L'école à distance : Faire classe sans classe ni élève

Extra classe

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L'école à distance : Faire classe sans classe ni élève

Autour de cette table ronde, deux professeurs, l'un en primaire, l'autre en collège, partagent avec nous leur expérience de l'école à distance. Comment assurer la continuité pédagogique coûte que coûte en cette période de confinement ? Comment réinventer la classe quand ce qui fait son essence n’est plus présent physiquement ? Et si ce confinement était une chance pour changer positivement le rapport aux apprentissages ? Guillaume Leconte, professeur des écoles de cycle 3 exerçant en zone d’éducation prioritaire et formateur, et Julien Francès, professeur de SVT en collège, partagent leur expérience en termes d’organisation du travail, de liens avec les familles…

Pour aller plus loin : Écouter l’épisode 25 de la série Le micro est dans la classe produit par Kadékol, "La continuité pédagogique au lycée, dans quelles conditions ?"

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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.

Animée par : Claude Pereira Leconte

Directrice de publication : Marie-Caroline Missir

Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance

Mixage : Laurent Gaillard

Transcription : Valérie Sourdieux

Contactez-nous sur : contact@reseau-canope.fr

©Réseau Canopé 2020

Transcription :

CLAUDE PEREIRA LECONTE | Depuis le 17 mars 2020, la France est confinée en raison de la crise sanitaire causée par le coronavirus. La veille, les établissements scolaires fermaient leurs portes aux 12 millions d’élèves et de jeunes. Leurs portes mais pas leur enseignement car ce sont plus de 800 000 professeurs qui sont à pied d’œuvre pour assurer la continuité pédagogique et garder le lien avec les élèves et leurs familles. Cette situation inédite pour l’école républicaine française nous oblige à trouver en urgence de nouvelles façons de faire, d’expérimenter de nouveaux outils et peut-être de transformer nos gestes professionnels. Comment assurer cette continuité pédagogique coûte que coûte ? Comment réinventer la classe quand ce qui fait son essence n’est plus physiquement là ? Et si ce confinement était une chance pour changer positivement le rapport aux apprentissages. « Faire classe sans classe ni élèves : une expérience à inventer au quotidien. » Une émission de la série de podcasts Extra classe pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Avec nous aujourd’hui, Julien Francès, professeur de SVT en collège, et Guillaume Leconte, professeur des écoles en cycle 3 et formateur. Bonjour à tous les deux.

JULIEN FRANCÈS | Bonjour ! GUILLAUME LECONTE | Bonjour !

CPL | Rappelons déjà à nos auditeurs le contexte d’enregistrement, nous sommes tous confinés chacun chez nous et nous enregistrons à distance. Depuis quelques jours, j’entends beaucoup parler de continuité pédagogique, mais finalement que mettez-vous derrière cette continuité pédagogique, Julien ?

JF | Essentiellement le fait de continuer à avoir un contact avec les élèves, que ce soit un contact par visioconférence sans la vidéo juste le son, un contact régulier aux heures de cours habituelles, à peu près. Et puis surtout leur fournir du travail à faire et dans la mesure où ils n’ont pas forcément vu les cours qui vont avec, des révisions ou quelques apprentissages, mais rien d’impossible à faire pour eux seuls.

CPL | Et vous, Guillaume, comment voyez-vous cette continuité pédagogique ?

GL | Eh bien, pareil ! Conserver des liens avec les élèves, mais aussi avec l’unité de la classe. Et puis renforcer toujours ces liens, mais aussi des acquis, des compétences, peut-être même créer de nouvelles compétences pour les élèves.

CPL | Vous parlez tous les deux de proposer des activités, de construire peut-être des compétences, de nouvelles compétences, mais pouvez-vous donner des exemples concrets de cette organisation, de cette continuité avec les élèves, Guillaume ?

GL | Pour nous, ça s’est construit assez rapidement, tout d’abord par des échanges de mails et puis, très rapidement, on a créé des habitudes qui se renforcent, s’améliorent, se complètent avec des SMS ou des échanges de photos, puis des appels téléphoniques, selon ce que chacun peut faire.

CPL | Au niveau des supports, que pouvez-vous leur proposer comme travail, par exemple, Guillaume ?

GL | Des choses très classiques du type, des problèmes mathématiques ou des fiches de lecture, mais aussi d’autres activités, peut-être un peu plus ludiques pour donner envie, puis pour le plaisir, des photos mystères, des petites parties d’échecs, des choses comme ça.

