L'école à distance : La relation enseignant-élèves, épisode 1

Extra classe

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L'école à distance : La relation enseignant-élèves, épisode 1

Témoignage d'une enseignante en cycle 3, épisode 1. Premier épisode de notre série qui suit Claire Perrillat. Dans cet épisode, elle partage son expérience de classe en période de confinement à travers le prisme du lien.

La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.

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Interview animée en mars 2020 par : Silvère Chéret

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir 

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance 

Mixage : Laurent Gaillard

Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr 

© Réseau Canopé, 2020

Transcription :

SILVÈRE CHÉRET | Bonjour, Claire Perrillat, tu es enseignante en école élémentaire en classe de CM1- CM2, tu as deux enfants scolarisés, l'un en classe de CM1 et le second en 4e. Voilà pour le contexte de travail. Je te remercie par avance d'avoir accepté cet entretien et je remercie également ta famille à laquelle on t'arrache pendant quelques minutes. Claire, je voudrais entrer dans cet entretien sous l'angle du lien avec les élèves et les familles, et des moyens de le maintenir pour les accompagner chez eux dans cette période douloureuse et délicate. Pour commencer, pourrais-tu nous faire un point sur le contexte et les problématiques que cela pose par rapport à tes élèves ?

CLAIRE PERRILLAT | Merci déjà d'accepter mon témoignage, à bien remettre évidemment dans son contexte. C'est un témoignage d'une humilité sans nom. Il y a eu plein d'embuches, de problèmes techniques, humains, matériels à régler. Rappelons bien que pour tout le monde nous sommes dans un contexte qui est difficilement qualifiable car il n'a jamais été vécu. Qu’il y a eu un avant, un avant dans nos classes ; notre avant à nous est basé aussi par rapport à notre petit groupe classe sur un vécu qui est assez riche. On a une pédagogie basée sur la pédagogie de projet qui marche uniquement entre les interactions des élèves. Il y a un pendant : on essaye de conserver sa dynamique de groupe et ses interactions. Mais il y aura aussi un après, où chaque enseignant va devoir fixer et réinventer peut-être le lien qu'il a avec les élèves et avec l'école en général. Là on est vraiment sur le fait de privilégier les liens humains et ça reste absolument ma priorité.

SC | Tu es dans une école urbaine et tu t'es assurée, nous disais-tu hors-ligne, que chaque élève était connecté. Pour être sûre que tu puisses garder le lien avec eux et je voudrais savoir, au-delà des aspects techniques, en quoi cette situation, si c’est le cas, a modifié ton rapport aux élèves ?

CP | Elle a modifié mon rapport aux élèves, dans le sens où j'ai vraiment tenu à ce que la dynamique de groupe perdure et que tout le monde trouve sa place. C'était très difficile. On va reparler aussi du contexte technique. Ce lien perdure évidemment grâce à l'outil informatique puisque notre quartier général est maintenant devenu notre petit blog. C'est vraiment là-dessus qu’on poste, qu’on communique, qu’on fait part un peu de toutes nos impressions, les meilleures comme parfois des plus difficiles. C'est vraiment la classe hors les murs maintenant. Chacun y participe. J’ai aussi certains parents qui ont décidé d'être partie prenante à leur manière, ça, on va le réexpliquer dans un petit moment. Il a fallu que toutes les familles soient excessivement flexibles parce qu'on a eu beaucoup de problèmes de connexion, comme partout en France. Beaucoup de problèmes techniques aussi, au niveau du matériel dont on avait besoin à certains moments, donc il a fallu faire preuve d’énormément de réactivité.

SC | Comment se repositionne l'humain par rapport à l'élève ? Le scolaire par rapport à la vie ? Peux-tu nous faire un petit point là-dessus, as-tu ressenti de légères modifications à ce sujet ?

