L'école à distance : Le corps confiné

Extra classe

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L'école à distance : Le corps confiné

Cette table ronde réunit deux professeurs d'EPS. Faire le cours d'EPS à la maison, alors que son enfant était dans un cycle natation ou rugby ! Encore un défi à relever durant cette période si particulière. Nous avons mené l'enquête auprès de Christelle Bohn, professeure d'EPS en collège, et de Pierre Gremminger, professeur d'EPS en lycée, pour en savoir davantage sur la façon dont ils ont adapté leur pédagogie pour être au plus près de leurs élèves. Ils se livrent également sur la façon dont ils vivent eux-mêmes un confinement « tout numérique ». Des témoignages sincères et rassurants.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé. 

Émission animée en avril 2020 par : Hélène Audard  

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Aurélie Dulin

Secrétariat de rédaction : Ludovic Oger

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

HÉLÈNE AUDARD | Aujourd’hui, Extra Classe est consacrée à l’enseignement de l’EPS en un temps où les corps des élèves comme ceux des professeurs sont confinés. L’EPS est la discipline par excellence qui nécessite la présence des élèves, son outil principal de travail, c’est le corps. Comment les enseignants réinventent-ils donc leur pédagogie alors qu’ils sont contraints de travailler à distance ? Cette situation inédite met aussi en lumière des risques particuliers pour la santé. La sédentarité bien sûr mais aussi des risques psychosociaux, baisse de moral, isolement, décrochage de certains élèves. Dans ce contexte, comment maintenir le lien avec tous les élèves malgré la distance et les difficultés plus ou moins grandes de communication avec eux ? Comment savoir si les élèves font régulièrement les exercices proposés et comment ils les font ? Si le bien-être physique et psychologique des élèves est une des priorités des enseignants d’EPS, leur propre bien-être est aussi une donnée à considérer dans une période où les attentes sont fortes de tous côtés et les conditions d’exercice inégales. Les outils numériques sont le moyen privilégié de la communication entre profs et élèves mais certains peuvent se sentir déstabilisés malgré leur envie de bien faire. Le corps confiné c’est le sujet de notre émission avec nos invités qui sont tous les deux enseignants d’EPS. Pierre Gremminger, bonjour, vous êtes professeur d’EPS dans le Pas-de-Calais.

PIERRE GREMMINGER | Tout à fait je suis enseignant dans un lycée professionnel du bâtiment depuis 20 ans et je fais un complément de service dans un lycée général à Calais depuis deux ans.

HÉLÈNE AUDARD | Et vous, Christelle Bohn, bonjour.

CHRISTELLE BOHN | Bonjour. Donc moi aussi je suis enseignante d’EPS mais je suis sur l’île de la Réunion depuis 18 ans et depuis 10 ans j’enseigne dans le même collège dans le sud de l’île.

HA | Une petite précision Christelle : à la Réunion le calendrier n’est pas tout à fait celui de la métropole et vous êtes entrés en confinement au retour des vacances, le 23 mars, donc c’est une expérience un petit peu plus récente de votre côté.

CB | Oui, nous sommes de retour et nous attaquons depuis deux semaines et demie seulement notre confinement au niveau scolaire, c’est-à-dire que le confinement général a commencé quand nous étions en vacances.

HA | Avec vous, nous allons essayer de comprendre très concrètement en quoi consiste l’EPS à distance. Il faut reconnaître que quand nos enfants nous ont dit qu’ils allaient avoir des cours d’EPS par internet nous avons été nombreux à nous demander comment ça pouvait bien se passer. Sur son site le ministère de l’Éducation nationale donne pour objectif de motiver les élèves à faire 30 minutes d’activité chaque jour. Pour commencer je vous propose d’écouter un témoignage, celui de Garance qui est à Rennes, elle est interviewée par sa maman dans son salon et elle expérimente son premier cours d’EPS en direct à distance.

« Mère de Garance : Qu’est-ce que tu t’apprêtes à faire maintenant Garance ?

Garance, élève de 6e : Je m’apprête à faire un cours de sport en live avec mon professeur.

Professeure de Garance : On va commencer par un échauffement de cinq minutes à peu près. Après je vais vous expliquer la séance...

Garance : Je suis installée dans mon salon avec mon ordinateur. On a dû l’allumer et le mettre sur une application. La professeure montre, fait le sport avec nous. Faire du sport devant une caméra, c’est bizarre, mais ça fait du bien, on garde la forme et on fait du sport.Mère de Garance : Et le fait de voir tes copains et tout ça... qu’est-ce que ça te fait ?

Garance : Ça fait du bien parce qu’on les voit. Là, c’est plus un cours où on ne te lâche pas alors que quand on est à l’école, c’est plus cool. On fait tous les exercices et vu qu’on est tout seul, on ne peut pas discuter, on ne s’amuse pas.

