L'école à distance : L'inclusion scolaire

Extra classe

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L'école à distance : L'inclusion scolaire

Cette table ronde réunit trois acteurs de l'inclusion scolaire. Comment réussir la continuité pédagogique inclusive ? Comment faire pour maintenir ce lien pédagogique précieux entre l’élève, la famille et l’enseignant ? La continuité pédagogique inclusive demande aux professeurs et aux parents de s’adapter une nouvelle fois pour garder le lien à distance et préserver le bien-être des élèves à besoins éducatifs particuliers. Hélène Beaurepaire, inspectrice de l’Éducation nationale-ASH, Aurélie De Haese, enseignante spécialisée en SEGPA et coordinatrice en ULIS lycée, et Aïda Logan, conseillère pédagogique et référente académique "déficience sensorielle" dispensent leurs conseils et apportent des éclairages sur la mise en place de la continuité pédagogique inclusive.

Pour aller plus loin :

Pour les familles : www.ac-versailles.fr/cid150492/covid-19-informations-a-destination-des-familles.html

Ressources départementales : blog.ac-versailles.fr/ecoleinclusive92/index.php/ www.pedagogie92.ac-versailles.fr solidaires-handicaps.fr/informations/rubrique_9

Transcription:

CLAUDE PEREIRA LECONTE | Près de 15 ans après la promulgation de la loi pour l'égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005, la scolarisation des enfants et des jeunes en situation de handicap rencontre un nouvel épisode avec la fermeture des établissements scolaires le 16 mars. Selon les chiffres publiés dans l'enquête annuelle du ministère de l'Éducation nationale, « Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et de la recherche », ce serait près de 400 000 élèves en situation de handicap que les enseignants ont accompagné pour assurer la continuité pédagogique. Une continuité pédagogique inclusive qui demande aux professeurs et aux parents de s'adapter une nouvelle fois pour garder le lien à distance et préserver le bien-être des élèves. Mais comment réussir la continuité pédagogique inclusive ?

Comment réussir à maintenir ce lien pédagogique précieux entre l’élève, la famille et l'enseignant ? « La continuité pédagogique inclusive », une émission de la série de podcasts Extra classe, pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Bonjour à toutes les trois et merci d'être avec nous.

HÉLÈNE BEAUREPAIRE | Bonjour ! AURÉLIE DE HAESE | Bonjour Claude ! AÏDA LOGAN | Bonjour à tous !

CPL | Depuis quelques jours les enseignants assurent la continuité pédagogique. Lors de mes échanges avec des collègues spécialisés, la notion de continuité pédagogique inclusive est revenue plusieurs fois dans la conversation. Cette distinction est-elle utile et si oui, pourquoi, Hélène ?

HB | Lorsqu'on parle de continuité pédagogique, cela implique que l'élève et le professeur puissent recréer à distance le lien qui les unit habituellement dans le contexte de la classe. Mais si on pense à des élèves qui sont soit un peu plus éloignés de l'école du fait de leurs besoins particuliers, soit qui n'ont pas accès directement à l'écrit ou à certains modes de communication, on voit tout de suite que cette relation à distance va représenter un défi particulier et c'est cela qu'il faut s'efforcer de rétablir.

CPL | Dans ces défis par exemple, il y a l'adaptation des supports. Est-ce important par rapport à la continuité pédagogique ordinaire, Aurélie ?

ADEH | Oui, je pense que c'est essentiel et je crois que ce confinement est peut-être l'occasion idéale pour que les collègues, les professeurs se penchent sur l'accessibilité des contenus écrits qu'ils mettent en ligne à la disposition des élèves. Soigner la présentation des documents pour tous les élèves d’une classe, c'est du temps gagné sur l’étayage dont auront besoin les élèves à besoins particuliers.

CPL | En effet cette situation exceptionnelle nous offre finalement l'opportunité de nous questionner sur nos pratiques habituelles. Il y a aussi tout ce que l'on va transmettre aux parents. Si, par exemple, j'ai un enfant qui a un trouble dans ma classe, je lui envoie des supports, j'essaye de garder le lien, mais demeure aussi la question de l'accessibilité, que ce soit du côté de l’élève, mais aussi des parents. Aïda, pouvez-vous nous en parler ? Je sais que vous rencontrez des parents qui justement ont des difficultés pour conserver cette accessibilité.

al | Oui, effectivement, quand il s'agit d'assurer la continuité pédagogique à distance, nous sommes forcés de considérer un nouveau contexte d'apprentissage et de prendre en considération, en tant qu'enseignant et personne-ressource, tous les éléments qui constituent ce contexte, et l'environnement humain en fait partie, les parents ou les représentants légaux. Nous sommes confrontés aujourd'hui à des situations dans lesquelles on peut avoir non pas forcément des élèves qui présentent un trouble ou une déficience ou qui ont des besoins particuliers, mais des parents qui en ont. Vous le citiez, je travaille actuellement avec une institutrice qui a un élève dans sa classe, qui lui n'a pas de difficulté particulière ou de besoins particuliers, mais dont la maman est sourde, et cet élève est en grande section de maternelle. Il y a donc toute une part d'activité qui procède de l'oral, les contes, les histoires, les chansons à lui raconter puisque la première découverte se fait cette fois à la maison et non plus en classe avec l'institutrice et les collègues, et cette maman ne vocalise pas. Donc dans ce cas-là l'institutrice doit chercher, elle, des adaptations à tous les documents qui vont nécessiter une vocalisation de la part de cette maman. Pour les chansons, c'est relativement simple, en passant par certains sites, et concernant les histoires ou les contes, qui sont relativement brefs, l'institutrice pourra, elle, s'enregistrer, envoyer des fichiers audios. Mais tout cela nécessite d'être pris en considération alors que dans le cadre de la classe, on n'avait pas forcément ces éléments-là à penser.

