L'école à distance : Le rôle des parents

Extra classe

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L'école à distance : Le rôle des parents

Autour de cette table ronde, deux parents d'élèves partagent avec nous leur expérience de l'école à distance. Que l’on ait fait l’expérience de l’école à la maison lors d’un tour du monde ou que cette situation soit totalement inédite, c’est un quotidien familial qu’il faut adapter, de nouveaux repères qu’il faut construire pour accompagner son enfant dans ces apprentissages. Avec honnêteté, Catherine Herrero et Sabine Turri, parents d'enfants scolarisés dans le primaire et le secondaire, nous racontent leur quotidien de parents. Et si finalement cette situation offrait l’opportunité de redécouvrir son enfant et peut-être aussi de se découvrir soi-même ?

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits. 

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Émission animée en avril 2020 par : Claude Pereira Leconte

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Laurent Gaillard

Transcription : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

CLAUDE PEREIRA LECONTE | Que leurs enfants soient scolarisés en maternelle ou au lycée, depuis le 16 mars, les parents sont devenus le lien indispensable entre les élèves et les enseignants, pour mettre en place la continuité pédagogique. Tantôt professeurs bis, tantôt gentils organisateurs, ils se retrouvent à devoir jongler entre les plans de travail donnés par les enseignants et leur activité professionnelle, à réinventer la vie quotidienne et les relations familiales, à faire face aux questions de leurs enfants et à leurs propres difficultés. Cette situation inédite questionne le lien entre la famille et l'école, l'éducation des enfants et les valeurs que l’on souhaite leur transmettre. Comment vit-on la continuité pédagogique lorsque l’on est parent ? Comment aide-t-on ses enfants au quotidien, dans leur travail et leur bien-être ? Quand les parents ont rendez-vous avec la continuité pédagogique, une émission d’Extra Classe, pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Avec nous aujourd'hui, Catherine Herrero, parent de deux enfants à l'école primaire et au collège, et Sabine Turri, parent d'un enfant en primaire. Bonjour à toutes les deux.

CATHERINE HERRERO | Bonjour !

SABINE TURRI | Bonjour !

CPL | Merci d'être avec nous. Vous êtes toutes les deux ici pour nous parler de votre vécu en ce moment de continuité pédagogique. Sabine, cette situation est pour vous inédite, pour votre famille mais aussi pour les nombreuses personnes que vous rencontrez dans votre activité de travailleuse sociale. Pour vous Catherine, les choses sont plus différentes car vous avez déjà connu une situation similaire lors d'un tour du monde que vous avez fait il y a trois ans si je me souviens bien. Ces deux expériences sont riches et différentes et elles vont pouvoir éclairer nos auditeurs et répondre à nos interrogations. En échangeant avec nos proches ou en écoutant les témoignages de parents, on se rend compte que cette période de confinement est vécue de façon très différente. Selon qu’on vive à la campagne ou en ville, que l'on soit en télétravail ou pas, qu'on s'occupe seul ou en couple des enfants. Sabine, dans quel contexte vivez-vous cette situation de classe à la maison et de confinement ?

ST | Alors nous, on est tous les deux à la maison, enfin, les deux parents à la maison, en télétravail et en milieu rural, en maison avec jardin.

CPL | D'accord, et comment vivez-vous cette situation ? Comment la ressentez-vous en ce moment ?

ST | Au niveau du confinement, on va dire qu'on a la chance d'avoir accès à l'extérieur, donc ça va. Après, au niveau continuité pédagogique, c'est un peu plus délicat de jongler avec le fait de maintenir l'activité professionnelle. On a besoin d'adaptation, on ne sait pas trop… on tâtonne, on réajuste parce que, voilà il y a des jours où ça ne se passe pas forcément comme c'est censé se passer. C'est vrai que c'est un peu au jour le jour, de l'improvisation permanente en fait. Il n’y a pas de règles, on ne sait pas trop à l'avance.

CPL | Oui c’est une situation qui est tout à fait inédite et nous n'y étions pas préparés. C’est, comme vous dites, une remise en cause de nos modes de vie. Je dis dans l'ensemble, parce que vous Catherine, comme je l'ai dit en introduction, vous avez été déjà amenée à vivre la continuité pédagogique grâce à une expérience autre. Est-ce que vous pouvez nous en parler et surtout après, j'aimerais bien savoir, mais nos auditeurs aussi, en quoi cela vous aide aujourd'hui ?

CH | Alors peut-être pour débuter, je suis dans la même situation que Sabine, à savoir, deux adultes et deux enfants dans une maison avec un jardin, avec un terrain relativement grand d'ailleurs. Donc un confinement qui est plutôt dans un cadre de vie intéressant. Et donc tous les deux en télétravail, les deux enfants scolarisés, comme vous l'aviez indiqué. Effectivement, on a déjà connu une situation similaire à travers le tour du monde. Alors en quoi c'était similaire ? En fait, on a fait une partie de ce tour du monde en van et on s'est vite rendu compte que lorsqu’il y avait des tensions, des conflits, des non-dits… lorsqu'on est dans un van, on ne peut pas s'échapper. Donc on est obligé de, soit prendre sur soi, soit se mettre à la portée des autres pour réussir à passer la tension ou le conflit. Parce qu'on peut pas s'échapper. Donc finalement, on a connu un confinement avant l'heure dans des conditions même presque plus extrêmes, parce qu'un van, c'est beaucoup plus petit. Là, on est sur un confinement « luxueux » puisqu'on a quand même une grande maison avec un grand terrain. Si jamais il y a des choses qui ne se passent pas bien, on a possibilité de s'isoler, laisser passer la tempête et revenir après.

CPL | Oui. Alors, avant de continuer sur ce en quoi ça vous aide, Sabine vous, vous n'aviez pas connu ce type de situation. Est-ce que dans ce que dit Catherine, il y a des situations que vous retrouvez dans votre quotidien aussi ? C’est cette question de ne pas pouvoir s'échapper, d'être à un endroit où il faut gérer les difficultés qui peuvent apparaître et qu’on ne gère pas d'habitude.