CPL | Pour vous, Julien, comment se passe la continuité pédagogique ?

jf | C’est un peu différent d’un prof à l’autre déjà parce qu’on n’a pas forcément les mêmes façons de faire en cours. D’autre part, on n’a pas les mêmes appétences face à l’outil informatique. On dispose dans le secondaire en général des ENT, les espaces numériques de travail, qui ont eu quelques petits soucis la semaine dernière, parce qu’ils ont été beaucoup plus utilisés que d’habitude, ce qui a occasionné quelques problèmes. Nous disposons de ce support-là qu’on peut utiliser, à la fois pour échanger avec les élèves, ce qui permet de partager des cours, de donner des travaux à faire et surtout de les récupérer sous divers formats, des formats son, des formats texte, des formats à schéma. On peut également utiliser des éléments extérieurs qui permettent de proposer des questionnaires et récupérer des réponses par ce biais-là. On peut également organiser des visioconférences avec l’outil du CNED qui nous permet d’avoir un contact régulier avec les élèves et donc d’échanger avec eux de façon orale régulièrement en se donnant des rendez-vous simplement à heure fixe, en général dans leur emploi du temps.

CPL | Quand j’ai préparé cette émission avec vous, vous me parliez Guillaume de plan de travail. Pouvez- vous développer ?

gl | Oui ! On s’est reposé sur une habitude de la classe, les élèves découvrent le matin quand ils arrivent, le plan de travail, ou alors ils peuvent anticiper grâce au fil Twitter de la classe. Je donne aux élèves différentes activités en un seul document et ils choisissent leur rythme.

CPL | Julien, vous me parliez d’une classe virtuelle que vous mettiez en place déjà, depuis le début de l’année, pouvez-vous en parler à nos auditeurs ?

jf | Oui, bien sûr. Ce n’est pas une façon de fonctionner qui est très répandue. L’idée étant que les élèves travaillent sur l’ordinateur toute l’année, donc ils passent le cours hebdomadaire de SVT d’1h30 sur des ordinateurs. Ils ont des activités à faire, qui sont entre guillemets les mêmes que celles qu’ils auraient faites s’ils n’avaient pas les ordinateurs, mais en utilisant le côté augmenté du numérique, c’est-à-dire en pouvant utiliser des schémas animés, des vidéos et des questionnaires interactifs, qu’il ne serait pas possible d’utiliser en version papier. Donc j’ai eu cet avantage-là au début du confinement, d’avoir des classes qui étaient déjà en train de travailler ainsi et qui, ont pu continuer à travailler à peu près, avec quelques ajustements mineurs, de cette façon-là puisqu’ils avaient déjà l’habitude de travailler ainsi en cours. Simplement ils travaillent à la maison, au rythme qu’ils veulent et sans la surveillance de leur enseignant. De ce fait, les évaluations sont un peu à prendre avec des pincettes.

CPL | Vous nous parlez effectivement de ce que vous faites concrètement avec les élèves, mais il y a un acteur nouveau par rapport à ces temps d’apprentissage, que sont les parents, la famille. Comment se passe ce lien avec les familles ? Guillaume, vous êtes en éducation prioritaire, pouvez-vous nous expliquer comment ça se passe ?

GL | Cela dépend beaucoup des familles. Il y a beaucoup de cas de figure différents. Il y a des familles où les conditions de travail sont bonnes, il y a suffisamment d’ordinateurs, une connexion satisfaisante et puis il y en a d’autres où c’est plus difficile, où il n’y a qu’un smartphone avec un forfait qui arrive à expiration le 31, et donc on compose avec ces conditions-là. C’est un peu du cas par cas, on va même jusqu’à passer des appels téléphoniques pour s’entendre. Mais ce qui est important c’est de pouvoir aussi trouver des moyens pour conserver l’unité de la classe et ne pas être que sur des interactions individuelles et dans ce cas-là, on utilise le fil Twitter de la classe.

CPL | Pouvez-vous nous expliquer concrètement de quelle manière vous gardez ce lien, ce lien de classe et ce lien avec les parents aussi, Guillaume ?

GL | Il y a des messages réguliers en début, en milieu et en fin de journée pour donner des informations à l’ensemble du groupe. Et puis, entre-temps, ce sont des échanges individuels. Et sur le fil Twitter on poste des articles qui sont complétés par chacun.

CPL | Et vous, Julien comment se passe le lien avec les familles ?

JF | Dans le secondaire le lien avec les familles est déjà un peu plus distant, d’ordinaire, donc on a relativement peu de lien avec les parents, et ce peu de lien consiste à leur envoyer le même travail qu’aux enfants, du fait des problèmes de connexion que l’on rencontre comme je vous le disais, donc pour que tout le monde ait le document, parce que certains élèves n’ont pas leur code, et utilisent celui de leurs parents. Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas beaucoup de relations avec les parents eux-mêmes. L’établissement, en revanche, en a puisque certains parents rencontrent la même problématique que Guillaume décrivait, c’est-à-dire pas d’ordinateur, pas de connexion, le numérique n’est pas représenté à la maison et donc les parents viennent au collège pour prendre des documents papier, les photocopier, qui sont l’équivalent de ce qui est fourni en numérique à la majorité des autres élèves.