Mère de Garance : Et est-ce que tu trouves ça difficile à suivre ou pas ?

Garance : Si on n’entend pas tout et on ne comprend pas oui, mais je pense qu’il faut juste être concentré. Je pense que j’irai vraiment tout le temps. » Témoignage recueilli en avril 2020 pour Extra classe.

HA | On voit que Garance a l’air très contente de cette expérience. Il faut dire qu’elle semble l’être dans des conditions plutôt idéales. Pierre Gremminger, une visio de ce type avec des classes de 35 élèves en lycée ou en lycée pro ce n’est peut-être pas forcément possible. Vous, vos lycéens, qu’est-ce que vous leur avez proposé ? Comment est-ce que vous avez communiqué avec eux ?

PG | Mes lycéens de lycée général... Effectivement, un cours à distance en visioconférence avec 35 élèves, je voyais mal comment c’était possible. Quant aux élèves de lycée professionnel, on s’est rendu compte qu’il y avait un taux assez important de décrocheurs numériques. Donc moi je suis parti sur un parcours training : un enchaînement d’exercices rythmé par des temps de pratiques et des temps de repos un jour sur deux. Plutôt typé musculation avec le poids du corps et l’autre journée, ils avaient un parcours cardio à faire en extérieur ou en intérieur avec peu de matériel. Au bilan, ils avaient six temps d’activité physique sur la semaine, soit d’une demi-heure, soit de 45 minutes.

HA | Quand vous dites « un circuit training à la maison », ça peut se passer comment ? On pousse les meubles ? On s’organise comment ?

PG | Il faut un espace d’à peu près un mètre sur deux et dans cet espace on peut faire des pompes, des squats, des équilibres sur mains et pieds, du gainage, etc.

HA | Et vous parliez aussi de course ou de faire des activités à l’extérieur. Donc là, ça sera sans doute moins possible dans les jours à venir mais vous avez des élèves qui sont sortis avec leur autorisation.

PG | Oui, tout à fait. En tenant compte des recommandations gouvernementales je leur ai bien stipulé qu’il fallait absolument remplir l’autorisation de sortie, je leur ai également donné des limites à ne pas franchir, le temps de course possible. À peu près un quart des élèves sur les deux établissements sont allés faire une activité cardiaque en extérieur, régulièrement.

HA | Donc une situation assez différente pour des lycéens que pour des collégiens, Christelle, parce que là, je pense qu’ils ont un peu plus d’autonomie au lycée, mais des élèves de 6e qui, peut-être, découvrent des exercices nouveaux pour eux, ça nécessite plus de suivi ?

CB | J’ai commencé par des discussions sur Pronote, puisque c’était le seul moyen de contacter mes élèves, et comme Pierre Gremminger, je leur ai envoyé des séances, leur ai proposé de faire en famille avec un petit frère ou autre. Mais pareil, ce sont des exercices qui sont faisables sans matériel. À la place des altères, par exemple, prendre deux bouteilles d’eau d’un litre et demi. C’est jouer sur la fréquence et non pas la durée et l’intensité de la séquence qu’ils ont à faire. C’est-à-dire qu’il vaut mieux qu’ils fassent 20 minutes ou 30 minutes tous les jours qu’une seule fois dans la semaine avec des exercices super durs et une séance très très longue.

HA | Là, vous parlez des parents et vous disiez que vous prévoyez que les exercices puissent se faire en famille. Comment vous imaginez ça concrètement ? Ça veut dire que les petits frères les petites sœurs, les parents peuvent tous se mettre à faire des activités ensemble ?

CB | Tout a été envoyé avec des photos, des explications, etc. Et pour les motiver, je leur ai proposé de se lancer en famille, et il y en a qui m’ont répondu qu’ils ont passé un très chouette moment avec leur petit frère ou avec leurs parents, avec leur maman... alors que d’habitude ils ne pratiquent pas. Donc j’ai trouvé ça très très intéressant aussi. Mais en effet la séance est praticable par tout le monde. Après, je dose les exercices. Je leur ai dit « soit vous faites que deux fois le circuit, soit cinq fois », etc. Il y a différents niveaux dans les exercices, chacun doit doser en fonction de sa condition physique et sa motivation du moment.

HA | Le témoignage de Garance est plutôt positif, vous dites que vos élèves ont l’air de plutôt bien réagir. On sait aussi qu’il y en a certains qui sont ou qui vont être un peu plus en difficulté pour des raisons matérielles, pour des raisons de connexion... et puis il y a aussi des élèves qui ne sont peut-être pas très enthousiastes ou pas très assidus et on vous propose d’écouter une autre élève, Cléo pour qui l’EPS à distance, ça n’est pas si évident.