ST | Oui, je pense que c'est un peu la difficulté, sauf qu’on n'avait pas trop anticipé, même mentalement. On a beau nous parler de confinement depuis quelques temps, avant que ça n’arrive, ne l’ayant pas vécu avant, on ne se représentait pas du tout ce que ça allait engendrer. Continuité pédagogique, c'est vrai qu'on l'avait entendu quand ils ont parlé de fermer les classes, oui, mais après ? C'est quand on est confronté qu'on se rend compte de tout ce qui va poser souci. Et honnêtement, ça ne me stressait pas avant que ça arrive, parce que je ne me rendais pas du tout compte. Mais au fur à mesure des jours qui passent, c'est… Oui, c'est là où on se rend compte de ce qui pose souci et de la chance qu'on a effectivement de pouvoir s'isoler par moment quand ça clache sur les devoirs ou sur d’autres soucis de la vie quotidienne, et de se dire qu'on a plusieurs pièces, qu'on a de l'espace à l'extérieur, qu’on peut différer un petit peu les choses et reprendre après, quand la crise est passée, comme le disait Catherine. Là-dessus, c'est vrai que c'est confortable. Mais après, c'est des problèmes qu'on n'a pas du tout anticipés. Donc il n’y a pas de plan, pas de règles à suivre.

CPL | Effectivement, comme vous le disiez Sabine, on a bien entendu parler de tout ça. Mais vous finalement, Catherine, quand vous avez commencé à entendre tout ça, cette expérience que vous avez vécue, en quoi elle vous aide aujourd'hui ?

CH | Elle m’aide à différents niveaux. Déjà, nous, on a mis un plan de bataille en place. Parce quand on a vu arriver le confinement, on savait d'emblée ce qui allait nous attendre en termes de… je dirais, de gestion des tensions, des émotions des uns et des autres. Donc je crois que, première chose qu'on a faite, je suis allée acheter un sac de frappe avec des gants de boxe. Je l'ai installé dans la grange et on s'est tous mis d'accord. On a fait un point tous les quatre, on s'est dit : voilà, là on va rester enfermés les uns avec les autres pendant un temps certain. Il va falloir qu'on arrive à se « supporter ». On s'adore, mais malgré tout, lorsqu'on est comme ça dans une situation un peu contiguë, c'est un peu compliqué par moment. On le savait, donc voilà : si jamais il y a une émotion un peu forte qui arrive, une colère par exemple, plutôt que de s'en prendre à l'autre, on va s'en prendre au sac de frappe, on s'était tous mis d'accord. On ne va pas polluer avec nos émotions trop importantes le reste de la famille. Bon, on est en famille, on est là pour se soutenir. Si jamais il y a quelque chose qui se passe mal, on peut s'écouter. Mais malgré tout, si c'est trop et si ça vient perturber l'équilibre émotionnel des autres, c'est pas la peine d’aller les surcharger. On gère ses problématiques soi-même. L'autre règle qu'on s'était donnée — et ça, on se l'était déjà donnée au tour du monde —, chacun prend sa part, tout le monde doit être autonome, tout le monde se responsabilise. Chacun prend sa part des tâches de la vie quotidienne, ne serait-ce que ça. On s'était mis des choses très très simples en place au niveau des repas. Je fais à manger, Romuald, qui est mon mari, fait la vaisselle, ma fille range la table et mon fils met la table. C'est tout simple, mais on s'y tient. On s'est mis en place des petits rituels de ce type-là pour déjà, ne pas décrocher du quotidien et surtout que chacun se responsabilise dans cette situation-là, que tout le monde prenne sa part d'autonomie. Il faut savoir que mon fils a 8 ans.

CPL | Oui, alors vous parlez de prendre sa part de responsabilité, de rituels… Moi, en préparant cette émission, je pensais naïvement que cette situation de classe à la maison serait moins compliquée pour les familles qui ont un fonctionnement bien rodé, pour suivre le travail des enfants ou les devoirs de leurs élèves. Et j'ai été très étonnée, en interrogeant des collègues et d'anciens parents d'élèves, de voir que ce n'était pas si simple que ça et que la transition n'était pas automatique. Sabine, est-ce que vous avez dû revoir votre fonctionnement habituel, et si oui, pourquoi et comment ?

ST |  Le problème c'est que « continuité pédagogique », ça ne m’a pas forcément parlé tout de suite. Je ne savais pas trop ce que ça allait impliquer. Et le souci c'est que c'est pas tout à fait la même chose entre… accompagner un enfant qui a déjà eu des notions en classe, des devoirs qu’on révise, et être sur des notions nouvelles, où il va se décourager plus vite, où ça demande plus de temps, ça demande plus de disponibilité, plus de patience. Et c'est vrai qu’autant on n'avait pas du tout de difficultés pour les devoirs scolaires, autant là on est un peu en difficulté par rapport au fait qu'il se décourage et ça, on n'était pas forcément préparé à ça. On a la chance d'avoir un enfant qui se débrouille bien à l'école, mais là, on le voit différemment en fait, parce que c'est des choses qu’il n'a jamais vues. Et ça, on ne se rendait pas compte qu'on aurait à gérer ça aussi. Pour nous, la continuité pédagogique, c'est vrai que ça ne représentait pas grand-chose. Alors maintenant ça y est, je pense qu'on a intégré les choses, mais au début on se disait, mais… Il ne le fait pas parce qu’il est à la maison ? Ou parce qu'il n’a pas envie ? En fait, je pense qu'on le mettait en difficulté parce qu’on n’arrivait pas bien à expliquer les choses.

CPL | Vous me disiez lorsqu’on préparait cette émission, qu’avec les jours qui passent, vous avez aussi décidé de vous remettre sur un mode un peu plus « devoir », où vous aidez plus votre enfant dans son travail scolaire ?

ST |  Oui, parce qu'on s'est rendu compte qu'en autonomie ça ne fonctionnait pas, en tout cas pour lui. Après peut-être que pour d'autres enfants, ça fonctionne. Je ne sais pas si c'est le fait qu'on soit sur plusieurs semaines consécutives et qu’il s'épuise…

CPL | Oui mais la solution que vous avez trouvée finalement, c'est cet accompagnement ?