CP | Maintenant le plus important, c'est qu’on soit tous ensemble, peu importe ce que l'on produit au niveau volume et peut-être même au niveau qualité. C'est que tout le monde continue à faire perdurer le lien d'une manière ou d'une autre. Ceux qui sont capables de produire plus parce qu'ils ont la motivation, les moyens et la famille derrière, ils postent beaucoup en ce moment sur le blog, à travers des vidéos, des photos, des petits retours. Mais tout ça permet au groupe de garder le moral, de garder une certaine dynamique, comme j'expliquais. Et puis de ne pas sombrer, ça reste notre petite bulle d'oxygène, tout ce qui est proposé sur le blog.

SC | Que donnes-tu à tes élèves pour maintenir un repère ? C'est à dire l'idée de se lever et de faire quelque chose, d'avoir rendez-vous avec la maîtresse... Comment organises-tu cette vie-là qu'il faut recréer à distance ?

CP | Dans un premier temps, j'ai essayé de fixer des petits rendez-vous qui étaient quotidiens. Le problème, c'est qu’évidemment, avec la demande excessive sur les serveurs, ce n'était pas du tout possible, sachant qu'en plus il y a le télétravail pour certains à la maison ou qu'il y a d'autres frères et sœurs qui ont besoin de la connexion. Je le vis également de mon côté avec mes enfants. Maintenant ils reçoivent l'équivalent d'un plan de vol pour une semaine dans lequel il y a une partie qui va se faire en ligne à travers un rallye lecture en ligne — il y a plein de sites qui proposent ça —, un plan de travail en ligne mais également des petits tutos que je poste — alors vraiment bricolés, c'est quelque chose de complètement amateur sur nos petites pratiques avec nos mots à nous et nos trucs et astuces. On récupère tout ce qu'on a dans le cartable et ce qu'on peut avoir de disponible à la maison. C'est très simple, mais assez efficace, et j'ai des bons retours par rapport à ça. Et puis il y a une partie complètement déconnectée, qui se présente sous forme de défis. Beaucoup de sites proposent également ce type de défis. Nous, ce sont des défis en lien avec notre projet de classe, qui nous permettent de planifier les différentes tâches à faire, d’y revenir, d'être en véritable situation de recherche et de créativité. Pour cela, on fait appel au pôle mathématique et scientifique mais également au pôle artistique. Et dès qu’on a été capable de produire quelque chose, les élèves postent leurs retours. Donc régulièrement pendant la semaine, en fonction de l'avancée des travaux, on peut avoir une sorte de relance de créativité, et de pêche en fonction de ce que les autres produisent, ce qu'on peut voir, ce à quoi on peut prétendre. Il y a plein de choses qui sont intéressantes à ce niveau-là.

SC | Ce lien-là, Claire, comment fais-tu d'abord pour le maintenir et a-t-il évolué ? A-t-il modifié ton rapport à certaines familles ? Et ce sera notre dernière question.

CP | Tout à fait, il y a à la fois des élèves et des familles qui se sont révélés, qui ont osé vraiment prendre les devants dans cette situation complètement inédite. Il y a beaucoup de retours très intéressants. De nombreux liens se sont créés entre élèves qui étaient parfois un peu fragiles et qui maintenant sont de plus en plus intéressants à travers la messagerie. Et puis il y a des petites victoires personnelles avec des élèves qui sont devenus très autonomes et qui au départ, étaient vraiment ceux pour qui c'était le plus difficile. Des élèves avec une maîtrise de la langue encore très fragile. Une petite victoire avec un élève qui a pris les devants : il dispose de mon numéro de téléphone, donc il sait que dès qu'il y a quoi que ce soit, il m'envoie un petit message ou alors il m'appelle. Quand je suis disponible, il n’y a pas de problème je suis très réactive. Il a réussi à relever de très nombreux défis, y compris des défis techniques, et il est extrêmement investi. Il poste maintenant dans la messagerie des remarques croustillantes. Et je suis particulièrement fière de lui parce que pour lui, c'était vraiment difficile au départ.