« Cléo : Je suis en seconde et j’habite à Marseille. On n’a pas sport mais notre prof fait des classes virtuelles avec nous. Le mardi, il nous a envoyé des documents pour qu’on fasse du sport de notre côté, quand on peut, si on veut... et voilà. Enfin si, il faut quand même un peu le faire mais je ne fais pas de sport parce que je n’aime pas et je n’ai pas envie d’en faire chez moi.

Garance : Ce n’est pas comme les autres cours où il y a des exercices. On peut voir si on les a faits ou pas, là il ne peut pas savoir. Donc je dis rien. [rire]

Cléo : Ce que m’a fait faire ma sœur c’est... Je ne pense pas que ce soit son prof qui lui ait donné. À mon avis elle l’a plus trouvé sur internet.

Garance : On fait des squats et après on se relève et on tend la jambe en arrière. Et ça on le fait pendant peut-être cinq minutes et avec des pauses un peu des fois. On fait des pompes aussi, moins d’une dizaine de minutes mais je ne sais pas faire de pompes donc c’est super compliqué. C’est dur. Et la première fois que je l’ai fait j’ai eu des énormes courbatures aux cuisses les deux jours qu’ont suivi et je ne pouvais plus m’asseoir. J’avais trop mal. Voilà ! [rire] » Témoignage recueilli en avril 2020 pour Extra classe.

HA | Christelle qu’est-ce que vous inspire ce témoignage ?

CB | Il me fait sourire parce que bien sûr on se doute bien que ceux qui n’étaient pas fan de l’EPS ne vont pas le devenir subitement. Donc c’est à nous de trouver des moyens pour essayer de les garder avec nous et de continuer à les motiver. D’où peut-être ne pas que proposer ces « circuits training » mais d’aller vers des applications avec « la classe virtuelle » ou Zoom pour les avoir avec nous, les motiver, envoyer des liens musiques, proposer des rendez-vous entre eux sur Facetime, ou tout ce qu’ils ont l’habitude d’utiliser et peut-être de dire : « Donnez-vous rendez-vous à 2 ou 3. Motivez-vous. En webcam et mettez la musique et puis essayez de vous amuser ensemble. » Mais le problème on le voit bien avec elle c’est la sécurité. Elle a fait une séance trop difficile pour elle et donc se pose vraiment là notre problème de profs d’EPS, c’est-à-dire que nous on a l’habitude de les avoir en face de nous, de les corriger, de les conseiller, etc.

HA | Eh oui là c’est impossible. Une autre difficulté que vous rencontrez et qui n’est pas propre à l’EPS, c’est comment toucher des élèves qui ne sont pas assez assidus. Pierre ?

PG | En lycée professionnel on a un quart des élèves qui ne se sont jamais connectés sur internet pour aller voir sur Pronote... aucune séance ni depuis le début de l’année ni maintenant. Il y a une constance entre ceux qui se sont connectés avant le confinement, ils ont continué à se connecter ensuite et donc suivent les propositions des enseignants y compris celles qui se prétendent EPS. Par contre les élèves qui sont décrocheurs numériques on en a un quart et ceux-là on ne les a jamais vus. Ils ont été relancés par téléphone, les parents ne répondent pas ou sont évasifs mais on a vraiment du mal à les toucher. Je suis un peu dans l’impasse parce que je ne sais pas comment accéder à ces élèves.

HA | Christelle, vous constatez aussi vous que le fait de ne pas voir ses copains, d’être dans un environnement confiné c’est difficile pour les élèves et donc vous avez mis des choses en place aussi par rapport à leur bien-être psychologique.

CB | Pour moi c’était tout aussi important alors qu’ils soient bien psychologiquement et physiquement. Donc en effet les sciences que j’ai proposées pour le moment c’est un échauffement, en faisant un rappel de ce qu’ils avaient l’habitude de faire avec moi en cours, le « circuit training » Tabata avec donc ce nombre de circuits de deux, trois, quatre, cinq fois selon leur motivation, leur condition physique. Une petite séance de cinq minutes d’étirements et ensuite je leur mets à chaque fois un lien de relaxation YouTube tout simplement que j’ai bien fait avant, pour leur apprendre aussi à se relâcher, à dédramatiser la situation et à penser à son bien-être, les respirations, etc. Donc voilà je leur mets aussi dans leur séance. Après ce qu’ils font et ce qu’ils ne font pas... Je sais que certains j’ai des retours, ils adorent, d’autres je pense qu’ils font simplement le « circuit training ». Mais ça pareil on ne peut pas vérifier quoi que ce soit.

HA | Et l’idée c’est aussi que le climat dans la famille soit plus apaisé.