ST |  Oui, on essaye de faire avec lui, pour éviter qu'il décroche parce que quand on le laissait faire tout seul, soit il faisait très vite pour en finir, soit il disait qu'il n'y arrivait pas, qu'il était nul, et au final ça arrivait à des situations de conflits quasiment quotidiennes. Donc maintenant on fait avec. Ça a d'autres inconvénients, mais en termes d'apprentissage, je pense que ça fonctionne.

CPL | Catherine, vous nous présentiez tout à l'heure votre organisation pendant ce temps de confinement, qui s'appuie énormément sur ce que vous avez déjà fait. Mais lorsque vous faisiez ce tour du monde, par exemple, il n'y avait pas d'activité de la maison. Il n'y avait pas de télétravail, c'était peutêtre quelque chose de différent. Alors comment vous avez revu aussi ce fonctionnement habituel de votre vie quotidienne par rapport à cette contrainte, par exemple du télétravail, ou à cette question de la motivation des enfants dont parlait tout à l'heure Sabine ?

CH | Il y a plusieurs choses. Déjà, on s'est réparti la tâche avec Romuald, mon mari donc. C’est pareil, enseignement au tour du monde, il ne faut pas qu'on s'épuise tous les deux. Donc on a réparti la journée, on s'est donné un petit rythme. On gère mon fils à tour de rôle. C'est défini à l'avance et puis on a maintenu le rythme scolaire avec une récréation au milieu, on a essayé de jouer là-dessus : reproduire ce qu'il pouvait connaître à l'école avec un encadrement par ses parents et ça permettait effectivement de ne pas s'épuiser l'un l'autre. Deuxième chose, on a deux enfants d'âge différent. Et c'est vrai que l’âge compte pour beaucoup finalement. Ma fille qui a 14 ans, qui est au collège, est totalement autonome. Et je pense que ça lui fait même du bien qu'on ne soit pas sur son dos, et ça lui prouve qu’on lui fait confiance. Donc c'est intéressant aussi dans la relation, dans le lien qu'on peut avoir à l’enfant, cette période-là, parce que ça permet de les mettre à l'épreuve et de les tester un petit peu ces relations-là et ces liens. Donc ma fille, en autonomie, on lui fait confiance et du coup elle est contente, elle nous fait confiance aussi. Elle est contente de la réaction qu'on peut avoir par rapport à elle, de cette confiance qui lui est accordée. Mon fils, lui, a 8 ans, c'est un petit peu différent. Effectivement, je pense que comme Sabine, si on le laissait tout seul, il se laisserait vite aller. Soit à ne rien faire, soit à faire très très rapidement, histoire de passer vite à la récréation. Donc on l'encadre un petit peu plus, mais malgré tout, on essaie de le laisser un maximum en autonomie. Quand c'est moi qui l'ai par exemple, il est à côté de moi. Je suis en télétravail, je lui ai aménagé un petit plan de travail, il a sa zone à lui avec ses petites affaires. Je fais le lancement avec lui, je regarde les devoirs, ce qu’il y a à faire, ce que la maîtresse a donné. Il choisit soit français soit mathématiques, il a quand même la possibilité de choisir. Ou anglais, en fonction de ce que la maîtresse a donné. Il choisit l'ordre de passage de ces activités et une fois qu'il a choisi, hop, on se lance. Je regarde les consignes avec lui, je lui donne les consignes générales et après je le laisse en autonomie. Je lui donne un petit post-it ou un petit papier sur lequel je note les numéros d'exercice une fois qu'on a fini le plantage de contexte ou les explications de départ, et après il a une demi-heure pour produire son exercice ou aller au bout de son action. À la fin, je vérifie. Je m'assure qu'il a compris ce qu'il a fait, s’il l'a fait rapidement en particulier je m'assure qu'il a bien compris. S’il a compris, je le laisse faire. Je ne corrige pas forcément tout avec lui. Si c'est tout juste, je lui dis. Si c'est faux, je lui dis également mais par contre la maîtresse, le lendemain, envoie les corrections et elle tient à ce que ce soit l'élève lui-même qui se corrige. Donc je ne lui fais pas forcément corriger le moment venu. Je lui dis simplement : « Là il y a peut-être deux trois petites erreurs, ce sera à revoir demain » ou « il y a une erreur d'inattention » ou alors « c'est bien ». Si je m'aperçois qu’il a fait trop d'erreurs et que c'est pas normal, que vraiment il a voulu aller trop vite, là je lui fais recommencer.

CPL | Mais alors moi, ce qui me questionne sur vos deux témoignages, c'est que quand on est en classe — je suis enseignante —, il y a une certaine distance affective avec la maîtresse et puis surtout il y a tous les autres camarades de la classe qui sont là un petit peu pour créer une émulation. Alors Sabine, est-ce que vous sentez avec votre enfant — je rappelle qu'il a 8 ans —, ce manque, et des interactions avec la maîtresse mais aussi avec les autres camarades ?

ST | Oui. Là au bout de 4 semaines, je pense que j'ai compris où était le problème et je pense que c'est ça en fait. On en a discuté ce matin, parce que c'était particulièrement compliqué, parce que j'ai essayé de lui faire faire, après lui avoir donné la consigne, qu'il fasse un petit peu l'exercice, et il m’a dit : « Mais la maîtresse, quand j’y arrive pas elle m’aide ». Je lui ai dit : « Je t’aide là ! ». Après on ne sait pas de quelle manière elle… parce qu’il y a beaucoup de ressenti. Je pense qu'il y a aussi le côté affectif où il attend de nous, parce que ce sont des périodes où il y a aussi beaucoup de choses. Il comprend les choses mais ne comprend pas forcément tout et c'est bizarre ce concept d'école à la maison. Je ne pense pas qu'il ait intégré le fait que tous ses copains aussi étaient à l'école à la maison parce que je lui ai redit ce matin : « Mais tu sais, il n’y a pas que toi qu'on embête avec de l'école. Tes copains, ils font pareil ». Mais je pense qu'en fait, c'est une représentation qu’ils n'ont pas, et c'est pas la première fois que je lui dis mais là, il m'a regardé, je me suis dit : « Oui en fait c'est ça qu’il n’a pas intégré ». Je pense qu'il manque le côté « on se stimule ». Après moi, je prends les choses comme elles viennent et puis je pense qu'il peut aussi. Mais effectivement pour répondre à la question c'est ce qui manque aussi. Il manque le contact professionnel et des autres élèves. Ils s’entraînent un petit peu à celui qui termine, celui qui y arrive, celui qui n’y arrive pas…

CPL | J'entends ce que dit Sabine. Du coup, il me vient une autre question. Catherine, est-ce que finalement, se retrouver face aux difficultés scolaires de ses enfants n'est pas quelque chose de difficile lorsque l'on est parent ?