SC | Claire, je te remercie infiniment pour ce témoignage, j'espère pouvoir échanger à nouveau dans quelques jours avec toi, peut-être pour faire un point. Je te souhaite une très belle journée et surtout prends soin de toi, de tes élèves, de ta famille. À très bientôt, au revoir.

CP | Merci, au revoir.

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SILVÈRE CHÉRET | Bonjour, Claire Perrillat, tu es enseignante en école élémentaire en classe de CM1- CM2, tu as deux enfants scolarisés, l'un en classe de CM1 et le second en 4e. Voilà pour le contexte de travail. Je te remercie par avance d'avoir accepté cet entretien et je remercie également ta famille à laquelle on t'arrache pendant quelques minutes. Claire, je voudrais entrer dans cet entretien sous l'angle du lien avec les élèves et les familles, et des moyens de le maintenir pour les accompagner chez eux dans cette période douloureuse et délicate. Pour commencer, pourrais-tu nous faire un point sur le contexte et les problématiques que cela pose par rapport à tes élèves ?

CLAIRE PERRILLAT | Merci déjà d'accepter mon témoignage, à bien remettre évidemment dans son contexte. C'est un témoignage d'une humilité sans nom. Il y a eu plein d'embuches, de problèmes techniques, humains, matériels à régler. Rappelons bien que pour tout le monde nous sommes dans un contexte qui est difficilement qualifiable car il n'a jamais été vécu. Qu’il y a eu un avant, un avant dans nos classes ; notre avant à nous est basé aussi par rapport à notre petit groupe classe sur un vécu qui est assez riche. On a une pédagogie basée sur la pédagogie de projet qui marche uniquement entre les interactions des élèves. Il y a un pendant : on essaye de conserver sa dynamique de groupe et ses interactions. Mais il y aura aussi un après, où chaque enseignant va devoir fixer et réinventer peut-être le lien qu'il a avec les élèves et avec l'école en général. Là on est vraiment sur le fait de privilégier les liens humains et ça reste absolument ma priorité.

SC | Tu es dans une école urbaine et tu t'es assurée, nous disais-tu hors-ligne, que chaque élève était connecté. Pour être sûre que tu puisses garder le lien avec eux et je voudrais savoir, au-delà des aspects techniques, en quoi cette situation, si c’est le cas, a modifié ton rapport aux élèves ?

CP | Elle a modifié mon rapport aux élèves, dans le sens où j'ai vraiment tenu à ce que la dynamique de groupe perdure et que tout le monde trouve sa place. C'était très difficile. On va reparler aussi du contexte technique. Ce lien perdure évidemment grâce à l'outil informatique puisque notre quartier général est maintenant devenu notre petit blog. C'est vraiment là-dessus qu’on poste, qu’on communique, qu’on fait part un peu de toutes nos impressions, les meilleures comme parfois des plus difficiles. C'est vraiment la classe hors les murs maintenant. Chacun y participe. J’ai aussi certains parents qui ont décidé d'être partie prenante à leur manière, ça, on va le réexpliquer dans un petit moment. Il a fallu que toutes les familles soient excessivement flexibles parce qu'on a eu beaucoup de problèmes de connexion, comme partout en France. Beaucoup de problèmes techniques aussi, au niveau du matériel dont on avait besoin à certains moments, donc il a fallu faire preuve d’énormément de réactivité.

SC | Comment se repositionne l'humain par rapport à l'élève ? Le scolaire par rapport à la vie ? Peux-tu nous faire un petit point là-dessus, as-tu ressenti de légères modifications à ce sujet ?

CP | Maintenant le plus important, c'est qu’on soit tous ensemble, peu importe ce que l'on produit au niveau volume et peut-être même au niveau qualité. C'est que tout le monde continue à faire perdurer le lien d'une manière ou d'une autre. Ceux qui sont capables de produire plus parce qu'ils ont la motivation, les moyens et la famille derrière, ils postent beaucoup en ce moment sur le blog, à travers des vidéos, des photos, des petits retours. Mais tout ça permet au groupe de garder le moral, de garder une certaine dynamique, comme j'expliquais. Et puis de ne pas sombrer, ça reste notre petite bulle d'oxygène, tout ce qui est proposé sur le blog.