CB | Je sais que les tensions augmentent. Il y a des élèves qui en parlent d’ailleurs sur Pronote, qui commencent à se confier. C’est compliqué d’avoir papa maman sur le dos pour les devoirs. Donc pour moi le moment d’EPS est aussi un moment où on relâche. On peut relâcher en famille, on peut relâcher avec le petit frère, etc. On oublie les devoirs un petit peu de Pronote et on essaye aussi de s’amuser. On n’est pas dans la performance. Et vraiment dans la détente et de se faire du bien et de se lâcher un petit peu en famille ou pas mais en tout cas essayer de baisser cette pression par nos exercices et notre dépense énergétique, mais surtout aussi par ce petit lien que je mets à chaque fois de relaxation, méditation guidée.

HA | On entend que vous êtes tous les deux très investis dans le suivi de vos élèves pour leur proposer des exercices adaptés, variés. On entend aussi les difficultés qui sont que pour un prof d’EPS ne pas avoir de retours ne serait-ce que visuels sur ce que font ces élèves c’est très difficile. Et on voit bien beaucoup d’efforts de la part de la communauté enseignante pour être très présente durant cette période. Beaucoup de choses reposent sur l’outil numérique et il y a finalement comme une sorte de pression ambiante un petit peu sur les enseignants, sur vous. Peut-être un peu de la société, éventuellement de la hiérarchie. Et puis une pression peut-être que vous mettez vous-même pour bien faire. Est-ce que vous avez ressenti cette forme un peu de trop plein dans cette période notamment vis-à-vis des outils numériques ?

CB | Oui, moi je l’ai énormément senti au début quand tout d’un coup les vacances étaient finies et il a fallu réagir vite. Il y a plein d’idées dans ma tête. Après la mise en pratique elle est beaucoup plus compliquée que ça parce que ce n’est pas forcément évident. J’ai super progressé en deux semaines et demie, je suis très contente de ça [rire]. La pression redescend parce que je me rends compte que je peux me faire aider. Tout le monde est dans le même bateau et on essaye d’avancer comme on peut, chacun avec nos difficultés par rapport à ce numérique.

HA | Et Pierre, quel est votre ressenti ?

PG | Moi je n’ai pas eu de sensation de pression de la hiérarchie ou de l’institution. Les lettres des IPR qu’on a reçues sont très bienveillantes, d’ailleurs dans la dernière lettre ils nous remercient de notre engagement. Et en nous rappelant que le principal étant de proposer une activité régulière aux élèves sans qu’il y ait de risque pour eux et qu’elle soit adaptée à leurs ressources.

HA | Après ces quelques semaines de confinement nous sommes sans doute au milieu du gué. On ne sait pas encore exactement. Mais vous avez déjà pu expérimenter de nouvelles pratiques. On a entendu. Vous avez pu réajuster certaines choses. Qu’est ce qui pourra rester de cette période dans votre manière d’enseigner et dans votre relation aux élèves ?

PG | Ce que j’ai trouvé intéressant c’est la communication qu’on a pu avoir avec les élèves par écrit. Ce n’est pas une modalité qu’on avait l’habitude d’utiliser. On est dans l’oralité et on s’adresse plus à des groupes d’élèves même si des fois les interventions sont plus ciblées et plus personnalisées. Mais là, le fait de passer par l’écrit demande une réflexion plus approfondie et on s’adresse plus à la personne qu’à l’élève et je trouve que ça augmente un peu la relation, ça diversifie et ça permet un approfondissement qu’on n’avait pas avant.

HA | Christelle, cette période elle crée une certaine porosité entre la sphère familiale et la sphère scolaire, parce que finalement vous entrez un peu dans les familles. Est-ce que ça vous amène à reconsidérer cette séparation entre ce qui se passe au collège et le hors temps scolaire ? Est-ce que par la suite ça va avoir une influence sur votre façon de faire ?

CB | Pour la suite je ne sais pas mais c’est vrai qu’actuellement quelle que soit l’heure, que soit le jour il y a des messages sur Pronote. Après j’ai la chance d’être dans un collège qui est quand même un assez bon collège donc je pense que j’ai peut-être beaucoup plus de retours que dans d’autres établissements. Mais en effet, on a énormément d’échanges à l’écrit avec eux, ce qu’on n’a pas l’habitude d’avoir. Donc il y a vraiment beaucoup de bienveillance de notre part et ils nous le disent. Et ils sont vraiment touchés de ça, il y en a beaucoup qui disent « merci pour ce que vous faites », « ça c’était génial », « j’ai fait ci... », « j’ai fait ça... », etc. Je pense qu’ils ont peut-être un petit peu une autre vision de nous et c’est vrai qu’ils ouvrent peut-être un peu plus leur cœur en ce moment. Après les autres points positifs, je trouve que ce sont nos progrès à nous perso en numérique. Beaucoup d’entraide aussi entre nous les enseignants parce qu’on est vraiment tous dans le même bateau et ce n’est pas aussi simple que ça de vivre ce confinement à titre personnel et à titre professionnel.