CPL | On voit bien qu'il y a des défis, pourriez-vous peut-être nous les préciser davantage parce que cela reste flou, Hélène ?

HB | Bien souvent quand un enseignant a un élève avec des besoins éducatifs particuliers dans sa classe, une bonne part de l’étayage qu'il va pouvoir proposer repose sur l'observation qu'il fait de son élève. Il va tout de suite identifier l'élève qui n'a pas compris la consigne, qui perd sa concentration, qui ne prend pas le bon chemin pour réaliser l'activité demandée. Et dans cette situation un peu particulière que nous vivons, ce retour d'informations manque aux enseignants, et je pense qu'un des défis à relever est qu'ils puissent justement anticiper les besoins de leurs élèves et proposer des étayages ou des détours. Ou bien des possibilités de réaliser les activités avec davantage de liberté et de choix par rapport à ce qui était habituellement prévu en classe.

CPL | Deux défis majeurs s’imposent : le fait de garder le lien et le fait d'anticiper des difficultés qui pourraient apparaître, qui étaient habituellement réglées en classe par un étayage. Mais aujourd'hui, finalement, quel étayage proposer, Aurélie ?

ADEH | L’étayage peut être multiple. Je crois vraiment aux bienfaits de la conception universelle de l'apprentissage, la CUA, puisqu’on est vraiment dans cette optique, d'offrir à tous les élèves des documents accessibles, qu'ils soient écrits, oraux, et offerts à tous les élèves. Ainsi on permet à un maximum de notre public d'avoir accès aux documents et je crois aussi que c'est l'occasion pour les professeurs dont je fais partie de proposer des rendus beaucoup plus souples, c'est-à-dire qu’on peut avoir le choix pour l'élève de rendre quelque chose à l'écrit, à l'oral, de s'enregistrer, de faire une capsule vidéo, de prendre en photo son travail s'il n'y a pas d’imprimante. En fait, on est face à des familles qui ont, toutes, des moyens différents. Je communique avec mes 40 ULIS lycéens que je suis de façon diverse et variée et je crois que cette multiplicité des supports, peut être aussi une opportunité de voir la multiplicité des talents qui se déploient.

CPL | Ce que vous dites est intéressant car cette situation exceptionnelle nous met face à une multiplicité de situations inédites. Comment vos collègues travaillent-ils depuis le début du confinement, Hélène ?

HB | Les enseignants, depuis le début de cette période, un peu particulière, ont eu à prendre en compte un certain nombre d'éléments dans l'ordre. Tout d'abord, il a fallu, comme vous le disiez, établir le lien et cela a occupé quand-même beaucoup de temps pour eux, pour contacter les familles, s'assurer que chaque élève, avec l'environnement qui était le sien, puisse disposer de ce dont il avait besoin pour travailler et avait bien accès à ce qui était envoyé. Maintenant on entre dans une période qui s'inscrit dans la durée, et je crois que ce qui est essentiel aujourd'hui, c'est justement la gestion de ce temps qui va finalement être long et où il va falloir gérer les baisses de motivation, les saturations, les refus de faire que peuvent manifester certains élèves, le décrochage que certains peuvent ressentir par rapport aux activités. Donc toute cette nouvelle configuration s'installe et les enseignants entrent dans ce moment où il va falloir gérer cela.

CPL | Vous nous parlez effectivement, Hélène, du fait qu'il va falloir tenir sur la durée, mais aussi que les élèves tiennent sur la durée et qu'on puisse faire attention à ce qu'ils ne soient pas trop fatigués, ce qu'un enseignant arrive à faire quand l’élève est devant lui. Mais aujourd’hui dans cette situation, comment peut-il le faire ? Comment est-ce que ça va se passer ? Est-ce vraiment une donnée à prendre en compte, Aïda ?

AL | Effectivement, un enseignant sait que même si des adaptations sont mises en place, les élèves qui ont des besoins particuliers sont plus fatigables que les autres. Et en effet, les enseignants vont devoir anticiper cette question-là et en tout cas garder à l'esprit que le fait d'être à la maison dans un contexte un peu plus familier, que l'on imagine peut-être à tort un peu plus reposant, un peu plus confortable ne va pas empêcher les élèves d'être plus fatigués face aux apprentissages. Pour y parvenir, il va falloir, comme le disaient Aurélie et Hélène, continuer à adapter les supports, cibler peut-être aussi les compétences, repenser ses attendus quand il y a des baisses de régime. En fait, s’adapter constamment à ce qu'ils vont voir de leurs élèves, à leurs retours, aux retours que les parents vont en faire.