CPL | Finalement, quels retours avez-vous de ce que vous proposez aux élèves, Guillaume ?

GL | Les élèves sont vraiment en attente, en demande, ils ont besoin de ce lien entre eux et avec l’enseignant. Il y a énormément de retours, des retours très scolaires et puis beaucoup de choses autour. Il faut s’encourager, se soutenir et à ce moment-là, cela n’est pas adressé qu’aux élèves. Les parents aussi écrivent directement par mail ou par SMS, parce que parfois, ils rencontrent quelques difficultés, qu’ils ont besoin de la patience de l’enseignant.

CPL | Vous me disiez dans la préparation de l’émission qu’une maman vous avait écrit récemment pour vous confier les difficultés qu’elle rencontrait, sa situation un peu conflictuelle.

GL | Oui, elle se retrouvait confrontée au travail de son petit qui est en CM1 et puis à celui de ses plus grands qui sont au collège, ça faisait beaucoup, les enfants étaient un peu fâchés et comme ce n’était pas évident, elle m’a envoyé un message pour savoir comment faire. On a essayé de relativiser les choses et puis se dire que finalement si elle n’y arrivait pas là tout de suite, ce n’était pas grave et que ça pouvait être remis à plus tard.

CPL | Et vous, Julien, quel retour avez-vous de vos élèves ?

JF | Des élèves, j’ai déjà un retour de travail puisqu’ils font le travail qu’on leur demande. Quelques retours de problèmes techniques, « je ne sais pas comment faire ci, je ne sais pas comment faire ça », qui sont traités en général par mails personnels et puis ils se sentent rassurés par le contact que l’on garde aux horaires d’enseignements normaux, par l’outil du CNED qui leur qui permet d’organiser des visioconférences. J’ai à peu près les deux tiers de la classe qui sont connectés à chaque fois, c’est tout à fait dans les statistiques normales de ces classes-là et ils posent des questions. C’est assez représentatif de ce qui se passe en cours réel habituellement, ce sont à peu près les mêmes qui posent des questions, les mêmes qui se taisent, qui écoutent. En fait, ce sont aussi les mêmes qui font les andouilles parfois, mais ça, ça n’a pas tellement changé. Cela leur permet, je pense, de garder un lien, disons une habitude, de faire les mêmes choses qu’ils faisaient avant quand ils étaient à l’école, et donc ce lien-là je pense qu’il est important de le maintenir.

CPL | Vous dites qu’il y a une partie des élèves qui ne sont pas dans ce lien. Or que faites-vous maintenant ? Que comptez-vous faire dans les jours à venir si le confinement se prolonge pour tisser ce lien avec les élèves qui sont un peu plus éloignés ?

JF | Le problème qu’on rencontre à ce niveau-là, c’est que ce sont des élèves que je n’arrive pas à toucher du point de vue numérique et donc pour les toucher à distance, par le papier, c’est très compliqué. On envoie à l’établissement des documents qui sont à photocopier ou à imprimer à l’école et charge aux parents de ces enfants-là de venir les chercher après avoir reçu un appel de l’établissement, ce qui permet de garder le lien. Mais de ce fait, le lien ne se fait plus directement entre l’enseignant et l’élève.

CPL | Et vous Guillaume, comment arrivez-vous à garder le lien avec tous vos élèves ? Je rappelle que vous êtes en éducation prioritaire.

GL | Dans l’ensemble, cela se passe plutôt bien. Sur 28 élèves, il y en a trois pour lesquels je rencontre des difficultés. Dans ce cas-là, je téléphone et on me répond, j’ai des nouvelles des enfants. Sur les trois, il y en a deux qui ne travaillent pas, je le sais. Ce n’est pas leur priorité, cela ne se passe pas comme ça chez eux mais, à partir du moment où le père me répond, me raconte ce qu’ils font, j’arrive à glisser deux ou trois choses, et j’accepte simplement.

CPL | Vous évoquez le lien avec les parents. Finalement cette expérience ne transforme-t-elle pas le lien avec les parents et aussi le lien entre les élèves, Guillaume ?

GL | Oui, tout à fait ! On est en train de tisser, je pense, des liens qui sont beaucoup plus forts et qui s’inscrivent vraiment dans la co-éducation, où chacun prend conscience des compétences de l’autre. Les parents prennent conscience des compétences de l’enseignant, et réciproquement. Ils reconnaissent, prennent conscience et le fait qu’ils reconnaissent est très important. Je pense que c’est vraiment une belle opportunité pour renforcer les liens entre les élèves, les familles et les enseignants.

CPL | La dernière fois, Julien, vous me parliez de connexions entre les élèves aussi.