HA | En vous entendant on se dit que cette période génère beaucoup d’incertitudes mais qu’elle aura donc été l’occasion de mettre en place de nouvelles modalités, d’expérimenter plus de fonctionnalités, des outils numériques. Et peut-être, du coup, de renforcer la relation avec les élèves. C’est la fin de notre émission « le corps confiné », merci à vous deux et merci à tous ceux qui nous écoutent.

CB | Merci.

PG | Merci.

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Transcription :

HÉLÈNE AUDARD | Aujourd’hui, Extra Classe est consacrée à l’enseignement de l’EPS en un temps où les corps des élèves comme ceux des professeurs sont confinés. L’EPS est la discipline par excellence qui nécessite la présence des élèves, son outil principal de travail, c’est le corps. Comment les enseignants réinventent-ils donc leur pédagogie alors qu’ils sont contraints de travailler à distance ? Cette situation inédite met aussi en lumière des risques particuliers pour la santé. La sédentarité bien sûr mais aussi des risques psychosociaux, baisse de moral, isolement, décrochage de certains élèves. Dans ce contexte, comment maintenir le lien avec tous les élèves malgré la distance et les difficultés plus ou moins grandes de communication avec eux ? Comment savoir si les élèves font régulièrement les exercices proposés et comment ils les font ? Si le bien-être physique et psychologique des élèves est une des priorités des enseignants d’EPS, leur propre bien-être est aussi une donnée à considérer dans une période où les attentes sont fortes de tous côtés et les conditions d’exercice inégales. Les outils numériques sont le moyen privilégié de la communication entre profs et élèves mais certains peuvent se sentir déstabilisés malgré leur envie de bien faire. Le corps confiné c’est le sujet de notre émission avec nos invités qui sont tous les deux enseignants d’EPS. Pierre Gremminger, bonjour, vous êtes professeur d’EPS dans le Pas-de-Calais.

PIERRE GREMMINGER | Tout à fait je suis enseignant dans un lycée professionnel du bâtiment depuis 20 ans et je fais un complément de service dans un lycée général à Calais depuis deux ans.

HÉLÈNE AUDARD | Et vous, Christelle Bohn, bonjour.

CHRISTELLE BOHN | Bonjour. Donc moi aussi je suis enseignante d’EPS mais je suis sur l’île de la Réunion depuis 18 ans et depuis 10 ans j’enseigne dans le même collège dans le sud de l’île.

HA | Une petite précision Christelle : à la Réunion le calendrier n’est pas tout à fait celui de la métropole et vous êtes entrés en confinement au retour des vacances, le 23 mars, donc c’est une expérience un petit peu plus récente de votre côté.

CB | Oui, nous sommes de retour et nous attaquons depuis deux semaines et demie seulement notre confinement au niveau scolaire, c’est-à-dire que le confinement général a commencé quand nous étions en vacances.

HA | Avec vous, nous allons essayer de comprendre très concrètement en quoi consiste l’EPS à distance. Il faut reconnaître que quand nos enfants nous ont dit qu’ils allaient avoir des cours d’EPS par internet nous avons été nombreux à nous demander comment ça pouvait bien se passer. Sur son site le ministère de l’Éducation nationale donne pour objectif de motiver les élèves à faire 30 minutes d’activité chaque jour. Pour commencer je vous propose d’écouter un témoignage, celui de Garance qui est à Rennes, elle est interviewée par sa maman dans son salon et elle expérimente son premier cours d’EPS en direct à distance.

« Mère de Garance : Qu’est-ce que tu t’apprêtes à faire maintenant Garance ?

Garance, élève de 6e : Je m’apprête à faire un cours de sport en live avec mon professeur.

Professeure de Garance : On va commencer par un échauffement de cinq minutes à peu près. Après je vais vous expliquer la séance...

Garance : Je suis installée dans mon salon avec mon ordinateur. On a dû l’allumer et le mettre sur une application. La professeure montre, fait le sport avec nous. Faire du sport devant une caméra, c’est bizarre, mais ça fait du bien, on garde la forme et on fait du sport.Mère de Garance : Et le fait de voir tes copains et tout ça... qu’est-ce que ça te fait ?

Garance : Ça fait du bien parce qu’on les voit. Là, c’est plus un cours où on ne te lâche pas alors que quand on est à l’école, c’est plus cool. On fait tous les exercices et vu qu’on est tout seul, on ne peut pas discuter, on ne s’amuse pas.

Mère de Garance : Et est-ce que tu trouves ça difficile à suivre ou pas ?

Garance : Si on n’entend pas tout et on ne comprend pas oui, mais je pense qu’il faut juste être concentré. Je pense que j’irai vraiment tout le temps. » Témoignage recueilli en avril 2020 pour Extra classe.