CPL | C’est vraiment ce dont vous parlez depuis tout à l'heure. C'est aussi une question de rythme, d'organiser le rythme de travail des élèves. Comment réfléchir à distance à cette question du rythme des apprentissages, Aurélie ?

ADEH | Je vois des professeurs principaux qui font un travail incroyable, qui participent à des groupes de dialogue, qui rappellent tous les matins aux élèves de la classe ce qu’ils ont à faire dans la journée. J'ai mis à disposition des parents et des élèves, je m’occupe des lycéens donc souvent je suis directement en lien avec eux sans forcément passer par leurs parents, des plans de travail. Je crois qu'il faut aussi ajouter de la souplesse. C'est ce que disaient Hélène et Aïda. On va faire comme on peut, le mieux qu'on peut, sans rajouter du stress à cette situation qui est déjà potentiellement anxiogène et je crois que c'est comme ça, en se lançant des petits objectifs au quotidien, qu'on va réussir à tenir sur la longueur.

CPL | Vous parlez justement de ce respect, de cette attention à conserver. Ne faut-il pas aussi prévenir les risques psychosociaux, les tensions qui peuvent exister dans les familles face à cette situation, Aïda ?

AL | Oui, on peut pour cela, et je pense que certaines académies l’ont mis en place sur le site du ministère également, adresser aux parents à la fois des guides pour expliquer comment le climat anxiogène peut agir sur les enfants ; et on a également de plus en plus des numéros à contacter pour avoir des conseils. Ces numéros sont destinés aux parents, je pense qu'il faut les investir et les enseignants peuvent aussi, lorsqu’ils constatent des difficultés ou lorsqu'ils savent que les élèves ont des besoins particuliers spécifiques, alerter les parents et les informer de cette possibilité.

CPL | Avez-vous envie de réagir sur cette question de vigilance à maintenir pour le bien-être élèves, Hélène ?

HB | Oui, parce que dans l'académie effectivement, un guide a été élaboré en direction des parents et il y a la même attention apportée à ce que vivent les enseignants puisqu’eux-aussi sont confrontés à une situation finalement de relatif isolement professionnel. Tout ce qui relève habituellement de l'implicite : le fait de voir ses collègues, si l'un d'entre eux ne va pas bien, on va s'en rendre compte parce qu’on le verra, on verra son expression, ces communications qui sont de l'ordre de l'informelles quotidiennes et qui font partie de notre environnement. Tout cela disparaît un peu avec le confinement et donc nous organisons au maximum avec les équipes d'appui des départements et de l'académie, les formateurs, les conseillers pédagogiques, les professeurs-ressources, les inspecteurs, toutes nos équipes sont en lien avec les enseignants pour être à leur écoute, avec un objectif qui est de leur permettre de retisser ce lien afin qu’ils soient disponibles pour leurs élèves. Mais pour qu'ils puissent le faire dans les meilleures conditions possibles.

CPL | Quels conseils pratiques peut-on donner pour garder ce lien, cette disponibilité dans la durée dont vous parlez sans s'essouffler ? Avez-vous des élèves en charge, que faites-vous pour eux, Aurélie ?

ADEH | Je fais du fun-aide individualisée. Nous sommes là dans du sur-mesure. Il y a déjà la consigne globale, les documents que l'on fait parvenir au groupe classe et ensuite il y a l'adaptation à chaque handicap. Dans le dispositif ULIS lycée dont je m'occupe, chaque élève a ses propres difficultés, ses propres points d'appui. Et donc je vais par exemple verbaliser, vocaliser certaines consignes pour certains, adapter les documents pour d'autres. C'est vraiment du sur-mesure, du cousu main. Bien sûr cela prend beaucoup de temps mais permet de maintenir ce lien, de rassurer ces jeunes qui sont quand-même tout à coup livrés un peu à eux-mêmes face à cette multitude de choses à faire et il vaut mieux qu’ils prennent le temps de bien faire les choses à leur rythme plutôt qu'ils les fassent le plus vite possible, mais dans la panique.

CPL | On parle ici de proposer des solutions pour préserver le lien, mais aussi pour donner des consignes. Au niveau des supports, que peut-on faire, Hélène ?

HB | Il y a différentes solutions, certains enseignants investissent des supports inhabituels, comme la vidéo, envoient des podcasts à leurs élèves avec leur voix, des petits message personnalisés qui permettent de garder le lien, et pour l'élève, c’est un moyen de s'assurer que l'enseignant continue à bien l'identifier, pense à lui, envoie un travail qui est fait pour lui. Cela fait partie des choses extrêmement efficaces et pour lesquelles on a un retour important. Il est possible aussi, et on le voit de plus en plus, d'envoyer du travail comme le proposait Aurélie tout à l'heure, sous forme de plan de travail, en proposant aux élèves suivant leur âge, suivant leur autonomie, de choisir les activités qu'ils ont envie de réaliser sur 2 jours, sur une semaine et de les réaliser au moment où ils le souhaitent de façon à pouvoir gérer, justement, soit avec les parents qui connaissent bien leur enfant, qui savent quelles sont ses capacités de concentration, de mobilisation dans la journée, de choisir à quel moment telle ou telle activité va être réalisée.