CH | Pour ma fille, elle se sent beaucoup mieux, là, à distance en confinement pour son travail scolaire que dans la classe. Bon, c'est spécifique à son cas, elle était dans un environnement qui ne lui convenait peut-être pas tout à fait. Elle est brillante à l'école, pas de difficultés, mais c'est vrai que le contexte scolaire, ça lui convenait pas. L'apprentissage tel qu'il est proposé dans ce collège ne lui convient pas. Donc là, elle est très bien en confinement. Ça, c'est la première chose, je ne peux pas dire qu’il y ait de difficultés particulières, elle est rayonnante ma fille en ce moment. Mon fils, je ne trouve pas qu'il le vive très mal. La maîtresse a su garder le contact et puis c'est vrai qu'il avait l'habitude du contact distant, de le gérer avec le tour du monde, avec la classe… Le numérique, il l’avait déjà utilisé pour pouvoir garder le contact, donc il n’en souffre pas vraiment et il a un appel toutes les semaines avec la maîtresse. Régulièrement, on envoie des photos du travail. Il interagit avec les élèves à travers des retours sur le travail qu'ils ont fait. Donc lui ne souffre pas vraiment du manque de maîtresse. Elle est présente via les outils numériques. Bon, je ne dis pas que sur une année complète, ça ne serait pas difficile mais là, sur un temps encore relativement court, c'est jouable. Et les copains ne lui manquent que pour les échanges de cartes Pokémon. Je dirais que c'est pour tout ce qui est en dehors de l'école finalement que les copains manquent. C'est la première chose qu’il m'a dit quand je lui ai dit : « Mais tu n’iras plus à l'école, c'est pas grave ». « Ah mince, je pourrais plus échanger mes cartes Pokémon ». Et pas du tout pour l’entraide. Ça, ça ne lui pose pas de difficultés. Les seules difficultés auxquelles je peux assister finalement, je trouve que c'est plutôt utile de les voir. La maîtresse me disait souvent qu'il était lent. Il était très bon à l'école, pas de difficultés, mais il pouvait être très lent en maths. Et j'ai compris, à être avec lui, pourquoi il était comme ça. Alors ça m'inquiétait, je me dis vaut mieux le voir maintenant, mais en fait il se met une pression incroyable sur les maths. Je ne sais pas pourquoi il a besoin… Il y arrive très bien, mais il a du mal à se mettre en route sur les maths. C’est pas le temps de réalisation de l'exercice qui est long, c'est le temps de s'y mettre. Il se laisse vite distraire par un truc ou quelque chose qui passe à côté de lui, il se laisse vite distraire et il a tellement peur de se tromper que finalement il n’ose même pas y aller. Donc ça, c'est quelque chose que je n’avais pas encore cerné chez lui.

CPL | Depuis tout à l'heure, c'est vrai que je vous oriente énormément vers le travail scolaire de vos enfants mais il n'y a pas que ça, vos enfants font d'autres choses. Alors, par exemple, Sabine, quand votre fils n'est pas en train de faire ses devoirs, quelles sont ses activités, et puis surtout, qu'est-ce qu'il aime beaucoup faire en ce moment, dans cette période de confinement ?

ST | On a la chance qu'il fasse beau, donc il est beaucoup dehors. Il joue au basket dans le jardin vu que c'est une de ses activités extrascolaires normalement. Il a besoin de beaucoup bouger. Il est plus là-dessus, ou jeu de société quand il a envie de se poser un petit peu et qu'on est disponible. Donc pour l'instant on est là-dessus, il n’est pas trop activité manuelle. On a fait un petit peu les défis collectifs de l'école mais ça s'est limité à ça. Et puis ils avaient proposé un défi pour le premier avril, c'était un poisson avec des matériaux recyclables, ça il était motivé donc on l’a fait.

CPL | Vous disiez aussi, Sabine, qu’il passait un grand temps dans le jardin à jouer avec son chien ?

ST | Avec son chien oui, heureusement qu'il est là ! Le chien, le jardin et le soleil, ça nous aide pas mal en ce moment. Il a besoin de se défouler.

CPL | Nous approchons de la fin de cette émission. Je vous entends et je me dis vraiment que cette expérience est inédite et bouleversante. Pour ma part, je suis confinée loin de mes enfants, ce n'est pas simple. Et à côté, je me rends compte que nous prenons plus de temps pour parler de ce qui nous touche, de nos projets aussi. Catherine, en conclusion, pensez-vous que cette période peut nous apporter quelque chose de positif ?

CH | Ce que j'avais ressenti au tour du monde, j'avais découvert presque mes enfants. C’est assez curieux de dire ça, mais c'est vrai que lorsqu'on est comme ça confiné ou dans une situation où on est au quotidien avec eux et qu'on a la possibilité enfin de les écouter et de parler avec eux, on découvre des facettes d’eux qu'on ne connaissait pas. Et je trouve que ça renforce les liens familiaux si on sait se mettre à l'écoute de ses enfants. Ça renforce les liens familiaux de façon assez incroyable. On découvre des belles choses chez eux. Moi j'avais découvert l'humour de ma fille en tour du monde, je savais qu'elle était drôle mais voilà, ça m'avait frappé, et puis là je continue à la découvrir dans cette période de confinement, encore plus parce qu'on prend le temps d'être avec eux à leur écoute.

CPL | Merci à toutes les deux et merci à ceux qui nous écoutent. C'était « Quand les parents ont rendez-vous avec la continuité pédagogique », un épisode d'Extra classe.