JF | Oui, lors de ces fameuses classes virtuelles, il peut y avoir des problèmes techniques parce que les élèves n’ont pas tous un micro, un ordinateur qui marche, une connexion qui fonctionne, bref, plus les éventuels petits soucis techniques sur la plateforme elle-même. Donc ils sont connectés mais ils n’entendent pas ou ils ne peuvent pas parler, etc., etc. En fait, ils utilisent leur téléphone, du fait de leur âge, en général ils ont des téléphones et communiquent entre eux pendant la classe virtuelle et en parallèle de la classe virtuelle pour faire passer une question à quelqu’un qui, lui, peut parler parce qu’il a un micro et tout ce qu’il faut, ou l’inverse, c’est-à-dire que certains demandent un résumé à leurs camarades parce que à cause d’un problème technique, ils n’ont pas pu entendre tout ce que je disais, ou n’ont pas pu se connecter à la bonne heure ou je ne sais quoi d’autre. Et comme ils savaient qu’il y avait une classe virtuelle à cette heure-là, ils appellent leurs camarades et leur demandent un résumé, mais je ne sais pas si c’est systématique. Moi je le conseille bien sûr et je sais que certains le font, mais c’est un peu différent par rapport à ce que Guillaume vient de dire. Moi, j’ai environ 300 élèves donc c’est assez difficile de faire un suivi individuel pour un tel nombre.

CPL | Finalement vous êtes tous les deux sur des lieux d’exercice différents avec des points de concordance et aussi des différences dues au contexte, mais comment vous organisez-vous professionnellement tous les deux depuis quelques jours ? Et ce travail autour de la continuité pédagogique change-t-il vos gestes professionnels, Guillaume ?

GL | Cela demande une grande disponibilité. Je commence tôt le matin. Après il y a des heures de rendez- vous avec certains élèves donc ce sont des plages horaires très larges. Mais cela permet de toucher tout le monde et d’avoir des interactions très individualisées. Ce que cela change dans les pratiques, c’est que je suis obligé d’utiliser de façon plus pointue encore le numérique et c’est évidemment du bonus pour la suite, dont les élèves profiteront.

CPL | Et vous Julien ?

JF | Ce que je trouve intéressant dans cette période, de ce point de vue-là, c’est que cela permet d’utiliser et d’essayer des outils qu’on n’aurait pas eu besoin d’utiliser ou que je n’aurais pas osé utiliser parce que n’en ayant pas un besoin majeur, alors que dans cette situation, on est obligé de les utiliser, de se jeter à l’eau et d’essayer de nouvelles choses, de nouvelles méthodes en se disant que peut-être ces méthodes-là perdureront après la période de confinement et qu’on continuera à utiliser certains de ces outils, parce que jusque-là on en n'avait pas vraiment eu besoin et qu’on pensait pouvoir s’en passer, mais du fait de les avoir utilisés on s’est rendu compte qu’ils pouvaient être très utiles et on a pris des habitudes avec ces outils-là, de meilleures habitudes que celles qu’on avait avant.

CPL | Vous êtes tous les deux formateurs, vous accompagnez les enseignants. Pensez-vous que cette expérience, va aussi modifier la formation des enseignants et peut-être ce qu’on va leur proposer, Guillaume ?

GL | Sur la formation actuelle, oui ! Nous échangeons avec les stagiaires qui sont en contact avec moi sur ce que l’on fait, ce que l’on peut faire et quels sont les enjeux. Donc déjà, cela a tout de suite un impact sur la formation. Plus tard, certainement, parce que nous sommes aussi en discussion entre formateurs et nous en tirerons des bénéfices. Je pense qu’on se dirige vers davantage de responsabilisation de l’enseignant, qui est en formation, l’enseignant général et vers davantage d’autonomie.

CPL | Pour conclure cette émission, j’aimerais vous poser une dernière question. Pensez-vous que cette expérience va avoir une influence sur votre future façon de faire classe et sur la façon dont vous avez envisagé le lien avec les familles, Julien ?

JF | En ce qui concerne le lien avec les familles étant donné qu’il n’y pas eu d’évolution pendant cette période-là, cela ne change pas grand-chose. En ce qui concerne le lien avec les élèves, en revanche, oui, parce que nous avons pris l’habitude de nous contacter en dehors des cours, qu’ils utilisent davantage l’adresse mail que je leur avais donnée, déjà en début d’année, pour me poser des questions, si jamais ils en avaient. Là, ils l’utilisent vraiment, de façon justifiée, pour le travail. Il y a d’autres méthodes que je mets en place pour pallier certaines défaillances, le manque de communication, le manque de présence. Peut- être que ces outils-là je vais continuer à les utiliser parce qu’ils me semblent intéressants à long terme. Donc à ce niveau-là, oui, je pense que ma façon d’enseigner va évoluer.

CPL | Et vous Guillaume ?

GL | Oui, je pense que moi aussi cela va avoir un impact sur ma façon d’enseigner. On va certainement utiliser davantage le numérique en classe, dans un souci d’ouverture de la classe aux parents, afin de casser peut-être un peu cette image de boîte noire que peut être une classe et je pense que je vais solliciter davantage les élèves pour qu’eux-mêmes puissent déposer des choses à destination de leurs parents. On en parlera certainement au conseil de classe avec les élèves quand on se retrouvera.

