité. Je pense que ce sera l'opportunité dans le système éducatif mais aussi dans d'autres domaines de notre société de nous réinterroger sur le sens. Et là, je pense notamment à Victor Manuel Frankel qui a écrit un excellent ouvrage autour de la question du sens et qui nous montre bien que cette crise, enfin, une crise, va nous amener à nous interroger sur les fondamentaux et notamment si on prend le système éducatif : comment on pense la coopération plutôt que la compétition, comment on pense le lien entre les différents savoirs, et là on est sur les approches qui sont beaucoup plus systémiques, transversales et notamment à caractère écologique — l'homme, l'être humain dans son environnement, dans son contexte, avec toutes les interactions. Et il me semble que cette crise va certainement nous amener à nous interroger sur le sens, bien entendu et les missions de l'école dans ce contexte-là, comment vivre bien ensemble sur cette planète et ne pas la détruire.

FMP | En résumé : pour tenir, capitalisons sur les expériences heureuses, adaptons notre rythme, acceptons de ne pas savoir la suite de ne plus être en « mode performance » et remettons tout simplement l'humain au centre de nos préoccupations. Merci à vous, Raymond Barbry et merci à ceux qui nous écoutent. C'était « Tenir dans la durée, l'approche sportive », un épisode de la série Extra Classe.

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Une parole d'expert avec Raymond Barbry, formateur et préparateur mental. Fort de son expérience dans le sport de haut niveau, Raymond Barbry nous propose son point de vue sur la période que nous sommes en train de vivre. Il nous apporte des éléments de réflexion sur l'articulation entre le présentiel et le distanciel, et plus particulièrement sur le rythme à adopter, les contenus à enseigner et l'évaluation. Il donne aussi des conseils pour « tenir sur la durée » de la façon la plus sereine possible. Comme pour un marathon !

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Mixage : Simon Gattegno

Transcription : Séverine Aubrée

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© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

FANNY MILHE POUTINGON | Les spécialistes et les médecins le disent : nous faisons face à une crise sanitaire sans précédent. La durée de cette crise nous est inconnue et les mécanismes du virus soulèvent encore un certain nombre de questions. L'avenir nous échappe, nous laissant au mieux dans une situation de doute et de questionnements, au pire dans un état de profonde mélancolie, voire pour certains de dépression. Pour vivre au mieux cette situation à l'école, chaque acteur du système éducatif se pose la question des outils à mettre en place pour tenir dans la durée. Aujourd'hui, comment tenir quand on est parent, quand on est enseignant, quand on est élève ? On se pose naturellement la question des outils pédagogiques, du rythme de travail et de la posture à adopter. « Tenir dans la durée, l'approche sportive » une émission d'Extra Classe afin de poursuivre le marathon du confinement. Et pour répondre à toutes ces questions nous accueillons aujourd'hui Raymond Barbry. Raymond bonjour, vous êtes consultant, formateur et préparateur mental, ancien professeur de sport et sportifs de haut niveau dans les ultra-distances, vous intervenez, entre autres, dans la formation des chefs d'établissement et des enseignants. Quel est votre domaine d'intervention plus précisément ?

RAYMOND BARBRY | Bonjour. J'interviens dans le cadre de la formation des chefs d'établissement et des enseignants, essentiellement en formation continue, et j'interviens sur les thématiques qui sont liées à la régulation du stress, à la régulation du conflit et j’ai développé une compétence un peu particulière sur les questions qui sont liées à l’attention / concentration par les pratiques de pleine d'attention depuis une dizaine d'années.

FMP | On l'a entendu, vous avez donc l'habitude de proposer des outils pour gérer des situations parfois délicates mais avant de nous intéresser plus en profondeur aux outils pour tenir sur la distance, est-ce que nous pourrions revenir ensemble sur cette fameuse continuité pédagogique ? Avec les retours de terrain que vous avez recueillis, comment, finalement, les enseignants, les parents et les élèves ont-ils compris ce mot ?