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Autour de cette table ronde, deux parents d'élèves partagent avec nous leur expérience de l'école à distance. Que l’on ait fait l’expérience de l’école à la maison lors d’un tour du monde ou que cette situation soit totalement inédite, c’est un quotidien familial qu’il faut adapter, de nouveaux repères qu’il faut construire pour accompagner son enfant dans ces apprentissages. Avec honnêteté, Catherine Herrero et Sabine Turri, parents d'enfants scolarisés dans le primaire et le secondaire, nous racontent leur quotidien de parents. Et si finalement cette situation offrait l’opportunité de redécouvrir son enfant et peut-être aussi de se découvrir soi-même ?

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Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Laurent Gaillard

Transcription : Valérie Sourdieux

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Transcription :

CLAUDE PEREIRA LECONTE | Que leurs enfants soient scolarisés en maternelle ou au lycée, depuis le 16 mars, les parents sont devenus le lien indispensable entre les élèves et les enseignants, pour mettre en place la continuité pédagogique. Tantôt professeurs bis, tantôt gentils organisateurs, ils se retrouvent à devoir jongler entre les plans de travail donnés par les enseignants et leur activité professionnelle, à réinventer la vie quotidienne et les relations familiales, à faire face aux questions de leurs enfants et à leurs propres difficultés. Cette situation inédite questionne le lien entre la famille et l'école, l'éducation des enfants et les valeurs que l’on souhaite leur transmettre. Comment vit-on la continuité pédagogique lorsque l’on est parent ? Comment aide-t-on ses enfants au quotidien, dans leur travail et leur bien-être ? Quand les parents ont rendez-vous avec la continuité pédagogique, une émission d’Extra Classe, pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Avec nous aujourd'hui, Catherine Herrero, parent de deux enfants à l'école primaire et au collège, et Sabine Turri, parent d'un enfant en primaire. Bonjour à toutes les deux.

CATHERINE HERRERO | Bonjour !

SABINE TURRI | Bonjour !

CPL | Merci d'être avec nous. Vous êtes toutes les deux ici pour nous parler de votre vécu en ce moment de continuité pédagogique. Sabine, cette situation est pour vous inédite, pour votre famille mais aussi pour les nombreuses personnes que vous rencontrez dans votre activité de travailleuse sociale. Pour vous Catherine, les choses sont plus différentes car vous avez déjà connu une situation similaire lors d'un tour du monde que vous avez fait il y a trois ans si je me souviens bien. Ces deux expériences sont riches et différentes et elles vont pouvoir éclairer nos auditeurs et répondre à nos interrogations. En échangeant avec nos proches ou en écoutant les témoignages de parents, on se rend compte que cette période de confinement est vécue de façon très différente. Selon qu’on vive à la campagne ou en ville, que l'on soit en télétravail ou pas, qu'on s'occupe seul ou en couple des enfants. Sabine, dans quel contexte vivez-vous cette situation de classe à la maison et de confinement ?

ST | Alors nous, on est tous les deux à la maison, enfin, les deux parents à la maison, en télétravail et en milieu rural, en maison avec jardin.

CPL | D'accord, et comment vivez-vous cette situation ? Comment la ressentez-vous en ce moment ?

ST | Au niveau du confinement, on va dire qu'on a la chance d'avoir accès à l'extérieur, donc ça va. Après, au niveau continuité pédagogique, c'est un peu plus délicat de jongler avec le fait de maintenir l'activité professionnelle. On a besoin d'adaptation, on ne sait pas trop… on tâtonne, on réajuste parce que, voilà il y a des jours où ça ne se passe pas forcément comme c'est censé se passer. C'est vrai que c'est un peu au jour le jour, de l'improvisation permanente en fait. Il n’y a pas de règles, on ne sait pas trop à l'avance.

CPL | Oui c’est une situation qui est tout à fait inédite et nous n'y étions pas préparés. C’est, comme vous dites, une remise en cause de nos modes de vie. Je dis dans l'ensemble, parce que vous Catherine, comme je l'ai dit en introduction, vous avez été déjà amenée à vivre la continuité pédagogique grâce à une expérience autre. Est-ce que vous pouvez nous en parler et surtout après, j'aimerais bien savoir, mais nos auditeurs aussi, en quoi cela vous aide aujourd'hui ?

CH | Alors peut-être pour débuter, je suis dans la même situation que Sabine, à savoir, deux adultes et deux enfants dans une maison avec un jardin, avec un terrain relativement grand d'ailleurs. Donc un confinement qui est plutôt dans un cadre de vie intéressant. Et donc tous les deux en télétravail, les deux enfants scolarisés, comme vous l'aviez indiqué. Effectivement, on a déjà connu une situation similaire à travers le tour du monde. Alors en quoi c'était similaire ? En fait, on a fait une partie de ce tour du monde en van et on s'est vite rendu compte que lorsqu’il y avait des tensions, des conflits, des non-dits… lorsqu'on est dans un van, on ne peut pas s'échapper. Donc on est obligé de, soit prendre sur soi, soit se mettre à la portée des autres pour réussir à passer la tension ou le conflit. Parce qu'on peut pas s'échapper. Donc finalement, on a connu un confinement avant l'heure dans des conditions même presque plus extrêmes, parce qu'un van, c'est beaucoup plus petit. Là, on est sur un confinement « luxueux » puisqu'on a quand même une grande maison avec un grand terrain. Si jamais il y a des choses qui ne se passent pas bien, on a possibilité de s'isoler, laisser passer la tempête et revenir après.

CPL | Oui. Alors, avant de continuer sur ce en quoi ça vous aide, Sabine vous, vous n'aviez pas connu ce type de situation. Est-ce que dans ce que dit Catherine, il y a des situations que vous retrouvez dans votre quotidien aussi ? C’est cette question de ne pas pouvoir s'échapper, d'être à un endroit où il faut gérer les difficultés qui peuvent apparaître et qu’on ne gère pas d'habitude.