AL | En effet, au niveau des supports je n’ai pas grand-chose à ajouter. Il y a effectivement une grande variété de possibles à ce niveau-là qui émergent et qui commencent à être vraiment exploités. C'est très intéressant au niveau de l'accessibilité pédagogique. J'aimerais seulement évoquer les enseignants qui ne sont pas spécialisés et qui ont aussi dans leur classe des élèves à besoins particuliers, qui doivent gérer cet enseignement à distance sans avoir les outils. Il y a, entre autres, le guide pour les enseignants dont Hélène a parlé tout à l'heure. Il y a les ressources sur la plateforme Cap école inclusive. Et je pense qu'il faut aussi investir tous les professionnels, qu'une nouvelle fois Hélène a cité, dont pour certains les coordonnées figurent aussi sur la plateforme, qui sont spécialisés et qui vont pouvoir aider rapidement à la mise en accessibilité des supports ou à repenser un peu les séances pour qu'elles soient adaptées plus facilement.

CPL | Pouvez-vous nous indiquer où nos auditeurs peuvent trouver ces guides, Hélène ?

HB | On les trouve généralement sur les sites académiques ou départementaux. Le site de l'académie de Versailles par exemple, dans laquelle j'exerce, permet à toute personne de les consulter en accès libre et de télécharger l'ensemble des guides, ceux qui sont destinés aux parents, un certain nombre de ressources pour les enseignants, ils sont tout à fait accessibles ! Et on en trouve, je pense, sur l'essentiel des sites académiques et départementaux en France, aujourd'hui.

CPL | Avez-vous aussi une référence à proposer aux enseignants qui nous écoutent, Aïda ?

AL | Je pensais surtout aux deux guides dont on a parlé avec Hélène. Nous sommes toutes les deux de Versailles et j'aurais souhaité ajouter que le guide pour les parents contient des informations qui peuvent être très utiles aussi aux enseignants, notamment sur les incidences psychologiques de ce que nous sommes en train de vivre pour les élèves et également la plateforme Cap école inclusive. Il y a aussi en parallèle à tout ce qui est un peu plus institutionnel, des initiatives individuelles qui émergent de plus en plus. J'ai par exemple, si je peux donner cet exemple, une enseignante qui enseigne à des élèves qui ont fait le choix d'un mode de communication bilingue, français-langue des signes française, qui ce matin, très tôt, m'a envoyé le site internet qu'elle vient de créer pour mettre à disposition de ses collègues spécialisés cette fois qui interviennent auprès du même public, toutes les ressources, les supports qui sont adaptés aux élèves ayant un mode de communication bilingue. Donc il faut chercher. Il y a beaucoup de choses qui sont en train de se créer.

CPL | J'ai l'impression, comme vous dites, qu'il y a beaucoup de choses qui se créent, il y a une émulation, et je me demande si cette situation exceptionnelle n'allait pas encore davantage servir l'école inclusive, Aurélie ?

ADEH | Oui, c'est tout à fait possible. Je crois que lorsqu’on est dans des situations de contraintes extrêmes, c'est toujours de là qu’émergent les meilleures idées. Je l'ai déjà dit auparavant, c'est l'occasion en tant qu'enseignant de se pencher sur l'accessibilité des documents qu'on propose, sur la variabilité des rendus que l'on attend et c'est toujours aussi intéressant de se dire que c’est peut-être dans ces conditions extrêmes que vont émerger les talents cachés de nos élèves. J'ai un élève atteint de troubles du spectre autistique qui est en train de mettre en place sa propre chaîne YouTube, à destination de ses camarades pour les aider à retenir les notions d'horticulture de la spécialité dans laquelle il est scolarisé. Voilà typiquement le genre de belles surprises que cela peut aussi générer.

CPL | Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour conclure cette émission, Hélène ?

HB | Oui, ce que cette période m'inspire, c'est qu’en effet il y a une richesse, une diversité, un foisonnement d'initiatives de la part des enseignants, de la part d'associations de parents qui accompagnent des jeunes avec des besoins éducatifs particuliers. Et toute cette diversité de ce qui est proposé, de ce qui est disponible, est assez incroyable. On s'en doutait bien évidemment, personne ne pouvait se dire qu’on allait laisser les élèves sans se préoccuper de savoir ce qu'ils allaient devenir pendant cette période. Mais je suis persuadée que nous sortirons de cette période en ayant beaucoup appris collectivement.

AL | Je vais poursuivre un peu les propos d’Hélène. Je pense que la situation que nous vivons nous incite à aller plus en avant dans des logiques collaboratives, à la fois entre les enseignants et les parents, et aussi entre professionnels de l'éducation, de l'accessibilité et je pense que cela pourra peut-être, à terme aussi, initier de nouvelles modalités de travail où le partage, la prise d'informations, l'échange d'informations, l’échange de pratiques auront une place peut-être un peu plus conséquente.

CPL | Merci à vous toutes et à ceux qui nous écoutent. C'était « La continuité pédagogique inclusive », un épisode d'Extra classe.

Retrouvez tous les autres épisodes de la série sur l’espace Extra classe de reseau-canope.fr et sur les réseaux sociaux. Une production Réseau Canopé, 2020.