HA | On voit que Garance a l’air très contente de cette expérience. Il faut dire qu’elle semble l’être dans des conditions plutôt idéales. Pierre Gremminger, une visio de ce type avec des classes de 35 élèves en lycée ou en lycée pro ce n’est peut-être pas forcément possible. Vous, vos lycéens, qu’est-ce que vous leur avez proposé ? Comment est-ce que vous avez communiqué avec eux ?

PG | Mes lycéens de lycée général... Effectivement, un cours à distance en visioconférence avec 35 élèves, je voyais mal comment c’était possible. Quant aux élèves de lycée professionnel, on s’est rendu compte qu’il y avait un taux assez important de décrocheurs numériques. Donc moi je suis parti sur un parcours training : un enchaînement d’exercices rythmé par des temps de pratiques et des temps de repos un jour sur deux. Plutôt typé musculation avec le poids du corps et l’autre journée, ils avaient un parcours cardio à faire en extérieur ou en intérieur avec peu de matériel. Au bilan, ils avaient six temps d’activité physique sur la semaine, soit d’une demi-heure, soit de 45 minutes.

HA | Quand vous dites « un circuit training à la maison », ça peut se passer comment ? On pousse les meubles ? On s’organise comment ?

PG | Il faut un espace d’à peu près un mètre sur deux et dans cet espace on peut faire des pompes, des squats, des équilibres sur mains et pieds, du gainage, etc.

HA | Et vous parliez aussi de course ou de faire des activités à l’extérieur. Donc là, ça sera sans doute moins possible dans les jours à venir mais vous avez des élèves qui sont sortis avec leur autorisation.

PG | Oui, tout à fait. En tenant compte des recommandations gouvernementales je leur ai bien stipulé qu’il fallait absolument remplir l’autorisation de sortie, je leur ai également donné des limites à ne pas franchir, le temps de course possible. À peu près un quart des élèves sur les deux établissements sont allés faire une activité cardiaque en extérieur, régulièrement.

HA | Donc une situation assez différente pour des lycéens que pour des collégiens, Christelle, parce que là, je pense qu’ils ont un peu plus d’autonomie au lycée, mais des élèves de 6e qui, peut-être, découvrent des exercices nouveaux pour eux, ça nécessite plus de suivi ?

CB | J’ai commencé par des discussions sur Pronote, puisque c’était le seul moyen de contacter mes élèves, et comme Pierre Gremminger, je leur ai envoyé des séances, leur ai proposé de faire en famille avec un petit frère ou autre. Mais pareil, ce sont des exercices qui sont faisables sans matériel. À la place des altères, par exemple, prendre deux bouteilles d’eau d’un litre et demi. C’est jouer sur la fréquence et non pas la durée et l’intensité de la séquence qu’ils ont à faire. C’est-à-dire qu’il vaut mieux qu’ils fassent 20 minutes ou 30 minutes tous les jours qu’une seule fois dans la semaine avec des exercices super durs et une séance très très longue.

HA | Là, vous parlez des parents et vous disiez que vous prévoyez que les exercices puissent se faire en famille. Comment vous imaginez ça concrètement ? Ça veut dire que les petits frères les petites sœurs, les parents peuvent tous se mettre à faire des activités ensemble ?

CB | Tout a été envoyé avec des photos, des explications, etc. Et pour les motiver, je leur ai proposé de se lancer en famille, et il y en a qui m’ont répondu qu’ils ont passé un très chouette moment avec leur petit frère ou avec leurs parents, avec leur maman... alors que d’habitude ils ne pratiquent pas. Donc j’ai trouvé ça très très intéressant aussi. Mais en effet la séance est praticable par tout le monde. Après, je dose les exercices. Je leur ai dit « soit vous faites que deux fois le circuit, soit cinq fois », etc. Il y a différents niveaux dans les exercices, chacun doit doser en fonction de sa condition physique et sa motivation du moment.

HA | Le témoignage de Garance est plutôt positif, vous dites que vos élèves ont l’air de plutôt bien réagir. On sait aussi qu’il y en a certains qui sont ou qui vont être un peu plus en difficulté pour des raisons matérielles, pour des raisons de connexion... et puis il y a aussi des élèves qui ne sont peut-être pas très enthousiastes ou pas très assidus et on vous propose d’écouter une autre élève, Cléo pour qui l’EPS à distance, ça n’est pas si évident.

« Cléo : Je suis en seconde et j’habite à Marseille. On n’a pas sport mais notre prof fait des classes virtuelles avec nous. Le mardi, il nous a envoyé des documents pour qu’on fasse du sport de notre côté, quand on peut, si on veut... et voilà. Enfin si, il faut quand même un peu le faire mais je ne fais pas de sport parce que je n’aime pas et je n’ai pas envie d’en faire chez moi.