ST | Oui, je pense que c'est un peu la difficulté, sauf qu’on n'avait pas trop anticipé, même mentalement. On a beau nous parler de confinement depuis quelques temps, avant que ça n’arrive, ne l’ayant pas vécu avant, on ne se représentait pas du tout ce que ça allait engendrer. Continuité pédagogique, c'est vrai qu'on l'avait entendu quand ils ont parlé de fermer les classes, oui, mais après ? C'est quand on est confronté qu'on se rend compte de tout ce qui va poser souci. Et honnêtement, ça ne me stressait pas avant que ça arrive, parce que je ne me rendais pas du tout compte. Mais au fur à mesure des jours qui passent, c'est… Oui, c'est là où on se rend compte de ce qui pose souci et de la chance qu'on a effectivement de pouvoir s'isoler par moment quand ça clache sur les devoirs ou sur d’autres soucis de la vie quotidienne, et de se dire qu'on a plusieurs pièces, qu'on a de l'espace à l'extérieur, qu’on peut différer un petit peu les choses et reprendre après, quand la crise est passée, comme le disait Catherine. Là-dessus, c'est vrai que c'est confortable. Mais après, c'est des problèmes qu'on n'a pas du tout anticipés. Donc il n’y a pas de plan, pas de règles à suivre.

CPL | Effectivement, comme vous le disiez Sabine, on a bien entendu parler de tout ça. Mais vous finalement, Catherine, quand vous avez commencé à entendre tout ça, cette expérience que vous avez vécue, en quoi elle vous aide aujourd'hui ?

CH | Elle m’aide à différents niveaux. Déjà, nous, on a mis un plan de bataille en place. Parce quand on a vu arriver le confinement, on savait d'emblée ce qui allait nous attendre en termes de… je dirais, de gestion des tensions, des émotions des uns et des autres. Donc je crois que, première chose qu'on a faite, je suis allée acheter un sac de frappe avec des gants de boxe. Je l'ai installé dans la grange et on s'est tous mis d'accord. On a fait un point tous les quatre, on s'est dit : voilà, là on va rester enfermés les uns avec les autres pendant un temps certain. Il va falloir qu'on arrive à se « supporter ». On s'adore, mais malgré tout, lorsqu'on est comme ça dans une situation un peu contiguë, c'est un peu compliqué par moment. On le savait, donc voilà : si jamais il y a une émotion un peu forte qui arrive, une colère par exemple, plutôt que de s'en prendre à l'autre, on va s'en prendre au sac de frappe, on s'était tous mis d'accord. On ne va pas polluer avec nos émotions trop importantes le reste de la famille. Bon, on est en famille, on est là pour se soutenir. Si jamais il y a quelque chose qui se passe mal, on peut s'écouter. Mais malgré tout, si c'est trop et si ça vient perturber l'équilibre émotionnel des autres, c'est pas la peine d’aller les surcharger. On gère ses problématiques soi-même. L'autre règle qu'on s'était donnée — et ça, on se l'était déjà donnée au tour du monde —, chacun prend sa part, tout le monde doit être autonome, tout le monde se responsabilise. Chacun prend sa part des tâches de la vie quotidienne, ne serait-ce que ça. On s'était mis des choses très très simples en place au niveau des repas. Je fais à manger, Romuald, qui est mon mari, fait la vaisselle, ma fille range la table et mon fils met la table. C'est tout simple, mais on s'y tient. On s'est mis en place des petits rituels de ce type-là pour déjà, ne pas décrocher du quotidien et surtout que chacun se responsabilise dans cette situation-là, que tout le monde prenne sa part d'autonomie. Il faut savoir que mon fils a 8 ans.

CPL | Oui, alors vous parlez de prendre sa part de responsabilité, de rituels… Moi, en préparant cette émission, je pensais naïvement que cette situation de classe à la maison serait moins compliquée pour les familles qui ont un fonctionnement bien rodé, pour suivre le travail des enfants ou les devoirs de leurs élèves. Et j'ai été très étonnée, en interrogeant des collègues et d'anciens parents d'élèves, de voir que ce n'était pas si simple que ça et que la transition n'était pas automatique. Sabine, est-ce que vous avez dû revoir votre fonctionnement habituel, et si oui, pourquoi et comment ?

ST |  Le problème c'est que « continuité pédagogique », ça ne m’a pas forcément parlé tout de suite. Je ne savais pas trop ce que ça allait impliquer. Et le souci c'est que c'est pas tout à fait la même chose entre… accompagner un enfant qui a déjà eu des notions en classe, des devoirs qu’on révise, et être sur des notions nouvelles, où il va se décourager plus vite, où ça demande plus de temps, ça demande plus de disponibilité, plus de patience. Et c'est vrai qu’autant on n'avait pas du tout de difficultés pour les devoirs scolaires, autant là on est un peu en difficulté par rapport au fait qu'il se décourage et ça, on n'était pas forcément préparé à ça. On a la chance d'avoir un enfant qui se débrouille bien à l'école, mais là, on le voit différemment en fait, parce que c'est des choses qu’il n'a jamais vues. Et ça, on ne se rendait pas compte qu'on aurait à gérer ça aussi. Pour nous, la continuité pédagogique, c'est vrai que ça ne représentait pas grand-chose. Alors maintenant ça y est, je pense qu'on a intégré les choses, mais au début on se disait, mais… Il ne le fait pas parce qu’il est à la maison ? Ou parce qu'il n’a pas envie ? En fait, je pense qu'on le mettait en difficulté parce qu’on n’arrivait pas bien à expliquer les choses.

CPL | Vous me disiez lorsqu’on préparait cette émission, qu’avec les jours qui passent, vous avez aussi décidé de vous remettre sur un mode un peu plus « devoir », où vous aidez plus votre enfant dans son travail scolaire ?

ST |  Oui, parce qu'on s'est rendu compte qu'en autonomie ça ne fonctionnait pas, en tout cas pour lui. Après peut-être que pour d'autres enfants, ça fonctionne. Je ne sais pas si c'est le fait qu'on soit sur plusieurs semaines consécutives et qu’il s'épuise…

CPL | Oui mais la solution que vous avez trouvée finalement, c'est cet accompagnement ?