RB | Il me semble que le mot continuité n'était pas le plus pertinent. Si j'avais une orientation à donner, je proposerais plutôt le terme de suivi ou d'accompagnement pédagogique. Pourquoi ça ? Parce que le mot continuité dans nombre de représentations mentales, à la fois des enseignants, des parents, mais aussi des élèves, a été « on va continuer, on va donc continuer les contenus, on va continuer les programmes ». Sauf que nous ne sommes pas prêts, et culturellement, et techniquement, à mettre en place dès à présent, en tout cas dans notre pays, ce qu'on appellerait la formation à distance, le distanciel, seule. Parce que là, on est dans une situation où il n'y a plus du tout de présentiel.

FMP | Auriez-vous des initiatives de continuité pédagogique à évoquer ?

RB | Oui. Alors là, comme je disais dans un article récemment, le meilleur côtoie le pire. Et ce n'est pas la faute, je dirais, des enseignants… Enfin, ce qui m'a vraiment impressionné durant ces trois semaines, c'est l'engagement tous azimuts des enseignants. Des enseignants, des CPE, du personnel éducatif, du personnel de direction dans les établissements scolaires… c'est assez extraordinaire l'énergie qui était mise en œuvre. Et je vais vous prendre deux exemples par rapport à ça :

– Le premier exemple c’est ce que j'appellerais des situations de réussite et il y en a de nombreuses. Ce sont ces CPE dans un collège de Méricourt, ici, dans les Hauts-de-France, qui ont mis en place un suivi avec les élèves qui leur permet de s'exprimer, soit par dessin, soit par texte, soit par poésie, sur comment ils vivaient cette situation de confinement très particulière. Donc ça, c'est un des points positifs.

– Le deuxième c'est tout le travail qui est fait notamment par les enseignants de maternelle qui ont remis en place le fameux tiers-temps pédagogique avec toutes les activités à caractère ludique où on retrouve de la motricité, des jeux coopératifs et toutes les activités liées notamment au dessin et aux arts plastiques et à l'écriture.

Alors ça, c'est pour le meilleur… Eh bien le pire, c'est « on a fait l'école à la maison », qui je le redis est un oxymore, et on se retrouve avec des collégiens, des lycéens, qui sont en télé-enseignement sur les mêmes horaires que s'ils étaient à l'école. C'est-à-dire par les moyens techniques on a réussi à amener le collège et le lycée, et les élèves sont en cours comme s'ils étaient au lycée, devant leur écran, de 8 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h. Et hélas, il y a une surcharge cognitive qui est assez stupéfiante parce qu'en plus de ça, il y a le travail en plus des cours. Et en plus, ces cours sont notés et évalués, chose qui normalement n'était pas autorisée au niveau du ministère et des rectorats.

FMP | Cette période nous invite effectivement à de la créativité, à une pause réflexive, parfois un retour sur soi, et donc à s'inscrire dans un rapport au temps bien différent. Justement, quel est le rythme de travail souhaitable pour des élèves en confinement ?

RB | Alors ça, c'est LA question [rire]. Dans ce contexte bien particulier du confinement qui est donc un enfermement chez soi, moi, je propose la chose suivante : trois temps d'activité physique dans la journée et au niveau du temps scolaire, j'irai aussi sur trois temps… Je parle pour des collégiens ou des lycéens, pour les enfants de maternelle et de primaire c'est autre chose… Trois temps et on a un bon exemple qui nous est donné par la Suisse, par exemple, qui nous dis « à l'école primaire, une heure de travail en téléenseignement par jour, deux heures pour les collégiens et trois heures pour les lycéens ». Découper en trois tranches permet justement de maintenir ce niveau d'engagement, ce niveau de concentration, parce qu'on sait qu'au-delà de 45 minutes, de toute façon, une séance de télé-enseignement n'est plus efficiente. Voilà… plutôt des temps courts que des temps longs, entrecoupés de mouvements, de déplacements, là où je suis et si possible un peu d'activité physique, me semblent aujourd'hui indispensables.

FMP | La durée à consacrer au travail est donc bien différente de celle qu'on y accorde en temps normal. Cette différence au niveau de l'organisation se répercute-elle au niveau des contenus ? Autrement dit, est-ce qu'on doit enseigner les mêmes choses à distance qu’en présentiel ? En fait, comment appréhender, actuellement, l'avancée dans les programmes dans le contexte de l'enseignement à distance ?