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Cette table ronde réunit trois acteurs de l'inclusion scolaire. Comment réussir la continuité pédagogique inclusive ? Comment faire pour maintenir ce lien pédagogique précieux entre l’élève, la famille et l’enseignant ? La continuité pédagogique inclusive demande aux professeurs et aux parents de s’adapter une nouvelle fois pour garder le lien à distance et préserver le bien-être des élèves à besoins éducatifs particuliers. Hélène Beaurepaire, inspectrice de l’Éducation nationale-ASH, Aurélie De Haese, enseignante spécialisée en SEGPA et coordinatrice en ULIS lycée, et Aïda Logan, conseillère pédagogique et référente académique "déficience sensorielle" dispensent leurs conseils et apportent des éclairages sur la mise en place de la continuité pédagogique inclusive.

Pour aller plus loin :

Pour les familles : www.ac-versailles.fr/cid150492/covid-19-informations-a-destination-des-familles.html

Ressources départementales : blog.ac-versailles.fr/ecoleinclusive92/index.php/ www.pedagogie92.ac-versailles.fr solidaires-handicaps.fr/informations/rubrique_9

Transcription:

CLAUDE PEREIRA LECONTE | Près de 15 ans après la promulgation de la loi pour l'égalité des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées du 11 février 2005, la scolarisation des enfants et des jeunes en situation de handicap rencontre un nouvel épisode avec la fermeture des établissements scolaires le 16 mars. Selon les chiffres publiés dans l'enquête annuelle du ministère de l'Éducation nationale, « Repères et références statistiques sur les enseignements, la formation et de la recherche », ce serait près de 400 000 élèves en situation de handicap que les enseignants ont accompagné pour assurer la continuité pédagogique. Une continuité pédagogique inclusive qui demande aux professeurs et aux parents de s'adapter une nouvelle fois pour garder le lien à distance et préserver le bien-être des élèves. Mais comment réussir la continuité pédagogique inclusive ?

Comment réussir à maintenir ce lien pédagogique précieux entre l’élève, la famille et l'enseignant ? « La continuité pédagogique inclusive », une émission de la série de podcasts Extra classe, pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Bonjour à toutes les trois et merci d'être avec nous.

HÉLÈNE BEAUREPAIRE | Bonjour ! AURÉLIE DE HAESE | Bonjour Claude ! AÏDA LOGAN | Bonjour à tous !

CPL | Depuis quelques jours les enseignants assurent la continuité pédagogique. Lors de mes échanges avec des collègues spécialisés, la notion de continuité pédagogique inclusive est revenue plusieurs fois dans la conversation. Cette distinction est-elle utile et si oui, pourquoi, Hélène ?

HB | Lorsqu'on parle de continuité pédagogique, cela implique que l'élève et le professeur puissent recréer à distance le lien qui les unit habituellement dans le contexte de la classe. Mais si on pense à des élèves qui sont soit un peu plus éloignés de l'école du fait de leurs besoins particuliers, soit qui n'ont pas accès directement à l'écrit ou à certains modes de communication, on voit tout de suite que cette relation à distance va représenter un défi particulier et c'est cela qu'il faut s'efforcer de rétablir.

CPL | Dans ces défis par exemple, il y a l'adaptation des supports. Est-ce important par rapport à la continuité pédagogique ordinaire, Aurélie ?

ADEH | Oui, je pense que c'est essentiel et je crois que ce confinement est peut-être l'occasion idéale pour que les collègues, les professeurs se penchent sur l'accessibilité des contenus écrits qu'ils mettent en ligne à la disposition des élèves. Soigner la présentation des documents pour tous les élèves d’une classe, c'est du temps gagné sur l’étayage dont auront besoin les élèves à besoins particuliers.

CPL | En effet cette situation exceptionnelle nous offre finalement l'opportunité de nous questionner sur nos pratiques habituelles. Il y a aussi tout ce que l'on va transmettre aux parents. Si, par exemple, j'ai un enfant qui a un trouble dans ma classe, je lui envoie des supports, j'essaye de garder le lien, mais demeure aussi la question de l'accessibilité, que ce soit du côté de l’élève, mais aussi des parents. Aïda, pouvez-vous nous en parler ? Je sais que vous rencontrez des parents qui justement ont des difficultés pour conserver cette accessibilité.

al | Oui, effectivement, quand il s'agit d'assurer la continuité pédagogique à distance, nous sommes forcés de considérer un nouveau contexte d'apprentissage et de prendre en considération, en tant qu'enseignant et personne-ressource, tous les éléments qui constituent ce contexte, et l'environnement humain en fait partie, les parents ou les représentants légaux. Nous sommes confrontés aujourd'hui à des situations dans lesquelles on peut avoir non pas forcément des élèves qui présentent un trouble ou une déficience ou qui ont des besoins particuliers, mais des parents qui en ont. Vous le citiez, je travaille actuellement avec une institutrice qui a un élève dans sa classe, qui lui n'a pas de difficulté particulière ou de besoins particuliers, mais dont la maman est sourde, et cet élève est en grande section de maternelle. Il y a donc toute une part d'activité qui procède de l'oral, les contes, les histoires, les chansons à lui raconter puisque la première découverte se fait cette fois à la maison et non plus en classe avec l'institutrice et les collègues, et cette maman ne vocalise pas. Donc dans ce cas-là l'institutrice doit chercher, elle, des adaptations à tous les documents qui vont nécessiter une vocalisation de la part de cette maman. Pour les chansons, c'est relativement simple, en passant par certains sites, et concernant les histoires ou les contes, qui sont relativement brefs, l'institutrice pourra, elle, s'enregistrer, envoyer des fichiers audios. Mais tout cela nécessite d'être pris en considération alors que dans le cadre de la classe, on n'avait pas forcément ces éléments-là à penser.