Garance : Ce n’est pas comme les autres cours où il y a des exercices. On peut voir si on les a faits ou pas, là il ne peut pas savoir. Donc je dis rien. [rire]

Cléo : Ce que m’a fait faire ma sœur c’est... Je ne pense pas que ce soit son prof qui lui ait donné. À mon avis elle l’a plus trouvé sur internet.

Garance : On fait des squats et après on se relève et on tend la jambe en arrière. Et ça on le fait pendant peut-être cinq minutes et avec des pauses un peu des fois. On fait des pompes aussi, moins d’une dizaine de minutes mais je ne sais pas faire de pompes donc c’est super compliqué. C’est dur. Et la première fois que je l’ai fait j’ai eu des énormes courbatures aux cuisses les deux jours qu’ont suivi et je ne pouvais plus m’asseoir. J’avais trop mal. Voilà ! [rire] » Témoignage recueilli en avril 2020 pour Extra classe.

HA | Christelle qu’est-ce que vous inspire ce témoignage ?

CB | Il me fait sourire parce que bien sûr on se doute bien que ceux qui n’étaient pas fan de l’EPS ne vont pas le devenir subitement. Donc c’est à nous de trouver des moyens pour essayer de les garder avec nous et de continuer à les motiver. D’où peut-être ne pas que proposer ces « circuits training » mais d’aller vers des applications avec « la classe virtuelle » ou Zoom pour les avoir avec nous, les motiver, envoyer des liens musiques, proposer des rendez-vous entre eux sur Facetime, ou tout ce qu’ils ont l’habitude d’utiliser et peut-être de dire : « Donnez-vous rendez-vous à 2 ou 3. Motivez-vous. En webcam et mettez la musique et puis essayez de vous amuser ensemble. » Mais le problème on le voit bien avec elle c’est la sécurité. Elle a fait une séance trop difficile pour elle et donc se pose vraiment là notre problème de profs d’EPS, c’est-à-dire que nous on a l’habitude de les avoir en face de nous, de les corriger, de les conseiller, etc.

HA | Eh oui là c’est impossible. Une autre difficulté que vous rencontrez et qui n’est pas propre à l’EPS, c’est comment toucher des élèves qui ne sont pas assez assidus. Pierre ?

PG | En lycée professionnel on a un quart des élèves qui ne se sont jamais connectés sur internet pour aller voir sur Pronote... aucune séance ni depuis le début de l’année ni maintenant. Il y a une constance entre ceux qui se sont connectés avant le confinement, ils ont continué à se connecter ensuite et donc suivent les propositions des enseignants y compris celles qui se prétendent EPS. Par contre les élèves qui sont décrocheurs numériques on en a un quart et ceux-là on ne les a jamais vus. Ils ont été relancés par téléphone, les parents ne répondent pas ou sont évasifs mais on a vraiment du mal à les toucher. Je suis un peu dans l’impasse parce que je ne sais pas comment accéder à ces élèves.

HA | Christelle, vous constatez aussi vous que le fait de ne pas voir ses copains, d’être dans un environnement confiné c’est difficile pour les élèves et donc vous avez mis des choses en place aussi par rapport à leur bien-être psychologique.

CB | Pour moi c’était tout aussi important alors qu’ils soient bien psychologiquement et physiquement. Donc en effet les sciences que j’ai proposées pour le moment c’est un échauffement, en faisant un rappel de ce qu’ils avaient l’habitude de faire avec moi en cours, le « circuit training » Tabata avec donc ce nombre de circuits de deux, trois, quatre, cinq fois selon leur motivation, leur condition physique. Une petite séance de cinq minutes d’étirements et ensuite je leur mets à chaque fois un lien de relaxation YouTube tout simplement que j’ai bien fait avant, pour leur apprendre aussi à se relâcher, à dédramatiser la situation et à penser à son bien-être, les respirations, etc. Donc voilà je leur mets aussi dans leur séance. Après ce qu’ils font et ce qu’ils ne font pas... Je sais que certains j’ai des retours, ils adorent, d’autres je pense qu’ils font simplement le « circuit training ». Mais ça pareil on ne peut pas vérifier quoi que ce soit.

HA | Et l’idée c’est aussi que le climat dans la famille soit plus apaisé.

CB | Je sais que les tensions augmentent. Il y a des élèves qui en parlent d’ailleurs sur Pronote, qui commencent à se confier. C’est compliqué d’avoir papa maman sur le dos pour les devoirs. Donc pour moi le moment d’EPS est aussi un moment où on relâche. On peut relâcher en famille, on peut relâcher avec le petit frère, etc. On oublie les devoirs un petit peu de Pronote et on essaye aussi de s’amuser. On n’est pas dans la performance. Et vraiment dans la détente et de se faire du bien et de se lâcher un petit peu en famille ou pas mais en tout cas essayer de baisser cette pression par nos exercices et notre dépense énergétique, mais surtout aussi par ce petit lien que je mets à chaque fois de relaxation, méditation guidée.