ST |  Oui, on essaye de faire avec lui, pour éviter qu'il décroche parce que quand on le laissait faire tout seul, soit il faisait très vite pour en finir, soit il disait qu'il n'y arrivait pas, qu'il était nul, et au final ça arrivait à des situations de conflits quasiment quotidiennes. Donc maintenant on fait avec. Ça a d'autres inconvénients, mais en termes d'apprentissage, je pense que ça fonctionne.

CPL | Catherine, vous nous présentiez tout à l'heure votre organisation pendant ce temps de confinement, qui s'appuie énormément sur ce que vous avez déjà fait. Mais lorsque vous faisiez ce tour du monde, par exemple, il n'y avait pas d'activité de la maison. Il n'y avait pas de télétravail, c'était peutêtre quelque chose de différent. Alors comment vous avez revu aussi ce fonctionnement habituel de votre vie quotidienne par rapport à cette contrainte, par exemple du télétravail, ou à cette question de la motivation des enfants dont parlait tout à l'heure Sabine ?

CH | Il y a plusieurs choses. Déjà, on s'est réparti la tâche avec Romuald, mon mari donc. C’est pareil, enseignement au tour du monde, il ne faut pas qu'on s'épuise tous les deux. Donc on a réparti la journée, on s'est donné un petit rythme. On gère mon fils à tour de rôle. C'est défini à l'avance et puis on a maintenu le rythme scolaire avec une récréation au milieu, on a essayé de jouer là-dessus : reproduire ce qu'il pouvait connaître à l'école avec un encadrement par ses parents et ça permettait effectivement de ne pas s'épuiser l'un l'autre. Deuxième chose, on a deux enfants d'âge différent. Et c'est vrai que l’âge compte pour beaucoup finalement. Ma fille qui a 14 ans, qui est au collège, est totalement autonome. Et je pense que ça lui fait même du bien qu'on ne soit pas sur son dos, et ça lui prouve qu’on lui fait confiance. Donc c'est intéressant aussi dans la relation, dans le lien qu'on peut avoir à l’enfant, cette période-là, parce que ça permet de les mettre à l'épreuve et de les tester un petit peu ces relations-là et ces liens. Donc ma fille, en autonomie, on lui fait confiance et du coup elle est contente, elle nous fait confiance aussi. Elle est contente de la réaction qu'on peut avoir par rapport à elle, de cette confiance qui lui est accordée. Mon fils, lui, a 8 ans, c'est un petit peu différent. Effectivement, je pense que comme Sabine, si on le laissait tout seul, il se laisserait vite aller. Soit à ne rien faire, soit à faire très très rapidement, histoire de passer vite à la récréation. Donc on l'encadre un petit peu plus, mais malgré tout, on essaie de le laisser un maximum en autonomie. Quand c'est moi qui l'ai par exemple, il est à côté de moi. Je suis en télétravail, je lui ai aménagé un petit plan de travail, il a sa zone à lui avec ses petites affaires. Je fais le lancement avec lui, je regarde les devoirs, ce qu’il y a à faire, ce que la maîtresse a donné. Il choisit soit français soit mathématiques, il a quand même la possibilité de choisir. Ou anglais, en fonction de ce que la maîtresse a donné. Il choisit l'ordre de passage de ces activités et une fois qu'il a choisi, hop, on se lance. Je regarde les consignes avec lui, je lui donne les consignes générales et après je le laisse en autonomie. Je lui donne un petit post-it ou un petit papier sur lequel je note les numéros d'exercice une fois qu'on a fini le plantage de contexte ou les explications de départ, et après il a une demi-heure pour produire son exercice ou aller au bout de son action. À la fin, je vérifie. Je m'assure qu'il a compris ce qu'il a fait, s’il l'a fait rapidement en particulier je m'assure qu'il a bien compris. S’il a compris, je le laisse faire. Je ne corrige pas forcément tout avec lui. Si c'est tout juste, je lui dis. Si c'est faux, je lui dis également mais par contre la maîtresse, le lendemain, envoie les corrections et elle tient à ce que ce soit l'élève lui-même qui se corrige. Donc je ne lui fais pas forcément corriger le moment venu. Je lui dis simplement : « Là il y a peut-être deux trois petites erreurs, ce sera à revoir demain » ou « il y a une erreur d'inattention » ou alors « c'est bien ». Si je m'aperçois qu’il a fait trop d'erreurs et que c'est pas normal, que vraiment il a voulu aller trop vite, là je lui fais recommencer.

CPL | Mais alors moi, ce qui me questionne sur vos deux témoignages, c'est que quand on est en classe — je suis enseignante —, il y a une certaine distance affective avec la maîtresse et puis surtout il y a tous les autres camarades de la classe qui sont là un petit peu pour créer une émulation. Alors Sabine, est-ce que vous sentez avec votre enfant — je rappelle qu'il a 8 ans —, ce manque, et des interactions avec la maîtresse mais aussi avec les autres camarades ?

ST | Oui. Là au bout de 4 semaines, je pense que j'ai compris où était le problème et je pense que c'est ça en fait. On en a discuté ce matin, parce que c'était particulièrement compliqué, parce que j'ai essayé de lui faire faire, après lui avoir donné la consigne, qu'il fasse un petit peu l'exercice, et il m’a dit : « Mais la maîtresse, quand j’y arrive pas elle m’aide ». Je lui ai dit : « Je t’aide là ! ». Après on ne sait pas de quelle manière elle… parce qu’il y a beaucoup de ressenti. Je pense qu'il y a aussi le côté affectif où il attend de nous, parce que ce sont des périodes où il y a aussi beaucoup de choses. Il comprend les choses mais ne comprend pas forcément tout et c'est bizarre ce concept d'école à la maison. Je ne pense pas qu'il ait intégré le fait que tous ses copains aussi étaient à l'école à la maison parce que je lui ai redit ce matin : « Mais tu sais, il n’y a pas que toi qu'on embête avec de l'école. Tes copains, ils font pareil ». Mais je pense qu'en fait, c'est une représentation qu’ils n'ont pas, et c'est pas la première fois que je lui dis mais là, il m'a regardé, je me suis dit : « Oui en fait c'est ça qu’il n’a pas intégré ». Je pense qu'il manque le côté « on se stimule ». Après moi, je prends les choses comme elles viennent et puis je pense qu'il peut aussi. Mais effectivement pour répondre à la question c'est ce qui manque aussi. Il manque le contact professionnel et des autres élèves. Ils s’entraînent un petit peu à celui qui termine, celui qui y arrive, celui qui n’y arrive pas…

CPL | J'entends ce que dit Sabine. Du coup, il me vient une autre question. Catherine, est-ce que finalement, se retrouver face aux difficultés scolaires de ses enfants n'est pas quelque chose de difficile lorsque l'on est parent ?