CPL | Merci à vous deux et merci à ceux qui nous écoutent. C’était « Faire classe sans classe ni élève : une expérience à inventer au quotidien », un épisode d'Extra classe.

Retrouvez tous les autres épisodes de la série sur l’espace Extra classe de reseau-canope.fr et sur les réseaux sociaux. Une production Réseau Canopé, 2020.

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Transcription : Valérie Sourdieux

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CLAUDE PEREIRA LECONTE | Depuis le 17 mars 2020, la France est confinée en raison de la crise sanitaire causée par le coronavirus. La veille, les établissements scolaires fermaient leurs portes aux 12 millions d’élèves et de jeunes. Leurs portes mais pas leur enseignement car ce sont plus de 800 000 professeurs qui sont à pied d’œuvre pour assurer la continuité pédagogique et garder le lien avec les élèves et leurs familles. Cette situation inédite pour l’école républicaine française nous oblige à trouver en urgence de nouvelles façons de faire, d’expérimenter de nouveaux outils et peut-être de transformer nos gestes professionnels. Comment assurer cette continuité pédagogique coûte que coûte ? Comment réinventer la classe quand ce qui fait son essence n’est plus physiquement là ? Et si ce confinement était une chance pour changer positivement le rapport aux apprentissages. « Faire classe sans classe ni élèves : une expérience à inventer au quotidien. » Une émission de la série de podcasts Extra classe pour garder le lien pédagogique quand on ne peut pas être ensemble. Avec nous aujourd’hui, Julien Francès, professeur de SVT en collège, et Guillaume Leconte, professeur des écoles en cycle 3 et formateur. Bonjour à tous les deux.

JULIEN FRANCÈS | Bonjour ! GUILLAUME LECONTE | Bonjour !

CPL | Rappelons déjà à nos auditeurs le contexte d’enregistrement, nous sommes tous confinés chacun chez nous et nous enregistrons à distance. Depuis quelques jours, j’entends beaucoup parler de continuité pédagogique, mais finalement que mettez-vous derrière cette continuité pédagogique, Julien ?

JF | Essentiellement le fait de continuer à avoir un contact avec les élèves, que ce soit un contact par visioconférence sans la vidéo juste le son, un contact régulier aux heures de cours habituelles, à peu près. Et puis surtout leur fournir du travail à faire et dans la mesure où ils n’ont pas forcément vu les cours qui vont avec, des révisions ou quelques apprentissages, mais rien d’impossible à faire pour eux seuls.

CPL | Et vous, Guillaume, comment voyez-vous cette continuité pédagogique ?

GL | Eh bien, pareil ! Conserver des liens avec les élèves, mais aussi avec l’unité de la classe. Et puis renforcer toujours ces liens, mais aussi des acquis, des compétences, peut-être même créer de nouvelles compétences pour les élèves.

CPL | Vous parlez tous les deux de proposer des activités, de construire peut-être des compétences, de nouvelles compétences, mais pouvez-vous donner des exemples concrets de cette organisation, de cette continuité avec les élèves, Guillaume ?

GL | Pour nous, ça s’est construit assez rapidement, tout d’abord par des échanges de mails et puis, très rapidement, on a créé des habitudes qui se renforcent, s’améliorent, se complètent avec des SMS ou des échanges de photos, puis des appels téléphoniques, selon ce que chacun peut faire.

CPL | Au niveau des supports, que pouvez-vous leur proposer comme travail, par exemple, Guillaume ?

GL | Des choses très classiques du type, des problèmes mathématiques ou des fiches de lecture, mais aussi d’autres activités, peut-être un peu plus ludiques pour donner envie, puis pour le plaisir, des photos mystères, des petites parties d’échecs, des choses comme ça.

CPL | Pour vous, Julien, comment se passe la continuité pédagogique ?

jf | C’est un peu différent d’un prof à l’autre déjà parce qu’on n’a pas forcément les mêmes façons de faire en cours. D’autre part, on n’a pas les mêmes appétences face à l’outil informatique. On dispose dans le secondaire en général des ENT, les espaces numériques de travail, qui ont eu quelques petits soucis la semaine dernière, parce qu’ils ont été beaucoup plus utilisés que d’habitude, ce qui a occasionné quelques problèmes. Nous disposons de ce support-là qu’on peut utiliser, à la fois pour échanger avec les élèves, ce qui permet de partager des cours, de donner des travaux à faire et surtout de les récupérer sous divers formats, des formats son, des formats texte, des formats à schéma. On peut également utiliser des éléments extérieurs qui permettent de proposer des questionnaires et récupérer des réponses par ce biais-là. On peut également organiser des visioconférences avec l’outil du CNED qui nous permet d’avoir un contact régulier avec les élèves et donc d’échanger avec eux de façon orale régulièrement en se donnant des rendez-vous simplement à heure fixe, en général dans leur emploi du temps.