RB | Concernant les programmes, le ministère de l’Éducation nationale a été clair ainsi que tous les rectorats : on n'avance pas sur les programmes quel que soit le niveau de classe, on se centre sur les acquis donc sur ce qui a déjà été travaillé, on se centre sur le suivi du jeune et on évite tout ce qui est évaluation à caractère sommatif, notamment toutes les notes. Le ministère a été très clair à ce niveau-là et la problématique c'est que ces principes n'ont pas été forcément respectés un peu partout, parce qu’on se retrouve avec des élèves qui ont par exemple cinq, six, voire sept heures de télé-enseignement dans la journée ce qui est tout simplement impossible.

FMP | Oui, il est préférable, on le comprend bien, de privilégier les révisions, l'entraînement, un petit peu comme un entraînement régulier d'endurance qui permettrait d'entretenir des capacités physiques parce que les médecins, les spécialistes, prévoient une situation qui risque de durer voire de se répéter. On a donc tout intérêt à adopter une stratégie permettant de poursuivre le travail à distance sans s'épuiser… Est-ce que vous auriez des conseils pour tenir dans la durée ?

RB | Une épreuve d'endurance… j'aime bien votre métaphore par rapport aux sports… Alors pour tenir dans la durée si on prend le temps réservé au niveau du scolaire : une heure pour l'école primaire, deux heures pour le collège, trois heures pour le lycée. Ensuite, il y a les fameux cinq principes, de ce qu'on appelle de la santé et du bien-être, qui ont été élaborés par Elisabeth Blackburn, prix Nobel de médecine en 2009, qui stipule :

– 1. qualité de sommeil ;

– 2. de l'activité physique quotidienne ;

– 3. une alimentation équilibrée et notamment réduite en sucre ;

– 4. des temps de calme et d'intériorité, c'est là où les pratiques méditatives ou le yoga, la sophrologie, ont tous leur sens… les qualités relationnelles, donc maintenir du lien via les réseaux sociaux d'une part mais aussi dans son contexte familial ;

– et puis un dernier point, mais qui est compliqué dans ce contexte, qui est la régulation des émotions, l'acceptation de la situation dans laquelle nous sommes et l'incapacité de savoir à quel moment nous allons en sortir. Parce que ça peut générer des émotions très désagréables, notamment avec des montées d’angoisse.

FMP | On doit changer posture, on ne doit plus viser la performance, le contrôle, mais plutôt se tourner vers une attitude plus humble, vers de la simplicité, un retour à soi… Finalement, cette situation aboutit à une révision de notre mode de pensée actuelle et on peut se demander légitimement en quoi cette crise peut nous permettre de repenser le système éducatif, les programmes et voire même la société.

RB | Une crise c’est une opportunité. Je pense que ce sera l'opportunité dans le système éducatif mais aussi dans d'autres domaines de notre société de nous réinterroger sur le sens. Et là, je pense notamment à Victor Manuel Frankel qui a écrit un excellent ouvrage autour de la question du sens et qui nous montre bien que cette crise, enfin, une crise, va nous amener à nous interroger sur les fondamentaux et notamment si on prend le système éducatif : comment on pense la coopération plutôt que la compétition, comment on pense le lien entre les différents savoirs, et là on est sur les approches qui sont beaucoup plus systémiques, transversales et notamment à caractère écologique — l'homme, l'être humain dans son environnement, dans son contexte, avec toutes les interactions. Et il me semble que cette crise va certainement nous amener à nous interroger sur le sens, bien entendu et les missions de l'école dans ce contexte-là, comment vivre bien ensemble sur cette planète et ne pas la détruire.

FMP | En résumé : pour tenir, capitalisons sur les expériences heureuses, adaptons notre rythme, acceptons de ne pas savoir la suite de ne plus être en « mode performance » et remettons tout simplement l'humain au centre de nos préoccupations. Merci à vous, Raymond Barbry et merci à ceux qui nous écoutent. C'était « Tenir dans la durée, l'approche sportive », un épisode de la série Extra Classe.

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