CH | Pour ma fille, elle se sent beaucoup mieux, là, à distance en confinement pour son travail scolaire que dans la classe. Bon, c'est spécifique à son cas, elle était dans un environnement qui ne lui convenait peut-être pas tout à fait. Elle est brillante à l'école, pas de difficultés, mais c'est vrai que le contexte scolaire, ça lui convenait pas. L'apprentissage tel qu'il est proposé dans ce collège ne lui convient pas. Donc là, elle est très bien en confinement. Ça, c'est la première chose, je ne peux pas dire qu’il y ait de difficultés particulières, elle est rayonnante ma fille en ce moment. Mon fils, je ne trouve pas qu'il le vive très mal. La maîtresse a su garder le contact et puis c'est vrai qu'il avait l'habitude du contact distant, de le gérer avec le tour du monde, avec la classe… Le numérique, il l’avait déjà utilisé pour pouvoir garder le contact, donc il n’en souffre pas vraiment et il a un appel toutes les semaines avec la maîtresse. Régulièrement, on envoie des photos du travail. Il interagit avec les élèves à travers des retours sur le travail qu'ils ont fait. Donc lui ne souffre pas vraiment du manque de maîtresse. Elle est présente via les outils numériques. Bon, je ne dis pas que sur une année complète, ça ne serait pas difficile mais là, sur un temps encore relativement court, c'est jouable. Et les copains ne lui manquent que pour les échanges de cartes Pokémon. Je dirais que c'est pour tout ce qui est en dehors de l'école finalement que les copains manquent. C'est la première chose qu’il m'a dit quand je lui ai dit : « Mais tu n’iras plus à l'école, c'est pas grave ». « Ah mince, je pourrais plus échanger mes cartes Pokémon ». Et pas du tout pour l’entraide. Ça, ça ne lui pose pas de difficultés. Les seules difficultés auxquelles je peux assister finalement, je trouve que c'est plutôt utile de les voir. La maîtresse me disait souvent qu'il était lent. Il était très bon à l'école, pas de difficultés, mais il pouvait être très lent en maths. Et j'ai compris, à être avec lui, pourquoi il était comme ça. Alors ça m'inquiétait, je me dis vaut mieux le voir maintenant, mais en fait il se met une pression incroyable sur les maths. Je ne sais pas pourquoi il a besoin… Il y arrive très bien, mais il a du mal à se mettre en route sur les maths. C’est pas le temps de réalisation de l'exercice qui est long, c'est le temps de s'y mettre. Il se laisse vite distraire par un truc ou quelque chose qui passe à côté de lui, il se laisse vite distraire et il a tellement peur de se tromper que finalement il n’ose même pas y aller. Donc ça, c'est quelque chose que je n’avais pas encore cerné chez lui.

CPL | Depuis tout à l'heure, c'est vrai que je vous oriente énormément vers le travail scolaire de vos enfants mais il n'y a pas que ça, vos enfants font d'autres choses. Alors, par exemple, Sabine, quand votre fils n'est pas en train de faire ses devoirs, quelles sont ses activités, et puis surtout, qu'est-ce qu'il aime beaucoup faire en ce moment, dans cette période de confinement ?

ST | On a la chance qu'il fasse beau, donc il est beaucoup dehors. Il joue au basket dans le jardin vu que c'est une de ses activités extrascolaires normalement. Il a besoin de beaucoup bouger. Il est plus là-dessus, ou jeu de société quand il a envie de se poser un petit peu et qu'on est disponible. Donc pour l'instant on est là-dessus, il n’est pas trop activité manuelle. On a fait un petit peu les défis collectifs de l'école mais ça s'est limité à ça. Et puis ils avaient proposé un défi pour le premier avril, c'était un poisson avec des matériaux recyclables, ça il était motivé donc on l’a fait.

CPL | Vous disiez aussi, Sabine, qu’il passait un grand temps dans le jardin à jouer avec son chien ?

ST | Avec son chien oui, heureusement qu'il est là ! Le chien, le jardin et le soleil, ça nous aide pas mal en ce moment. Il a besoin de se défouler.

CPL | Nous approchons de la fin de cette émission. Je vous entends et je me dis vraiment que cette expérience est inédite et bouleversante. Pour ma part, je suis confinée loin de mes enfants, ce n'est pas simple. Et à côté, je me rends compte que nous prenons plus de temps pour parler de ce qui nous touche, de nos projets aussi. Catherine, en conclusion, pensez-vous que cette période peut nous apporter quelque chose de positif ?

CH | Ce que j'avais ressenti au tour du monde, j'avais découvert presque mes enfants. C’est assez curieux de dire ça, mais c'est vrai que lorsqu'on est comme ça confiné ou dans une situation où on est au quotidien avec eux et qu'on a la possibilité enfin de les écouter et de parler avec eux, on découvre des facettes d’eux qu'on ne connaissait pas. Et je trouve que ça renforce les liens familiaux si on sait se mettre à l'écoute de ses enfants. Ça renforce les liens familiaux de façon assez incroyable. On découvre des belles choses chez eux. Moi j'avais découvert l'humour de ma fille en tour du monde, je savais qu'elle était drôle mais voilà, ça m'avait frappé, et puis là je continue à la découvrir dans cette période de confinement, encore plus parce qu'on prend le temps d'être avec eux à leur écoute.

CPL | Merci à toutes les deux et merci à ceux qui nous écoutent. C'était « Quand les parents ont rendez-vous avec la continuité pédagogique », un épisode d'Extra classe.

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