CPL | Quand j’ai préparé cette émission avec vous, vous me parliez Guillaume de plan de travail. Pouvez- vous développer ?

gl | Oui ! On s’est reposé sur une habitude de la classe, les élèves découvrent le matin quand ils arrivent, le plan de travail, ou alors ils peuvent anticiper grâce au fil Twitter de la classe. Je donne aux élèves différentes activités en un seul document et ils choisissent leur rythme.

CPL | Julien, vous me parliez d’une classe virtuelle que vous mettiez en place déjà, depuis le début de l’année, pouvez-vous en parler à nos auditeurs ?

jf | Oui, bien sûr. Ce n’est pas une façon de fonctionner qui est très répandue. L’idée étant que les élèves travaillent sur l’ordinateur toute l’année, donc ils passent le cours hebdomadaire de SVT d’1h30 sur des ordinateurs. Ils ont des activités à faire, qui sont entre guillemets les mêmes que celles qu’ils auraient faites s’ils n’avaient pas les ordinateurs, mais en utilisant le côté augmenté du numérique, c’est-à-dire en pouvant utiliser des schémas animés, des vidéos et des questionnaires interactifs, qu’il ne serait pas possible d’utiliser en version papier. Donc j’ai eu cet avantage-là au début du confinement, d’avoir des classes qui étaient déjà en train de travailler ainsi et qui, ont pu continuer à travailler à peu près, avec quelques ajustements mineurs, de cette façon-là puisqu’ils avaient déjà l’habitude de travailler ainsi en cours. Simplement ils travaillent à la maison, au rythme qu’ils veulent et sans la surveillance de leur enseignant. De ce fait, les évaluations sont un peu à prendre avec des pincettes.

CPL | Vous nous parlez effectivement de ce que vous faites concrètement avec les élèves, mais il y a un acteur nouveau par rapport à ces temps d’apprentissage, que sont les parents, la famille. Comment se passe ce lien avec les familles ? Guillaume, vous êtes en éducation prioritaire, pouvez-vous nous expliquer comment ça se passe ?

GL | Cela dépend beaucoup des familles. Il y a beaucoup de cas de figure différents. Il y a des familles où les conditions de travail sont bonnes, il y a suffisamment d’ordinateurs, une connexion satisfaisante et puis il y en a d’autres où c’est plus difficile, où il n’y a qu’un smartphone avec un forfait qui arrive à expiration le 31, et donc on compose avec ces conditions-là. C’est un peu du cas par cas, on va même jusqu’à passer des appels téléphoniques pour s’entendre. Mais ce qui est important c’est de pouvoir aussi trouver des moyens pour conserver l’unité de la classe et ne pas être que sur des interactions individuelles et dans ce cas-là, on utilise le fil Twitter de la classe.

CPL | Pouvez-vous nous expliquer concrètement de quelle manière vous gardez ce lien, ce lien de classe et ce lien avec les parents aussi, Guillaume ?

GL | Il y a des messages réguliers en début, en milieu et en fin de journée pour donner des informations à l’ensemble du groupe. Et puis, entre-temps, ce sont des échanges individuels. Et sur le fil Twitter on poste des articles qui sont complétés par chacun.

CPL | Et vous, Julien comment se passe le lien avec les familles ?

JF | Dans le secondaire le lien avec les familles est déjà un peu plus distant, d’ordinaire, donc on a relativement peu de lien avec les parents, et ce peu de lien consiste à leur envoyer le même travail qu’aux enfants, du fait des problèmes de connexion que l’on rencontre comme je vous le disais, donc pour que tout le monde ait le document, parce que certains élèves n’ont pas leur code, et utilisent celui de leurs parents. Mais en ce qui me concerne, je n’ai pas beaucoup de relations avec les parents eux-mêmes. L’établissement, en revanche, en a puisque certains parents rencontrent la même problématique que Guillaume décrivait, c’est-à-dire pas d’ordinateur, pas de connexion, le numérique n’est pas représenté à la maison et donc les parents viennent au collège pour prendre des documents papier, les photocopier, qui sont l’équivalent de ce qui est fourni en numérique à la majorité des autres élèves.

CPL | Finalement, quels retours avez-vous de ce que vous proposez aux élèves, Guillaume ?

GL | Les élèves sont vraiment en attente, en demande, ils ont besoin de ce lien entre eux et avec l’enseignant. Il y a énormément de retours, des retours très scolaires et puis beaucoup de choses autour. Il faut s’encourager, se soutenir et à ce moment-là, cela n’est pas adressé qu’aux élèves. Les parents aussi écrivent directement par mail ou par SMS, parce que parfois, ils rencontrent quelques difficultés, qu’ils ont besoin de la patience de l’enseignant.