CPL | On voit bien qu'il y a des défis, pourriez-vous peut-être nous les préciser davantage parce que cela reste flou, Hélène ?

HB | Bien souvent quand un enseignant a un élève avec des besoins éducatifs particuliers dans sa classe, une bonne part de l’étayage qu'il va pouvoir proposer repose sur l'observation qu'il fait de son élève. Il va tout de suite identifier l'élève qui n'a pas compris la consigne, qui perd sa concentration, qui ne prend pas le bon chemin pour réaliser l'activité demandée. Et dans cette situation un peu particulière que nous vivons, ce retour d'informations manque aux enseignants, et je pense qu'un des défis à relever est qu'ils puissent justement anticiper les besoins de leurs élèves et proposer des étayages ou des détours. Ou bien des possibilités de réaliser les activités avec davantage de liberté et de choix par rapport à ce qui était habituellement prévu en classe.

CPL | Deux défis majeurs s’imposent : le fait de garder le lien et le fait d'anticiper des difficultés qui pourraient apparaître, qui étaient habituellement réglées en classe par un étayage. Mais aujourd'hui, finalement, quel étayage proposer, Aurélie ?

ADEH | L’étayage peut être multiple. Je crois vraiment aux bienfaits de la conception universelle de l'apprentissage, la CUA, puisqu’on est vraiment dans cette optique, d'offrir à tous les élèves des documents accessibles, qu'ils soient écrits, oraux, et offerts à tous les élèves. Ainsi on permet à un maximum de notre public d'avoir accès aux documents et je crois aussi que c'est l'occasion pour les professeurs dont je fais partie de proposer des rendus beaucoup plus souples, c'est-à-dire qu’on peut avoir le choix pour l'élève de rendre quelque chose à l'écrit, à l'oral, de s'enregistrer, de faire une capsule vidéo, de prendre en photo son travail s'il n'y a pas d’imprimante. En fait, on est face à des familles qui ont, toutes, des moyens différents. Je communique avec mes 40 ULIS lycéens que je suis de façon diverse et variée et je crois que cette multiplicité des supports, peut être aussi une opportunité de voir la multiplicité des talents qui se déploient.

CPL | Ce que vous dites est intéressant car cette situation exceptionnelle nous met face à une multiplicité de situations inédites. Comment vos collègues travaillent-ils depuis le début du confinement, Hélène ?

HB | Les enseignants, depuis le début de cette période, un peu particulière, ont eu à prendre en compte un certain nombre d'éléments dans l'ordre. Tout d'abord, il a fallu, comme vous le disiez, établir le lien et cela a occupé quand-même beaucoup de temps pour eux, pour contacter les familles, s'assurer que chaque élève, avec l'environnement qui était le sien, puisse disposer de ce dont il avait besoin pour travailler et avait bien accès à ce qui était envoyé. Maintenant on entre dans une période qui s'inscrit dans la durée, et je crois que ce qui est essentiel aujourd'hui, c'est justement la gestion de ce temps qui va finalement être long et où il va falloir gérer les baisses de motivation, les saturations, les refus de faire que peuvent manifester certains élèves, le décrochage que certains peuvent ressentir par rapport aux activités. Donc toute cette nouvelle configuration s'installe et les enseignants entrent dans ce moment où il va falloir gérer cela.

CPL | Vous nous parlez effectivement, Hélène, du fait qu'il va falloir tenir sur la durée, mais aussi que les élèves tiennent sur la durée et qu'on puisse faire attention à ce qu'ils ne soient pas trop fatigués, ce qu'un enseignant arrive à faire quand l’élève est devant lui. Mais aujourd’hui dans cette situation, comment peut-il le faire ? Comment est-ce que ça va se passer ? Est-ce vraiment une donnée à prendre en compte, Aïda ?

AL | Effectivement, un enseignant sait que même si des adaptations sont mises en place, les élèves qui ont des besoins particuliers sont plus fatigables que les autres. Et en effet, les enseignants vont devoir anticiper cette question-là et en tout cas garder à l'esprit que le fait d'être à la maison dans un contexte un peu plus familier, que l'on imagine peut-être à tort un peu plus reposant, un peu plus confortable ne va pas empêcher les élèves d'être plus fatigués face aux apprentissages. Pour y parvenir, il va falloir, comme le disaient Aurélie et Hélène, continuer à adapter les supports, cibler peut-être aussi les compétences, repenser ses attendus quand il y a des baisses de régime. En fait, s’adapter constamment à ce qu'ils vont voir de leurs élèves, à leurs retours, aux retours que les parents vont en faire.