HA | On entend que vous êtes tous les deux très investis dans le suivi de vos élèves pour leur proposer des exercices adaptés, variés. On entend aussi les difficultés qui sont que pour un prof d’EPS ne pas avoir de retours ne serait-ce que visuels sur ce que font ces élèves c’est très difficile. Et on voit bien beaucoup d’efforts de la part de la communauté enseignante pour être très présente durant cette période. Beaucoup de choses reposent sur l’outil numérique et il y a finalement comme une sorte de pression ambiante un petit peu sur les enseignants, sur vous. Peut-être un peu de la société, éventuellement de la hiérarchie. Et puis une pression peut-être que vous mettez vous-même pour bien faire. Est-ce que vous avez ressenti cette forme un peu de trop plein dans cette période notamment vis-à-vis des outils numériques ?

CB | Oui, moi je l’ai énormément senti au début quand tout d’un coup les vacances étaient finies et il a fallu réagir vite. Il y a plein d’idées dans ma tête. Après la mise en pratique elle est beaucoup plus compliquée que ça parce que ce n’est pas forcément évident. J’ai super progressé en deux semaines et demie, je suis très contente de ça [rire]. La pression redescend parce que je me rends compte que je peux me faire aider. Tout le monde est dans le même bateau et on essaye d’avancer comme on peut, chacun avec nos difficultés par rapport à ce numérique.

HA | Et Pierre, quel est votre ressenti ?

PG | Moi je n’ai pas eu de sensation de pression de la hiérarchie ou de l’institution. Les lettres des IPR qu’on a reçues sont très bienveillantes, d’ailleurs dans la dernière lettre ils nous remercient de notre engagement. Et en nous rappelant que le principal étant de proposer une activité régulière aux élèves sans qu’il y ait de risque pour eux et qu’elle soit adaptée à leurs ressources.

HA | Après ces quelques semaines de confinement nous sommes sans doute au milieu du gué. On ne sait pas encore exactement. Mais vous avez déjà pu expérimenter de nouvelles pratiques. On a entendu. Vous avez pu réajuster certaines choses. Qu’est ce qui pourra rester de cette période dans votre manière d’enseigner et dans votre relation aux élèves ?

PG | Ce que j’ai trouvé intéressant c’est la communication qu’on a pu avoir avec les élèves par écrit. Ce n’est pas une modalité qu’on avait l’habitude d’utiliser. On est dans l’oralité et on s’adresse plus à des groupes d’élèves même si des fois les interventions sont plus ciblées et plus personnalisées. Mais là, le fait de passer par l’écrit demande une réflexion plus approfondie et on s’adresse plus à la personne qu’à l’élève et je trouve que ça augmente un peu la relation, ça diversifie et ça permet un approfondissement qu’on n’avait pas avant.

HA | Christelle, cette période elle crée une certaine porosité entre la sphère familiale et la sphère scolaire, parce que finalement vous entrez un peu dans les familles. Est-ce que ça vous amène à reconsidérer cette séparation entre ce qui se passe au collège et le hors temps scolaire ? Est-ce que par la suite ça va avoir une influence sur votre façon de faire ?

CB | Pour la suite je ne sais pas mais c’est vrai qu’actuellement quelle que soit l’heure, que soit le jour il y a des messages sur Pronote. Après j’ai la chance d’être dans un collège qui est quand même un assez bon collège donc je pense que j’ai peut-être beaucoup plus de retours que dans d’autres établissements. Mais en effet, on a énormément d’échanges à l’écrit avec eux, ce qu’on n’a pas l’habitude d’avoir. Donc il y a vraiment beaucoup de bienveillance de notre part et ils nous le disent. Et ils sont vraiment touchés de ça, il y en a beaucoup qui disent « merci pour ce que vous faites », « ça c’était génial », « j’ai fait ci... », « j’ai fait ça... », etc. Je pense qu’ils ont peut-être un petit peu une autre vision de nous et c’est vrai qu’ils ouvrent peut-être un peu plus leur cœur en ce moment. Après les autres points positifs, je trouve que ce sont nos progrès à nous perso en numérique. Beaucoup d’entraide aussi entre nous les enseignants parce qu’on est vraiment tous dans le même bateau et ce n’est pas aussi simple que ça de vivre ce confinement à titre personnel et à titre professionnel.

HA | En vous entendant on se dit que cette période génère beaucoup d’incertitudes mais qu’elle aura donc été l’occasion de mettre en place de nouvelles modalités, d’expérimenter plus de fonctionnalités, des outils numériques. Et peut-être, du coup, de renforcer la relation avec les élèves. C’est la fin de notre émission « le corps confiné », merci à vous deux et merci à tous ceux qui nous écoutent.

CB | Merci.

PG | Merci.

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