SC | Que donnes-tu à tes élèves pour maintenir un repère ? C'est à dire l'idée de se lever et de faire quelque chose, d'avoir rendez-vous avec la maîtresse... Comment organises-tu cette vie-là qu'il faut recréer à distance ?

CP | Dans un premier temps, j'ai essayé de fixer des petits rendez-vous qui étaient quotidiens. Le problème, c'est qu’évidemment, avec la demande excessive sur les serveurs, ce n'était pas du tout possible, sachant qu'en plus il y a le télétravail pour certains à la maison ou qu'il y a d'autres frères et sœurs qui ont besoin de la connexion. Je le vis également de mon côté avec mes enfants. Maintenant ils reçoivent l'équivalent d'un plan de vol pour une semaine dans lequel il y a une partie qui va se faire en ligne à travers un rallye lecture en ligne — il y a plein de sites qui proposent ça —, un plan de travail en ligne mais également des petits tutos que je poste — alors vraiment bricolés, c'est quelque chose de complètement amateur sur nos petites pratiques avec nos mots à nous et nos trucs et astuces. On récupère tout ce qu'on a dans le cartable et ce qu'on peut avoir de disponible à la maison. C'est très simple, mais assez efficace, et j'ai des bons retours par rapport à ça. Et puis il y a une partie complètement déconnectée, qui se présente sous forme de défis. Beaucoup de sites proposent également ce type de défis. Nous, ce sont des défis en lien avec notre projet de classe, qui nous permettent de planifier les différentes tâches à faire, d’y revenir, d'être en véritable situation de recherche et de créativité. Pour cela, on fait appel au pôle mathématique et scientifique mais également au pôle artistique. Et dès qu’on a été capable de produire quelque chose, les élèves postent leurs retours. Donc régulièrement pendant la semaine, en fonction de l'avancée des travaux, on peut avoir une sorte de relance de créativité, et de pêche en fonction de ce que les autres produisent, ce qu'on peut voir, ce à quoi on peut prétendre. Il y a plein de choses qui sont intéressantes à ce niveau-là.

SC | Ce lien-là, Claire, comment fais-tu d'abord pour le maintenir et a-t-il évolué ? A-t-il modifié ton rapport à certaines familles ? Et ce sera notre dernière question.

CP | Tout à fait, il y a à la fois des élèves et des familles qui se sont révélés, qui ont osé vraiment prendre les devants dans cette situation complètement inédite. Il y a beaucoup de retours très intéressants. De nombreux liens se sont créés entre élèves qui étaient parfois un peu fragiles et qui maintenant sont de plus en plus intéressants à travers la messagerie. Et puis il y a des petites victoires personnelles avec des élèves qui sont devenus très autonomes et qui au départ, étaient vraiment ceux pour qui c'était le plus difficile. Des élèves avec une maîtrise de la langue encore très fragile. Une petite victoire avec un élève qui a pris les devants : il dispose de mon numéro de téléphone, donc il sait que dès qu'il y a quoi que ce soit, il m'envoie un petit message ou alors il m'appelle. Quand je suis disponible, il n’y a pas de problème je suis très réactive. Il a réussi à relever de très nombreux défis, y compris des défis techniques, et il est extrêmement investi. Il poste maintenant dans la messagerie des remarques croustillantes. Et je suis particulièrement fière de lui parce que pour lui, c'était vraiment difficile au départ.

SC | Claire, je te remercie infiniment pour ce témoignage, j'espère pouvoir échanger à nouveau dans quelques jours avec toi, peut-être pour faire un point. Je te souhaite une très belle journée et surtout prends soin de toi, de tes élèves, de ta famille. À très bientôt, au revoir.

CP | Merci, au revoir.

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