CPL | Vous me disiez dans la préparation de l’émission qu’une maman vous avait écrit récemment pour vous confier les difficultés qu’elle rencontrait, sa situation un peu conflictuelle.

GL | Oui, elle se retrouvait confrontée au travail de son petit qui est en CM1 et puis à celui de ses plus grands qui sont au collège, ça faisait beaucoup, les enfants étaient un peu fâchés et comme ce n’était pas évident, elle m’a envoyé un message pour savoir comment faire. On a essayé de relativiser les choses et puis se dire que finalement si elle n’y arrivait pas là tout de suite, ce n’était pas grave et que ça pouvait être remis à plus tard.

CPL | Et vous, Julien, quel retour avez-vous de vos élèves ?

JF | Des élèves, j’ai déjà un retour de travail puisqu’ils font le travail qu’on leur demande. Quelques retours de problèmes techniques, « je ne sais pas comment faire ci, je ne sais pas comment faire ça », qui sont traités en général par mails personnels et puis ils se sentent rassurés par le contact que l’on garde aux horaires d’enseignements normaux, par l’outil du CNED qui leur qui permet d’organiser des visioconférences. J’ai à peu près les deux tiers de la classe qui sont connectés à chaque fois, c’est tout à fait dans les statistiques normales de ces classes-là et ils posent des questions. C’est assez représentatif de ce qui se passe en cours réel habituellement, ce sont à peu près les mêmes qui posent des questions, les mêmes qui se taisent, qui écoutent. En fait, ce sont aussi les mêmes qui font les andouilles parfois, mais ça, ça n’a pas tellement changé. Cela leur permet, je pense, de garder un lien, disons une habitude, de faire les mêmes choses qu’ils faisaient avant quand ils étaient à l’école, et donc ce lien-là je pense qu’il est important de le maintenir.

CPL | Vous dites qu’il y a une partie des élèves qui ne sont pas dans ce lien. Or que faites-vous maintenant ? Que comptez-vous faire dans les jours à venir si le confinement se prolonge pour tisser ce lien avec les élèves qui sont un peu plus éloignés ?

JF | Le problème qu’on rencontre à ce niveau-là, c’est que ce sont des élèves que je n’arrive pas à toucher du point de vue numérique et donc pour les toucher à distance, par le papier, c’est très compliqué. On envoie à l’établissement des documents qui sont à photocopier ou à imprimer à l’école et charge aux parents de ces enfants-là de venir les chercher après avoir reçu un appel de l’établissement, ce qui permet de garder le lien. Mais de ce fait, le lien ne se fait plus directement entre l’enseignant et l’élève.

CPL | Et vous Guillaume, comment arrivez-vous à garder le lien avec tous vos élèves ? Je rappelle que vous êtes en éducation prioritaire.

GL | Dans l’ensemble, cela se passe plutôt bien. Sur 28 élèves, il y en a trois pour lesquels je rencontre des difficultés. Dans ce cas-là, je téléphone et on me répond, j’ai des nouvelles des enfants. Sur les trois, il y en a deux qui ne travaillent pas, je le sais. Ce n’est pas leur priorité, cela ne se passe pas comme ça chez eux mais, à partir du moment où le père me répond, me raconte ce qu’ils font, j’arrive à glisser deux ou trois choses, et j’accepte simplement.

CPL | Vous évoquez le lien avec les parents. Finalement cette expérience ne transforme-t-elle pas le lien avec les parents et aussi le lien entre les élèves, Guillaume ?

GL | Oui, tout à fait ! On est en train de tisser, je pense, des liens qui sont beaucoup plus forts et qui s’inscrivent vraiment dans la co-éducation, où chacun prend conscience des compétences de l’autre. Les parents prennent conscience des compétences de l’enseignant, et réciproquement. Ils reconnaissent, prennent conscience et le fait qu’ils reconnaissent est très important. Je pense que c’est vraiment une belle opportunité pour renforcer les liens entre les élèves, les familles et les enseignants.

CPL | La dernière fois, Julien, vous me parliez de connexions entre les élèves aussi.

JF | Oui, lors de ces fameuses classes virtuelles, il peut y avoir des problèmes techniques parce que les élèves n’ont pas tous un micro, un ordinateur qui marche, une connexion qui fonctionne, bref, plus les éventuels petits soucis techniques sur la plateforme elle-même. Donc ils sont connectés mais ils n’entendent pas ou ils ne peuvent pas parler, etc., etc. En fait, ils utilisent leur téléphone, du fait de leur âge, en général ils ont des téléphones et communiquent entre eux pendant la classe virtuelle et en parallèle de la classe virtuelle pour faire passer une question à quelqu’un qui, lui, peut parler parce qu’il a un micro et tout ce qu’il faut, ou l’inverse, c’est-à-dire que certains demandent un résumé à leurs camarades parce que à cause d’un problème technique, ils n’ont pas pu entendre tout ce que je disais, ou n’ont pas pu se connecter à la bonne heure ou je ne sais quoi d’autre. Et comme ils savaient qu’il y avait une classe virtuelle à cette heure-là, ils appellent leurs camarades et leur demandent un résumé, mais je ne sais pas si c’est systématique. Moi je le conseille bien sûr et je sais que certains le font, mais c’est un peu différent par rapport à ce que Guillaume vient de dire. Moi, j’ai environ 300 élèves donc c’est assez difficile de faire un suivi individuel pour un tel nombre.