CPL | C’est vraiment ce dont vous parlez depuis tout à l'heure. C'est aussi une question de rythme, d'organiser le rythme de travail des élèves. Comment réfléchir à distance à cette question du rythme des apprentissages, Aurélie ?

ADEH | Je vois des professeurs principaux qui font un travail incroyable, qui participent à des groupes de dialogue, qui rappellent tous les matins aux élèves de la classe ce qu’ils ont à faire dans la journée. J'ai mis à disposition des parents et des élèves, je m’occupe des lycéens donc souvent je suis directement en lien avec eux sans forcément passer par leurs parents, des plans de travail. Je crois qu'il faut aussi ajouter de la souplesse. C'est ce que disaient Hélène et Aïda. On va faire comme on peut, le mieux qu'on peut, sans rajouter du stress à cette situation qui est déjà potentiellement anxiogène et je crois que c'est comme ça, en se lançant des petits objectifs au quotidien, qu'on va réussir à tenir sur la longueur.

CPL | Vous parlez justement de ce respect, de cette attention à conserver. Ne faut-il pas aussi prévenir les risques psychosociaux, les tensions qui peuvent exister dans les familles face à cette situation, Aïda ?

AL | Oui, on peut pour cela, et je pense que certaines académies l’ont mis en place sur le site du ministère également, adresser aux parents à la fois des guides pour expliquer comment le climat anxiogène peut agir sur les enfants ; et on a également de plus en plus des numéros à contacter pour avoir des conseils. Ces numéros sont destinés aux parents, je pense qu'il faut les investir et les enseignants peuvent aussi, lorsqu’ils constatent des difficultés ou lorsqu'ils savent que les élèves ont des besoins particuliers spécifiques, alerter les parents et les informer de cette possibilité.

CPL | Avez-vous envie de réagir sur cette question de vigilance à maintenir pour le bien-être élèves, Hélène ?

HB | Oui, parce que dans l'académie effectivement, un guide a été élaboré en direction des parents et il y a la même attention apportée à ce que vivent les enseignants puisqu’eux-aussi sont confrontés à une situation finalement de relatif isolement professionnel. Tout ce qui relève habituellement de l'implicite : le fait de voir ses collègues, si l'un d'entre eux ne va pas bien, on va s'en rendre compte parce qu’on le verra, on verra son expression, ces communications qui sont de l'ordre de l'informelles quotidiennes et qui font partie de notre environnement. Tout cela disparaît un peu avec le confinement et donc nous organisons au maximum avec les équipes d'appui des départements et de l'académie, les formateurs, les conseillers pédagogiques, les professeurs-ressources, les inspecteurs, toutes nos équipes sont en lien avec les enseignants pour être à leur écoute, avec un objectif qui est de leur permettre de retisser ce lien afin qu’ils soient disponibles pour leurs élèves. Mais pour qu'ils puissent le faire dans les meilleures conditions possibles.

CPL | Quels conseils pratiques peut-on donner pour garder ce lien, cette disponibilité dans la durée dont vous parlez sans s'essouffler ? Avez-vous des élèves en charge, que faites-vous pour eux, Aurélie ?

ADEH | Je fais du fun-aide individualisée. Nous sommes là dans du sur-mesure. Il y a déjà la consigne globale, les documents que l'on fait parvenir au groupe classe et ensuite il y a l'adaptation à chaque handicap. Dans le dispositif ULIS lycée dont je m'occupe, chaque élève a ses propres difficultés, ses propres points d'appui. Et donc je vais par exemple verbaliser, vocaliser certaines consignes pour certains, adapter les documents pour d'autres. C'est vraiment du sur-mesure, du cousu main. Bien sûr cela prend beaucoup de temps mais permet de maintenir ce lien, de rassurer ces jeunes qui sont quand-même tout à coup livrés un peu à eux-mêmes face à cette multitude de choses à faire et il vaut mieux qu’ils prennent le temps de bien faire les choses à leur rythme plutôt qu'ils les fassent le plus vite possible, mais dans la panique.

CPL | On parle ici de proposer des solutions pour préserver le lien, mais aussi pour donner des consignes. Au niveau des supports, que peut-on faire, Hélène ?

HB | Il y a différentes solutions, certains enseignants investissent des supports inhabituels, comme la vidéo, envoient des podcasts à leurs élèves avec leur voix, des petits message personnalisés qui permettent de garder le lien, et pour l'élève, c’est un moyen de s'assurer que l'enseignant continue à bien l'identifier, pense à lui, envoie un travail qui est fait pour lui. Cela fait partie des choses extrêmement efficaces et pour lesquelles on a un retour important. Il est possible aussi, et on le voit de plus en plus, d'envoyer du travail comme le proposait Aurélie tout à l'heure, sous forme de plan de travail, en proposant aux élèves suivant leur âge, suivant leur autonomie, de choisir les activités qu'ils ont envie de réaliser sur 2 jours, sur une semaine et de les réaliser au moment où ils le souhaitent de façon à pouvoir gérer, justement, soit avec les parents qui connaissent bien leur enfant, qui savent quelles sont ses capacités de concentration, de mobilisation dans la journée, de choisir à quel moment telle ou telle activité va être réalisée.