CPL | Finalement vous êtes tous les deux sur des lieux d’exercice différents avec des points de concordance et aussi des différences dues au contexte, mais comment vous organisez-vous professionnellement tous les deux depuis quelques jours ? Et ce travail autour de la continuité pédagogique change-t-il vos gestes professionnels, Guillaume ?

GL | Cela demande une grande disponibilité. Je commence tôt le matin. Après il y a des heures de rendez- vous avec certains élèves donc ce sont des plages horaires très larges. Mais cela permet de toucher tout le monde et d’avoir des interactions très individualisées. Ce que cela change dans les pratiques, c’est que je suis obligé d’utiliser de façon plus pointue encore le numérique et c’est évidemment du bonus pour la suite, dont les élèves profiteront.

CPL | Et vous Julien ?

JF | Ce que je trouve intéressant dans cette période, de ce point de vue-là, c’est que cela permet d’utiliser et d’essayer des outils qu’on n’aurait pas eu besoin d’utiliser ou que je n’aurais pas osé utiliser parce que n’en ayant pas un besoin majeur, alors que dans cette situation, on est obligé de les utiliser, de se jeter à l’eau et d’essayer de nouvelles choses, de nouvelles méthodes en se disant que peut-être ces méthodes-là perdureront après la période de confinement et qu’on continuera à utiliser certains de ces outils, parce que jusque-là on en n'avait pas vraiment eu besoin et qu’on pensait pouvoir s’en passer, mais du fait de les avoir utilisés on s’est rendu compte qu’ils pouvaient être très utiles et on a pris des habitudes avec ces outils-là, de meilleures habitudes que celles qu’on avait avant.

CPL | Vous êtes tous les deux formateurs, vous accompagnez les enseignants. Pensez-vous que cette expérience, va aussi modifier la formation des enseignants et peut-être ce qu’on va leur proposer, Guillaume ?

GL | Sur la formation actuelle, oui ! Nous échangeons avec les stagiaires qui sont en contact avec moi sur ce que l’on fait, ce que l’on peut faire et quels sont les enjeux. Donc déjà, cela a tout de suite un impact sur la formation. Plus tard, certainement, parce que nous sommes aussi en discussion entre formateurs et nous en tirerons des bénéfices. Je pense qu’on se dirige vers davantage de responsabilisation de l’enseignant, qui est en formation, l’enseignant général et vers davantage d’autonomie.

CPL | Pour conclure cette émission, j’aimerais vous poser une dernière question. Pensez-vous que cette expérience va avoir une influence sur votre future façon de faire classe et sur la façon dont vous avez envisagé le lien avec les familles, Julien ?

JF | En ce qui concerne le lien avec les familles étant donné qu’il n’y pas eu d’évolution pendant cette période-là, cela ne change pas grand-chose. En ce qui concerne le lien avec les élèves, en revanche, oui, parce que nous avons pris l’habitude de nous contacter en dehors des cours, qu’ils utilisent davantage l’adresse mail que je leur avais donnée, déjà en début d’année, pour me poser des questions, si jamais ils en avaient. Là, ils l’utilisent vraiment, de façon justifiée, pour le travail. Il y a d’autres méthodes que je mets en place pour pallier certaines défaillances, le manque de communication, le manque de présence. Peut- être que ces outils-là je vais continuer à les utiliser parce qu’ils me semblent intéressants à long terme. Donc à ce niveau-là, oui, je pense que ma façon d’enseigner va évoluer.

CPL | Et vous Guillaume ?

GL | Oui, je pense que moi aussi cela va avoir un impact sur ma façon d’enseigner. On va certainement utiliser davantage le numérique en classe, dans un souci d’ouverture de la classe aux parents, afin de casser peut-être un peu cette image de boîte noire que peut être une classe et je pense que je vais solliciter davantage les élèves pour qu’eux-mêmes puissent déposer des choses à destination de leurs parents. On en parlera certainement au conseil de classe avec les élèves quand on se retrouvera.

CPL | Merci à vous deux et merci à ceux qui nous écoutent. C’était « Faire classe sans classe ni élève : une expérience à inventer au quotidien », un épisode d'Extra classe.

Retrouvez tous les autres épisodes de la série sur l’espace Extra classe de reseau-canope.fr et sur les réseaux sociaux. Une production Réseau Canopé, 2020.

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