AL | En effet, au niveau des supports je n’ai pas grand-chose à ajouter. Il y a effectivement une grande variété de possibles à ce niveau-là qui émergent et qui commencent à être vraiment exploités. C'est très intéressant au niveau de l'accessibilité pédagogique. J'aimerais seulement évoquer les enseignants qui ne sont pas spécialisés et qui ont aussi dans leur classe des élèves à besoins particuliers, qui doivent gérer cet enseignement à distance sans avoir les outils. Il y a, entre autres, le guide pour les enseignants dont Hélène a parlé tout à l'heure. Il y a les ressources sur la plateforme Cap école inclusive. Et je pense qu'il faut aussi investir tous les professionnels, qu'une nouvelle fois Hélène a cité, dont pour certains les coordonnées figurent aussi sur la plateforme, qui sont spécialisés et qui vont pouvoir aider rapidement à la mise en accessibilité des supports ou à repenser un peu les séances pour qu'elles soient adaptées plus facilement.

CPL | Pouvez-vous nous indiquer où nos auditeurs peuvent trouver ces guides, Hélène ?

HB | On les trouve généralement sur les sites académiques ou départementaux. Le site de l'académie de Versailles par exemple, dans laquelle j'exerce, permet à toute personne de les consulter en accès libre et de télécharger l'ensemble des guides, ceux qui sont destinés aux parents, un certain nombre de ressources pour les enseignants, ils sont tout à fait accessibles ! Et on en trouve, je pense, sur l'essentiel des sites académiques et départementaux en France, aujourd'hui.

CPL | Avez-vous aussi une référence à proposer aux enseignants qui nous écoutent, Aïda ?

AL | Je pensais surtout aux deux guides dont on a parlé avec Hélène. Nous sommes toutes les deux de Versailles et j'aurais souhaité ajouter que le guide pour les parents contient des informations qui peuvent être très utiles aussi aux enseignants, notamment sur les incidences psychologiques de ce que nous sommes en train de vivre pour les élèves et également la plateforme Cap école inclusive. Il y a aussi en parallèle à tout ce qui est un peu plus institutionnel, des initiatives individuelles qui émergent de plus en plus. J'ai par exemple, si je peux donner cet exemple, une enseignante qui enseigne à des élèves qui ont fait le choix d'un mode de communication bilingue, français-langue des signes française, qui ce matin, très tôt, m'a envoyé le site internet qu'elle vient de créer pour mettre à disposition de ses collègues spécialisés cette fois qui interviennent auprès du même public, toutes les ressources, les supports qui sont adaptés aux élèves ayant un mode de communication bilingue. Donc il faut chercher. Il y a beaucoup de choses qui sont en train de se créer.

CPL | J'ai l'impression, comme vous dites, qu'il y a beaucoup de choses qui se créent, il y a une émulation, et je me demande si cette situation exceptionnelle n'allait pas encore davantage servir l'école inclusive, Aurélie ?

ADEH | Oui, c'est tout à fait possible. Je crois que lorsqu’on est dans des situations de contraintes extrêmes, c'est toujours de là qu’émergent les meilleures idées. Je l'ai déjà dit auparavant, c'est l'occasion en tant qu'enseignant de se pencher sur l'accessibilité des documents qu'on propose, sur la variabilité des rendus que l'on attend et c'est toujours aussi intéressant de se dire que c’est peut-être dans ces conditions extrêmes que vont émerger les talents cachés de nos élèves. J'ai un élève atteint de troubles du spectre autistique qui est en train de mettre en place sa propre chaîne YouTube, à destination de ses camarades pour les aider à retenir les notions d'horticulture de la spécialité dans laquelle il est scolarisé. Voilà typiquement le genre de belles surprises que cela peut aussi générer.

CPL | Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour conclure cette émission, Hélène ?

HB | Oui, ce que cette période m'inspire, c'est qu’en effet il y a une richesse, une diversité, un foisonnement d'initiatives de la part des enseignants, de la part d'associations de parents qui accompagnent des jeunes avec des besoins éducatifs particuliers. Et toute cette diversité de ce qui est proposé, de ce qui est disponible, est assez incroyable. On s'en doutait bien évidemment, personne ne pouvait se dire qu’on allait laisser les élèves sans se préoccuper de savoir ce qu'ils allaient devenir pendant cette période. Mais je suis persuadée que nous sortirons de cette période en ayant beaucoup appris collectivement.

AL | Je vais poursuivre un peu les propos d’Hélène. Je pense que la situation que nous vivons nous incite à aller plus en avant dans des logiques collaboratives, à la fois entre les enseignants et les parents, et aussi entre professionnels de l'éducation, de l'accessibilité et je pense que cela pourra peut-être, à terme aussi, initier de nouvelles modalités de travail où le partage, la prise d'informations, l'échange d'informations, l’échange de pratiques auront une place peut-être un peu plus conséquente.

CPL | Merci à vous toutes et à ceux qui nous écoutent. C'était « La continuité pédagogique inclusive », un épisode d'Extra classe.

Retrouvez tous les autres épisodes de la série sur l’espace Extra classe de reseau-canope.fr et sur les réseaux sociaux. Une production Réseau Canopé, 2020.

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